‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 148 sur 394 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des encensements que l'on fait sur les choses offertes.

Comme les cérémonies sont instituées dans l'Eglise pour exprimer extérieurement au peuple ce qui se passe intérieurement dans le secret des sacrements et des mystères; celles de la sainte Messe et toutes les oraisons et actions de cet auguste sacrifice sont ordonnées pour expliquer au peuple ce qui se passe en Jésus-Christ et en son divin mystère. Or comme le prêtre, à l'entrée du sacrifice, a fait un encensement qui exprime, comme nous. l'avons dit, les oraisons des saints de l'un et de l'autre Testament; il en ajoute un second pour représenter les mérites de Jésus-Christ et ceux de l'Eglise, qui sont compris et oiïerts à Dieu dans ce saint sacrifice pour le salut du monde. Les oraisons de Jésus-Christ, comme aussi les oraisons et les mérites des saints, font le précis de ce mystère. Et c'est ce que l'Eglise exprime au peuple, le plus purement et saintement qu'il se peut.

L'encensement sur le pain et sur le vin se fait d'une autre manière que celui du commencement de la Messe : car on y fait trois croix sur le calice et sur le pain, pour exprimer que la croix de Jésus-Christ, que ses souffrances et sa mort, qui sont les sources capitales de ses mérites, ont été portées et offertes par Jésus-Christ à l'honneur ue la très-sainte Trinité.

En faisant ces trois signes de croix, on dit ces paroles : Incensum istud a te benedictum, asceridat ad te, Domine, pour dire que nous envoyons et présentons à Dieu les mérites de Jésus-Christ crucifié, dont le pain et le calice ont été rendus participants par l'offrande qu'on en a faite, et par les signes de croix qu'on forme dessus.

On tourne ensuite partroisfois l'encensoir à l'entour du calice et du pain, en disant : Et descendat super nos misericordia tua , pour montrer que cette hostie et ce sacrifice que nous présentons à Dieu pour obtenir miséricorde, sont environnés des mérites de Jésus-Christ. C'est pourquoi on t'ait les deux premiers cercles de la droite à la gauche, et le dernier, de lajgauche à la droite. Par les deux premiers, nous témoignons la confiance que nous avons que sa miséricorde descendra sur nous, et nous tirera de la gauche, où nos péchés nous avaient mis, pour nous placer à sa droite; et par le dernier, nous demandons d'être tirés de la gauche et d'être mis à la droite de Dieu avec Jésus-Christ.

Ce mouvement de la gauche à la droite qui se fait en rond, signifie encore que nous

envoyons notre offrande à Dieu du meilleur de nôtre cœur, et que nous désirons de la lui offrir pour jamais, espérant par là sa miséricorde éternelle.

Ensuite on encense l'autel de même façon qu'au commencement de la Messe, pour exprimer que ce sacrifice contient et offre à Dieu tous les mérites de Jésus-Christ et des saints de son Eglise, dont le sein de Dieu est rempli, ce qui fait la grande valeur de ce sacrifice.

Le diacre, qui représente toute l'Eglise, comme nous avons dit. baise la main du prêtre et les choses qu'il lui présente, pour témoigner (pue l'Eglise consent à tous les effets et à toutes les opérations nécessaires pour la destruction, l'immolation et la consommation de ses saints. Et après, en reprenant la cuiller il baise une seconde fois la main du prêtre, qui en la personne de Notre- Seigneur va louer Dieu, et jeter l'encens devant sa majesté. Enfin, le diacre baise l'encensoir, pour signifier qu'il adhère et qu'il s'unit à toutes les louanges qui seront rendues à Dieu par le Verbe divin en l'humanité sainte de Jésus-Christ, figurée par cet instrument des encensements; à cause que l'humanité de Jésus-Christ sert au Verbe pour glorifier Dieu le Père autant qu'il mérite et qu'il peut recevoir de louanges hors de lui. O mystère admirable! L'humanité ne peut honorer Dieu ni le louer autant qu'il le mérite : elle est trop petite en foi , c'est une goutte d'eau auprès de la mer : elle ne peut honorer et louer Dieu par le Verbe, qui est la louange infinie de Dieu , en laquelle l'Homme - Dieu se perd pour glorifier son Père, et pour satisfaire au désir et à l'ardeur qu'il a de l'honorer autant qu'il peut être.

Le Verbe-Dieu étant égal au Père, ne peut pas le louer du culte de respect et de religion, qui demande inégalité et dépendance : c'est pourquoi il a recours à son humanité, et se sert d'elle pour lui rendre ses hommages et ses devoirs. Et de même que Dieu ne pouvant pas satisfaire par lui-même pour les péchés du monde, emprunte une nature dans laquelle il se contente, il se paye, et se réconcilie la nature de l'homme : Deus erut in Christo mundum réconcilions sibi. (II Cor. v, 19.) Ne pouvant adorer Dieu, ni lui rendre les devoirs d'inférieur, il en cherche le moyen et il le trouve en son humanité. C'est en elle qu'il loue Dieu; c'est aussi en elle que toute créature l'adore, à cause que toute la créature est renfermée en l'homme, ce qui n'eût pas été s'il eût emprunté la nature angélique, qui ne comprend pas en soi, comme celle de l'homme, toute la diversité des êtres créés : Omnis creatura nominc signatur homo : omnis autem creaturœ aliquid habcl homo : habet namque commune esse cum lapidibus, vivere cum arboribus, intelligcre cum angelis. Super illa verba prœdicate Erangeiium omni créatures (2»5).Or, de même que l'homme se servant du monde et des

(245) S. Chic, boni. 20, in Evang.

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