CHAPITRE II
De la Consécration Depuis ces paroles : Te igitur, etc., jusqu'à celles-ci : Quam oblationem, etc., la première partie du sacrifice est bien exprimée, à savoir l'oblation que Jésus-Christ fait à son Père de son propre sacrifice, dont la victime n'est autre que lui-même et tous ses saints consommés en lui, qu'il offre continuellement à Dieu pour le salut de son Eglise. Ensuite des intentions du sacrifice qui y sont exprimées en particulier les unes après les autres, il est bon d'avoir aussi en son esprit celle qui n'est exprimée qu'après la consécration, et qui est comprise dans l'oraison : Unde et memores nos servi lui, où Jésus-Christ exprime la gratitude de l'Eglise du cie! pour tous les grands mystères qu'il a opérés, comme sa passion,, sa résurrection et son ascension,, qui sont représentées dans la Messe, comme étant les mystères qui font toute l'étendue du sacrifice dans sa plénitude et sa perfection. C'est pour cela même que ce sacrifice est appelé eucharistique, parce qu'il est donné à l'Eglise comme un moyen de rendre action de grâces à Dieu pour les bienfaits de Jésus- Christ; car ne pouvant trouver autre part de quoi satisfaire au désir qu'elle a dé rendre ce qu'elle doit à Dieu, ne pouvant trouver ailleurs un don et une offrande qui
égale le bien qu'elle a reçu, elle le trouve en ce sacrifice , où elle offre cela même qu'elle a reçu, à savoir Jésus-Christ avec tous les mystères dont elle est obligée à la bonté de Dieu.
Après la première partie du sacrifice de Jésus-Christ, qui est l'oblation, vous voyez, aussitôt l'immolation représentée, la consommation, et la communion, qui sont les autres parties du sacrifice. On voit la passion exprimée par ces signes de croix qu'on fait séparément sur le p3in et sur le vin, en disant ces paroles : Ut corpus et sanguis fiât. Ensuite de quoi le prêlre, après avoir prononcé les mêmes paroles que Nutre-Seigneur prononça instituant cet adorable mystère, il met par la vertu des paroles sàcramentales le corps à part, et le sang à part sous les diverses espèces du pain et du vin, qui représentent le corps et le sang de Jésus-Christ séparés ; et qui ainsi signifient la mort de Notre-Seigneur , et expriment la seconde partie du sacrifice, à savoir, l'immolation de la victime, où le sang était répandu, et les parties du corps divisées. Mais encore que Notre-Seigneur soit mis sous les espèces extérieurement figuratives de la mort, il y est toutefois dans sa gloire et consommé dans le feu de Dieu, comme il le fut aux mystères de sa résurrection et de son ascension, ainsi qu'il est marqué dans l'oraison qui se dit incontinent après : Unde et memores, etc., tam beatœ passionis, nec non abinferis resurrectionis, sed et in cœlo gloriosœ ascensionis, qui sont des mystères de gloire.
Par là le prêtre aeliève le sacrifice, et met l'hostie dans l'état où le Père éternel la mit au jour de la résurrection; auquel trouvant son Fils immolé dans le tombeau, il vint dans sa lumière et sa clarté divine le consommer en lui, ne lui laissant aucun reste de son infirmité et de son état premier, de son état de chair grossière, passible et mortelle : en sorte que, le consommant entièrement, il le fit passer en son état divin, comme le fer passe dans l'état du feu.
Le prêtre, prononçant les paroles de la Consécration, représente le Père éternel qui engendre son Fils au jour de sa résurrection dans le tombeau, et l'engendre encore tous les jours dans le repos de sa gloire, et le consomme en lui avec béatitude. Et ce que le Père éternel a fait en son Fils le saint jour de Pâques, savoir de le consommer en ;ui, c'est proprement l'acte du sacrifice que le prêtre continue de faire tous les jours à Tautei; car it engendre et il produit Jésus-Christ consommé en son Père; et pour continuer de le produire tous les jours, ce ne laisse pas d'être un vrai sacrifice; comme le Père, pour continuer la génération de sonYet be.ne laisse pas de l'engendrer encore à tout moment. Ainsi le Père éternel, par le ministère des prêtres, sacrifie son Fils autant de fois qu'ils le produisent, à cause qu'ils le produisent consommé par le Père; de même qu'il continue de l'engendrer par eux, d'autant que par leur ministère il l'engendre tous
les jours sur les autels ; de sorte qii il est engendré et sacrifié tous les jours : Ego hodie genui te (Psal. h), à cause que Jésus- Christ, Verbe et victime, est produit par les prêtres, dont la génération et consommation continue, comme dès le premier moment que le Père éternel l'a opérée.
Ensuite de la production du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est comme la continuation du mystère de la résurrection, on lève la sainte hostie, et ensuite le calice, pour exprimer le mystère de la sainte ascension , lorsque Jésus-Christ
fut
élevé dans les cieux après sa résurrec-
tion. Or, cette élévation du corps et du sang de Notre-Seigneur est encore un achèvement du sacrifice, à cause qu'anciennement l'hostie s'enlevait au ciel dans la flamme ; ce qui marquait encore un mystère, savoir, que l'hostie retournait vers le ciel d'où elle était sortie, pour rentrer et pour se réunir à son divin principe. Et c'était une figure de la très-sainte ascension exprimée dans les sacrifices anciens.
C'est pour ce même sujet qu'il y a pendant ce temps-là deux, quatre, ou six acolvtes, ou clercs vêtus de blanc, les flambeaux allumés à la main, qui sont aux deux coins de l'autel; car ils représentent non-seulement les anges, qui par le commandement de Dieu sortirent du ciel, comme ces clercs de la sacristie, pour venir adorer Notre-Seigneur en qualité de Fils de Dieu : Et adorent eum otnnes ungeli ejus (Psal. xcvi, 5 ; Acl. i, 10 ; llebr. i, (i) ; mais encore ils figurent ces anges vêtus de blanc, qui parurent aux apôtres au moment de l'ascension de Notre-Seigneur, les avertissant du mystère, et leur découvrant la volonté de Dieu sur Jésus- Christ son Fils ; en sorte qu'ils furent la lumière des apôtres, et les apôtres du Père, aux apôtres du Fils.
Ces anges, qui paraissent aux apôtres pendant que Jésus-Christ s'en éloigne, sont la marque delà communication que Notre-Seigneur prétend qui soit entre l'Eglise militante et la triomphante, depuis son séjour au ciel, d'où il enverra ses esprits comme ministres à ses enfants pour leur consolation, selon la prophétie qu.il a faite de son Eglise et de l'état où elle devait être par son départ. Mdebiiis angelos ascendentes et descendentes supr-a Filium hominis (Joan. i, 51) : Vous verrez, après mon départ, les anges monter de la terre au ciel, et descendre du ciel en terre sur le Fils de l'homme.
Ces clercs ou acolytes, vêtus de blanc avec leurs flambeaux, nous remettent en mémoire ces anges vêtus de blanc, qui donnent aux hommes cette espérance , qu'après avoir consommé leur vie innocente dans la lumière de la foi et dans le feu de l'amour, ils jouiront de leur état de gloire, de splendeur et d'immortalité.