‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 143 sur 394 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du pain bénil.

Notre-Seigneur ne s'est pas contenté des figures de l'ancienne Loi pour faire connaître la vérité qu'elles représentaient, et pour accomplir ce que son Père avait promis par elles; mais aussi il fait, pendant sa vie, des Œ'.ivres qui, étant très-saintes en ellesmêmes, figuraient encore quelque chose de plus sublime, à quoi il préparait les peuples, et dont ils n'étaient encore point capables. De là vient que dans le désert il a multiplié les pains, pour figurer la communion à son corps, qu'il leur devait donner sous l'apparence du nain; et avec telle plénitude, largesse et bénédiction, que quoiqu'il se donnât tout entier à chacun, il devait se laisser encore tout entier entre les mains de son Eglise; en sorte qu'elle a bien plus après avoir consacré les hosties, et y avoir communié les peuples, qu'elle n'avait auparavant la consécration. En effet, elle demeure en ses ministres héritière de douze corbeilles, figure des douze apôtres et des Eglises qui ont été nourries du corps de Jésus-Christ, après qu'il en a institué le sacrement, et qu'il l'a multiplié sous les espèces du pain. Cela a été aussi autrefois représenté par les douze pains de proposition (comme je l'ai remarqué ailleurs), qui étaient unis au sacrifice que l'on offrait perpétuellement sur l'autel du thymiarne, et qui étaient toujours exposés dans le temple, ainsi quo Noire-Seigneur est incessamment sur l'autel et dans les tabernacles, exhalant des vapeurs de suavité et des louanges de bonne odeur sous les espèces du pain, qui couvrent sa religion, et qui la multiplient tout entière, et en tous les endroits où il se trouve des hosties, et en autant de sujets qu'il y en a qui s'approchent de la sainte table.

Et comme le très-saint Sacrement est maintenant inconnu et sa valeur peu estimée, et que les Chrétiens s'en éloignent p.ar froideur, ou s'en approchent souvent avec irrévérence, l'Eglise, pour l'aire ressouvenir ses enfants qu'ils doivent être en communion avec Jésus-Christ, et qu'ils devraient communier au saint et sacré pain de l'autel, leur donne le pain bénit, pour les avertir d'y communier au moins spirituellement, et d'entrer en l'Esprit de Jésus-Christ hostie. C'est pourquoi dans l'oraison : Unde et memores, etc., qu'on dit au Canon, après avoir parlé de la passion, de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ, qui sont les mystères par où il a passé pour être notre hostie, et pour continuer sous cette qualité de s'offrir pour nous dans le ciel à Dieu son

l'ère : Ut appareat nunc vultui Dei pro nobif [Ilebr, ix, 2*); l'Eglise, qui a une intelligence parfaite du mystère de ce sacrifice, ajoute : Hosliam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam; parce que cette hostie est devenue hostie pure, hostie sainte, hostie immaculée par la mort, par la résurrection et par l'ascension de Jésus-Christ; et immédiatement après on dit : Panera sanction vitœ œternce, pour montrer que tout cela nous est donné en communion par ce pain vivant, dont le pain bénit est un supplément et une figure, et que nous sommes rendus participants de tous cos mystères, en recevant le très-saint Sacrement qui est un mémorial, un abrégé, un suc et un précis de ces mêmes mystères.

Jésus- Christ en ce Sacrement renferme en soi toutes les dispositions intérieures qu'il a eues dans ses autres mystères, et nous fait communier à' la plénitude de son Esprit, pour nous rendre en esprit des hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu. 11 nous est une nourriture de vie éternelle et divine, et nous rend déjà participants du même Esprit et de la môme nourriture dont nous serons repus dans le ciel, et dont les bienheureux se rassasient avec le Père éternel, qui le premier communie si amoureusement à son hostie son cher Fils, qui est retourné en lui par son ascension.

Ces vérités sublimes et divines ont été longtemps figurées avant que d'être accomplies. Dieu le Père a employé quatre mille ans pour préparer les hommes à ces œuvres admirables, avant que son Fils vint les opérer sur la terre. Et Notre-Seigneur, voulant disposer leurs cœurs à la très-sainte communion, et en même temps à tous les autres mystères qu'elle renferme, a multiplié les pains dans le désert en la présence des peuples, pour figurer, comme nous avons dit au commencement de ce chapitre, la multiplication du très-saintj Sacrement qu'il devait faire un jour dans l'Eglise. C'est pourquoi dans le même chapitre de saint Jean, après avoir fait ce miracle, il promet de leur donner son corps en nourriture sous l'attrait du pain qu'il leur a donné. 11 leur parle encore du pain des anges et de la manne descendue du ciel, comme d'une figure de la communion à laquelle il voulait les disposer, et tout cela ne pouvait les toucher ni leur ouvrir l'esprit; ce qui témoigne que les mystères de la sainte communion sont si grands, si saints, si hauts et si sublimes, qu'il faut plusieurs figures pour y préparer l'esprit des peuples.

L'Eglise qui marche toujours sur les voies

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