‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 196 sur 394 · LEÇON XV · texte numérisé non relu

LEÇON XV

Explication de la doctrine précédente.

Qu'est-ce donc qui est de nous-mêmes en nous ? — Le néant et le péché ; voilà ce que nous sommes.

Nous sommes donc hien peu de chose, et dignes de toute souffrance et persécution? — Tour le néant, je vous ai déjà montré comment de nous-mêmes nous n'étions rien :

c'est ce que nous étions de toute éternité; l'être dont Dieu nous a revêtus n'est point de nous, il est de Dieu; et quoiqu'il nous soit donné, il ne cesse pourtant pas d'être encore son êlre, pour lequel il veut être honoré.

Mais pour le péché?— Je vais vous le dire, avec la grâce de Dieu. Le premier homme, Adam, avait été créé dans l'innocence, il pécha, et en lui tous les hommes ont péché.

Comment entendez-vous cela?— Si un père avait fait un marché pour lui et pour toute sa famille, n'est-il pas vrai que tous ses enfants et successeurs seraient obligés aux conditions sous lesquelles il aurait contracté?

Cela est vrai. — Notre premier père a fait le premier traité au nom de tous ses enfants et de toute sa famille : par son péohé , il a violé ce pacte et ce traité : ses successeurs ont donc tous trempé avec lui dans son crime, et en ont justement porté toute la punition.

Je vois bien , et je crois que nous avons commis le péché en notre premier père, et que nous sommes punis pour ce péché-là même, ce qui est juste : mais je ne vois pas encore comment nous sommes péché?— Pour entendre ce que je vais vous dire, il fallait avoir présupposé ce que j'ai déjà établi. Le péché du premier homme a fait un tel dégât en nous, et y a mis une telle corruption, que depuis ce temps-là nous ne sommes que ch;iir et que péché. De là vient que Dieu dit : Mon esprit ne demeurera point en l'homme, parce qu'il est chair, Non permanebit Spiritus meus in homine in œternum, quia caro est (Gen., VI, 3) ; parce que tout son être, et spirituel, et corporel, est infecté du péché. Son esprit est devenu chair, il est grossier comme la chair, il est aveugle comme la chair, il ne recherche que les appétits de la chair, il est animal et terrestre comme la chair, il est tout dépravé de sa droiture, il est détourné de ses premières voies, il n'a plus que des désirs impurs, grossiers et corrompus, en uu mot , il n'a- plus rien des traits ni de la ressemblance de Dieu.

Je voudrais bien encore quelque éclaircissement sur cette matière. — L'homme est si dépravé dans son fond, qu'il n'a d'inclination qu'au mal et au péché ; et cette inclinalion est si forte en lui, par la misère et parle venin du péché originel, qu'il n'est qu'abîme et gouffre du péché, portant en soi le principe, non seulement d'un ou de deux péchés, mais aussi de tous les péchés ensemble.

llelasl qu'est-ce que cela? et pourquoi nous gluritions-nous da noire chair? bile

TES DE M. OL1ER. 472

sage défend l'orgueil à l'homme, parce qu'il est cendre et poussière, Quid superbit terra et cinis (Eccli., X, 9) ? combien plus doit-on le reprocher à la chair, qui est toute pétrie de péché 1 — C'est là ce que nous sommes.

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