LEÇON IL
De la perte de la grâce après le baptême, et du
travail de la pénitence pour la recouvrer.
Celui qui a perdu la grâce du Saint-Esprit depuis son baptême, là peut- il recouvrer? — Il le peut par la pénitence, mais avec grand travail et grande peine.
C'est pour cela peut-être qu'on appelle le sacrement de pénitence un baptême laborieux? — Il est vrai, sans doute; car par le baptême, où nous sommes engendrés en Jésus- Christ, Dieu notre Père nous donne par luimême la vie de son Fils, sans que sa divine justice exige de nous aucune peine; mai» il n'en est pas ainsi de la pénitence.
CATECHISME CHRETIEN. — PAI'.T. I
Pourquoi cela? — C'est qu'il faut suer e' travailler pour recouvrer les vertus que Dieu: seul nous avait données par lui-même et qu'il avoit plantées dans notre cœur de sa main toute-puissante; il faut qu'à la sueur de notre front le Saint-Esprit fertilise notre terre stérile et ingrate, dans laquelle auparavant la grâce faisait germer les vertus, sans travail et sans peine.
La perte de la grâce du baptême est donc une grande perte ? — Oui, on ne saurait l'exprimer; et comment pourrait-on réparer ce chef-d'œuvre de grâce et de miséricorde?
Celte perte n'est-elle pas réparée parla pénitence? — Non, pas parfaitement; car, par la pénitence , on fait d'ordinaire comme un apprenti qui voudrait rafraîchir l'original d'un grand peintre, déjà fort altéré : ce dernier ouvrage n'approcherait pas du premier. Pourquoi faut-il tant de peine pour recouvrer celte grâce? — Parce qu'on l'a perdue par un péché énorme et par une ingratitude étrange, en foulant aux pieds lesang de Jésus- Christ , et en étouffant le don du Saint-Esprit qu'on avait reçu par le baptême.
Mais quoi 1 celui qui, après le baplême, offense Dieu par un péché mortel, foule-t-il aux pieds le sang de Jésus-Christ? — Oui, cela est ainsi.
Et comment? — Premièrement, parce qu'il fait outrage aux mérites et au sang de Jésus- Christ, qui lui ont acquis le Saint-Esprit et toutes ses grâces. Secondement , parce que celui qui commet un péché mortel devient un même esprit avec le démon, lequel foule aux pieds Jésus-Christ dans l'âme du pécheur , et triomphe de Noire-Seigneur en son propre trône.
C'est donc ainsi peut-être que le pécheur crucifie en soi-même Jésus-Christ , comme parle saint Paul Crucijigcntes sibimetipsis filiam Dei ( Hébr., VI, 6 ). — Oui.
t Et comment peut-on le crucilier? — C'est que, comme les Juifs, mus par la rage des démons, garrottaient, clouaient et cramponnaient Jésus-Christ sur l'arbre de la croix, en sorte qu'il n'avait aucun usage de ses membres, et qu'il ne lui restait aucune liberté d'agir, de même par le péché on lie et on garrotte Notre-Seigneur, el on le réduit dans l'impuis sanec d'agir en nous.
Expliquez-moi cela davantage. — Notre avarice cloue sa charité, notre colère sa douceur, notre impatience sa patience, notre orgueil son humilité; et ainsi par nos vices nous tenaillons, nous garrottons et nous mettons en pièces Jésus-Christ habitant en nous.