CHAPITRE PREMIER
Du commencement de la Messe jusqu'à l'Introït.
On commence la Messe des défunts comme les autres Messes. Après avoir fait le signe de la croix, on dit : Introibo ad altare Dei. Cette antienne exprime les dispositions intérieures de l'âme du défunt dans le purgatoire, qui est le lieu où notre infirmité nous fait descendre ordinairement après cette vie. Elle témoigne par là son espérance, et dit qu'un jour elle sera portée sur l'autel du ciel, qui est le sein de Dieu où les âmes sont consommées, après avoir été dépouillées de la robe de son infirmité.
Il y avait autrefois des victimes qui étaient dépouillées de leur peau, et dont la chair était brûlée hors l'enceinte du temple (Exod. ïxix; Levit. i, 1) : mais leur graisse était toujours portée dans le feu du sacrifice, pour Aire consommée comme hostie de louange à la gloire de Dieu : ainsi l'âme, dépouillée de son impureté et de ses supeifluités, sera jetée dans le feu divin et portée sur l'autel des holocaustes, qui est Dieu, avec tout ce qu'elle aura fait de bien; et là les intestins, c'est-à dire l'intérieur de l'âme, et ce qui est de vivant en elle par l'opération de l'Esprit, et toute cette graisse répandue dans le vieil homme qui couvre ses opérations, seront mis au feu divin, et jetés en Dieu pour en faire un parfum ét'rnel à sa gloire. (Exod. xxix, 33; Levit. v, 3-5.)
Le feu des holocaustes qui brûlait les intestins et la graisse représentait le feu d'amour qui consomme les saints en Dieu ; et le feu qui dévorait la chair et la peau hors l'enceinte de la ville de Jérusalem, figurait le feu de la justice de Dieu, qui consomme, hors du paradis, les impuretés de la cliair dont on espère être délivré. C'est dans cette espérance que l'âme dit en elle-même : Introibo ad altare Dei : Je serai transportée un jour sur l'autel de Dieu, et je sortirai de l'état malheureux où je gémis en ces cachots, l'entrerai dans la joie de celui qui m'aura purifiée des restes du vieil homme, et qui m'aura délivrée de la langueur où gémit le nouvel homme en moi : Ad Deum qui lœtificut juventutem meam. Car autant que l'âme est purifiée, autant le nouvel homme est mis en joie et liberté, étant délivré de ce fardeau
qui l'accablait, et tiré de la prison ou il était enfermé.
On ne dit point le psaume : Judica me, Deus, etc., à cause que les âmes des défunts étant jugées, ne doivent point demander leur jugement à Dieu.
On dit : Adjutorium nostrum m nominc Domini : et par ces paroles, le prêtre exprime une disposition de l'âme du défunt comme étant le truchement qui parle pour elle aussi bien que pour toute l'Eglise qui gémit : Mon aide et mon secours est en Dieu seul; je n'espère rien de lui que par Notre-Seigneur Jésus-Christ, le porteur de ma prière, et le vrai intercesseur pour moi auprès de son Père. Sa charité aura égard à moi voyant son Fils qui a souffert pour mes péchés, et se ressouvenant des douleurs qu'il a portées pour moi sur la croix.
Ensuite, on ajoute : Confiteor, pour exprimer la confession des pauvres âmes dans le purgaloire. Elles y confessent hautement leurs péchés; elles ne déguisent point leurs fautes; elles les avouent et en crient merci à Dieu incessamment dans ce lieu de pénitence, où elles satisferont en rigueur de justice, ne l'ayant point fait en cette vie autant qu'elles le pouvaient : car ayant offensé une personne infiniment infinie, elles ne peuvent, à la vérité, lui satisfaire entièrement : mais néanmoins, l'ayant elles-mêmes offensée, elles doivent elles-mêmes lui satisfaire, et porter les peines que méritent les péchés qu'elles ont commis. Notre-Seigneur n'est point venu pour ôler à Dieu les droits qu'il pouvait exiger de nous, ni pour nous dispenser de ce en quoi nous pouvons lui satisfaire : mais il est venu seulement pour nous acquitter de ce qui surpasse nos forces; pour payer ce que nous ne pouvons payer, et ce en quoi la justice divine ne pouvait être autrement satisfaite. Ainsi, il nous laisse toujours l'obligation de payer ce que nous pouvons, et de satisfaire autant qu'il nous sera possible. C'est pourquoi Dieu le Père ne nous a pas affranchis de la mort, quoique son Fils l'ait soufferte pour nous : il nous u laissé l'obligation de la souffrir et de lui satisfaire en ce point, parce que nous le pouvons et le devons. Il a voulu souffrir la mort en sa personne, qui est d'un mérite et d'un prix infini, pour payer à l'infinité de Dieu ce que l'homme ne pouvait lui offrir. Ha satisfait par des qualités infinies, telles que sont celles d'un Dieu, aux qualités et per-
fections immenses et infinies de Dieu, qui avaient été offensées par le péché de
l'homme.
Ainsi, en Jésus-Christ, nous trouvons le supplément de ce qui nous surpasse, et non nas l'injustice de dérober à Dieu ce que nous lui devons, et ce que nous sommes obligés de lui rendre autant que nous pouvons et que l'infinité de son essence infiniment infinie peut attendre de nous. Tout ce qu'on peut, on le doit, et cependant tout ce qu'on fait n'est rien hors de Notre-Seigneur et de sa grâce : Adjutorium noslrum in numine Dotnini : Toute noire aide est de Dieu en vertu de Notre-Seigneur.
Jésus-Christ ayant pu satisfaire à Dieu par une larme, ne l'a pas fait; à cause qu'il pouvait davantage, et que la justice de son Père pouvait aussi recevoir une plus grande multitude et étendue de satisfactions. C'est pour cela qu'il s'est offert à Dieu en croix, afin d'y soufTrir en toute l'étendue de son pouvoir, et même au delà de ses forces naturelles, se faisant soutenir par son Père, pour endurer davantage. C'est pour cela encore qu'il a différé sa mort jusqu'à l'âge de trentetrois ans, qui est l'âge de la vigueur de l'homme; afin de souffrir en l'état où il le pouvait le plus, et afin de ne laisser rien en lui qui ne fût employé pour la satisfaction de la justice divine. Par là il nous montre qu'il ne faut rien épargner de nos forces, jour rendre à Dieu tout ce que nous pouvons, et que tout l'être et toute la vigueur qui ont été employés pour l'offenser doivent être aussi employés pour satisfaire à sa justice.
C'est pourquoi il n'a pas voulu souffrir un martyre partagé, comme ont fait tous les martyrs : il n'a pas voulu être décapité ni accablé sous 1ns cailloux; mais il a voulu souffrir un martyre et un supplice universels : car il n'a eu. aucune partie qui n'ait été affligée : A planta pedis risque ad verticem non est in eo sanitas (Isa. i, 6); pour nous apprendre que tous les membres qui ont péché doivent être punis, afin que par où l'homme a offensé Dieu, par là même il soit châtié. Et cela nous montre la rigueur de la justice, et l'équité de la pénitence que Dieu désire et exige de nous.
Aussi, voit-on que le purgatoire, destiné pour exiger la satisfaction qui est due à Dieu, est composé de feu affligeant, purifiant et crucifiant l'âme entière, ne laissant rien en elle qui ne soit vivement et cruellement aflligé : Pcr quœ peccat quis, per hœc et lorquetur (Sap. xi, 17) : Par où l'âme a offensé, par cela même elle doit être punie : et comme elle a offensé par toutes ses puissances et facultés, elle sera punie en toutes. Ce seront les sujets sur qui la justice sera exercée, parce qu'elles ont animé le corps, et lui ont donné vie pour sentir et goûter le péché. Le corps, de sa part, porie les peines et les effets de la justice en tout soi-même, en souffrant la mort et la punition honteuse de sa
corruption ; mais il est insensible à sa peine, et il laisse porter le sentiment à l'âme, a cause que c'est elle qui en est le principe, et que sans elle le corps serait une masse pesante et insensible au péché.'
Après le Conpteor, on dit : Deus lu conrersus vivifieatiis nos. Mon Dieu, enfin, vous vous tournez vers nous, et nous vivifiereï par votre sainte présence. Vous jetterez sur nous les yeux de votre amour et de votre miséricorde; et nous ayant reçus dans votre sein, vous nous donnerez une joie parfaite, après nous avoir délivrés de la peine.
Le prêtre ajoute : Ostende nobis. Domine, misericordiam tuam, en parlant de la part de l'Eglise militante , qui géuiit avec sa sœur l'Eglise souffrante, qui est dans les tourments de la justice. Montrez-nous, s'il vous plaît, votre miséricorde : montrez -nous votre face pleine de charité et de bonté; laissez-vous toucher à nos misères. Donnez-nous, s'il vous plaît, votre salutaire et la gloire du ciel, dont vous laissez l'espérance en ce lie'j de gémissements et de larmes. Et salutare tuum du nobis. Ce qui fait différence entre nous et les réprouvés, est qu'étant désespérés de leur salut, ils n'en ont ni attente ni désir : mais notre soulagement, ô Dieu de miséricorde ! est d'espérer en la bonté dont vous nous avez acquis i'etfet par vos souffrances.
Domine, exaudi orationem tneam : Seigneur, écoutez notre prière qui vient du plus profond de notre cœur. De profundts clamavi ad te, Domine : Domine, esaudi vocem meam : Ouvrez l'oreille à notre prière et à notre voix qui gémit auprès de vous.
Dominus vobiscum : Le Seigneur soit avec vous, dit le prêtre en parlant à l'Eglise, afin qu'elle puisse prier pour leur obtenir miséricorde. Et l'Eglise répond : Et que le même Esprit remplisse votre cœur : El cum Spiritu tuo, afin de soupirer en lui par des gémissements inénarrables.
Aufer a nobis, qutrsumus. Domine, iniquitales nostras , ut ad suncta samtorum puris mereamur mentibus inlroire. le piètre dit celte prière non-seulement en son nom, mais encore de la part du défunt détenu à la porte du ciel, où rien de souillé ne peut entrer. Il demande que les restes de ses péchés lui soient ôtés par la bonté de Dieu, et par le feu de sa justice : il soupire dans le purgatoire après la pureté, comme après un moyen très-efficace au défaut de celui de l'amour, par lequel dans la terre il avait pu se nettoyer, pour se tirer de l'impureté dont ses mains sont souillées. 11 sait que Dieu est sainl; que ce qui est saint selon la loi, ligure et ombre obscure des lois du parauis, ne doit point approcher de l'impur, et qu'ainsi notre Dieu ne peut être approché îles choses impures. Sancli estote, qxtoniam ego sanctus sum : « Soyez saints à cause qut je suis saint : » mes prêtres, mes enfants , qui devez vous unir à moi intimement, souvenez-vous qu'il faut être saint, à cause