‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 147 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — L1V. VI · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — L1V. VI

menl ténèbres ; à cause que la créature n'y a eu aucun accès, et que les yeux des anges ni des saints ne l'y ont jamais pu suivre. Si hieii que l'Eglise du ciel et celle de la terre ont un voile sur la face, à l'égard de Jésus-Christ monté dans les cieux, et pénétrant jusqu'au plus profond de l'abîme de Dieu, dont saint Paul a voulu parler, lorsau'il a dit de Notre-Seigneur : Penetravit cœlos : Il a pénétré le plus profond des cieux. C'est où l'Eglise ne peut aller, et ce qu'elle ne saurait comprendre; c'est la fin et la consommation des mystères; c'est ce qu'ils ont de plus caché, à savoir Jésus- Christ retiré dans son Père, où il est consommé par son amour, et où il lui rend aussi mille devoirs de respect et de gloire tout à fait inconnus; ce que le sous-diacre proteste, mettant le voile devant ses yeux, comme animé des sentiments et des protestations de l'Eglise, qu'il sert et qu'il représente.

11 tient sous le voile la patène, qui est l'expression de la foi. Car comme la patène sert aux mystères pour porter et soutenir le corps de Jésus-Christ, ainsi la foi sert pour en soutenir le corps mystique.

Sur la fin du Pater, le sous-diacre, montant à l'autel avec le diacre, lui donne la patène," et le diacre la purifie, et la présente au prêtre, qui la baise : ce qui nous montre que notre foi, pour ferme qu'elle soit, et pour fidèles que nous ayons été à la garder, si elle n'est purifiée par Jésus-Christ représenté par le diacre, jamais elle ne sera baisée par le prêtre, c'est-à-dire que Dieu le Père ne l'agréera jamais : et, au contraire , si Jésus-Christ l'olfre, la purifie et la présente, son Père l'agréera et la baisera; et même peu de temps après rendra la paix à sou Fils pour la donner à son Eglise, et lui donnera un baiser, non pas avec un instrument comme est la patène, mais de sa propre bouche; et son Fils le portera ensuite à son Eglise. C'est ce que le prêtre nous témoigne, quand il donne le baiser au diacre, le diacre au sous-diacre, et le sous-diacre a l'Eglise. Et en ce point encore Notre-Seigneur paraît dans le sous-diacre serviteur de l'Eglise, en tant qu'il est en lui ministre de la paix pour le peuple.

La sainte Eglise, comme Epouse de Jésus- Christ, suivant ses traces et marchant sur ses vestiges, se comporte de la même façon envers ses enfants, que Jésus-Christ se comporte envers elle , pour leur donner avec progrès la connaissance et la vue de ses mystères. Car elle ne découvre pas tout d'un coup ce qu'elle a de plus caché à ceux qui se convertissent à la foi ; mais elle les fonde et les affermit premièrement en la croyance de Jésus -Christ Homme- Dieu; après elle leur révèle petit à petit ses mystères avec ordre, ayant égard à leur état et à leur capacité. C'est pour cela que les catéchumènes sortaient de l'Eglise devant qu'on commençât l'opération des saints mystères; et ils n'étaient admis à les voir, qu'aurès avoir été unis à Jésus-Christ par le bap-

tême. Ce qui s'observait encore pour les pénitents, qui étaient remis dans l'Eglise, premièrement par la communion des prières, et ensuite par celle du saint Sacrement.

Le sous-diacre ne quitte le voile qu'après que le prêtre a chanté : Vimitte nobis débita nostra, pour représenter que l'Ancien Testament n'a été admis aux mystères, ni réconcilié à Dieu qu'après la prière que Notre- Seigneur Jésus-Christ a laite pour lui, en demandant pardon à Dieu de ses péchés.

Alors il a été appelé à la communion des mystères ; alors Jésus-Christ a agréé ses services et l'a mis en part du sacrifice, et c'est pour cela que le prêtre baise la patène, et ensuite il la met sous l'hostie, pour la soutenir, témoignant par là que l'Ancien Testament représenté par le sous-diacre , qui a donné la patène, avait en soi le fondement du sacrifice, quoique par son indignité il en fût fort éloigné, et qu'il n'ait pu en approcher sans les prières et sans la grâce du Nouveau Testament; d'où vient que le diacre fait passer le purificatoire sur la patène, afin qu'en elle l'Ancien Testament soit purifié et rendu digne d'entrer en communion du sacrifice et de servir à ce divin mystère. Il est donc vrai que la patène qui soutient le corps de Jésus-Christ, donne au sous-diacre accès à l'autel et auprès du prêtre par l'entremise du diacre, et que cela nous fait connaître que l'Ancien Testament n'a accès à Jésus-Christ que par les services qu'il lui a rendus en foi; et qui, étant prophétiques de nos mystères, servent à soutenir son corps mystique et ses mystérieuses cérémonies Habemus : firmiorem prophelicum sermonem. (H Petr. i, 19.)

Le sous-diacre est debout lorsqu'il tient la patène voilée devant ses yeux pendant le divin sacrifice, ce qui marque son espérance et sa patience en foi, après que Notre- Seigneur Jésus-Christ reçoit ses services.

Le prêtre baise la patène que le diacre a purifiée, parce que tout est rendu parfait par la nouvelle loi et non par l'ancienne : Nihil ad perfectum adoucit lex. (Uebr. vu , 19.) Et quoique l'Ancien Testament ait porté d'une façon très-sainte, mais obscure, la matière qui devait servir à former le corps de Jésus-Christ en sa très-sainte Mère, il a fallu néanmoins que cette matière ait été purifiée avant que d'y servir à consacrer le corps de Jésus-Christ, à savoir : le pain que le sous-diacre porte caché sous le voile, doit être purifié avant que de servir au sacrifice. C'est ce qui est exprimé clairement en la Messe que l'évêque célèbre pontificalement,avec grand appareil et magnificence; car on y met deux pains l'un sur l'autre sur la patène, dont l'un ne sert qu'à purifier l'autre; ce qui exprime que la semence d'Abraham n'est pas assez pure et n'est pas propre pour être offerte à Dieu en sacrifice, si la grâce du Nouveau Testament ne la sanctifie; comme il paraît en ce que le corps de la très-sainte Vierge et celui do Jésus-Christ, son Fils, qui n'est qu'un avec

celai de sa Mère pendant qu'il demeure en ses entrailles, sont sanctifiés par l'esprit du Nouveau Testament : Spirilus sanctus superveniet in te, et virtus Allissimi obumbrabit tibi, ideoque et ijuod nascetur ex te sanctum, etc. (Luc. I, 35.)

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