‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 176 sur 394 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la Bénédiction que le prêtre donne à la fin

de la sainte Messe et de l'Evangile de saint

Jean.

L'Evangile de saint Jean, qui a été composé le dernier de tous, pour la preuve de la divinité de Jésus-Christ, et par la personne que Notre-Seigneur avait laissée au monde pour continuer sa vie divine et ressuscitée, se lit à la fin de la sainte Messe, après que tous les mystères sont accomplis et représentés, et même après que la Bénédiction a été donnée aux peuples, et qu'on les avertit que les mystères sont achevés : Jte, Missa est : « Allez, la Messe est dite. » Le Fils de Dieu a achevé la mission du Père : il est retourné d'où il était parti par le ministère du prêtre, qui l'avait tiré du ciel, et qui l'y a renvoyé, ayant fait à l'autel un abrégé et un cours de la vie de Jésus-Christ. Après donc qu'on a donné congé au peuple, après ce retour de Jésus-Christ au ciel, où il nous a portés en esprit avec lui, ce qui est la fin de sa sainte mission, le prêtre lit le commencement de l'Evangile de saint Jean, qui déclare l'occupation que Notre- Seigneur doit avoir toute l'éternité avec son Père qui est de demeurer chez lui, et d'être vivant avec lui de sa même vie, comme il faisait de toute éternité : In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deue erat Verbum (Joan. i, l):Au commencement, c'est-à-dire de toute éternité, le Verbe était, et ce Verbe était chez Dieu, et le Verbe était Dieu. Ce même Verbe qui s'est fait chai r sur la terre, et qui est retourné chez Dieu, était de tout temps, il était devant le temps, il était dès l'éternité, il était dès le commencement le terme de la génération divine : c'est la merveille de la fécondité de Dieu, de produire une personne semblable à soi, un Verbe qui représente ce qu'il est.

Dès l'éternité même, il y avait en Dieu le Père un Verbe, un caractère, une figure, qui était plus que figure, plus que caractère, plus qu'image, qui représentait Jésus-Christ et sa mère, Jésus et ses membres; c'était un caractère fécond, un caractère en Dieu, qui était vie, qui était l'origine et la source de Jésus-Christ et de ses membres. Ce caractère est appelé Verbe, c'est-à-dire parole; el c'est une parole signifiant et opérant ce qu'elle signifie : c'est une parole qui représente efficacement, et qui dit énergiquement et pleinement ce qui est de Jésus et de l'Eglise. Elle est aussi nommée idée, à cause qu'elle est l'objet et le modèle sur lequel Dieu a tiré les choses et les a faites. Ce Verbe, ou cette parole est toute-puissante, selon saint Jean, à cause qu'elle est en Dieu, et Dieu même : Omniaper ipsum facta sunt : Tout a été fait par ce Verbe, en qui est répandue l'essence divine, et qui est identifié avec elle.. Ce caractère est encore

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Appelé vie en Dieu, à cause qu'il n'est pas comme nos caractères, qui sont morts et stériles d'eux-mêmes. Ce caractère est vie et vivant en lui-même, et est fécond pour opérer les choses ; et c'est pourquoi nous voyons que les malins esprits , vrais singes de la vertu de Dieu et de ses œuvres , Tout tous leurs mauvais etl'ets par la vertu des caractères , et en impriment à tous ceux qui se donnent à eux.

Or, on lit cet Evangile si admirable à la fin des mystères, et après la dernière Bénédiction du prêtre, pouf laquelle tous les peuples témoignent avoir si grande dévotion, se prosternant avec tant de piété devant le piètre, et laquelle représente la dernière bénédiction que Jésus-Christ donnera au monde, pour montrer que nous lirons à jamais dans le ciel ce divin Evangile, qui ne sera autre chose que le même Verbe divin qui y est représenté : nous aurons toujours ce livre ouvert devant les yeux, à savoir tous les saints avec Jésus-Christ, qui imposeront ensem'ble ce volume. Et ainsi \iOus voyons que ce n'est pas sans raison qu'on ne lit point pour l'ordinaire cet Evangile de saint Jean dans un livre qui se ferme : mais, par un ordre secret de la Providence, ce saint Evangile a été tiré du livre et mis à part du reste des Evangiles, où l'on parle de la vie voyagère de Jésus-Christ, enveloppée encore sous des mystères inconnus; et il est exposé dans une carte sur l'autel, à la place même où l'on a lu le premier Evangile, pour montrer que cet Evangile éternel succède à l'Evangile passager de la lerre, et que la fidélité aux mystères cachés nous méritera la vue de cet Evangile à découvert : Manifestabo ci meipsum. (Joan. xiv, 2E) Nous verrons à plein Jésus-Christ, ce Verbe divin, cette parole éternelle, cet Evangile adorable, et nous contemplerons toute l'éternité ses beautés admirables avec celles de tous les saints, qui tous ensemble avec Jésus-Christ feront un volume parfait , qui toutefois sera couché sur la simple feuille de l'essence de Dieu où l'on lira toute leur vie conforme à celle de Jésus-Christ, qui sera l'Evangile vivant, l'Evangile accompli et exprimé sur leurs œuvres.

Le prêtre d'abord fait un signe de croix avec le | ouce sur le commencement de l'Evangile, ou sur l'autel, puis sur le front, sur ses lèvres et sur son cœur : ce qui signifie que nous devons puiser en Dieu le l'ère, aussi bien qu'en Notre-Seigneur qui est notre Evangile vivant, la vertu de le comprendre, de l'aimer et de le professer. La :-agesse de l'Evangile et les préceptes qui y sont enseignés, c'est une doctrine puisée dans le sein même de Dieu

et de la sagesse éternelle : et Notre-Seigi.ei» comme nous a rei;u sa doctrine de son Père, et par la fidélité â sa loi et a ses ordonnances, par la fidélité à ses décrets et à ses conseils éternels, il est rentré en Dieu, Le Fils de Dieu s'est fait homme et s'est anéanti parmi nous : Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis (Joan. i, l»);il a obéi aux ordres de son Père ; et ainsi il est retourné dans la gloire pour jouir de !a même clarté qu'il possédait de toute éternité -.Clarifiai me, tu Pater, apud temctipsum çlaritale, quam habui priusquam mundus esset apud te (Juan, xvu, 5) : o'e.st pourquoi saint Jean dit : Vidimusgloriamejus, gloriam quasi Unigeniti a Pâtre (Joan. i, ih) : Nous avons vu la gloire et la beauté de Jésus- Christ, comme la beauté du Fils unique de Dieu, qui est le Verbe divin, qui ne partage pas avec un autre la substance du Père, mais qui la possède tout entière : In ips? inhabitat omnis plenitudo divinitatis (Col. ii, 9) : car le Père hdbite en son Fils avec la plénitude de son essence et de sa clarté; il lui donne toute la gloire, toute l'essence et toutes les richesses qu'il possède; il le fait héritier universel de tout son bien : Qucm constituit hœredem universorum (Hebr. i, 2) : il le met en jouissance non-seulement de tous ses biens extérieurs, mais même de tous les intérieurs: Mca omnia tua sttnt, et tua mea sunt (Joan. xvu, 10) : Tous mes biens sont à vous, et tous vos biens sont à moi; tout est en moi, et vous n'êtes rien qu'un seul avec. moi.

C'est au Verbe et à la parole qui produit tout, de tout commencer et dévorer en lui. C'est à lui à retirer à soi ce qu'il a poussé hors et commencé de produire et de rendre semblable à soi : Quod factum est, in ipso vita erat. (Joan. i, 3, k.) Et après nous avoir faits chair et nous avoir anéantis, en nous tirant du sein du Père où nous étions vie, comme il s'est anéanti lui-même, et s'est fait chair en sortant de son Père et se rendant mortel, il nous rend .semblables à soi, qui est cet unique plein de grâce et de vérité : Plénum gratiœ et verilalis (Joan. i, 14); pour nous faire entrer en la dignité de vrais enfants de Dieu, et pour faire en sorte que nous ne donnions point de confusion et de honte au Père qui nous a engendrés. C'est le Père éternel qui nous a adoptés tous pour ses enfants, et qui nous fait entrer dans tous les droits du légitime Fils; il nous fait les héritiers universels de ses biens, et nous mettra en jouissance de tout ce qu'il est et de tout ce qu'il possède ; et ainsi nous serons comme le Fds unique du Père, remplis de grâce et de gloire, "et nous posséderons les trésors de sa science et de sa sagesse.

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