LEÇON XIV
De l'obligation que nous avons d'aimer la doit- Uur, la souffrance, la persécution, fondée sur ce que par nous-mêmes nous ne sommes que péché.
Pour l'amour de Dieu, expliquez-moi cette vérité que vous venez de me proposer, et imprimez -la tellement dans mon esprit, que jamais elle n'en sorte , afin que je puisse aimer la souffrance, la douleur, la persécution, la calomnie; en un mu'., la pénitence que je dois faire sur la terre qui en est le séjour? — Voici donc la seconde branche de la croix; car nous avons déjà vu l'obligation que nous avons d'aimer l'abjection et le mépris, qui
(1) Si quis loquilur, i]unsi sermones Dci ; si quis minislrat, tanciimm ex viriule quant administrât Deus; ut m omnibus nuû-iri'icetur Deus pcv Jesum Uuisluaa (l lierre, IV. llj.
en font la première branche , et de les soufrir par justice, aussi bien que par religion. Il faut maintenant voir comment nous sommes obligés d'aimer aussi la douleur et la souffrance, et de porter eu paix la persécution et la calomnie; non seulement parce que, dans le baptême, le Saint-Esprit que nous y avons reçu nous a donné ces inclinations , mais encore par justice, à cause de notre démérite.
Expliquez-moi cela, s'il vous plaît. —Pour le bien connaître, il n'y a qu'à savoir que nous sommes péché par nous-mêmes.
J'ai bien ouï dire que nous étions pécheurs, mais non pas que nous étions péché. —Nous ne sommes pas seulement pécheurs, mais encore nous sommes péché.
Si cela est, il n'y a aucune sorte d'opprobre, de calomnie, de vexation et de persé:ution que nous ne méritions. Mais je vous prie de m'apprendre comment nous sommes péché? — L'homme chrétien, selon toute la doctrine de saint Paul, est composé de deux choses, l'une se nomme chair, et l'autre s'appelle esprit. C'est ainsi que se partage l'homme dans l'Ecriture.
J'entends bien que l'homme est composé de corps et d'âme; je ne sais pas si c'est la même chose que ce que vous me dites, quand vous m'apprenez que le chrétien est composé de chair et d'esprit? — Non, par l'esprit, j'entends le Saint-Esprit et tous les dons qui sont nés de cet esprit, tels que la foi, l'espérance, la charité, l'humilité, la patience et autres dons, grâces et vertus semblables, comme nous l'a enseigné saint Paul après Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui dit en saint Jean : Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l'Esprit est esprit, Quod natum est ex came caro est, quod natum est ex Spiritu spiritus est (Jean, III, 6),
Et par la chair, qu'entendez-vous? — Vous le voyez bien , par la parole de Notre-Seigneur ; c'est ce qui n'est point le Saint-Esprit ou qui n'est point né du Saint-Esprit, mais qui est né de la chair.
Le corps et l'âme sont donc appelés chair dans la sainte Ecriture? — Oui, l'âme surtout, quand elle suit la chair et ses inclinations; et notre esprit même, quand il agit pour parvenir aux fins de la chair, sont appelés chair; enfin toutes leurs pensées sont appelées chair, parce qu'elles naissent de la chair, et l'Ecriture les condamne comme choses de mort : La prudence de la chair est une mort, Prudentia carnis mors est (Rom., VIII, 6), dit saint Paul, et nous avons eu des pensées de chair (Ephés., II , 3), dit encore le même apôtre.
Ce qui est né du Saint-Esprit et ce que l'on nomme esprit ne nous appartient donc point; il n'est point né de nous, il n'est pas nousmêmes ? — Non, car c'est Dieu même, et les effets de sa présence, qui sont sa lumière, sa; sagesse, son ardeur, son amour, etc.
Il ne faut donc point s'en glorifier, ni le mettre au nombre des choses qui sont de nous? — Vous avez raison ; ce sont en nous des dons de la pure libéralité et de la grande
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miséricorde de Dieu, touché de notre misère et de la charité de son Fils mort pour nous sur la croix.