CHAPITRE III
De la sainte communion.
La communion est l'invention d'amour et de religion, que Notre-Seigneur Jésus- Christ a trouvée pour multiplier ses louanges, ses adorations, ses amours ; en un mot, tous les devoirs qu'il rend à son Père, il ne se contente pas de les offrir lui seul à Dieu, mais il désire de nous les donner, et de les répandre eu nous, comme en autant de tabernacles vivants, et en autant de ciboires auimés, capables de recevoir les impressions de son amour et de ses louanges, pour les répandre ainsi partout, et pout avoir de la sorte autant de saints autels, de vrai parfum et de véritable thimiame, qu'il y a de cœurs des Chrétiens capables et disposés de recevoir ses sentiments, et de com-
munier à son Esprit et à sa religion. lit c'est ce qu'il désire le plus : car il ne nous communie à son corps et à son sang, que pour se servir d'un moyen plus naturel et plus sortable de nous communier à son intérieur, se servant en cela de son corps comme d'un sacrement el d'un véhicule de l'Esprit, bien plus proportionné à notre condition, quoiqu'il soit divin et spiritualisé, que n'est pas ) Esprit même dont il est inséparable. Les espèces du pain et du vin sont les moyens par lesquels Notre-Seigneur nous donne son corps et son sang, et son corps et son sang servent à nous transmettre son esprit et sa religion; et il faut que ce soit par la participation au même autel, par la communion au troisième sacrifice, et sous les espèces du pain et du vin, comme sous les images extérieures du corps et du sang, que la religion sensible, corporelle et extérieure, soit assemblée et réunie pour glorifier Dieu.
Ce n'est pas seulement pour ce sujet qu'il faut que nous soyons assemblés sous ces signes visibles, et que nous communiions au corps et au sang de Jésus-Christ; mais encore c'est parce que Notre-Seigneur a voulu que nous communiassions à l'hostie du sacrifice, pour prendre en nous l'esprit et la disposition d'hostie; pour être les victimes de Dieu, et pour commencer dans l'Eglise à ne faire de tous les fidèles qu'une seule victime en Jésus-Christ, ce qui s'achèvera un jour parfaitement dans le ciel. C'est pour cela que n'étanl qu'un en luimême, il est toutefois multiplié en ces espèces, pour être une hostie en plusieurs, et pour faire par son moyen de plusieurs une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, et qui ait dans l'esprit un culte raisonnable; c'est-à-dire intérieur, spirituel, toujours respectueux et glorieux : llustinm vivente7», sanctam, Dco placenlem, rationabite obse i/uium. (Rom. xu, 1.)
Voilà donc le dessein de Notre-Seigneu,