‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 144 sur 394 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l'Offertoire.

Notre-Seigneur venant au monde s'est une fois offert à Dieu son Père en qualité d'hostie dans le sein de la très-sainte Vierge, comme sur un autel, pour être un jour immolé et consommé à la gloire de sa divine majesté. Et cette offrande a été l'offrande et la sanctification de toute l'Eglise qu'il a voulu sacrifier avec lui. In qua voluntate sanctificati sumus per oblationem corporis Jesu Chrisli semel. (Uebr. x, 10.) C'est en cette volonté qu'il dit à son Père qu'il voulait s'immoler un jour à sa gloire sur la croix, et ensuite s'abîmer, se perdre et se consommer en lui pour. achever son sacrifice; et que cependant il se vouait à lui et lui consacrait avec soi tous ses membres pour l'honorer et le servir, dans l'attente qu'un jour il les consommerait en un, pour nVn faire qu'une seule hostie qui le glorifierait éternellement dans le ciel, et qui lui serait mille fois plus agréable que ces hosties grossières, et que tous ces animaux qu'on offrait dans le temple : Hostiam et oblationem noluisti, etc. Tune dixi : Ecce venio, etc. Ut faciam, Deus, voluntatem tuam. (Uebr. x, 5, 6.) Deus meus, volui. (Psal. xxxix, 9.) Ce sera celle hostie de tous les saints eu moi, dont la voix plus charmante que celle des victimes vous louera à jamais, et fera avec moi un seul cri de louange pour toute l'éternité : Hostiam vociferationis. (Psal. xxvi, 6.) Si bien qu'en ce jour saint de l'incarnation, Jésus-Christ dans le sein de Marie s'offrit a son Père pour le servir dans le temps avec tous ses peuples, en attendant le sacrifice de l'éternité, qu'il lui offrait par avance dans le secret du sein de sa Mère comme dans un temple. Et ce temple animé lui était l'image du ciel, et la figure du sein de Dieu, où il devait offrir sur cet autel d'or, dont parle l'Ecriture, la louange de son cœur et de tous ses fidèles consommés en lui. (Apoc. vin, 3.) C'est donc dans le secret du cœur de la très-sainte Vierge, que la religion sainte de Jésus-Christ a pris son commencement. Mais, comme cette religion était secrète et inconnue aux hommes, et que le Fils de Dieu était venu pour la rendre publique ; comme il devait accomplir et perfectionner en sa personne la religion extérieure des Juifs, pour la faire passer jusqu'à nous ; comme il devait être la fin de l'ancienne Loi et le principe de la nouvelle, et qu'il devait se rendre lui-même le fondateur •le la religion des Chrétiens, et du culte exté ieurde l'Eglise, il va dans le temple peu de temps après sa naissance, et il se présente publiquement à Dieu le Père par les mains ue sa Mère, et par celles de saint Joseph. Ce fut pour lors qu'il exprima par l'ex-

térieur de l'un et de l'autre la religion qu'il portait en son cœur, et qu'il répandait dans leur intérieur, pour faire un sacrifice auguste et digne d'une majesté adorable. Il renferma en ce mystère l'ancienne et la nouvelle loi ; il y renferma les deux Testaments, et appela la religion de l'un et de l'autre, pour assister comme témoins à l'offrande publique de ce sacrifice qu'il faisait pour lors, et qui était le commencement du sacrifice qui devait s'accomplir sensiblement au jour de ses souffrances, où il devait être visiblement immolé sur la croix, et au jour de sa très-sainte résurrection, où il devait être consommé en Dieu extérieurement et en son corps, comme il l'était auparavant en son âme.

Ces deux mystères de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, étaient les termes de ce sacrifice offert extérieurement dans le temple au jour de la Purification, lis étaient représentés par ces deux pigeons, ou ces deux tourterelles qui, selon l'Ecriture, devaient être présentés à Dieu, pour tenir la place de l'enfant, et pour signifier le sacrifice auquel il était destiné : Sumet duos turtures, vel duos pullos columbarum, unum in holocauslum, et alterum pro peccato. (Levit. xu, 8.) L'un de ces pigeons ou de ces tourterelles était offert en sacrifice pour le péché; c'est pourquoi on l'appelait llostia pro peccato. Et dans ce sacrifice l'animal était égorgé, et son sang répandu autour de l'autel, pour représenter la mort et l'immolation de Jésus-Christ en la croix. L'autre était jeté au feu et y était tout consommé, et pour cela on l'appelait holocauste ; et il représentait la résurrection de Jésus- Christ abîmé en Dieu, et consommé en ce jour par le feu de sa divinité. Ainsi la mort et la résurrection de Jésus-Christ étaient représentées par ces deux sortes de sacrifices. C'est pourquoi Siuiéon, par esprit de prophétie, parle d'abord de ces deux mystères à la très-sainte Vierge : Positus est hic in ruinant et in resurrectionem multorum : 11 sera en sa mort et en sa résurrection la cause de la mort et de la résurrection de plusieurs.

Ce fut en ce même temps et par le même esprit de prophétie queSiméon annonça à la. très-sainte Vierge qu'un jour son âme serait percée du glaive de douleur : Tuam ipsius animant pertransibit gladius. (Luc. il, 3o.) Ce jour fut celui de la mort de son Fils, où elle en fut entièrement percée sur le Calvaire, mais pourtant elle commença d'en ressentir la douleur dans le temple au jour de la présentation de son Fils, où il fut destiné à la mort. Car alors elle l'offrit par avance en qualité d'hostie, comme un jour elle devait l'offrir à Dieu sur le Calvaire. Jésus-Christ était à elle; et comme Dieu avait défendu qu'on lui présentât des hosties dérobées, et qu'il voulait qu'elles fussent offertes par les mains de ceux à qui elles appartenaient, Jésus-Christ hostie ne pouvait être présenté qu'avec l'agrément et par lus mains de sa très-sainte Mère. C'est

pourquoi la sainte Vierge devait venir au temple, non-seulement pour y assister de la part de l'Eglise et de tout le Nouveau Testament, réuni en sa personne, pour être en elle le témoin de cet auguste sacrifice qui se devait offrir pour lui, de ujèine que Siiuéony vint pour tenirla place de la Loi. dont il portait l'esprit : Spirilits sanctus erat in eo. Mais encore elle y devait venir pour présenter ;i Dieu cette hostie qui était à elle, et que la nature et la grâce lui avaient donnée. En effet, elle la mit entre les mains de Siméon qui, représentant aussi le Père éternel, reçut la démission du droit de la trèssainte Vierge. Elle disait pour lors à son Dieu : Je me démets de mon trésor entre vos mains, et vous présente de la part de l'Eglise ce (pie j'ai de plus cher en ce monde : je vous oiïre ce qui est de plus grand au tiel et en la terre ; je ne l'ai pas plutôt possédé, que je vous transporte et vous cède tout le droit que vous m'y avez donné par sa naissance : je le livre entre vos bras pour être sacrifié. Père éternel, vous vous représentez à moi, et me paraissez comme prêtre, c'est pour immolercette sainte victime. Il n'était pas encore né, qu'il se livrait à la mort; il n'avait jamais été à lui. Déjà il s'est offert à vous dans mon sein, et vous a remis tout le droit qu'il avait sur soi-même; mais parce qu'il était à moi, et que vous me l'aviez donné, il veut aussi que je vous le présente et, que je me démette de tout le droit que j'ai sur lui, afin que, par ce vœu solennel et cette offrande de religion publique, il soit totalement à vous. C'est ainsi que la sainte Vierge exprimait les sentiments de Nôtre-Seigneur, qui par cet acte de religion publique se reliait à son Père en tout ce en quoi il semblait en être délié. Car par cette offrande il se réunissait à lui, et se dégageait de tout ce qui en apparence pourrait l'arrêter ou le retirer d'entre ses mains, lorsque le temps viendrait de se livrer et de s'abandonner entièrement à lui : soit au Calvaire, où il devait mourir et être immolé, soit au tombeau, où il devait ressusciter et être consommé par le feu de la gloire de Dieu son Père.

Ces deux mystères de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, qui étaient deux sacrifices (ou plutôt le même sacrifice continué), étaient figurés par divers sacrifices de la Foi, qui ne pouvait par un seul représenter la diversité des choses si excellentes qu'elle figurait. C'est pourquoi saint Siméon représentant la Loi, qui soupirait incessamment pour Jésus-Christ, et voyant» en ce divin Sauveur la vérité des mystères qu'elle Ggurait, et pour lesquels Dieu l'avait instituée, disait en l'Esprit dont il était rempli : Nunc dimittis servum tuum. Domine, secundum vcrlntm tuum in pace. (Luc. n, 29.) C'est maintenant que je suis content; je vois devant mes yeux, et tiens dans mes mains la vérité de mes figures; je jouis des mystères pour lesquels je soupirais ; j'ai entre mes bras celui qui apaise la colère de Dieu, et qui seul vaut plus que toute la Loi et tous

ses sacrifices, qui maintenant seraient abolis s'il ne voulait avec honneur ensevelir sa mère la Synagogue, qu'il révère et honore, comme étant instituée et formée des mains de Dieu son Père. Je vous présente donc, Père éternel, celui qui vaut mieux que le monde, et qui vous rendra plus d'honneur que toute la créature ensemble, quand môme elle serait anéantie à votre gloire. C'est lui, ô mon Dieu, que vous avez préparé depuis quatre mille ans que le monde est formé : Quod parasti ante faciem omnium populorum [Luc. n, 31) ; afin de retirer le-; peuples du péché, et de l'aveuglement où ils étaient précipités par leur faute : Lumen ad revelalionem gentium, et gloriam plebis tuœ, Jsrael (Luc. H, 32) : c'est la lumière qui doit éclairer les gentils abîmés dans l'erreur du péché, et qui doit être la gloire de tout son peuple et de sa patrie, quoiqu'il en doive paraître l'opprobre sur la croix. Car il sera en sa résurrection le roi de tout le monde : Reges eos in virga ferrea (Psal. n. 9) : il sera non-seulement le roi pacifique de toute la Judée, comme un Salomon ; mais un roi qui subjuguera toute la créature, et qui sera révéré de tout l'univers : Domine, Dominas noster, quant admirabile est nomen tuum in univema terra. (Psal. vi-ii, 1.) Et dans ce même esprit Notre-Seignteur disait : Constitutus sum rex ab eo super Sion monlem sanction ejus (Psal. n, 6) : Mon Père m'a fait roi du ciel au jour de ma résurrection ; il m'a établi le vrai roi pacifique, assis sur un trône de paix, et sur le royaume des bienheureux, où je porte la gloire de la sainte maison d'Israël plus haut qu'elle ne l'espérait, et que tous les prophètes ensemble ne l'avaient pu exprimer.

Or c'est ce même roi qui, étant prêtre et hostie tout ensemble, se présente à Dieu son Père dans le ciel, et change son trône en un autel, pour obtenir par le sacrifice qu'il y offre, le salut de tout le monde : Susci pe, sancte Pater, omnipotens œ terne De-us, hanc immaculatam hostiam, etc. : Recevez, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel, cette hostie immaculée, etc. Il s'offre comme l'hostie sans tache, et comme la victime innocente, qui était ligurée dans la Loi par les hosties qui, selon le commandement de Dieu au Létitique, devaient être sans macule. (Levit. xi, 10 ; îx, 3.) C'est pourquoi le prêtre considérait attentivement à l'entrée du tabernacle l'hostie présentée, et regardait soigneusement si elle 'avait toutes les marques désirées par la Loi, et ordonnées de Dieu. (Levit. i, k.) Après que celui qui la présentait avait mis les mains sur l'hostie, pour marquer qu'if se démettait de tout le droit que Dieu lui avait donné sur elle, le prêtre, ayantexaminécette victime, et l'ayant contemplée à loisir, la recevait des mains de celui qui l'offrait, comme s'il eût dit : Je reprends de la part de Dieu tout le droit que vous me rétrocédez: et je prends celte hostie pour ne la quitter plus, et pour ne m'en démettre jamais; c'est pour l'éternité que je reçois ce sacrifice.

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