‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 18 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. YI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. YI

ser, ni vouloir, ni faire le bien en aucune manière.

III* Section. — Des degrés de la superbe.

Ces fausses et malheureuses persuasions dont nous avons parlé, sont les fondements de tout l'exrès de la superbe. Car cet aveuglement dans l'esprit est le principe des désirs iniques dans la volonté. Si bien qu'en suite de ces fausses illusions et de ces maudites erreurs, qui font croire à l'homme confusément, et sans réflexion ni examen, qu'il est quelque chose de grand : ce qui est un vrai enchantement; car si on examinait un peu les choses de la toi, il serait aisé de se voir trompé ; ensuite, dis-je, de ces fausses croyances, d'être par soi fort excellent, et de valoir beaucoup par son propre mérite, on veut par justice l'honneur, le respect, et la louange; on les attend de tout le monde; on les recherche ouvertement nu secrètement; on les attire par ce qu'on peut, quand ce ne serait qu'en s'humiliant et en se méprisant, pour être rehaussé.

Si ou ne reçoit point la louange, comme on l'attend et comme on la veut, on s'en chagrine, on s'en offense, on méprise ceux qui ne nous louent pas, comme ne connaissant pas notre mérite, on s'élève sur eux par le mépris qu'on en fait, et on en vient même aux injures et aux querelles.

Si on ne donne point aux superbes les louanges qu'ils désirent, ils croient toujours certainement qu'ils les méritent : et si on leur en donne, on est le bien venu, on est aimé, ils admirent même leurs approbateurs.

O folie 1 comme si les hommes étaient capables de nous estimer I Qu'est-ce que met en nous leur estime, et qu'est-ce que nous Ole leur mépris? L'un et l'autre traitement nous est fort extérieur, et nous doit être indifférent.

Quels juges avons-nous, que les hommes qui sont aveugles, ou méchants? S'ils sont aveugles, comme la sainte Ecriture nous marque, lorsqu'elle dit : Que les hommes ne voient que l'extérieur, et que Dieu seul voit notre intérieur (60) ; ils ne peuvent être nos juges. S'ils sont méchants, ils flatteront extérieurement notre superbe, et s'en moqueront en leur cœur.

Les hommes sont méchants, ils sont superbes, ils veulent pour eux l'honneur. Ne croyez pas qu'ils vous en fassent, si ce n'est malicieusement, comme dit l'Écriture :

L'homme méchant s'humilie et s'abaisse devant vous (61), pour vous obliger à l'aimer et à l'honorer, pour acheter par son honneur le vôtre, et pour en recevoir plus qu'il n'en rend. Le superbe s'élève tonjours : il fuit le mépris, et s'il s'abaisse, c'est pour fuir le rebu4. et. la confusion, et pour mériter l'accueil et la ïouange.

Ensuite de cette estime , et de cette

louange ou adoration qu'on désire, qu'on se procure et qu'on reçoit parmi les hommes, on s'établit en son esprit dans un certain état d'élévation au dessus de tout le monde. On se voit singulier; on se regarde comme unique en sa valeur (62) : on entre par là en cette créance secrète d'être unique comme Dieu ; on s'imagine ou que l'on sait singulièrement les choses, ou que l'on a, et que l'on peut quelque chose de singulier et d'unique

Et de là naissent les ravages et les effets maudits de la superbe. Car jusque-là elle n'est que timide; elle n'est qu'en pensée et en désir de son établissement; elle n'est pas encore en jouissance, ni établie en son trône et en son siège : mais aussitôt qu'elle y est assise, et qu'elle s'y est fortifiée, elle commence à faire ^des , maux épouvantables.

C'est ce qu'on voit dans le démon, qui fait trois choses effroyables au milieu des anges dans le ciel : et ce qu'on voit aussi dans les superbes du inonde, au milieu des républiques et des sociétés humaines.

Premièrement, l'esprit établi dans, la croyance aveugle de sa valeur singulière, s'asseoit en son esprit, connue le démon, dans le trône de Dieu. Il le méprise et le blasphème en lui. C'est pourquoi la superbe s'appelle blasphème en la sainte Ecriture. Dans ['Apocalypse, le diable a écrit sur le front : Blasphemia (63). Ensuite de son mépris, il fait tous ses eflbrls pour s'élever, et pour se mettre à la place de Dieu.

C'est ce que fait tout inférieur arrogant et superbe, qui a laissé gagner en son esprit la fausse estime et l'erreur aveugle et secrète de sa valeur. Quoiqu'il se cache souvent sous le manteau de l'humilité, parce que c'est une vertu estimée, et qui est nécessaire pour être cru quelque chose; il s'établit néanmoins en la créance qu'il doit être honoré. De sorte que s'il est méprisé, rebuté ou condamné, il se bouffit, il se mutine, il condamne, il médit, il méprise, il dépossède en son esprit toute puissance supérieure, il se met au dessus de tous, il cherche partout quelqu'un qui l'aime et qui l'estime, il fait des amis et des adhérents, qui se font aveu lui, et qui s'élèvent ensemble par une commune conspiration.

Une âme ainsi établie en l'estime d'ellemême, et persuadée de sa valeur par ses vertus extérieures, s'établit au-dessus de tout; elle juge tout, et décide tout; mais toujours en sa propre faveur, et à la condamnation d'autrui. Elle cherche toujours secrètement à régner sur tous les hommes, ou sur une partie ; et il n'y a rien qu'elle ne fasse pour réussir dans ce dessein.

La seconde chose que fait le démon dans le ciel, est de séparer ses frères de la soumission à Dieu, de faire bande à part ; de diviser oar sa révolte le royaume de Dieu;

(60) Homo ridel ea quœ parent, \ Dominas autem tntuelur cor. (I Reg. xvi, 7.)

(01) tsl oui nequiter humiliât se. (Eccti.xix, 25.^

(02) Singulariter sum ego. (Psal. r.xi., 10.) (65) Super capita ejus nominu blnsphemiœ. (Apac. XIII, I.)

Œl'VRUS COMPLETES DE M ULIER.

de ruiner la république du ciel, et de détruire cet ouvrage que Dieu avait formé avec tant de plaisir. Ainsi, soit par dépit contre Dieu qui occupe toujours sa place el son trône de Dieu, soit par un désir forcé d'honneur, pour avoir a soi des adhérents, des flatteurs et des adorateurs, il détruit toute la société et l'économie du ciel.

Le superbe l'ait la même chose dans une communauté. Il ne manque jamais, ou comme ennemi de la domination, qui l'humilie et qui condamne son procédé, ou pour amour de flatterie et de louange, ou par désir d'appui, de soutien et de consolation en ses rebuts et en tes désolations, de faire schisme et division ; et voudrait, par une haine secrète, détruire, s'il pouvait, toute la société de ses frères, quoiqu'il dût être en exécration devant Dieu.

La troisième chose que fait le démon, est qu'il méprise et rompt les lois de Dieu, et dans le ciel, et sur la terre. Car outre la religion de Dieu, et l'union des frères qu'il détruit, qui sont les deux lois capitales du ciel, il vient en terre, et descend au paradis terrestre, pour y rompre encore, par sa suggestion maudite, toute la loi de Dieu. Dieu dit à l'homme, que s'il mange du fruit qu'il lui défend, il mourra; et le démon lui dit au contraire que , s'il en mange, il ne mourra point, mais qu'il sera comme Dieu (Gi). C'est ainsi que font les superbes dans les sociétés. Ils s'en prennent enfin à la loi, et tachent de la détruire et de la rompre.

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