‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 154 sur 394 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des oraisons et cérémonies du Canon qui précédent la Consécration.

Le saint Canon de la Messe est la partie essentielle, qui exprime proprement le sacrifice de Jésus-Christ dans le ciel, qui est le même sacrifice que Notre-Seigneur offre a Dieu sur la terre en ses prêtres, habitant en eux par son esprit, et y faisant les mêmes fonctions de prêtre qu'il fait en paradis, où il est prêtre éternel selon l'ordre de MeJchisédech, et où il continuera d'offrir à son Père dans toute l'éternité sa personne et ses membres par un sacrifice éternel.

Dans les autres parties de la Messe, comme devant et après le Canon, Notre-Seigneur présente à son Père les louanges et les services qui l'ont précédé sur la terre dans l'ancienne loi, ou qui lui ont succédé dans l'Eglise présente. 11 offre même en ces parties à son Père, ce qu'il a fait au monde pendant sa conversation. Car le très-auguste sacrifice comprend tous les devoirs que Jésus-Christ et tous les saints ont rendus à son Père, et Notre-Seigneur désire les y exprimer aux peuples , et veut qu'on y voie en détail, mais toutefois en raccourci, ce que contient son sacrifice, et ce qu'il peut valoir aux yeux de Dieu son Père. Et pour cela même Notre-Seigneur y présente à Dieu sa vie, et en particulier l'offrande qu'il lui fit autrefois de lui-même en venant dans le monde : Jngrediens mundum dicit , etc. (Hebr. x, 5), comme une des actions des plus considérables et importantes de sa vie, en laquelle toute l'Eglise a été consacrée à Dieu, et qui a rempli ce beau livre de vie, où le nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur est écrit en tête : In capite libri, etc. (Uebr x, 7.)

Le prêtre à ce dessein fait l'Offertoire , pour exprimer celte première offrande de la vie voyagère de Jésus-Christ, bien différente de celle qu'il fait à présent dans les cieux, comme les circonstances et dispositions Je marquent : car dans cette première offrande

Notre-Seigneur est en état de contrition et d humiliation : In spiritu humililatis et in animo contrito : Mon Père, recevez mon ollrande, que je vous présente en esprit d humiliation, de contrition et de pénitence que je désire continuer toute ma vie, Pt que* je veux achever sur la croix. En celle offrande il prépare à Dieu un sacrifice. Bencdic hoc sacrificium luo sancto nomini prœ paratum : Bénissez ce sacrifice qui vous est préparé, et cette hostie que je me dispose d immoler à votre gloire. Mais, dans le ciel, Notre-Seigneur y est s'offrant dans un état glorieux : il ne se présente pas à Dieu comme préparé à la mort, qui est le premier état de 1 hostie, mais comme une hostie une fois immolée et déjà consommée en Dieu. Jésus-Christ dans le ciel ne s'offre pas dans I état que repré>ente le pain et le vin mais dans celui où il se met par la consécration sous les espèces du pain et du vin ; à savoir : dans un état consommé en Dieu (tans un état immortel, impassible, spirituel et divin, qui est l'état dont il jouit dans le ciel avec tous les bienheureux consommés dans la même gloire et dans un même feu que lui, lesquels il offre en sacrifice avec lui à son Père. Et c'est le sacrifice de Notrefceigneur assis à la droite de Dieu son Père qui est représenté en cette partie de la sainte Messe qu on appelle le Canon.

Au commencement du Canon, le prêtre lève les mains et les yeux vers le ciel, pour demander et attirer une grande bénédiction sur 1 Eglise, qui est en esprit sur l'autel comme une hostie bien représentée par iè pain et le vin composés de plusieurs grains qui marquent l'unité des fidèles assemblés en esprit avec l'hostie, pour s'offrir, se consacrer et s immoler à Dieu.

Le prêtre s'adressant au Père, dit: Te iaitur, clementtssime Pater, pour signifier qu'il n a point droit de bénir quoi que ce soit qu en la vertu de Dieu, qu'il implore comme la source unique de toute bénédiction- il ajoute : Per Jesum Christum Dominum nosirum, d autant que nous n'avons accès au

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P<Ve que par le Fils : Per Dominum nostrum JesumChrùtum : Pcrquem et habemus accestm etc. (Rom. v, 1, 2.) Nous n'espérons de Krâce que par le Fils, en qui et par qui nous prétendons nous présenter au Père.

Ensuite il baise l'autel , pour marquer le désir que Notre-Seigneur a de joindre tous ses membres dans une union parfaite en lin et en son Père, afin qu'ils reçoivent cette bénédiction qu'il va répandre sur eux et sur les symboles qui tiennent leur place. J'entends non-seulement le pain et le vin , mais encore les présents que les peuples ont faits à Dieu à l'offrande, qu'on ferait bien de mettre sur l'autel , afin que, tenant le lieu de ceux qui les ont offerts, qui ne s'y peuvent pas mettre eux-mêmes avec bienséance, ils reçoivent pour eux la bénédiction du Père par son Fils, et qu'étant ainsi bénis, ils se présentent de bon cœur au Père avec Jésus-

Lorsque le prêtre donne la bénédiction, il doit bénir premièrement le pain; secondement, les offrandes et les dons qu on a faits à Dieu; en troisième heu, le vin : car toutes ces choses doivent être bénies par Jésus-Christ, pour être dignes d être présentées à Dieu. A la première bénédiction, le prêtre dit : Uccc dona; à la seconde :Hœc mnera; à la troisième ■.Beecsanclasacnjma. Par te mot munera, on entend les présents qui doivent être au milieu des offrandes sacrées qu'on doit présenter à Dieu. >

C'est pour cette considération qu on met ce mot mimera au milieu de ceux-ci : Dona et sacrificia. Car le mot dona signifie le pain, et Christ signifie le vin, qui exprime le sacrifice de Jésus-Christ, où son sang aelé répandu et séparé de son corps; d ou s ensuit que la dernière bénédiction se doit donner sur le vin. Et néanmoins toutes les trois bénédictions se donnent également sur le

n et le vin, et eu esprit sur es présents et sur les peuples, à cause que les peuples, les présents, le pain et le vin ne font qu un sacrifice et une hostie totale offerte à Dieu le Père en Jésus-Christ. Où l'on doit remarquer que Notre-Seigneur ne donne ces bénédictions qu'après avoir prié son Père et evé les mains au ciel, ainsi qu il fit au désert sur les pains qu'il voulait multiplier pour en rassasier les peuples, pour témoigner qu'il ne donne aucune bénédiction et ne fait aucunes grâces que comme procédantes de son Père, qui en est la source, laquelle elle invoque et mendie par prières en tant qu'homme, et qu'il reçoit par communication et génération en tant que Dieu. Ainsi tout ce qui vient du Fils sur nous est procédant de son Père comme de sa vraie source et de son principe.

Et c'est encore ce que représente dans le fond du mystère ce premier baiser de I autel qu'on fait au commencement du Canon après ces paroles: Te igitûr, clementissime Pater, etc. On exprime par là le baiser éternel du Fils avec son Père, qui est uni, colle et identifié avec lui en son essenoe, duquel il tire tout ce qu'il a à faire de •grâce, et a

répandre de bénédiction sur l'humanité sainte. En sorte que tout ce que la personne du Verbe a répandu sur la nature humaine au commencement de sa vie, il l'a fait après l'avoir reçu, et comme le recevant de son Père en la communication qu'il lui a faite de son essence et de son être, qui est la source de tout bien et de toute grâce. Le Verbe puise dans le Père comme en sa source ce qu'il donne à son humanité.

Voilà donc la raison pour laquelle le prêtre baise l'autel. 11 exprime Jésus-Christ, dont il tient la place, baisant son Père en qui il puise comme Fils ses bénédictions avec plénitude et abondance. C'est pourquoi on doit faire les bénédictions bien amples, pour exprimer la plénitude de Jésus-Christ, et les largesses et libéralités de Dieu le Père, envers son Fils, auquel se communiquant, il le met en communauté de biens et de richesses avec lui, et fait que son humanité même contient tous les trésors du Verbe.

Or, cette bénédiction n est pas seulement répandue sur Jésus-Christ, mais aussi sur toute son Eglise ; et c'est pour cela qu'on fait la croix sur la palle, qui représente I étendue de la terre. Et cette croix en carré signifie les quatre coins du monde, où s'étend la bénédiction du Fils de Dieu.

Le prêtre donc qui tient la place de Jésus-Christ, et qui exprime ses prières et l'intention du sacrifice, demande grâce et bénédiction à Dieu pour l'Eglise, et il dit ; O/ferimus pro Ecclesia tua sancta catholica; quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris loto orbe terrarum, una cum famulo tuo, etc. On voit par là que Jésus- Christ offre à son Père ce sacrifice pour toute la sainte Eglise, et qu'il désire qu'elle soit une en lui, et qu'elle conserve cette unité par l'adhérence de toute la terre au Sainl-Siégè. C'est là la première prière et la première intention du sacrifice qui nous est exprimée dans le Canon. Je vous conjure d'avoir pour agréable l'offrande que je vous fais de tout ce que nous sommes, pour le bien de l'Eglise, que je vous prie de vouloir unir au Saint-Père, qui me représente visiblement sur la terre (on nomme ici le Souverain Pontife), de même que les saints sont unis avec moi : Adunare digneris cum famulo tuo N. :3c vous conjure de la tenir dans l'union de votre serviteur : Quam pacificare et regere, etc. : Je vous prie aussi de la vouloir pacifier et régir comme celle du ciel. Et pour cet effet, Notre-Seigneur s offre à son Père avec tous ses dons, toutes ses grâces et celles de ses membres.

Or, comme les cérémonies qui précèdent le Canon expriment l'étendue des membres de Jésus-Christ, et de leurs oraisons et mérites (comme je l'ai remarqué plus particulièrement dans l'explication des encensements qui se font au commencement et au milieu de la Messe), ce qui se passe dans e Canon exprime l'étendue des grâces et de l'esprit de Jésus-Christ, et ses occupations intérieures dans le ciel, tant en lui que dans

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