DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. - LIV. VI
créatures pour offenser Dieu, use de quelque chose de soi-même pour les déshonorer, à cause que le monde est le supplément de l'homme, et que les créatures en sont comme les membres qui le font subsister; ainsi Jésus-Christ se servant de son humanité pour se soumettre à Dieu, et en elle consommant le monde et toutes ses créatures, il consomme ce qui lui appartient, et ce qui est comme son étendue et son achèvement. Et en ce qu'il répare par là les désordres des créatures, rendant à Dieu l'honneur que l'homme lui «avait ravi par elles, il s'acquitte de ses devoirs envers son Père.
Le thuriféraire, qui est une figure de la sainte Vierge, comme nous avons déjà expliqué, porte l'Eglise d'une main, et Jésus- Christ de l'autre, figurés par la navette et par l'encensoir, et demande le salut de l'une, et la venue de l'autre; ce qui faisait les deux emplois de la très-sainte Vierge, l'espace de quinze ans qu'elle passa en prières pour les nécessités de l'Eglise, et en la contemplation des mystères de son Fils, auxquels alors elle ne pensait avoir aucune part qu'en qualité de servante. Elle priait pour les hommes avant que Jésus- Christ vînt au monde ; elle le souhaitait incessamment, et l'attirait sur nous par des atlraits et des charmes plus puissants que ceux de tous les prophètes ensemble. Dam esset rex in acrubitu suo, nardus mea dédit odorem suum. [Cant. i, 11.) Mes prières et mes charmes ont été si puissants, qu'ils ont excité Dieu à quitter son repos, et à sortir du lit de sa paix et de sa béatitude, pour venir reposer dans mon sein.
Le thuriféraire est tout parfumé de l'encens, comme la sainte Vierge l'est de son Fils ; et s'il n'y a point d'ordre en l'Eglise institué pour le thuriféraire et qui porte ce titre, c'est à cause que le thuriféraire représente la personne de la très-sainte Vierge, qui ne doit jamais paraître de son chef, mais seulement en Jésus-Christ, et sous Jésus-Christ. D'où vient que le thuriféraire est compris fort à propos sous l'acolyte, qui représente Nôtre-Seigneur comme lumière du monde :
Ego sum lux mundi. (Joan. vin, 12.)
Les moindres ordres ne sont que comme des essais, pour éprouver les mœurs et la capacité des élus, avant que de les élever au divin mystère de la prêtrise, dont la trèssainte Vierge était plus digne que tout le monde ensemble; son sexe seul la privait de l'usage et de la dignité de ce ministère, qui était réservé pour les hommes et pour le sexe de Jésus-Christ. Elle a bien pu avoir la grâce de sacerdoce, et en avoir môme quelque sorte d'usage; comme quand elle offre Notre-Seigneur en ses entrailles, dans le leruple, sur la croix et dans le ciel ; mais ce n'a jamais été par offre ni par aucun acle de religion solennelle, propre à la dignité de prêtre. Elle a eu la qualité suréminente de Mère de Dieu, qui la relève en dignité au-dessus de tout, et son sexe seulement, oar l'institution de Dieu, la privait de la
prêtrise, selon l'ordre de Melchisédech.
C'est pourquoi elle n'est pas comprise sous les ordres de sous-diacre ni de diacre, qui commencent à faire la fonction de prêtre, et qui ne sont qu'une étendue de ce saint ordre ; l'un représentant la prêtrise et la religion de l'ancienne loi; et l'autre, la prêtrise et la religion de la nouvelle, qui se réunissent en Jésus-Christ, et ne font en lui qu'un prêtre et une même religion, en sorte néanmoins que la nouvelle lui est plus unie immédiatement que l'ancienne : d'où vient que le diacre ne s'éloigne jamais du prêtre sans raison particulière et sans mystère exprès ; il est presque toujours à ses côtés, ou lui soutenant les bras, ou lui présentant les intruments du sacrifice, ou lui découvrant le calice ; en un mot, faisant de fois à autre quelque chose qui est du ministère du prêtre, et que le prêtre fait lui seul quand il n'a point fait de diacre : mais la sainte Vierge est comprise sous l'ordre d'acolyte, qui est le plus haut entre les moindres, qui ne sont point l'étendue du prêtre, et qui ne représentent point Notre- Seigneur en cette dignité-.
La dignité de thuriféraire est comprise en l'ordre d'acolyte, qui, comme nous avons dit, représente Notre-Seigneur sous les plus hautes perfections, qui le rendaient la lumière et la splendeur du monde, éclairant toute l'Eglise par ses vertus. Et la sainte Vierge est bien représentée par le thuriféraire caché sous l'acolyte, puisqu'elle est cette femme revêtue de lumière ; c'est-à-dire couverte des splendeurs de Jésus-Christ et de ses divins exemples : Mulicr amicta sole (Apoc. xii, 1) : C'est une femme environnée de sou Fils, pénétrée comme un cristal des brillants du soleil; enfin, c'est elle qui répand partout la bonne odeur de Jésus-Christ, et qui, comme untemple|sacré, a été embaumée des parfums de Notre-Seigneur s'olfrant à son Père comme un encens trèssuave, qu'elle répand après dans l'Eglise, et dont elle parfume tous les particuliers, selon leur dignité, et selon les fonctions qu'ils doivent faire en l'Eglise, donnant à un chacun des grâces de Jésus-Christ et de son Saint-Esprit, autant qu'il en est besoin. (On n'encense au commencement de la Messe que l'autel et le prêtre; mais ici on encense tous les officiers, le chœur et le peuple.) C'est pourquoi le thuriféraire porte en main l'encensoir, qui est figure de Jésus-Christ; et les parfums qui y sont consommés, représentent les saints, qui, en lui et avec lui, sont consommés en Dieu. El c'est cette consommation dont la sainte Vierge rend les prêtres participants dans l'Eglise, pour joindre leurs louanges à celles des bienheureux, et ainsi offrir au Père éternel les louanges des justes et des saints tout ensemble en l'unité de Jésus-Christ, qui est le véritable panégyriste, et l'unique religieux du Père, et qui est donné aux hommes et répandu en nous par le saint ministère de la très-sainte Vierge."
Lu a Lavabo,
Œl'VRES COMPLETES DE M. OLIEK CHAPITRE V.
» de l' « Orale, fratres, » et des
Secrètes.
Tout ce que nous avons dit jusqu'à .cette heure des cérémonies de la sainte Messe, nous représente Jésus-Christ vivant encore en terré. La cérémonie suivante finit la communion de Notre-Seigneur avec les hommes; et le prêtre qui lave ses doigts et qui récite le psaume Lavabo, témoigne qu'il se la\ a et se nettoie des plus légères souillures qu'il avait contractées dans la chair et dans le commerce avec les hommes.
C'est pourquoi étant retourné au milieu de l'autel, il dit, courbé et les mains appuyées dessus : Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem quam tibi offerimus, ob memoriam passionis, resurreclionis, et ascensionis, etc., pour témoigner l'état de l'Eglise présente, qui n'est pas maintenant capable de supporter la grandeur et la sublimité des mystères, et qui ne peut se confier qu'en Dieu, ni s'appuyer que sur lui seul pour les pouvoir comprendre, comme elle fera dans le ciel, où elle verra à découvert tout l'esprit des mystères; où elle verra Jésus-Christ face à face, et où elle contemplera ses saintes dispositions sans nuage et sans baisser la vue, comme il est représenté par la posture du prêtre, récitant après la consécration l'oraison : Unde et memores, etc., tam bealœ passionis, nec non et ab inferis resurrectiunis, sed et in cœlos gloriosœ ascensionis. Il dit cette prière tout debout les bras ouverts, ayant le corps de Jésus-Christ présent ; et par là il témoigne qu'il a devant les yeux tous les mystères, qu'il les contemple et les regarde à découvert ; ce qu'il ne faisait et n'osait faire auparavant.
Après avoir achevé la prière : Suscipe, sancta Trinitas, il se tourne vers le peuple, et fait le tour entier, pour signifier qu'il quitte l'infirmité de notre nature vile et corruptible, pour entrer dans le sein de Dieu son Père. Il dit à tous les assistants : Orate, fratres, comme s'il disait : Maintenant mon commerce sensible et commun va cesser avec vous. Priez à part, mon Père, en la vertu de mon esprit que je vous donnerai après être rentré en lui. C'est pourquoi après cela le prêtre ne se tourne plus vers le peuple; mais tout appliqué a Dieu, il dit les prières secrètes ; ce qui représente Notre- Seigneur tout caché et abîmé dans le sein de Dieu son Père, où il continue à faire des prières et à lui rendre des devoirs, dont le commun de l'Eglise du ciel n'a point de connaissance, et qui sont cachés à la plus grande partie des anges et des saints, non plus que ses apôtres n'étaient pas toujours témoins des prières qu'il taisait lorsqu'il vivait sur la terre. Car parfois il priait en public, et leur montrait la manière de prier, comme lorsqu'il leur enseigna l'Oraison dominicale, et parfois il priait tout seul en la montagne : Asccndit in montem solus orare (Matth.'xw, 23; Marc, vi, 46) : de mémo Clans le ciel, où uarait à découvert la vérité
de la vie divine que Jésus-Christ a cachée et figurée sur la terre, Notre-Seigneur y fait des prières secrètes et publiques, dont les unes sont représentées par les oraisons qu'on appelle Secrètes, et les autres sont figurées par la suivante qui est la Préface, où répandu dans les saints, il les élève, les encourage, et les excite à louer Dieu avec lui. 11 excite les anges aussi bien que les hommes à le glorifier. Et sans faire d'écho (comme les séraphins d'Isaïe qui disent l'un après l'autre : Sanctus, sanctus, pour témoigner leur joie et leur correspondance en l'amour et en la religion), tous ensemble d'un cœur, d'une voix, d'une bouche, dirent en Jésus-Christ tout ce qu'ils ont à dire, et lui seul répandu en tous glorifie son Père par tout autant d'organes, comme il y a de bouches, de langues et de cœurs dans les saints. Le prêtre donc récite les Secrètes, qui sont les prières intérieures et cachées de Notre-Seigneur Jésus-Christ : et il les récite tout bas et du côté de l'Evangile, pour exprimer qu'il offre en ce sacrifice, qui est l'abrégé de toutes les prières de Jésus- Christ, celles qu'il a faites sur la terre en son particulier.