‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 193 sur 394 · LEÇON XII · texte numérisé non relu

LEÇON XII

Que l'honneur est dû à Dieu seul ; comment on doit se comporter quand on est méprisé.

Qui est-ce qui doit être honoré? — Dieu seul. A Dieu seul, dit S. Paul, tout honneur et toute gloire, Soli Deo honor etqloria(\ Tim.,1, 17) ; et à nous confusion, dit le prophète Daniel, Nobisautem confusio faciei (Don., IX, 8).

En pourriez-vous apporter quelque raison ?

— Oui; c'est que Dieu seul est parfait en soi-même, comme le dit Notre-Seigneur :

Personne n'est bon que Dieu seul, Nemo bonus, nisi solus Deus (Luc, XVIII, 19). Tout le reste n'est rien par soi-même et ne possède de bien que celui de Dieu ; d'où vient que Jésus- Christ disait encore : Ma doctrine n'est pas à moi, ni de moi, Mca doctrina non est mea (Jean, VII, 16).

Mais les saints qui sont au ciel ne doiventils pas être honorés? Dieu veut qu'où les honore. — L'honneur qu'on rend aux saints est un honneur qu'on rend à Dieu qui habite en eux. Et si l'on honore les justes sur la terre, c'est le Saint-Esprit qu'on honore eu eux, en qui il habite, qu'il justifie et à qui il donne la grâce et la vertu d'être fidèles à Dieu.

Est-ce pour cela qu'il est dit dans l'Ecriture, que Dieu est merveilleux et admirable dans ses saints, Mirabilis Deus in sanctis suis {Pi. LXV1I, 36)?— Oui ; à cause que par sa puissance il élève leur faiblesse à des choses sublimes, qu'il élève leur ignorance à de grandes lumières , et qu'il fait éclater sa grandeur dans leur bassesse.

Ainsi Dieu veut être honoré dans ses saints?

— Oui; Notre-Seigneur même a voulu que son Père fût honoré en lui ; il ne voulait point recevoir de louanges pour soi, mais il les renvoyait toutes à son Père. Il disait à ceux qui le nommaient bon : Cela n'est pas ainsi; ne dites pas cela; personne n'est bon que mon Père. Voyez-vous cette bonté qui reluit en moi? elle descend de mon Père, elle est originaire de lui ; et s'il ne la répandait sur moi, je ne l'aurais pas. Avant que mon Père me l'eût communiquée, je n'étais rien, et n'avais rien; je n'étais que néant comme le reste des hommes ; mon humanité a été tirée du néant, aussi bien que le reste des créatures. Dieu s'est écoulé sur moi, et y a répandu toute la plénitude de ses trésors ; de sorte qu'ils sont tous à lui, et que tout ce qu'il y a de bon, de beau et de parfait en moi ; est de lui : ce bien est à Dieu, et non à moi il est l'auteur de ces perfections et de ces beautés; il doit être honoré pour ses ouvrages et surtout pour ce chef-d'œuvre.

C'était donc en tant qu'il n'était rien par soi-même, qu'il se nommait l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple Opprobrium hominum et abjectio plcbis (Ps. XXI, 7) ? — Oui, et c'était aussi en tant qu'il était chargé des péchés de tout le monde.

Vous nous avez dit là sur Notre-Seigneur Jésus-Christ de grandes choses que je vous

prierai de m'expliquer à loisir. Mais, avant que de sortir de ce sujet, dites-nous encore plus particulièrement comment nous devons nous comporter, lorsque l'on nous méprise, qu'on ne tient aucun compte de nous, et qu'on ne nous regarde point? — Quand on ne nous regarde point, réjouissons-nous, et disons dans notre cœur : Mon Dieu , je suis content de n'être ni vu ni regardé des hommes. Que je suis aise de ce que personne ne pense à moi 1 car, ô mon Dicul je n'occupe point votre place dans leur pensée ni dans leur esprit. Je suis ravi d'être soustrait à leur vue, afin que je n'occupe point leurs cœurs. C'était là une des pensées de S. Ignace, martyr, quand il prévoyait qu'il devait être enseveli dans le corps des bêles qui allaient le dévorer : « Au moins, disait-il, je ne serai vu de personne, je n'amuserai l'esprit de personne , et ne remplirai personne de moi (1). »

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