LEÇON XVI
Suite de la même vérité ; que notre chair n'est
que péché.
Pourricz-vous encore ajouter quelque chose pour me faire concevoir comment la chair n'est que péché? — Elle est tellement péché, qu'elle est toute inclination et tout mouvement au péché et même à tout péché; en sorte que si le Saint-Esprit neretenait notre âme et ne l'assistait des secours de sa grâce, elle serait emportée par les inclinations de la chair, qui tendent toutes au péché et qui sjnt toutes semées dans l'âme, à cause de l'étroite liaison et de l'intime union que celle-ci a avec la chair.
Mon Dieu ! qu'est-ce donc que la chair? — C'est l'effet du péché, c'est le principe du péché ; en un mol , on peut dire d'elle, comme, les Juifs disaient de l'aveugle-né, qu'elle est toute née dans le péché, In peccatis natus es totus (Jean, IX, 3i).
Si cela est, pourquoi ne tombons-nous pas à toute heure dans le péché? — C'est la miséricorde de Dieu qui nous en empêche, et son divin Esprit qui nous assiste et oui est en nous pour nous soutenir.
Je suis donc obligé à Dieu de ce que je ne commets pas tous les péchés du monde ?— Oui, saint Augustin le disait ainsi de lui-même, et c'est le sentiment ordinaire des sainls; parce que la chair est entraînée par un tel poids vers le péché , que Dieu seul peut l'empêcher d'y tomber (l!).
Eh quoi ! la sagesse et la philosophie ne le pourraient-elles pas? — Non; car autrefois les plus grands philosophes et les hommes les plus sages qui aient jamais été, quoiqu'ils connussent la vertu et qu'ils eussent une très-grande horreur du vice, n'ont pas laissé de faire de grandes chutes, et sont même tombés dans les vices les plus horribles et les plus honteux de la nature (Rom., I, 21, etc.).
Nous avons donc grande obligation à No tre-Seigncur Jésus -Christ de nous avoir donné son Esprit pour relever notre âme et pour la retirer du bourbier du péché et des inclinations de la chair où elle est toute plongée? — Notre obligation envers lui est trop grande pour pouvoir l'exprimer.
Mais encore, voudriez-vousbien m'en dire quelque chose ? — Ce que je puis vous en dire est qu'il n'y a aucune sorte de péché qui puisse se concevoir; il n'y a ni imperfection ni désordre, il n'y a point d'erreur ni de dérèglement dont la chair ne soit remplie , tellement qu'il n'y a sorte de légèreté , ni de folie , ni de sottise cjue la chair ne soit capable de commettre a toute heure.
(I) Gralia: lire depnlo, et quoectiniqiie non feci mata. Quid.enim non faceie j.otui, qui etiam gratuiluin fournis amavi? etomnia niilii dimissa esse i'ateor, el qnœ meà s|u>ute feci mala.'et quï le duce non feci (s. auq. tunf. t. II. e. 7).
CATECHISME CHRETIEN. — PART. I
Et quoi 1 je serais fou , et je ferais le fou par les rues et par les compagnies , sans le secours de Dieu? — C'est peu que cela , qui ne regarde que l'honnêteté civile ; mais il faut que vous sachiez que, sans la grâce de Dieu , sans la vertu de son Esprit , il n'y a aucune espèce d'impureté , de vilenie, d'infamie,d'ivrognerie, de blasphème , en un mot, il n'y a sorte de péché auquel l'homme ne s'abandonnât.
La chair est donc bien corrompue? — Vous le voyez.