LEÇON VII
De l'amour de la croix , c' ' est-à-dire de l'abjection, des souffrances et de la pauvreté que le Saint-Esprit nous donne dans le baptême.
Quoi 1 devons-nous porter la croix de Jésus-Christ et faire profession de ses maximes ? — Oui : la seconde condition que Jésus- Christ propose à ses disciples et à tout chrétien, c'est de porter la croix, Tollat crucem suam (Matth., XVI. 24) el de prendre plaisir aux souflrances, aux mépris, aux calomnies a la pauvreté, etc.
Comment se peut-il faire que nous aimions le mépris, les souffrances, la pauvreté, en un mol, la sainte croix de Jésus-Christ? — Nous ne le pouvons point par nous-mêmes, mais par la vertu de Jésus-Chrisl et de son Saint- Esprit qu'il nous donne au baptême.
Comment cela? — C'est que le Saint-Esprit, par le baptême, vient reposer en nous et dans le fond de notre cœur, pour y imprimer ses inclinations.
Voilà qui est bien étrange ; voilà des choses bien opposées?— Cela est vrai; aussi avons-nous de grands combats à soutenir.
Quels combats? —Ceux dont parle saint Paul, lorsqu'il dit que la chair combat contre l'esprit, et l'esprit contre la chair (1).
Comment cela? — C'est que d'un côté le Saint-Esprit, qui est en nous, nous porte au mépris, a la pauvreté, aux souffrances, et, de l'autre, notre chair désire l'honneur, le plaisir, les richesses. Notre âme peut se jeter du côté qu'il lui plait , ou bien adhérer à l'Esprit saint, par la grâce qu'il met en nous , ou bien s'y opposer, en adhérant à la chair , par sa propre malice.
Mais vous dites que l'Esprit de Dieu donne l'amour des souffrances, du mépris et de la pauvreté: je n'ai point encore senti ce plaisir des souffrances, ces délices du mépris, cette joie de la pauvreté. — Vous dites vrai ; vous ne sentez pas ce plaisir dans votre chair; vous n'y ressentez pas cette joie, ces délices, aussi le Saint-Esprit n'est-il pas en vous pour produire ces effets dans votre chair ; il ne vient pas pour opérer ce changement dans votre corps', mais bien dans le fond de votre âme.
Quoil jamais la chair ne prendra-t-elle son plaisir dans l'affliction, «Sans la peine et dans la croix? — Non, si ce n'est que, parfois, le Saint-Esprit épanche dans la chair les inclinations qu'il a répandues dans l'âme, et fasse éprouver à notre corps les mêmes sentiments dont il remplit notre cœur; mais c'est rarement et seulement en passant.
Le baptême ne fait donc point son impression dans le corps comme dans l'âme ; il ne régénère donc point la chair, mais l'esprit ? — 11 est vrai ; c'est notre âme qui reçoit les inspirations de l'Esprit saint, c'est elle qui reçoit ses nouvelles impressions, c'est elle qui est abreuvée de ses sentiments ; enfin, c'est elle seule qui est régénérée par le baptême. * '