CHAPITRE PREMIER
De VEpitre.
Sur la fin de l'oraison, le sous-diacre qui représente visiblement l'Ancien Testament, comme il a été déjà remarqué, et comme il paraît en ce qu'il lit les prophéties et qu'il marche devant le diacre et le prêtre, pour préparer les voies du Seigneur, comme saint Jean, qui était la loi vivante, et qui marquait en ses fonctions la disposition de la Synagogue : E(jo vox elamantis in deserto : Dirigile viam Domini: « Je suis la voix qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur (Joan. i, 23; Isa. xl, 3) ; » disposezvous intérieurement à recevoir Jésus-Christ dans vos cœurs. Le sous-diacre, dis-je, après avoir reçu le livre des Epitres du maître des cérémonies, sur la fin de l'oraison, fait une génuflexion au milieu de l'autel, sur la dernière marche, pour témoigner qu'il est encore éloigné de Notre-Seigneur, et qu'il va parler en son nom, avouant qu'il a reçu par ses mérites et par sa vertu l'esprit de prophétie et de force par lequel il dispose les cœurs à recevoir Notre-Seigneur.
Il lit les prophéties ou les Epîtres, sans auparavant recevoir la bénédiction du prêtre qui représente Jésus-Christ, et il ne la reçoit qu'après les avoir lues, pour exprimer que les prophètes n'ont reçu la bénédiction de Jésus-Christ qu'après leur mort et après le travail de leur mission.
11 baise premièrement la main du piètre, et puis il reçoit la bénédiction ; au contraire le diacre la reçoit, et puis ilbaise la main. Cela signifie que les prophètes ont été mis intimement à la puissance de Jésus-Christ en leur emploi, quoique pourtant ils n'aient été
OEtVBUS COMPL. DE M. OUER,
réconciliés à lui que longtemps après; où au contraire les apôtres, représentés par le diacre, ont reçu la bénédiction et réconciliation avec Dieu en vertu de la mort de Jésus-Christ, devant que de recevoir la puissance de prêcher et d'annoncer l'Evangile.
Le sous-diacre reçoit le livre des prophéties et des Epîtres du maître des cérémonies ou d'un clerc vêtu de blanc ; d'autant que la loi a été donnée par les anges : Accepistis legem in dispositione angelorum (Act. vu, 53) : les Juifs ont reçu la loi par le moyen des anges, qui en avaient la dispensation.
Après que le sous-diacre a chanté l'Epître, il se va mettre à genoux aux pieds du prêtre sans le voir en face; le prêtre ne se détournant pas de l'autel eu il est appliqué, ayant le dos entièrement tourné au peuple ; ce qui signifie que pendant que l'ancienne. Loi se publiait, et que l'Ancien Testament et les prophètes travaillaient dans le monde, le Verbe était tout appliqué à Dieu, et n'était point encore révélé à la terre ni descendu pour se montrer aux hommes.
Ensuite le sous-diacre porte le livre de l'autre côté, où il entend lire au prêtre l'Evangile qu'il portait sans le voir, ce qui marque que 1'Ancieli Testament contenait des choses de Jésus-Christ et do l'Evangile qu'il ne comprenait point; et que même quand il les entendait prêcher à Jésus-Christ tout bas, il né les concevait qu'à demi.
Le diacre qui est proche du livre au côt 5 de l'Epître, pendant que le prêtre la lit, signifie que le Nouveau Testament n'est encore qu'une même chose avec l'Ancien, pendant que Jésus-Christ est caché en son Père, et qu'il n'est point encore venu prêcher son
Evangile, ni donner aux apôtres son Esprit, qui est l'Esprit du Nouveau Testament pour le publier. Ainsi le diacre est joint au prêtre qui lit l.'Epître en témoignage qu'il n'est qu'un avec l'Ancien Testament; comme en effet les apôtres étaient de l'Ancien Testament avant que d'être renouvelés en Esprit au jour de la Pentecôte. Cela marque aussi que ce qui est couché dans les Prophètes et dans la Loi, c'est la croyance du Nouveau Testament, et que c'est le' fondement sur lequel la loi chrétienne est appuyée; enfin, cela témoigne que le diacre a le pouvoir de lire FEpître que le souï-diacre n'a point à l'égard de l'Evangile, parce que l'Ancien Testament était bien éloigné de l'honneur de le pouvoir publier; car si, selon saint Paul, le ministère de l'ancienne Loi était un ministère de mort, comment pouvait-il être un ministère de vie? Et si c'était un ministère d'aveuglement, comment pouvait-il éclairer les peuples, comme le doit taire l'Evangile ?
On dit : Deo grattas à la fin de l'Epîlre, au lieu qu'on dit : Laus tibi, Christe, à la tin de l'Evangile. La raison de cette différence est que Jésus-Christ n'était point descendu sur la terre dans le temps des prophètes; et le Verbe étant encore dans le sein de Dieu, n'était point manifesté : n'y ayant donc que Dieu de connu en ce temps-là, on dit : Dco gratias à la fin des prophéties, en action de grâces de ce qu'il s'est voulu montrer à nous. Et en disant, à la fin de l'Evangile : Laus tibi, Christe, on loue Jésus-Christ d'avoir donné lui-même sa lumière à la terre.
Le sous-diacre n'a pas plutôt laissé le livre des Epîtres et des Evangiles, qu'il est mis entre les mains du diacre, afin de nous déclarer que l'Ancien Testament regardait le Nouveau, et n'était fait que pour cela; il n'élait que pour lui servir de fondement : d'où vient que le sous-diacre soutient luimême l'Evangile quand le diacre le chante, et s'estime heureux d'en porter le livre, parce qu'il n'a entrée dans le ciel que par le Nouveau Testament. C'est pourquoi quand le sous-diacre monte à l'autel pour donner à baiser l'Evangile au prêtre, il est reçu de lui, à cause qu'il le porte dans ses mains, et n'est admis que par là. Si même il y monte quelque autre fois, c'est pour porter les instruments du sacrifice, mais couverts sous les voiles; c'est-à-dire que l'Ancien Testament offrait les figures du sacrifice de Jésus-Christ dans la foi et confiance en Notre-Seigneur : et sans cette foi en Jésus- Christ, il n'eût point été sauvé : et ses œuvres n'étaient admises de Dieu qu'en tant qu'il servait à Jésus-Christ, quoique ce fût de loin.
En effet, le sous-diacre ne s'approche du prêtre, qui représente Notre-Seigneur, que par le diacre, qui est le Nouveau Testament. El ce qui est admirable, c'est qu'il ne touche aux instruments que quand il ne les voit pas ; et quand ils sont découverts, et que le voile en est ùté, il n'y louche plus; c'est le diacre qui y touche à découvert; ce qui montre que le seul Nouveau Testament
voit clairement les mystères qu'il offre réellement avec Jésus-Christ , n'étant qu'un avec lui : c'est pourquoi le diacre soutient le bras du prêtre quand il offre le calice, et prononce les paroles avec lui, et même pour cela il baise tous lesinstruments du sacrifice et la main du prêlre, pour montrer qu'il est un avec Jésus-Christ, et qu'il est uni en tout à lui ; ce qui n'est pas de l'Ancien Testament qui s'en tient toujours éloigné, à cause qu'il n'a pas d'union avec lui qu'après sa mort : il ne reçoit point de baiser de Jésus- Christ pendant les emplois de sa vie : il ne voit pas même Jésus-Christ ni ses mystères. C'est pourquoi le sous-diacre, qui le représente, a toujours le voile et la patène devant les yeux pendant les mystères ; il n'est pas comme lediacre qui voit tout clairement, et qui découvre le calice, qui est appelé le mystère de la foi, où le corps, le sang et l'eau y sont unis et mêlés par ensemble. Et c'est le grand mystère de Jésus-Christ avec son Eglise, unis et consommés en un, que le prêtre reçoit en soi. C'est le mystère de mort et celui de résurrection mêlés ensemble; c'est le chef et les membres unis, et unis en communion pour nous.