‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 168 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND-MESSE. — L1V. VIII · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND-MESSE. — L1V. VIII

personne du prêtre, bénissant l'eau et le vin qu'on verse dans le calice avant l'Offerte , s'adresse à son Père: Deus qui htimanœ substantiœ dignitalcm, etc., pour témoigner que c'est en la vertu de Dieu son Père que Jésus-Christ répandra son sang. Et uon-seulement celte bénédiction du prêtre sert pour purifier ces éléments, pour les tirer de l'usage profane , et pour les mettre en l'état de sainteté que le sacrifice demande ; mais encore elle montre que la vertu de Dieu et la sainteté de son esprit sont répandues dans le èsiig de Jésus-Christ avant qu'il soit offert Quanto magis sanguis Christ), qui per Spirilum sanction scmctipsum obtulitimmaculatum Deo ? [llebr. ix, 14.)

Si bien que le baiser dudiacreetdu sousdiacre signifie l'union du Nouveauet du Vieux Testament en Jésus-Christ. 11 signifie que la pierre angulaire, Jésus-Christ, n'a fait qu'une seule chose de deux , qui étaient très-séparées et éloignées : Ipse enim est pax nostra, qui fecit utraque tmum ( Ephes. i, 1, li) ; et que de tous les Juifs et les gentils il n'a fait qu'une Eglise : Fiet unum ovile , et unus pastor [Joan. x, 16) : Par la sainte communion , il ne se fait des Juifs et des gentils qu'un troupeau et qu'un bercail. Ce qui est encore signifié par le baiser de paix, que le sous-diacre va porter à l'Eglise, en se mettant parmi les fidèles , et s'unissant à eux ; !e sous-diacre dit par la qu'il est entré en communion avec l'Eglise , qu'il n'est qu'un avec elle, et qu'il lui sert de témoin de la paix procurée par Jésus-Christ, qui en est le Médiateur.

Après cela , le sous-diacre commence à voir à découvert les mystères. Car après avoir porté la paix il retourne à l'autel, il monte auprès du prêtre et découvre le calice, comme le diacre faisait auparavant, pour témoigner que l'Ancien Testament découvre le grand mystère aussi bien que le Nouveau; et ce bonheur ne lui arrive qu'après sa réconciliation à Jésus-Christ par la giâce du Nouveau Testament, qui est répandue sur lui , qui lui est communiquée par le baiser du diacre , qui non-seulement s'unit à lui et lui donne le saint baiser en témoignage de la communion parfaite à l'esprit de Jésus-Christ , mais encore il met les mains sur ses épaules en l'embrassant, en témoignage de la plénitude où il le met. Car l'Ancien Testament communiant à Jésus- Christ , est recevant la grâce de réconciliation, est mis en paît de tous les biens du Sauveur comme les gentils, et par là le Vieux Testament devient le Nouveau. Etant rempli et revêtu de grâce, il n'est plus Vieux Testament, puisqu'il n'était tel qu'à cause de sa vacuité, à cause de ses simples figures , à cause de ses pauvres et chétifs éléments, qui ne renfermaient point la grâce comme le font nos sacrements.

Le diacre représente en cette cérémonie Notre -Seigneur, comme ministre de son Père et de sa réconciliation , qui reçoit tout immédiatement de lui. Le sous-diacre représente Notre- Seigneur, mais comme ministre

de l'Eglise, et qui lui porte le baiser de paix. L'est l'expression do la communion qui se fait au ciel et sur la terre.

Le baiser de paix que le prêtre donne au diacre représente le baiser du Père et du Fils , il représente la communion du Père à son Fils. Le prêtre représente le Père , qui embrasse son Fils , et se communie de lui : ce qu'il a continué de faire depuis le jour de l'Ascension qu'il reçut son Fils dans son sein, et le consomma en lui , comme il avait déjà commencé au jour de la résurrection qu'il avait consommé son Fils en lui-même. Et ces mystères commencés une fois continuent toujours comme mystères d'éternité, qui sont permanents et toujours les mêmes. Le Père consomme toujours son Fils en lui, comme il fit au jour de la résurrection , quoiqu'il ne le tire pas toujours de la chair, où il n'est plus; il continue à le recevoir dans son sein, et à le porter en soi-même , quoiqu'il ne le tire pas de la terre comme il fit au jour de son Ascension , et Jésus- Christ continue d'être consommé et embrassé dans le sein de Dieu son Père, aussi bien sur l'autel comme dans les cieux , à cause que Jésus-Christ y est dans son état de gloire, inséparable du seindeDieu son Père.

Dieu Je Père, qui communie à son Fils sur l'autel, est représenté par le prêtre qui communie à la sainte Messe: car le prêtre tient quelquefois la place du Père, et quelquefois celle du Fils : ici il représente h Père , qui consomme et qui embrasse son Fils; il tient la place du Père qui communie à son Fils, et qui le reçoit dansson sein: et le baiser de paix que le prêtre donne au diacre exprime au peuple, par une figure plus sensible et plu» grossière, cette communion du Père à son Fils , que le prêtre va exprimer encore mieux communiant réellement à l'hostie et embrasjant ainsi le Fils de Dieu, comme le Père l'embrasse en lui. Et c'estcet embrassement du Père avec son Fils, que le prêtre veutexprimer lorsqu'il embrasse le diacre en lui donnant le buiser de paix.

Cet embrassement extérieur du prêtre et du diacre signifie encore l'amour et l'affection que le Père a envers son Fils en communiant à lui et le recevant en son sein. C'est aussi une belle image de la disposition principale avec, laquelle il faut communier, qui est la charité. Et non-seulement la charité doit être dans le prêtre, mais aussi dans les peuples: car, pour communier dignement et avec fruit , ils doivent avoir entre eux une charité extrême, jusqu'à se donner tous les uns aux autres, et se vouloir fondre les uns dans les autres, Notre-Seigneur nous disant qu'il veut que nous nous aimions comme il nous a aimés. 11 faut nous donner les uns aux autres, comme Jésus-Christ s'est donné à nous ; jusque-là qu'il faudrait être prêt à se donner en communion, non-seulement par la communication des biens corporels et temporels, mais encore des spirituels et éternels, comme Jésus-Christ et les saints le font dans le ciel;, où }ls n'ont rien à eux qu'ils ne le donnent à leurs hi-

ros el dont ils ne les rendent participants.

La sainte communion do Dieu le Père à l'humanité de son Fils n'est pas la seule communion représentée par le baiser de paix et par la communion sacramentelle du prêtre au corps do Jésus-Christ; mais encore la communion éternelle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Car le Père de toute éternité se donne au Fils, et lui donne son essence infinie el tous ses attributs; il lui donne tout ce qu'il est et tout ce qu'il a : Omnia mea tua sunt, et tun mea sunt, dit le Père h son Fils; tous mes biens sont à vous, et vos biens sont à moi. Le Fils en dit de môme au Saint-Esprit, lui communiquant son être et tous ses attributs, tous ses desseins et toutes ses pensées: Omninmeatua sunt, el tua mea sunt : Tout ce qui est en vous est de moi.

Celle communion est admirable, et elle est l'origine et le prototype de toutes les communions temporelles, soit de Dieu en son Fils, soit de son Fils dans les hommes, soit même du Saint-Esprit dans l'Eglise; d'où vient que tout ce qui exprime ces autres communions exprime la première comme leur origine. Ainsi, lorsque le prêtre donne le saint baiser au diacre, il exprime la communion du Père au Fils; et lorsque le diacre porte le baiser du prêtre au sousdiaerc, il exprime la communion du Père et du Fils au Saint-Esprit. Et pareeque le Père, sur cette communion première de lui à son Fils, a formé ledesseinde communier la créature à son Fils, l'Eglise a reçu ce grand bénéfice de la communion au corps et au sang de Jésus-Christ. C'est pourquoi le diacre, représentant le Fils, distribuait autrefois le sang de Jésus-Christ au peuple, et c'est encore à lui maintenant à tirer le saint ciboire du tabernacle, quand il faut donner la sainte communion. Et parce aussi que le Père a communié à son Esprit, il a formé sur celte communion le dessein de communier son Eglise au Saint-Esprit ; de là vient que le sous -diacre, qui représente quelquefois le Saint-Esprit, porto la paix au peuple, et donne ce baiser de paix, qui signifie l'union do l'âme au Saint-Esprit.

Ainsi, l'on voit les sens et les desseins admirables de l'Eglise, en ce qu'elle nous ordonne, qui semble n'êlre rien qu'une simple cérémonie extérieure. Elle n'a point de petits desseins, ni de faibles pensées; il y a dans sa sagesse mille intentions cachées que nous ne connaissons pas. Le sous-diacre donc ne signifie pas seulement Jésus-Christ serviteur de l'Eglise; mais encore il tient la place du Saint-Esprit, lorsque l'Eglise veut exprimer la part que toute la sainte Trinité prend au saint sacrifice. Premièrement, le Père est le prêtre consommant son hostie; le Fils est la victime, le Saint-Esprit est le feu. Secondement, les deux autres personnes communient à Jésus-Christ aussitôt que le Père; car, comme c'est Dieu qui communie et qui reçoit en lui l'humanité de Jésus-Christ, la consommant et l'embrassant pour toute l'éternité, ce sont aussi toutes les trois personnes qui communient à l'hu-

OEUVRES COMPLÈTES OK M. OI.lEît. 4:2

inanité; elles sont toutes trois nourries et honorées de lui. Aussi faut-il qu'à la grand'- Messe le sous-diacre, le diacre et le prêtre, communient à Jésus-Christ. Enfin, c'est une chose admirable, de voir la religion chrétienne renfermée en ces cérémonies.

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