‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 194 sur 394 · LEÇON XIII · texte numérisé non relu

LEÇON XIII

Que le malheureux désir de l'.honneur est un désir commun et universel; manière de le combattre et d'y renoncer.

Est-ce un désir universel et commun aux hommes, que celui de vouloir qu'on pense à nous, qu'on nous aime et qu'on nous estime? — C'est un désir si commun , qu'il n'y a presque personne, s'il n'y prend bien garde, qui n'agisse et qui ne paile dans cet esprit. Nous avons en nous ce désir malheureux et idolàtrique, de vouloir remplir de nous tout le monde, de vouloir porter notre estime dnns tous les cœurs, et d'être ainsi une idole qu'on regarde et à qui on s'attache continuellement.

Hélas, quel malheur! et comment sommesnous faits ! — Nous sommes tous remplis dans notre chair des désirs du démon, qu'il nous a inspirés par le péché d'Adam , de sorte que notre chair nous porte à vouloir, comme lui, tenir la place de Dieu dans le monde : et au lieu qu'autrefois l'homme devait être honoré comme l'image de Dieu et recevoir des créatures tous leurs hommages et tous leurs devoirs pour les porter à Dieu , depuis le péché, il a voulu les recevoir pour se les appliquer à lui-même et pour être idolâtré et adoré à la place de Dieu.

Comment pensez-vous qu'on parle dans le monde et qu'on agisse dans les choses même les plus saintes? — C'est avec le désir d'être estimé et d'imprimer l'amour de sa personna dans le cœur des auditeurs.

Le moyen de ne pas tomber dans ce désordre? — C'est de renoncer à soi-même, quand on commence à parler ou à agir. Cela se fait de celte sorte : Mon Dieu, je renonce à tous les desseins- de paraître en ceci ; je renonce à tous les desseins d'être estimé; je renonce à tous les malheureux désirs de nia chair, qui veut se chercher en tout; je re-

(I) Blanditiisdemulcete feras, ut mihi sepulcnim fiant, cl mliil de corpore meo relinquant; ne, cum obdormiero, molestus cuiquaiu sim. Tune ero vere Oirisli discipulus, cum niuDdus uec corpus meum videuit [s. ign. ilart. EpitU ud lioin,].

CATECHISME CHRETIEN. — PART. I

nonce à tout l'amour-propre et à tout l'orgueil dont je suis pétri.

Est-ce assez de renoncer à soi-même et aux désirs de sa propre recherche? — 11 faut, outre cela, se fortifier, en se donnant à l'Esprit de Noire-Seigneur, qui depuis le baptême est en nous pour opérer nos œuvres avec nous, afin que nous fassions des o-uvres de Jésus-Christ, et non pas du vieil homme; :;fin que nous fassions des œuvres de l'Esprit, et non celles delà chair, et alin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié en nous par son Fils Jésus-Christ.

Voilà une belle doctrine; mais est-elle dans l'Ecriture?— Oui; je pourrais rapporter plusieurs passages qui établissent cette vérité; mais je vous citerai seulement ce qu'en dit S. Pierre, notre maître en Jésus-Christ : Si quelqu'un parle, qu'il parle le langage de Dieu, qu'il parle dans l'Esprit de Dieu; si quelqu'un rend quelque service selon son ministère, qu'il serve en la vertu de Dieu, afin qu'en tout, la sainteté et la majesté de Dieu soient honorées par Jésus-Christ (1).

C'est donc dans l'Esprit de Jésus-Christ Notre-Seigneur, opérant en tous, qu'on doit opérer toutes choses? — Oui; il faut sortir de soi-même et entrer dans la vertu de Jésus-Christ, pour honorer Dieu, son Père ; car autrement nous sommes tous remplis d'impureté et de mauvaises intentions qui infectent toutes nos œuvres.

Nous sommes bien malheureux et bien misérables, puisque, tant que nous demeurons en nous-mêmes, nous ne pouvons rien faire qui puisse plaire à Dieu? — Cela provient de la corruption de notre chair : partout où elle se mêle, elle perd tout.

Je ne m'étonne pas, si nous méritons tant d'être méprisés? — Nous ne méritons pas seulement d'être oubliés et d'être méprisés c:mme néant; mais nous méritons encore d'être persécutés et foulés aux pieds; enfin, de nous-mêmes, nous ne méritons réellement que l'enfer.

Que dites-vous là? Vous rabattez bien de la conGance que j'avais en moi? — Je ne vous dis rien que je ne vous montre dans l'Ecriture.

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