‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 158 sur 394 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la fin de cette même oraison depuis ces paroles : a Panem sanction, » etc.

Cette hostie pure, sainte et immaculée, devient notre pain et notre boisson; elle devient notre aliment et notre breuvage* Panem sanctum vitœ œtemœ, et calicem salutis perpetuœ; chose admirable 1 que cette hostie qui est le bien de Dieu, nui est sa

DES CEKEM0N1ES DE LA GltANDWIESSE. - LIV. Vil.

nourriture, devient aussi notre bien et notre nourriture ! Car Jésus-Christ Noire-Seigneur est la nourriture de son Père; le Père en so donnant au Verbe est la nourriture de son Verbe, qui vit et se nourrit de la substance de son Père ; et lors même que le Père nourrit lo Fils de sa divinité et de sa vie, il se nourrit encore lui-même de sa propre substance, en vivant et se nourrissant de la vie qu'il a une fois donnée et pleinement communiquée à son Fils; et après, comme respirant il attire encore à lui, ainsi que par des poumons immenses, la nourriture de son Esprit qu'il a fait encore vivre en lui donnant la substance, mais dont il jouit pourtant par un regorgement et un reflux de son amour qui respire vers lui. Ainsi il se nourrit avec le Fils de la môme substance et de la même vie, qu'avec le Fils il avait communiquée au Saint-Esprit.

Or, cette hostie immaculée, qui est notre nourriture, et qui le sera pour toute l'éternité, nous met en communion de la même nourriture dont les trois divines personnes se nourrissent dans le ciel. C'est une chose miraculeuse; c'est une magnificence admi rable de Jésus-Christ et de Dieu sur nous, qui nous veulent bien donner cette hostie immense du paradis pour notre viande.

Quel don! et quelle grâce 1 Un Dieu dans son Fils, un Fils dans ses membres, Jésus- Christ en tous ses élus remplis de tous ses dons, nous servent dans le ciel et dans la terre de nourriture éternelle ! Quoi 1 ce qui remplira tout le ciel, à savoir Jésus-Christ en lui-même et dans les bienheureux, cette hostie immense et infinie, se viendra renfermer dans la poitrine d'un de ces bienheureux, et dans celle d'un Chrétien, pour être sa nourriture? Hé quoi 1 le sein d'un bienheureux sera un paradis entier, et tous les bienheureux habiteront tous dans un seul I Quelle musique 1 Quelle harmonie que celle du cœur d un bienheureux, puisqu'il comprend en lui, et renferme eu son sein tous les saints ensemble 1

C'est là le repas et le festin d'un saint; c'est là sa viande et sa boisson; c'est ce torrent de volupté qui le doit enivrer à jamais : Et calieem salutis perpétua. Quelle boisson délicieuse, que celle de recevoir en soi toute la béatitude et la louange des saints; de recevoir en soi, par participation et par communion, tous les dons de l'Esprit dont ils jouissent au ciel 1 Quelle viande et quel vin 1 Quelle bonté de Dieu 1 Que celui qui n'aura pas mérité une bénédiction si ample, pour jouir des grands dons d'aranur et des grâces plus excellentes du Saint-Esprit sur la terre, comme l'ont fait les plus grands saints, en soit fait néanmoins participant par la béatitude, où tous les saints répandent dans le sein de chacun, tout ce qu'ils ont de Dieu de plus saint et de plus grand, et ils entrent en communion si pariaite, qu'ils en sont nourris, et le changent en leur propre 1

Cela ainsi posé, voici comment on entend ces paroles du Canon : Offerimus prœclarœ

majestati tuœ de tuis donis ac datis, hostiam puram, hostiam sunctam, hostiam inimaculalam, panent sunctumvitœ œterna, et calieem salutis perpetuœ. Cette hostie composée de Jésus-Christ et de ses saints, composée de leurs dons et île leurs grâces, est la nourriture des Chrétiens sur la terre aussi bien que dans le ciel, et Jésus-Christ la vraie hostie, qui contient en soi tout le ciel, se donne déjà en nourriture aux âmes, en attendant que dans l'éternité il continue ce bienfait en toute son étendue. Car dans le ciel, comme époux, il est uni intimement à son épouse, et d'elle avec lui il ne se fait qu'un corps par cette communion qui, selon le concile de Trente, se doit faire là sans voile ni couverture : Absque ullo velamine manducatur i (sess. 13, cap. 8, de SS. Euch. sacramento) : Là nous le mangerons sans espèces et sans voile.

C'est ce que Jésus-Christ promet luimême en saint Jean . In illo die vos cognoscelis quia ego sum in Pâtre tneo, et vos in me, et ego in vobis ; « En ce jour vons connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous (Joan. xiv, 20) , » de même que lo Père est dans le Fils, et le Fils dans le Père parla communion d'essence; en sorte qu'ils ne sont qu'un en l'unité de leur nature, demeurant néanmoins multipliés en leurs personnes. Ainsi, Jésus-Christ est unique, et tout le même en ses membres, il est un seul en tous; et quoiqu'ils soient tous ensemble consommés dans \ui : Ut sint consummati in unum (Joan. xvn, 29), ils demeurent pourtant entreeux multipliés.

C'est une chose admirable, de voir comme le Père communie son Fils de son essence, et le nourrit de lui ; et que, nourrissant son Fils, il ne laisse pas pourtant de se nourrir encore lui-môme de sa propre substance; ainsi, Notre-Seigneur, qui dans le ciel nourrit tous les saints de lui-même, en répandant en eux sa substance et ses dons, se nourrit encore d'eux, les embrassant en son sein pour les consommer eu soi ; et il devient ainsi lui-même sa nourriture; ainsi il se mange en eux comme il le prophétise en l'Evangile, disant: Qu'il ne boira plus de ce vin, jusqu'à ce qu'il le boive nouveau dans le royaume de son Père. Non bibam amodo de hoc. genimine vitis usque in diem illum, cum itlud bibam vobiscum novum in regno Patris mei. (Matth. xxvi, 29 ) Et comment est-ce que Notre-Seigneur boira là de ce saint vin qui est lui-même, si ce n'est qu'il a rempli les saints du vin délicieux de ses dons et de ses grâces, du vin nouveau de ses délices et de sa béatitude , et que, les recevant en lui, il se reçoit lui-même, il boit du vin qu'il a versé en eux, et se boit ainsi lui-même, parce qu'il est luimême le vin qui s'y est épanché; ainsi il boit d'un vin nouveau dans le royaume de son Père. C'est là ce calice de salut éternel; Calieem salutis perpetuœ, dont nous devons goûter et boire à toute éternifé, qui est le vin délicieux de Jésus-Christ, dont il donnera à boire à tous ses saints, et dont i!

ŒUVRES COMPLETES DE M. Ol.lEH.

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boira lui-même par un reflux d'amour et de béatitude.

Cette viande éternelle est admirable dans la liaison qu'elle nous donne à Dieu le Père; car nous sommes nourris d'un même nain que lui. Et de même que le Fils dans l'éternité est nourri d'un même pain que le Père, ils sont tous deux nourris d'un seul et d'un même morceau qui les sustente en abondance, qui fait que le Père est dans le Fils, et le Fils dans le Père. Ainsi par ce pain de la vie éternelle, par le corps elle sang, et l'âme de Jésus-Christ, et même par sa divinité très-sainte, et par tout ce qui compose le Christ, dont le Père est nourri le recevant en son sein avec tous ses membres , les hommes se trouvent sustentés d'une même viande avec lui. Le Père laisse manger aux hommes ce morceau délicat, qui les nourrit et les sustente en lui-même, et nous allons jusqu'à l'intime des entrailles du Père pour nous nourrir du même pain que lui

Quand l'âme vient à entrer dans le sein de Dieu pour partager avec lui sa viande, sans toutefois rien diviser, il ne lui arrive pas comme à saint Paul ermite, et à saint Antoine, auxquels Dieu doubla la pitance, et partagea le pain en deux : car Dieu le Père laisse aux hommes toute la viande dou6 il se nourrit, et il ne soufTre point de dommage en lui pour les rassasier tous.

Ce qui est a remarquer en ceci, est que le pain dont Dieu se nourrit, à savoir Jésus- Christ, ne sort pas du sein du Père, et ne s'en sépare pas pour descendre en nous; mais il y attire tous les hommes, et les y porte avec lui ; en sorte que l'âme bien unie a Jésus-Christ se trouve en même temps unie au sein de Dieu, et portée admirablement au plus intime de sa substance. Sans être ravie, comme saint Paul, jusqu'au troisième ciel, elle ontre dans ettte fournaise ardente de l'essence de Dieu, et se voit participante, comme les anges mêmes, de la Divinité; elle en jouit en foi comme ils eu jouissent dans la gloire; elle lui est unie par Jésus-Christ, et porté» dans son cœur, comme tous les sain's, à la faveur du même Jésus. Glorieuse nourriture et heureuse boisson, qui nous enivre si doucement en Dieu, qui nous transporte de la terre el nous élève en Dieu 1 Je ne m'étonne pas si la faim des âmes bien préparées est si grande, puisqu'il y va de jouir de Dieu même, et d'être enseveli en lui. Hélas ! estil possible, après ces unions divines, après s'être perdu et absorbé en Dieu, après s'être englouti en l'essence divine, de supporter cette terre, do vivre au monde, de voir les créatures, d'envisager encore ce qui se passe parmi nous? O Dieu I faites-vous voir, et puis, que tout le monde fasse ce qu'il pourra; qu'il tire ses portraits, qu'il ouvre ses rideaux, qu'il étale ses charmes; tout esta charge à l'âme, tout lui est à dégoût, à dédain et à horreur ; tout lui est insupportable, après vous avoir vu et possédé.

Enfin, Noire-Seigneur a voulu être mis en

état d'hostie en son Eglise : Tanquam agnus occisus; afin de renfermer dans cet état tous ses mystères, et de faire servir au bien et à l'avantage de l'Eglise tout ce qu'il a jamais fait de plus grand et de plus saint. lia voulu rendre tous ses mystères demandants et priants pour l'Eglise , à cause que l'état d'hostie demande incessamment et puissamment. C'est un moyen tout-puissant qu'il a voulu mettre dans les mains de l'Eglise , pour obtenir de Dieu le Père tout ce qu'elle voudra. Il a voulu mettre dans les mains de tous l'universalité de ses mérites; il a voulu leur rendre communs les services les plus signalés qu'il ait rendus à Dieu. Sous une nuée de mérites si grands, et de services si signalés, que peut-on ne pas espérer et obtenir de Dieu? Notre-Seigneur a voulu même que ce mystère fût un mémorial de ses souffrances et de sa mort, comme du mystère qui a acquis et obtenu de Dieu que les mérites de sa vie et de tous ses mystères nous fussent appliqués, et passassent à nous par la communion : et en l'instituant, il nous a donné espérance de jouir des biens de sa mort et de sa vie, et nous a fait espérer dans une confiance parfaite, que nous obtiendrons, par ce divin sacrifice et cet adorable sacrement, tout ce que peuvent et la vie et la mort d'un fils sur l'esprit d'un père. Ce mystère lai» mention du sacrifice et du mystère qui a mérité tout à l'homme ; en sorte qu'il est lui-même la consommation el la perfection des mystères, et en même temps il est et mystère et sacrifice de communion et d'application; l'un pour mériter, et l'autre pour donner; l'un pour nous faire souvenir de ce qui nous est mérité, et l'autre pour nous communiquer ses dons et ses mérites, pour nous découvrir et nous donner le fonds et l'esprit des mystères, et pour nous rendre participants de toutes les actions de la vie de Jésus-Christ, et même de sa mort.

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