DES CEREMONIES DE LA GRAND MESSE. — L1V. VIII
en la muUijiliralion <ie son corps, et en la communion qu'il en donne à l'Eglise; savoir est d'avoir autant de corps, autant de bouches, autant de cœurs, qu'il y a de sujets en l'Eglise, pour s'immoler en eux à la gloire du Père» pour l'adorer, l'aimer et le glorifier, en tout autant d'endroits qu'il y aura jamais de fidèles au monde, pour répandre ainsi son amour et sa religion en tous les cantons de la terre; pour l'étendre autant que l'univers, et enfin pour ne faire de tout le monde qu'une Eglise, de tous les hommes qu'un religieux, de toutes leurs voix qu'une louange, et de tous leurs cœurs qu'une victime en lui, qui est l'universel et 1 unique religieux de Dieu son Père, et qui est répandu en nos cœurs par la communion qu'il nous donne à son corps, uniq-ue temple et très-saint ministre de sa véritable religion.
Le corps et le sang de Jésus-Christ, qui dans le saint Sacrement ne respirent que la mort, nous avertissent de la mort de nos corps, et de l'obligation que nous avons à tout moment d'immoler et de crucifier les sentiments de notre chair, qui, élant tout injuste en ses désirs et en ses passions, doit être immolée à toute heure, et étoulfée en la naissance de ses mouvements. Notre chairestune hostie à être mille fois immolée par jour, et à recevoir à tout moment autant de coups de couteau quelle a de mouvements injustes et de propres désirs, qui sont toujours impurs en eux-mêmes , parce qu'ils naissent d'une source universellement souillée, et qui ne peut produire aucune chose qui ne soit dans l'impureté. Tout ce qui n'est point de l'Esprit en nous, et qui est de la chair, est condamné de Dieu, et doit être mis à mort et crucifié comme criminel et comme partie et membre d'Adam, condamné une fois en lui et en tous les siens. Notre-Seigneur en sa mort a crucifié universellement sa chair en tous ses membres, à cause qu'elle était en, ressemblance du péché; il l'a traitée d'esclave, de criminelle et de révoltée; et comme la nôtre l'est en edet, elle ne doit pas recevoir un traitement plus doux ; il faut la garrotter, la prendre, lacrucifier, et la mettre à mort sur un gibet. C'est de quoi Notre-Seigneur nous fait ressouvenir, en nous donnant son corps et son sang dans le saint Sacrement; et par la communion que nous y avons, il fait passer et porte intérieurement en nous la grâce qu'il nous y montre extérieurement, qui est la grâce et la vertu de crucifier notre chair, et de la mortifier par liens, par force, par mépris, par rebuts et par croix; donc l'esprit nous est donné par ce sacrement, qui est un sacrement de vie intérieure et de mort extérieure, parce qu'il donne la vie au cœur et à l'esprit; l'esprit ensuite donne avec rigueur et avec amour la mort au corps et à la chair, et ainsi il se fait de notre cœur une hostie consommée dans le feu divin, et de notre corps une hostie immolée à la gloire •le Dieu, et de cette sorte nous sommes rendus participants des mystères et de tou-
tes les parties du sacrifice, auxquelles il veut que nous ayons part par la communion, qui n'e§t que comme une union à l'hostie pour la dilater, pour faire un plus grand sacrifice, et pour faire de tous les offrants et adorateurs autant de victimes de Dieu; et c'est là tout le dessein de la communion, qui e;>t la dernière partie du sacrifice.
Dans l'ancienne Loi, il était ordonné que le prêtre, et quelquefois l'offrant, selon la nature du sacrifice, communiassent à la victime. Ils disaient par là qu'ils entraient en esprit dans tous les états de l'hostie, soit do consécration à Dieu, soit d'immolation, soit de consommation ; qu'ils faisaient profession d'être tout consacrés à Dieu, et de ne s'en séparer jamais; qu'ils méritaient la mort comme l'hostie qui ne la souffrait qu'en leur place ; qu'ils ne se servaient d'elle que pour témoigner la disposition et la préparation où ils étaient d'être immolés euxmêmes les premiers , et qu'enfin ils espéraient un jour leur consommation dans le feu divin, à la manière de l'hostie, laquelle après sa mort était consommée par un feu dans la llamme duquel elle s'élevait au ciel, d'où ce feu était descendu. C'est où aspiraient et le praire et l'offrant, aussi bien que la victime, de terminer leur sacrifice en Dieu. Tout cela était figure de la communion des Chrétiens à Jésus-Christ Noire-Seigneur, l'hostie immolée sur l'autel; car cette communion a élé instituée de Dieu pour les rendre participants des dispositions de cette hostie, et pour les faire entrer dans les sentiments de cette sainte victime, qui vient vivre en eux afin de leur faire faire la profession qu'ils ne pourraient pas faire pareux-mêmes, d'être tout consacrés à Dieu; de vouloir être à lui inséparablement et inviolablement, sansjamais s'éloigner de l'état de leur con-écration, que le baptême a premièrement opéré, et qui a été renouvelé pleinement par la communion à l'hostie, qui les met en participation et en société de la même consécration, par laquelle le Fils de Dieu se consacre à son Père sur l'autel, et s'est consacré à lui dès le moment de sou incarnation.
C'est en ce point admirable que consiste la grande merveille de la communion à Jésus-Christ, et c'est le grand trésor que notre âme y reçoit, de ce qu'il nous communie à son intérieur et à ses dispositions saintes. Quelle merveille que notre âme soit faite participante de la consécration même que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faite de soi à son Père 1 Quelle merveille que nous entrions en communion de cette sainte et admirable opération 1 Quelle donation serait la nôtre, si elle était faite dans le même esprit et dans les mêmes dispositions de Notre- Seigneur 1 Quelle adhérence de nous à Dieu 1 Quel transport continuel 1 Quelle dédicace ! Quel aniour! Quelle application perpétuelle ! Hélas 1 Dieu le des:.*.. V>ieu le veut, Dieu nous donne son Fils pour ce sujet , Dieu nous communie à l'esprit ue Jésus- Christ, à son intérieur, à sa disuosition