CHAPITRE II
Du baiser de paix.
Le sous-diacre était monté à l'autel pendant l'offrande du pain et du vin, parce que Notre-Seigneur s'est offert lui-même publiquement dans le temple de Jérusalem entre les mains de Siméon, dont tout le peuple pouvait être spectateur, ne sachant pas pour-
(Mit ce qui <e passait. Le même sous-diacre était sorti de l'autel aussitôt après l'offrande du pain et du vin, était descendu en bas, et se tenait caché sous le voile durant l'action du sacrifice, afin de témoigner que les Juifs et leur Synagogue étaient bien éloignés de Noire-Seigneur au temps qu'il faisait son sacrifice, et qu'il l'offrait pour eux. Il avait bien ôté le voile et la patène de dessus ses yeux, lorsqu'on avait levé le corps et le sang de Notre-Seigneur; mais c'était seulement pour figurer que Jésus-Christ fut élevé sur la croix, et répandit son sang en la présence de tonte la ville de Jérusalem qui assistait à ce spectacle.
Mais sitôt que l'Ancien Testament a eu ce bien que Jésus-Christ ait prié pour lui, et fait môme associé à son saint sacrifice pour être agréé du Père avec son offrande et cette sainte hostie, la première disposition du sous-diacre, qui représente l'Ancien Testament pour qui Notre-Seigneur a demandé pardon, c'est de quitter son voile, de laisser sa patène, et de monter au saint autel, pour demander pardon à Dieu par Jésus- Christ, en disant avec le prêtre et le diacre : Âgmta Dei, etc. : Agneau de Dieu, victime du Père éternel, qui portez les péchés du monde, exaucez-moi, pardonnez-moi, ayez compassion de ma misère et de mon état.
Après cette prière, le prêtre lui donne la paix par le diacre, pour témoigner qu'après la pénitence de la prière de Jésus Christ, Dieu lui donne la paix par son Fils, qui se répand en baiser de paix sur le Nouveau Testament, qui est représenté par le diacre, lequel admet an sacrifice et à la communion de son esprit l'Ancien Testament, par le baiser qu'il donne au sous-diacre, et signifie qu'il faut que l'Ancien Testament ne devienne qu'un avec le Nouveau, s'il veut entrer en alliance avec Dieu et Jésus-Christ son Fils.
Ensuite le sous-diacre porte la paix au chœur, et tous les ecclésiastiques s'embrassent et se donnent le saint baiser de paix , pour témoigner à l'Eglise et au peuple, par celte union, que Jésus-Christ maintenant n'est qu'un avec eux en qualité de pasteur: l:nus pastor (Joun. x, 16), et qu'ils ne sont tous qu'un en lui : Et unum ovile , et aussi pour leur donner assurance qu'atin de les maintenir en cette union , il sera l'unique nourriture des brebis de son Eglise , qui est sa bergerie. En effet, après avoir été réconciliés en esprit par ce baiser de paix , et après avoir reçu cette disposition nécessaire à la sainte communion, ils communient réellement à Jésus-Christ par son corps et par son sang.
Or il faut remarquer que Jésus-Christ Notre-Seigneur ne nous donne la paix qu'après l'avoir puisée en Dieu son Père. Le Père en son Fils nous bénit, nous console, nous sanctifie, et toute bénédiction et sanctification nous vien nent de lui en JéMis-Christ, nonseulement comme homme, mais aussi comme Dieu et comme Verbe ; car le Fils rie Dieu, dans le sein de sou Père, reçoit tout de lui ; et l'humanité sainte est toute remplie de bé-
nédiction par l'union au Verbe qui découle tout en elle. C'est le premier bassin qui reçoit la plénitude de l'esprit et de la grâce que verse au dehors cette source infinie.
L'infinité de la substance du Verbe fait de deux natures un composé si parlait, qu'il ne peut y avoir une communion plus parfaite que celle qui est entre elles de leurs biens et de leur être. Ainsi la nature humaine reçoit tout de la divine, par ce baiser admirable et par cette union qui est entre elle et la personne divine du Verbe. C'est pourquoi le prêtre baise l'autel, devant que de donner la paix au diacre; car le prêtre ligure Jésus-Christ; l'autel représente la Divinité, et le prêtre baisant l'autel .signifie que Jésus-Christ va puiser en la Divinité la grâce et la bénédiction qu'il doit répandre sur l'Eglise, signifiée par le diacre.
Et parce que Jésus-Christ, en montant dans le ciel, se donnant en communion à son Père, et lui baillant le baiser du grand et étemel amour, a donné ensuite son esprit à ses apôtres , qui étaient le Nouveau et l'Ancien Testament tout ensemble (ils étaient l'Ancien , à cause qu'ils en étaient tirés ; iis étaient aussi le Nouveau en esprit, à cause qu'ils recevaient les prémices de l'esprit du Nouveau) ; de là vient que le prêtre, qui doit donner la paix au Nouveau et à l'Ancien Testament tout ensemble , doit baiser l'autel . qui est l'image du sein du Père , qui porte en lui son hostie et son Verbe.
C'est pour cela même que le prêtre baise l'autel , et qu'il élève les mains et les yeux au ciel devant que de donner la bénédiction au peuple , pour exprimer que Notre-Seigneur ne donne la bénédiction aux hommes qu'en la vertu de son Père, et de la communion qu'il a à son essence: car le Père baise son Fils lorsqu'il lui donne son essence et qu'il la répand en lui. C'est le baiser de paix le plus intime qui se puisse donner, qui les tient liés et unis ensemble, en sorte qu'ils ne peuvent l'être davantage.
Le Père influant son essence en son Fils, et le communiant de son être , lui donne ce qu'il a de trésors , de grâces et de bénédictions : et ce ciier Fils, pour le respect qu'il porte à son Père , veut témoigner aux hommes que tout ce qu'il leur donne il le tient de lui; que quand il leur parle , qu'il agit et qu'il opère en eux, c'est par la vertu qu'il a reçue de lui , et que sa doctrine, sa lumière et tout le bien qu'il verse sur eux, procèdent de lui seul. C'est ce .qu'il fait entendre par ces paroles: Mca duclrina non estmea,sedeju&quimisil me. (Juan, vu, 1*6.) Et par ces autres : Quid wihi et tibi est, millier ? Nondum venil hora mea. (Joun. u, k'j : Mon heure n'est pas venue; c'est à mcn Père, de qui je tire la puissance de faire des miracles , à me marquer le moment auquel il veuiqueje commence. C'est pourquoi le prêtre élève souvent les veux et les mains vers le ciel, témoignant que tout don parfait procède du Père, auprès duquel il mendie la bénédiction qu'il doit donner aux hoinmes
Pour cela même Notre-Seigneur, sous 's