‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 13 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. CHAP. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. CHAP. V

sous les lumières que Dieu promet à ses enfants (21). Ainsi l'âme sera véritablement humble ; et c'est l'être en esprit et en vérité : c'est l'être en effet et en sacrifice parfait. Car l'âme en cet état proteste qu'elle n'est rien qui vaille, qu'elle n'est point capable tl'opérer en justice et en sainteté; mais que tout vient de Dieu, que tout dépend de lui, et que tout doit être opéré par lui en nous.

Connaître qu'on ne vaut rien, qu'on ne sait rien, qu'on ne peut rien, et se plaire dans cette vue et dans cette connaissance, c'est le premier point de l'humilité.

Le second est d'aimer sa vileté, sa bassesse et son néant dans l'esprit d'autrui , aussi bien qu'en soi-même; c'est-à-dire d'aimer d'être connus pour vils, pour abjects, pour néants, pour péché, et de vouloir passer pour tels dans l'esprit du monde. Car le propre de l'humilité est de nous donner encore l'amour, la joie et le plaisir d'être connus et estimés de tout le monde pour ce que nous sommes, au défaut de quoi nous demeurons hypocrites et couverts, désirant de paraître autres que ce que nous sommes, et faisant même, et disant plusieurs choses qui nous excusent des défauts qu'on remarque en nous.

De ce défaut d'humilité naît la peine et le chagrin que nous avons d'êire connus, lorsque nous sommes découverts dans nos imperfections. De là naît la peine que nous sentons, et la petite inquiétude qui nous pique, afin de réussir dans nos œuvres, d'acquérir de la réputation et de passer pour quelque chose dans l'estime des hommes.

Ne pourrons-nous jamais souffrir ce que Jésus-Christ veut opérer en nous par sou esprit d'humilité: à savoir, d'aimer d'être connus pour ce que nous sommes, pour néant et pour péché, n'étant autre chose en nous-mêmes et de nous-mêmes? Tout le reste de nous étant de Dieu, à qui l'on dérobe tout ce qu'on prétend s'attribuer hors du néant et du péché.

Nous sommes si bien un vrai néant, que si Dieu ne nous communique l'être à tout moment, il n'y a rien en nous; il ne nous reste que le néant, qui est notre fond et notre propre. Si même il y a quelque chose qui ne soit point péché en nous; c'est-àdire corrompu par le péché dans nos puissances, nous en devons rendre grâce à Dieu qui l'a opéré en nous par sa bonté, à qui tout l'honneur en appartient. Car c'est nous qui avons fait le péché avec Adam, ayant consenti avec lui à sa faute, et nous y étant trouvés enveloppés, comme étant notre procureur, et celui qui tenait nos volontés entre ses mains. Dieu l'avait choisi pour nous avec grande bonté, comme étant l'homme le plus parfait du monde, et celui à qui nous devions avec plus de raison donner la commission de traiter pour nous, et en notre nom avec Dieu : car Adam traitait avec Dieu pour tout le genre humain. 11 se trouve par conséquent que notre volonté a été de

celte sorte unie et consentante à la sienne. Outre cette première faute, qui est l'ouvrage de nos mains, et qui est la cause de toute cette semence de maux qui pullulent tous les jours et à toute heure, et de celte corruption qui est en nous, que saint Pau! appelle péché, à cause qu'elle naît du péché, et qu'elle nous y sollicite; ce qui fait que nous sommes péché • outre, dis -je, ce premier péché auquel nous avons consenti en Adam ; outre cette convoitise qui nous porte perpétuellement au péché, nous avons encore commis mille crimes dont nous sommes tout noirs. D'où vient qu'en venté nous sommes tout péché en nous, et nous ne sommes que cela. Ce londs de malice, dont nous sommes tout pétris, est en horreur à Dieu : si bien que, selon cette partie, nous sommes enfantsde malédiction, et nous ne pouvons pas celer que nous ne le soyons aux yeux du ciel et de la terre : il faut donc bien vouloir passer pour tels dans l'esprit de tout le monde.

Or l'humilité est cette vertu qui nous donne ce plaisir et cette satisfaction de paraître tels que nous sommes, de passer pour gens de néant et pour maudits pécheurs aux yeux d'un chacun, n'étant rien que cela par nous-mêmes. Car s'il y a des grâces en nous, s'il y a quelques vertus, s'il y a quelques dons ; cela n'est pas de nous, mais de Dieu : et si nous voulons que l'on nous considère et que l'on nous estime pour cela, nous dérobons injustementeequi ne nousappartient pas, et nous nous attribuons ce qui appartient à Dieu seul.

Il faut que l'humilité nous fasse bien regarder ce que nous sommes et ce qui est à nous, pour laisser à Dieu, et pour lui renvoyer fidèlement tout ce qui est à lui et tout ce qui vient de lui. Le diable met ici tous ses efforts, et travaille spécialement en ce point, afin de brouiller ces deux vues distinctes, qui nous apprennent si clairement ce qui est de nous et ce qui est de Dieu. 11 travaille à nous faire croire, que ce qui est en nous est de nous, et que c'est notre propre, dont nous pouvons nous estimer et nous faire estimer par les autres.

Mais l'âme vraiment humble, et qui est adroite à se parer des ruses du malin, travaille à n'oublier jamais ce qu'elle est, et ce qui provient d'elle ; à se voir comme néant et péché, et à vouloir bien passer pour cela devant toute créature. Ainsi elle est morte à l'estime, et elle ne se soucie plus de ce qu'on pense d'elle. Pour peu qu'on lui rende d'honneur, et qu'on la loue, elle se rit et elle se moque en elle-même de ceux qui l'estiment, les prenant pour aveugles, et pour gens qui parlent sans savoir; et elle a quelquefois tel dégoût et telle horreur de ces choses , qu'elle aimerait bien mieux souffrir mille affronts qu'une seule louange, l'un étant fondé sur la vérité, et l'autre sur Je mensonge : en un mot, elle est très-surprise, quand on l'estime autre que ce qu'elle voit et sent continuellement en elle.

(21) Qui sequiiur me, non ambutat in tenebris, sed Itabelii lumen vittv. (Joan. vin, 12.

Saint Bernard (22) il il que le second degré île l'humilité, est de connaître que nonseulement nous ne sommes rien, mais même que tout ce qui parait dans les autres, n'est rie,i. Tout l'être, la bonté et la vérité est en Dieu (2"\ et, par écoulement, en la créature, Hont le fond et le propre est le rien. Et ensuite du rien que nous sommes comme créatures, notre propre opération est la tendance vers le néant. Le propre de rien, est de tendre toujours au rien. Voilà ce qu'est l'homme, et ce qu'il doit désirer de paraître ; ou autrement il est un voleur et un larron de l'Etre souverain, désirant de paraître ensa place, et de s'approprier ce qui lui appartient.

Le troisième point de l'humilité, est de vouloir être non-seulement connus, mais encore traités pour vils, abjects et méprisables : c'est de recevoir avec joie tous les mépris et toutes les confusions possibles, ne se soûlant jamais d'opprobres, mais au contraire en désirant toujours par des souhaits insatiables : en un mot, n'est de désirer d'être traité selon ce que l'on mérite. Or, comme ou ne passe en son esprit que pour un chétif néant, et pour un maudit pécheur, et qu'on ne veut passer aussi que pour cela en celui de tous les autres, l'humilité nous donne le désir d'être traités comme des néants, et comme de maudites créatures et malheureux pécheurs, qui sont les deux titres du plus haut mépris que l'on puisse concevoir.

Que l'on conçoive donc tout le mépris imaginable, ce ne sera rien au prix de ce qui nous est dû. De là vient qu'une âme véritablement humble ne peut recevoir do mépris. Quoi que l'on dise ou que l'on fasse contre elle, elle ne peut rougir, encore moins s'en olfenscr, à cause que tout cela n'est rien au prix de ce qu'elle voit qu'elle mérite. Quel ruépris n'est pas dû aunéant, qui n'a rien en soi de reoommandable; qui n'a rien qui puisse arrêter notre pensée et nos affections ! Cor le néant dit la privation de tout être et de toute perfection, qui est le seul fondement de notre estime et de notre complaisance. De plus, quel mépris n'est pas dû au péché, qui n'a rien d'agréable et de supportable; mais qui, au contraire, dit en soi l'éloignement du véritable bien, qui est Dieu, et par conséquent la privation de tous les biens ?

Il est certain qu'à une âme humble, une injure lui est un honneur : car comme elle est un néant, elle ne mérite pas d'être regardée, elle ne mérite pas qu'on pense à elle ; elle n'est pas digne du mépris et de l'occupation d'un homme. Etant le néant, qui s'adresserait à lui pour l'injurier? On n'injurie pas un fantôme, parce qu'il n'est rien, et qu'il ne vaut pas l'injure. Celui donc qui ïait qu'il n'est de soi qu'un néant, et bien moins qu'un fantôme, se croit bien honoré qu'on pense à lui, et qu'on lui dise quelque injure. Ainsi, si on l'oublie et si on le méprise, étant humble, il ne s'en étonne

(22) S. Bernard., De grad. Iiumilil.

(23) Nemo bonus, nisi sulas Deus. (Luc. XVUI, 19.) ("H) Dicite : Servi mutile» sumus. (Luc. xvil, lO.'j

pas, et ne croit pas qu'on doive faire autrement. Un affront ne le surprend point, et il serait bien étonné si on le traitait d'une autre façon. Si même Dieu traite l'âme de mépris intérieurement, elle ne s'en doit pas étonner; car elle ne mérite que cela.

C'est là le vrai point où l'on peut reconnaître la vraie humilité, quand dans les sécheresses, les aridités, les délaissements intérieurs et les rebuts de Dieu, l'âme se met du côté de Dieu, et approuve son procédé contre elle-même; qu'elle s'abaisse et s'anéantit dans l'oraison, qu'elle se condamne, et qu'elle dit qu'elle ne mérite point d'autre traitement. Nous devons avouer qu'il a raison de rebuter et nos œuvres et nos personnes; et quand nous en a vous quelque témoignage, si cela nous afflige, c'est manque d'humilité; c'est une marque que nous ne sommes pas bien convaincus, que nous sommes inutiles à tout bien.

Notre néant, revêtu d'un être corrompu par le péché, ne peut rien faire de soi, comme tel, que le péché ; il ne peut que gauchir en toutes ses œuvres. Ce qui est un grand sujet 'de confusion, qui nousdoit faire avouer que Dieu, qui est l'équité, la droiture même, et la vraie justice, a grand droit de nous rebuter, avec tout ce qui part de nous (24); car les bonnes œuvres et tout ce qu'il y a de saint et d'agréable à Dieu dans nos opérations, procède de son Fils, en qui il prend toutes ses complaisances par l'opération du Saint-Esprit.

Etre donc ainsi méprisés et rebutés de Dieu, maltraités de nos supérieurs, de nos égaux, et même de nos inférieurs, en un mot, de toute créature, c'est ce qui nous est dû, et ce oui nous doit réjouir, comme la chose la plus juste et que nous devons le plus aimer, qui est la meilleure et la plus avantageuse pour nous, et la plus conforme au désir de Jésus-Christ (25).

11 faut donc que nous aimions la petitesse de quelque part qu'elle vienne, et en quelque lieu que nous la trouvions. 11 faut que nous l'aimions, non-seulement en ce monde, mais aussi en l'autre ; non-seulement sur la terre, mais encore dans le ciel. Par exemple, nous devons aimer d'être dans le bas lieu, comme recommande Nolre-Seigm-ur, ce qui est une marquede l'amourde la petitesse(23')i

Il faut aimer tellement le bas lieu, que même on le désire dans le paradis.

Ce n'est pas que nous devions désirer d'être les moindres en l'amour de Dieu, ou les plus négligents à nous avancer dans la perfection ; ni que nous devions dire comme les plus lâches, que pourvu qu'ils y entrent, il leur suflit; qu'ils ne se soucient pas d'être des plus grands saints; car ce serait se mettre en danger de ne l'être jamais. Au contraire, il faut vouloir aimer Dieu autant qu'il le désire, et nous rendre fidèles, peur parvenir au point de gloire et de félicité qu'il nous prépare.

(25) Bonum milii, quia liumiliasli me. (PsaU c.vvin, 71.)

(25") Recumbe in nevistimo Uco. (Luc. xiv, 10.)

i:\Tf\0DUCT10N A LA VIE CHKETIEN.NE. — C1IAP. V.

Comme celui qui ferait quelque faute, où il y aurait péché, jour être humilié, ne ferait rien qui vaille: de même celui qui omettrait un bien, pour être petit dans le ciel, aurait grand tort. Je parle seulement pour ce qui regarde la petitesse précisément en elle-même; elle doit toujours 'être si aimable à notre esprit, que nous la devons aimer partout ; et nous ne devons faire aucune action à dessein d'être grands, et pour nous défendre de la petitesse.

Notre superbe est si subtile, que lorsqu'on lui ferme l'entrée d'un côté, elle se l'ouvre d'un autre; lorsqu'on a étouffé le désir de la grandeur en ce monde, elle la désire en l'autre; lorsqu'on l'a retranchée dans les choses grossières de la terre, elle la cherche dans celles de l'esprit et de la grâce. Sitôt qu'on a renoncé à l'amour d'être grand et excellent dans l'honneur et dans les richesses du siècle, où nous portait la superbe, aussitôt elle porte à chercher d'être grand et excellent dans la grâce ; elle désire l'excellence dans l'esprit; elle cherche et désire les grands dons elles lumières excellentes, les grâces éclatantes, en un mot, les talents extraordinaires; et ainsi elle recherche toujours la grandeur.

Que si l'on vient à luiretranchercedésir, et à lui faire reconnaître cette fin superbe, alors elle recherche une autre excellence ; à savoir, celle de la gloire; elle aspire à une haute place dans le ciel. Ce qui est bon à la vérité, quand ce n'est point par esprit de superbe : niais souvent il arrive que nous aimons même 'a petitesse sur la terre, par désir de superbe, espérant par ce moyen la grandeur dans te paradis; à cause que l'humilité dans la terre est la semence de l'exaltation dans le ciel, fanant nos actions à ce dessein d'être grands, et nous consolant dans nos humiliations par cette vue. C'est un étrange esprit que celui de superbe, qui cherche toujours l'excellence et la grandeur, soit en un temps, soit en un autre, dans une chose ou dans une autre.

La vraie humilité, au contraire, aésire de n'être rien ni à ses yeux, ni d.ins l'esprit de personne : elle prend soin de ne paraître en rien : elle fait beaucoup désirer d'être caché ; elle fait aimer d'être inconnu , et de passer pour un néant (26). Il faut que Jésus- Christ paraisse seul en tout, et que nous ne paraissions point : il faut détruire son être propie, et être revêtu de Jésus-Christ, pour ne paraître que sous lui et en lui : Ce qui donne un désir et une sainte affection de ne rien opérer par soi-même, et rend fidèle à renoncer à soi intérieurement, travaillant à mortifier son esprit propre et sa volonté en toute occasion, en sorte qu'on eu vieuiie jusqu'à vivre dans cet esprit de niort intérieure ; que l'esprit propre, ni la volonté n'y opèrent plus par soi, mais que l'un et l'autre ne soient qu'en simple coopération au

(2G) Ama nesciri, et pro niliilo repuiari. {De im:!. Cltri&ti.)

(i~i) liv<- sémite in vobia, quod el in Christo Jetu , etc. Semelipsiim exinuniv'u.{l'lid. il, 5, ".)

OEuvaES cosiPL. bu M. Ouea.

Saint-Esprit , qui anime l'intérieur et qui vivifie les puissances.

Alors on est en anéantissement véritable, et on n'a plus que Dieu vivant et régnant eu soi-même : c'est pour cela que Dieu aime si fort lésâmes humbles, et qu'il établit son trône et son domaine si absolument en elles: car il a une entière liberté dans la personne anéantie, pour y faire ce qui lui plaît; et il prend une souveraine complaisance au sacrifice religieux de tout cet être propre, qui s'immole soi-même, et qui est divinement consommé.

Il' Section. — Des motifs de l'humilité'.

Le premier motif est tiré des titres et des qualités que nous portons, qui nous obligent tous à nous anéantir, et à être véritablement humbles.

Comme créatures, nous sommes obligés d'être contents de notre néant.

Comme pécheurs, nous sommes obligés de nous voir aux pieds des démons, et rebutés de toute créature, dont nous avons abusé par le péché; car elle entre justement en zèle pour son Dieu contre nous : le péché mérite bien ce traitement.

Comme Chrétiens, nous sommes obligés d'aimer la petitesse, la vileté et l'abjection ; parce que c'est une des inclinations de Jésus- Christ, Notre-Seigneur, dont nous avons reçu l'esprit par le baptême, qui imprimeen nous, si nous voulons, ses inclinations et tous ses sentiments, et particulièrement celui qu'il a eu pour l'anéantissement (27).

Comme enfants de Dieu, nous sommes obligés d'être humbles, et de nous retirer de toute louange, afin de laisser tout l'honneur à notre Père, qui est Dieu (28).

Comme prêtres, nous devons détruire, sacrifier, etanéantir en tous, etsurtouten nous, la superbe en tous ses mouvements.

Comme victimes pour les péchés du monde, nous devons être les plus confus des hommes, étant couverts des crimes de tout le monde, comme Notre-Seigneur, avec qui nous ne sommes qu'une seule victime.

Comme serviteurs de l'Eglise, nous devons être aux pieds de chaque fidèle, les considérant tous comme nos maîtres (29), et nous porter avec affection aux offices les plus bas, comme étant beaucoup au-dessus de nous, nous estimant et fort honorés d'y être appliqués, et très-indignes d'une si grande grâce (30).

Le second motif est, que toute les vertus demandent à l'âme l'humil'ilé.

La foi nous oblige à êire humbles : car nous devons vivre selon ce qu'elle nous enseigne. Or, elle nous enseigne que nous ne sommes que néant et péché ; nous devons donc nous regarder, et vouloir aussi être regardés et traités comme tels de tout le monde. Elle nous faiteonnaîtreeeque nous sommes, et ce que Dieu est ; ce qu'il vaut, et ce que nous valons; ce qu'il mérite, et ce qui lui

(28) Soti Deohonorel gloria. (1 Tint. i, 17.; (20) Superiores sibi invicem aibilaanies. [Plûi.

(50) Nosscrvos vestros perJesum. (II Cur. îv, 5.)

est dû: à savoir, l'honneur et In louange; et r-e que nous méritons et qui nous est dû: à savoir, la confusion et le mépris. Ainsi elle nous porte-à l'humilité, et elle demande c] ne nous soyons humbles, si nous ne voulons démentir ses lumières ; mais particulièrement, il faut beaucoup d'humilité pour avoir la foi, pour captiver notre entendement sous les vérités qu'elle nous propose, et pour anéantir ainsi notre raison, et la soumettre a croire ce qu'elle ne voit point (31*. ■C'est pourquoi les philosophes et les hérétiques, tout remplis de superbe, ont mis tant d'obstacles à la foi. L'humble, au contraire, défère au jugement d'autrui, se soumet à la vérité, n'est jamais opiniâtre; en un mot, il croit tout.

L'espérance nous porte à l'humilité. Car elle ne s'appuie point sur soi-même, et ne se Ce point à ses propres forces, mais seulement à Dieu et aux méritesde noire Sauveur.

La charité la demande : car elle souhaite tout honneur à Dieu, en se perdant et s'oul.i 1 i a n t soi-même.

L'amour du prochain la désire, puisqu'elle ne doit jamais s'aigrir, ni s'irriter pour aucune calomnie.

Le support du prochain l'exige, puisqu'il ooit même supporter l'infirmité de son frère, et son arrogance et sa superbe, qui est la maladie la plus insupportable a celui qui n'est pas véritablement humble. Deux superbes qui veulent s'élever l'un au-dessus de l'autre, ne conserveront jamais cette vertu que saint Paul a si expressément recommandée par ces paroles : Supportantes invicem in charilate. (Ephes. iv, 2.)

La compassion la demande encore : car elle nous perte à réparer sur nous la superbe des hommes, à embrasser l'humilité, parce qu'ils se sont exaltés, et à satisfaire, par nos propres humiliations, à leur orgueil et a leur élévation injuste et déréglée.

La religion l'ordonne : elle veut que tout s'anéantisse et se sacrifie pour la gloire de Dieu, auquel elle rend toute louange, et rapporte tout honneur.

La prudence chrétienne nous y porte, parce qu'elle ne veut point que nous ayons de prétention, que pour les choses que nous pouvons avoir ou conserver paisiblement.

La justice, comme nous le verrons plus au long, exige qu'on rende à chacun ce qui I ui appartient : l'oubli au néant, le mépris au péché, l'estime et la gloire au Tout et à la sainteté. Tibi, Domine, justifia, nobis autem confusio faciei. (Dan. vu.)

La force du Chrétien en est soutenue, qui, connaissant son néant et son impuissance, se jette en Dieu, atin (pue la vertu de Jésus- Clirist, qui est la force des faibles, vienne habiter en lui (32).

La tempérance en est beaucoup fortifiée : car l'humble s'abstient des choses, pane qu'il n'en est pas digne.

La pénitence la requiert, qui demande que Je superbe soit humilié, et que la confusion

loi) lu caplivilalem redigenles omnem inlellectum in oiseaiïum CAristi. ill Cor. x, f>.)

tombe sur celui qui a voulu dérober l'honneur et la gloire à Dieu.

La douceur la souhaite, qui ne veut être altérée pour aucun mépris..

La patience la veut, qui ne doit troubler sa paix pour aucune confusion.

En un mot, l'humilité est la vertu fondamentale de toutes les vertus, qui doit être pré supposée à tout exercice de piété chrétienne.

IIP Section.— Des fondements de l'humilité'.

L'humilité a deux fondements, sur lesquels elle est établie. Le premier est la vérité : le second est la justice : deux attributs divins, selon lesquels nous devons vivre.

La vérité nous met dans la connaissance de nous-mêmes, qui est le grand et solide fondement de l'humilité; car tout sentiment d'humiliation, qui n'est pas fondé sur une sérieuse méditation de ce que l'on est, n'est qu'apparence et qu'illusion. Et une personne, qui croit acquérir cette vertu sans cela, se trompe, et n'en viendra jamais à bout. La raison est, parce que tout ce que nous voyons et tout ce que nous faisons, nous sert d'autant de sujets et d'occasions d'estime propre; principalement lorsque c'est quelque bien, si nous n'avons auparavant établi quel est le principe du bien que nous voyons en nous, et quel est le vrai auteur du mal que nous y ressemons.

Ce n'est pas, comme nous avons déjà dit, que cette connaissance soit l'humilité : car plusieurs, malgré qu'ils en aient, sont forcés d'avouer qu'ils ne sont rien, et qu'ils ne valent rien. Les démons sont obligés de le confesser, sans que pourtant il reste rien en eux de cette sainte vertu. La connaissance de soi-même est une chose qui doit être seulement présupposée comme un principe, duquel on tire ensuite des conséquences, pour agir dans l'esprit de cette vertu. Or la vérité apprend à l'homme à se connaître pour ce qu'il est, et à ne se point regarder pour autre chose , de même que la justice lui demande qu'il se traite pour ce qu'il est, et qu'il ne souffre point d'autre traitement que celui qu'il mérite.

La vérité apprend à l'homme, qu'il est néant , et qu'il est par lui-même ce qu'il était il y a cent ans, et ce qu'il serait si Dieu lui avait retiré l'être qui environne son néant. Cet être est la participation de l'être même de Dieu ; c'est son être en quelque manière rendu sensible à l'homme. Car toutes les créatures ne sont autre chose, s'il faut ainsi parler, que Dieu même rendu visible : elles sont comme des sacrements, ou comme des écoices visibles de l'être invisible de Dieu caché sous elles; elles sont des notions de Dieu, qui expriment diversement ce qu'il est en lui-même. En un mot, tout ce qui est au monde est une dilatation et une expression de Dieu, qui sont hors de Dieu même; c'est un écoulement de Dieu, nui exprime en sa sortie ce que Dieu est en lui-même.

Mais d'un autre côté, lacréaturecohsidérée

(3*2) Ul inhabitet in mevirlut Christi. (JI Cor. xn,9.)

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