‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 151 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — EIV. VI · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — EIV. VI

à Dieu le Père par Notre-Seigneur Jésus- Christ, sont de longue durée : el pour cela même cette oraison finit par Sanctus, qui est la prière des anges et des saints, qui ne finit jamais. Dans le ciel jamais silence, toujours louanges et prières, toujours invocation divine par tous les bienheureux.

La Préface qui sert de conclusion à la prière secrète de Notre-Seigneun, est donc la pure oraison des cieux et des bienheureux, pour laquelle les hommes n'ont que du respect et un saint éloignement. C'est pourquoi cette oraison commence : Per omnia sœcula sœculorum ; paroles qui semblent n'avoir point de sens, mais qui expriment bien l'état des bienheureux, lesquels sortent de la terre où on est tiède, pesant et inconstant en la religion et en l'amour. D'abord qu'ils entrent au ciel, ils se transportent en Dieu ; et avec des excès non pareils, ils crient, ils éclatent, ils chantent a haute voix les dijgnificences de Dieu, et cela pour l'éternité et les siècles des siècles : Per omnia sœcula sœculorum; qu'à tout jamais, disent-ils, tous transportés et épris de la beauté divine, vous soyez adoré et aimé.béni et glorifié, etc. Pendant toute cette prière, le diacre et le sous-diacre sont en bas derrière le prêtre, noue dire qu'ils ne sont point encore dans l'état de sainteté et dans les dispositions des bienheureux, dont Jésus-Christ exprime les louanges.

Si le prêtre après avoir dit : Per omnia, etc., ajoute : Dominus vobiscum ; ce n'est pas qu'il s'adresse aux bienheureux, pour leur souhaiter le Saint-Esprit ; car ils sont abîmés en lui et consommés en Dieu : or, on ne désire pointa une personne ce qu'elle a, et on ne lui donne pointée qu'elle possède: c'est à l'Eglise de la terre à qui il parle ; il lui souhaite le Saint-Esprit, il l'invite à s'élever au ciel ; il lui dit que Dieu est avec elle pour l'obliger à joindre son cœur à celui des bienheureux.

Quand le prêtre dit : Dominus vabiscum, il ne joint point les mains, mais il les tient toujours étendues sur l'autel, disant par là aux peuples qu'ils se tiennent en humilité, en respect el révérence pour les choses célestes et éternelles, et qu'ils s'unissent seulement aux bienheureux, en la société desquels il va prier.

■Au commencement des autres oraisons, en disant : Dominus vobiscum et Oremus, le prêtre joint les mains en les élevant un peu, pour montrer qu'il invite les assistants à élever leur cœur de la terre et à prier avec lui. Mais ici il tient les mains fermes et arrêtées sur l'autel, lorsqu'il dit : Dominus vobiscum, sans les joindre et sans appeler et convoquer les peuples à prier avec lui, parce que ce n'est point ici la prière des peuples, m;iis celle des bienheureux, qui dans l'éternité ont le cœur continuellement élevé, transporté et appliqué à Dieu. 11 n'est pas nécessaire de retirer de la terre le cœur des saints en la société ciesquelsil prie, ni de le rappeler au ciel: car dès le premier moment qu'ils y sont entrés, comme après mille années, ils

Œuvres compl. dk M. Olieu.

sont dans la disposition et dans l'état que Notre-Seigneur désire.

En cette belle prière, le prêtre ne dit point : Oremus; il ne dit point: Prions; car ils n'ont que faire d'être invités à la prière, puisqu'ils sont en prières perpétuelles; mais il dit: Sursum corda : Elevez vos cœurs, parce qu'entrant avec eux en communauté d'oraisons et de religion, il veut mettre l'Eglise de la terre en société et commerce avec eux.

Entre les autres dispositions où les saints sont occupés pour toute l'éternité, le remerciaient et l'action de grâces envers Dieu , pour les bienfaits qu'il a versés sur nous et sur son Eglise est une des principales. Après que les saints ont adoré Dieu en lui-même, ils s'occupent en action de grâces pour son Fils, contemplant l'amour qu'il a eu le donnant pour le monde ; et même Notre-Seigneu r, comme plus particulièrement obligé à la bouté de Dieu son Père, d'avoir voulu choisir son humanité sainte entre toutes les créatures, pour être le réceptacle de ses faveurs, l'organe de sa clarification, pour être unie intimement à la personne du Verbe et pour devenir une personne avec lui ; son occupation capitale, aussi bien que de toute l'Eglise, est de s'appliquer à l'action de grâces perpétuelle envers Dieu, et pour cela, après Sursum corda, le prêtre dit : Gratias agamus Domino Deo nostro : Rendons grâces au Seigneur Dieu pour ses bienfaits, ce que l'Eglise entière reconnaît être juste par ces paroles : Dignum etjustum est. Ensuite Notre- Seigneur en la personne du prêtre redouble hautement et dit : Que ce n'est pas seulement une chose digne de Dieu et juste pour la créature, mais qu'elle est encore raisonnable et salutaire xVeredignum et justum est, œquum et saluture. Ce qu'il dit comme étant mieux instruit et mieux informé des bontés de Dieu son Père, que toute la créature ensemble

Et pour cela Notre-Seigneur veut rendre éternellement cette louange et action de grâces : Per omnia sœcula sœculorum. 11 entre dans une louange éternelle, dans une louange agréable et bien réglée, dans la louange des bienheureux où il appelle l'Eglise de la terre, et désire qu'elle s'élève pour entrer dans ce concert admirable. C'est pourquoi en cette prière on fait toujours mention des anges et de la cour céleste, à laquelle le prêtre prie Dieu de souffrir qu'il s unisse : Ut admitti jubeas deprecamur supplici confessione dicentes ; Souffrez, mon Sauveur , que l'Eglise de la terre se joigne à l'Eglise du ciel, et souffrez que tous ensemble nous soyons unis à vous, pour glorifier Dieu et pour chanter ce cantique éternel de tous les bienheureux : Sanctus, Sanctus, Sanctus.

Pendant tout le temps de la Préface, le prêtre a les bras ouverts, pour signifier que ce qui se chante là est une oraison du paradis, où les saints sont tous dilatés en la contemplation de la beauté de Dieu. 11 a encore les mains ouvertes, pour montrer que les saints font des demandes à Dieu dans le ciel, comme nous en faisons sur la terre. C'est pourquoi pendant les oraisons, soit au coiu-

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Triencement ou à la fin de la sainte Messe, et même aux Secrètes, on a toujours les mains ouvertes pour reconnaître que nous mendions les grâces et les libéralités de Dieu, que nous attendons en confiance et ouverture de cœur, comme ces mains ouvertes l'expriment. .

Les anges et les saints ont besoin que Jésus-Christ se joigne à eux, et qu'il se mêle dans leurs prières et oraisons pour l'accomplissement de la religion de Dieu et de la parfaite louange qu'ils désirent lui rendre, et qui ne lui sera jamais rendue que par Notre- Sei"neur. C'est pourquoi on dit même au milieu de cette prière : Per Christian Domivum nostrum perquem majestatem tuam tondant angeli, etc. C'est par le Verbe que les anges et archanges, les chérubins et séraphins louent la majesté de Dieu, et qu ils disent si hautement '.Sanctus, Sanclus, Sanclus. Il n'y a que Noire-Seigneur qui puisse dire combien Dieu est saint en lui-même , puisque lui seul a été retiré dans l'intime de la substance de la Divinité, et a pénétré dans l'intime du secret et le fond de l'abîme de Dieu, qui est une gloire inscrutable et impénétrable à tout autre qu'à Dieu et à son Fils Jésus-Christ, qui y a été retiré par son Père. C'est là où il peut dire quelle est la sainteté de Dieu, combien il est retiré en lui-même, épuré et séparé de toute créature, et même éloigné des saints qui l'environnent et se perdent en lui. Et pour cela le prêtre se baisse prononçant ces paroles -.Sanctus, etc,; confessant par' là que, dans les cieux aussi bien que sur la terre, il n'y a qu'à adorer ce qui se passe en Dieu. Entre le Père et le Fils Tes secrets sont impénétrables et la sainteté n'en est découverte qu'à Dieu seul : il faut s'anéantir, et que toute la cour céleste se courbe et se prosterne dans le ciel, comme nous faisons sur la terre.

La sainteté de Dieu est un abîme împerscrutable aux bienheureuxcommeaux hommes, et la gloire ne peut non plus leur en découvrir le fonds pour le comprendre, que la foi pour le montrer aux hommes. Et pour cette raison l'Eglise, dans la personne du diacre et du sous-diacre, se baisse avec le prêtre, disant: Nous qui sommes dans la foi comme vous êtes dans la vue et clarté de Dieu, nous confessons que Dieu est adorable, qu'il ne saurait être compris ; qu'il faut .fermer les yeux à sa lumière et dire qu'il habite une" lumière inaccessible. Dieu sera toujours plus adoré par tout ce que l'on ne voit pas que par cela même qu'on en peut voir : et il faut toujours adorer Dieu pardessus toute vue de la foi ; il faut l'adorer tel qu'il est dans lui-même et qui ne peut être compris. Dieu est plus loué par ce qu'on confesse de ne le pouvoir louer que par toute autre chose ; il faut le louer en silence et en éionnement. Et pour cela le prêtre, après ce grand Sanctus, se tait ; il dit quelques prières en silence, et il invoque la majesté de Dieu, do le vouloir assister en son Fils Noire-Seigneur , prenant ainsi vie dans le Verbe pour louer Dieu et le glorifier.

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