‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 157 sur 394 · CHAPITRE UJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE UJ

De l'oraison qui commence : a- Unde et memores. »

Après l'Élévation on dit cette oraison •

DES CEREMONIES DE LA UKAND'MESSE. — LIY. Vil.

Unde et membres. Domine, nos servi lui, etc. Et d'autant que Notre-Seigneur n'offre pas seulement à sonPère dans le ciel tous ses mystères ; mais encore ce qu'il a mérité par ses mystères aux hommes, c'est-à-d i re ses grâces et ses dons; de là vient qu'après les mystères, >1 ajoute : De tuis dont» ac dalis, de vos dons ; qui sont les grâces qu'il a données aux hommes après sa sainte ascension : Dedit duna hominibus. Notre-Seigneur par sa mort a mérité aux hommes son esprit; par sa sainte résurrection, où il est déclaré le souverain pontife de l'Eglise, il reçoit le pouvoir de distribuer ses dons; et par le saint mystère de son ascension il entre en possession, et il commence à faire usage de la puissance de donner cet esprit.

L'Esprit de Dieu, unique en lui-même, est divers en ses dons. Aux uns il distribue une chose, aux autres il en donne une autre: et toutefois c'est le même qui distribue à chacun comme il lui plaît. Il communique aux uns des grâces sanctifiantes, et aux autres, des dons gratuits, que l'Eglise explique par ces mois : De tuis donis ac datis; à cause que l'Esprit a toujours soin de donner aux âmes non-seulement des dons de sanctification, mais il en choisit quelques-unes, auxquelles il donneaussi desgrâces qu'onappelle Gratuites, pour aider à la sainteté des autres : et le Saint-Esprit est dans quelques âmes les sanctifiant seulement, et dans d'autres sanctifiant aussi le monde par leur moyen. Telles furent les grâces quel'Esprit- Saint donna aux apôtres après l'ascension de Notre-Seigneur, qui par des lumières extraordinaires éclairaient les esprits ; et ce même Saint-Esprit se rendait présent en même temps à l'esprit des auditeurs, pour leur faire comprendre ce qu'il faisait dire sous des tlangues étrangères , mais toute fois intelligibles par la présence de l'Esprit; car il s'insinuait intérieurement, et découvrait à leur intérieur les mêmes choses qu'il expliquait sous des personnes, qui n'étaient que les manteaux et les couvertures dont H se servait pour opérer alors par sa puissance sur les âmes : le temps étant venu de les changer et convertir à Dieu, qui leur voulait faire miséricorde, vaincu par les prières et sollicitations de Jésus-Christ monté aux cieux, qui avait mérité cette grâce en mourant, et qui était entré par sa divine résurrection en droit d'engendrer des enfants à la vie divine ; car éianl déclaré Fils de Dieu : Prœdeslinatus Filius Vei , et étant rendu tout semblable à Dieu son Père par cette qualité de Fils et d'image, il fallait qu'il fût fécond comme lui.

Jésus-Christ homme et Fils de l'homme, devenant Fils de Dieu en sa résurrection, et tout semblable par sa nature humaine au Verbe, qui était engendré de toute éternité, devait être fécond comme le Verbe; et il le devait être de la même manière que le Verbe l'était de toute éternité. Or, le Verbe divin est fécond en produisant le Saint-Esprit. Ainsi Jésus-Christ le Fils de l'homme, étant tiré daL? la nature de Fils de Dieu en sa ré- -

surrection, est fécond en envoyant et nous donnant ce même esprit, qui, étant dans les cœurs, distribue aux fidèles ses grâces et ses dons, et fait en eux des merveilles pour la gloire de Dieu. Les dons en Dieu sont saints, et dans les hommes ils sont utiles à sa gloire. Comme donc Jésus-Christ veut offrir au Père éternel tout ce -qu'il y a de saint au monde pourlui gagner lecœur, illuioffreles dons de son esprit, qui ont fait tant d'effets si excellentset si admirables parses disciples, et même par tous leurs successeurs en l'Eglise de Dieu. 11 s'offre donc lui-même et tous ses saints : il offre tous leurs dons et toutes leurs grâces; il offre une divine hostie, qui a été purifiée, sanctifiée, tirée du péché, et rendue immaculée devant les yeux de Dieu par ses dons admirables : Ilostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam. En sorte que Jésus-Christ et tous les saint* compris dans l'oraison : Communicantes , tous ses mystères et tous ses dons ne sont rien' qu'une hostie offerte et présentée à Dieu, qui est pure, sainte et sans tache dans le ciel. Car là l'esprit de Dieu a tellement purifiélecœurdessaintsdans la gloire, qu'ils sont tout purs, tout saints, et sans tache : Offerimus prœclarœ majcslali tuœ de luis donis ac dalis hosliant puram, hottiam sanctam, hostiam immaculatam.

Cette hostie ainsi composée de Jésus- Christ, des saints et de ses dons, est olfeno incessamment par Notre-Seigneur à son Père dans le ciel, comme il est signifié dans la Canon, lorsque l'on y fait si souvent mention d'offrande.

Cela était autrefois représenté par le grand prêtre entrant dans le Saint des saints, où il était une figure bien expresse de Jésus- Christ hostie et sacrificateur de lui-même, de ses sainis, et de leurs dons dans le paradis; il portait en tête écrit sur une lame d'or : Sanctum Domino, (Luc. u, 23.) Ce qui représentait Notre-Seigneur comme chef de l'Eglise, lequel est saint à Dieu : Sanctum Domino vocabilur. Ce chef portera le nom de saint à Dieu, qui est proprement le nom du Verbe en Dieu; car le Verbe par nécessité de personne est appliqué à son Père, et le regarde incessamment ; la relation du Fils veut qu'il regarde incessamment et nécessairement sou Père. Le Verbe de sa nature est l'expression et l'image de ce dont il est le Verbe : il regarde donc le Père par nécessité et propriété personnelle; et c'est lui par conséquent, qui se doit nommer proprement saint à Dieu , Sanctum Domino.

Celte lame d'or où ces paroles étaient écrites, signifie encore le Verbe qui est Dieu ; car l'or est le symbole de la Divinité. Le grand prêtre la portait sur le front,, parce que, selon saint Paul, Dieu est le chef de Jésus-Christ : Caput Chrisli Deus. (I Cor. xi, 3.) Notre hostie porte ce titre sur son front: Sanctum Domino, sanctifiée à Dieu : Hostiam sanctam, Jésus-Christ et ses membres sont sanctifiés à Dieu ; et tous sont à Dieu d'une façon maguifique, puisqu'ils sont saints à Dieu par le Verbe et dans le Verbe, qui est

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tout saint à Dieu en sa personne immense, appliquant à Dieu tout ce qui lui est uni ; comme sont les fidèles qui sont unis au Verbe, et sont perdus en lui, et ne sont qu'un en lui : Consummuti in unum (Joan. xvii, 23) : Ils sont tous consommés au ciel en Jésus- Clirist, qui, étant saint à Dieu, les sanctifie tous et les applique tous à Dieu en la simplicité et unité de sa personne.

Cette consommation des saints en Jésus- Clirist, qui sont tous une hostie avec lui, était encore représentée par le rational (Exod. xxvin, 15), qui était une pièce d'étoffe carrée, que le grand prêtre portait sur sa poitrine, et qui contenait douze pierres précieuses, où étaient écrits les noms des douze tribus d'Israël, qui représentaient tous les saints renfermés clans la poitrine de Jésus-Christ et consommés en lui. Du rational sortaient des feus et des lumières, qui figuraient le fond de Jésus-Christ consommant tous les saints, non-seulement en soi-même, mais aussi en Dieu : Yita vestra ubscondita est cum Christo inDeo. (Col. ui,3.) Jésus-Christ est caché et perdu en Dieu; et tous les saints étant perdus en Jésus-Christ, ils se perdent par Jésus-Christ en Dieu, où ils sont consommés; ils sont tout embrasés de son feu, et pénétrés de sa lumière; et sont tous avec lui dans la splendeur dont parle le Psalmiste : In splcndoribus sanctorum (Psal. cix, 3) : c'est en quoi consiste la consommation des saints.

De plus, ces pierres étaient rangées trois à trois; et il y en avait quatre rangs, d'autant qu'il y en avait douze, selon le nombre des tribus, pour exprimer l'Eglise, qui est une image de la très-sainte Trinité, répandue et partagée aux quatre coins du monde, qui sera réunie et rassemblée en Jésus-Christ, pour être hostie de Dieu dans le sein du grand prêtre.

Ces feux et ces lumièresqui s'appelaient: Urim et Thummim, étaient encore une représentation du Saint-Esprit dans les fidèles, qui a été principe de leur consommation en terre, quand ils étaient encore séparés, et qu'ils n'étaient point en l'unité parfaite de Jésus-Christ : car c'a été le Saint-Esprit donné à l'Eglise par Jésus-Christ qui a été le principe de vie en eux, et la voie de leur sanctification. C'est le Saint-Esprit résidant dans les cœurs par foi et par charité, par lumière et par amour, qui fait tous les saints en la terre. Ainsi ces lumières et ces feux, qui étaient dans le rational figuraient la vie des fidèles remplis du Saint-Esprit, et conduit par sa lumière et par son amour; et signifiaient aussi ce même Esprit résidant en plénitude dans les prêtres, pour conduire l'Eglise à l'amour et à la connaissance de Dieu.

D'où vient qu'entre autres rencontres ces feux et ces lueurs paraissaient dans le rational, quand on consultait le grand prêtre pour des choses importantes à. l'Etat et à l'Eglise. Ce qui était un témoignage que les prêtres doivent donner conseil par la lumière et la conduite du Saint-Esprit, et Qu'ils doivent t-ou-

ver en lui seul leur mouvement et leur lu» mière. Et c'a été ce que Jésus-Christ a laissé aux apôtres, montant dans le ciel, en les substituant à sa place, pour échauffer le monde a l'amour de son Père, et pour enseigner aux hommes la vérité : c'est ce feu qu'il nous a laissé pour nous consommer tous; car que veut-il, sinon qu'il brûle et qu'il consume tout ? lynem veni mittere inlerram ; et quid volo nisi ut accendatur? (Luc. xu, 49.)

Les vertus intérieures, et les dons extérieurs du Saint-Esprit étaient encore représentés par les clochettes et par les grenades du grand prêtre. Les grenades, dont les grains sont renfermés, resserrés entassés les uns sur les autres, figuraient la multiplicité des vertus intérieures qui sanctifient l'âme. Et les clochettes nous montraient les grâces qu'on appelle Gratuites, et les dons extérieurs qui servent à la sanctification du prochain, et qui font retentir avec éclat le nom de Dieu sur la terre, comme le firent les apôtres par la prédication de l'Evangile : In omnem terrain exivit sonus eorum.(Psal. xvm, 5.) Le bruit des clochettes du grand prêtre montant dans le Saint des saints, faisait connaître le bruit des dons du Saint- Esprit, quand Jésus-Christ monta au ciel : Ascendens in allum dédit dona hominibus. (Ephes. iv, 8 ; psal. lxvh, 19. ) Ce sont ces grâces et ces grands dons qui sont offerts à Dieu par Jésus-Christ, et qui, étant des effets du Saint-Esprit, lui sont très-agréables. Et ces dons avec tous les saints en Jésus-Christ, et Jésus-Christ lui-même ne sont rien qu'une hostie; de même que le grand prêtre n'était qu'un en tous ses ornements et en lui-même, montant au Saint des saints.

Ce bel encensoir que le grand prêtre portait a la main tout rempli de bonnes odeurs, nous fait connaître les saints en leurslouanges, que Jésus-Christ offre incessamment à son Père, comme la fin et consommation de toutes les hosties de louange, qui étaient représentées dans l'ancienne loi, et qui n'étaient que figure de Jésus-Christ et de ses saints, lesquels ne devaient rien être qu'une hostie consommée à la gloire de Dieu, hostie pure en amour: Hostiam puram, qui n'aime rien que Dieu tout pur: Hostie sainte a Dieu : Hostiam sanctam, qui n'est appliquée à rien qu'à Dieu tout seul en Jésus- Christ Verbe de Dieu : Ho^ie sans tache et consommée en Dieu : Hosliam immaculalam, qui est la consommation de l'Eglise, laquelle ne peut être sans tache tant qu'elle vit sur la terre, et jusqu'à ce qu'elle soit purifiée par le feu du ciel, et consommée en Dieu.

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