‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 20 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CI! A P. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. - CI! A P. VII

cause que Dieu ne refuse rien à l'esprit qui prie en nous : il l'exauce toujours, de même qu'il exauce Noire-Seigneur pour la révérence qu'il lui porte : Exauâitut est pro sua reverentia. (Hebr. v, 7.) J'ai ouvert, dit David , la bouche fie mon cœur , et j'ai attire' l'esprit (66). Et comme il est dit ailleurs: Jamais une parole intérieure ne sera adressée à Dieu, qu'elle ne soit exaucée, et qu'elle ne retourne avec son fruit (67).

Dieu s'est engagé de parole d'accorder à la prière des hommes le don de cet esprit , qui est la nourriture de l'âme. Il le donne à l'Eglise selon les besoins de ses enfants, et distribue ce pain à un chacun des petits , qui le lui demande. Mais comme cet esprit divin est insensible dans son action, à cause de sa punie, quand il se donne à l'âme , comme nourriture et aliment, il le fait d'une manière insensible. L'âme le reçoit véritablement en elle, et croît en sa vertu , mais imperceptiblement. De sorte que si on ne voit pas , et qu'on ne sente pas cette augmentation, c'est qu'elle consiste dans une grâce insensible, et qu'elle est reçue dans le fond de l'âme, qui est pareillement insensible. On ne voit pas croître le corps grossier de l'homme , quoiqu'il soit nourri par une substance sensible. On ne voit pas mouvoir l'aiguille d'un cadran, quoique le mouvement en soit sensible. Il ne faut donc pas s'étonner si l'on ne peut apercevoir par les sens les actions de ce divin esprit; mais il faut seulement en foi se confier à la parole de Dieu, qui donne tout à l'oraison , et être huinblesen la prière, mais confiants en lui, et ouverts en sa présence pour recevoir ses opérations.

Si , lorsque nous lisons les psaumes, la bonté de Dieu opérait en notre cœur des dispositions et des sentiments semblables à ceux que nous lisons ; et si nous éprouvions une certaine opération d'esprit , qui nous fit goûter ce que nous méditons, et qui nous fit suivre d'attention, d'ouverture et de goût les termes de David ; nous ne devrions pas interrompre cette opération pour poursuivre nos demandes, mais il faudrait en demeurer là, à cause que ce serait être dans la chose, même devant que de la demander; ce serait être dans la fin de sou oraison dès le commencement ; ce serait être prévenu dans nos demandes , et recevoir gratuitement ce que les fidèles serviteurs et les forts ont peine à obtenir après beaucoup de prières et d'humiliations.

Par exemple, si en lisant ce verset : Domine , ne in furore tuo arguas me , ncque in ira tua comptas me (Psai. vi, 2) , il arrivait que nous eussions l'intelligence de ces paroles, qu'elles opérassent au fond de nous une prière et un désir conforme à celui de David; que nous fussions humiliés devant

Dieu, lui demandant avec crainte qu'il ne nous condamnât point en sa fureur , et qu'il ne nous jugeât point en sa colère; et que cela tînt notre âme en tremblement devant sa majesté , il ne faudrait pas chercher une autre occupation , parce que ce serait une marque de l'opération divine; mais il faudrait demeurer en paix dans cet état , et laisser opérer l'esprit , en nous nourrissant de cette disposition.

Que si l'esprit cessait de nous nourrir et de nous tenir occupés en cette sorte, nous pourrions passer aux versets qui suivent. Que si enfin , il se trouvait que Dieu eût retiré son opération sensible de notre âme, nous laissant en nudité dans la pureté de la foi , nous pourrions commencer de prier d'une autre manière , et nous servir d'une autre méthode , comme de celle que nous avons expliquée ci-devant (68).

1" Section'. — Diverses sortes de pénitences intérieures.

Il faut se laisser à Dieu , afin qu'il nous fasse porter tout abandon , toute sécheresse et délaissement , toute crainte, toute tristesse, toute douleur, qui sont des effets d'une pénitence intérieure opérée de Dieu, et qui n'est connue que de lui seul , et de ceux qui la portent.

11 faut s'abandonner à sa divine justice, pour porter les terreurs de ses saints jugements ; pour porter les rebuts intérieurs de nos âmes et de toutes nos œuvres, pour porter ses reproches et ses injures.

C'était l'état de pénitence intérieure de Jésus-Christ, dont les peines passaient infiniment les extérieures. Il était abandonné à Dieu de tout temps , c'e^t-à-dire , dès le premier moment de son incarnation , pour porter ces états (69) ; et il les a toujours portés durant sa vie , à cause qu'il était en ce monde pour faire pénitence (70) , et pour porter les états intérieurs et extérieurs qui étaient dus aux pécheurs (71).

Il n'a pas seulement porté toute peine et douleur en ses membres ; soutirant en tout lui-même , à cause que les pécheurs offensaient avec plaisir par toutes les parties de leurs corps ; mais de plus , il a porté la dernière peine corporelle due au péché, qui est la mort. Il a été fait obéissant jusqu'à la mort , et la nioit de la croix , qui est la dernière des peines du corps, qu'il a voulu avoir devant les jeux toute sa vie , et dont il a voulu porter toute la sensibilité et la peine dans son agonie au jardin des Olives.

Il n'a pas seulement porté les peines extérieures en ses tourments; mais il a porté encore les peines intérieures dans toute l'étendue des passions qu'il soutirait s'élever en lui pour l'affliger en sa partie inférieure.

Il a porté en sou esprit les vues des mé-

(66) Os meum aperui et altraxi sphiium. (Psat. (70) Dolor meus in conspectu meû semper. (l'sut.

cxvm, tôt.) xxxvu, 18.) (07) Non reverietur ad vie vacuum. (hu. lv, lt.) (71) A piaula pedis usque ad verticem non esi i»

(68) Col. 61. eo sauitai,. [ha. i, 0.) (00) In le projeclui lute ci utero. {Vial. xxi, 11.)

pris, des rebuis , des délaissements et des injures de son Père, qui l'avait chargé de la honte et de la confusion que méritaient les péchés qu'il n'avait pas commis (72).

Le reproche que Dieu fait aux pécheurs avec opprobre, en les jugeant et les condamnant, en cela même que Jésus-Christ a porté de la part de son Père; ce qui lui faisait dire: Longe a salute niea verba delictorum meorum. (Psal. xxi , 2.)

Non-seulement il se voyait environné de tous les péchés des hommes, qui, de leur nature, s'élevant avec effort contre Dieu, lui étaient une charge insupportable; nonseulement il était accablé des ,cris et des blasphèmes que tous ces péchés vomissent contre sa divine majesté ; mais encore il recevait sur lui de la bouche de son Père les injures et les opprobres des péchés dont il était chargé, qui étaient comme autant de tonnerres qui l'accablaient, et qui, par un terrible et sévère jugement, l'éloignaient de lui.

Il faut qu'une âme s'expose à porter en soi la pénitence intérieure où Dieu le Père met quelquefois les âmes par lui-même , et par sa propre justice, et que lui seul sait opérer en l'âme. C'est là le dernier abandon où l'âme se puisse réduire.

Et c'est de cette peine dont Notre-Seigneur parle , surtout en la description de celles de sa mort. Il parle d'abord de celle-là, et ensuite il décrit quelque portion des autres. C'est dans le psaume: Deus, Deusmeus , ut quid me dereliquisti ? (Psal. xxi , 2) où il a fait mention de ses souffrances extérieures et sensibles, mais qui n'approchent en rien des intérieures.

Ainsi , il faut estimer peu tout l'exercice extérieur des jeûnes , des disciplines, de l'abstinence des plaisirs du corps, auprès de cette pénitence intérieure. Un seul moment de celle-ci est ulus que toutes les autres sans elle.

Cet état de pénitence opère tout d'un coup en l'âme les dispositions de la réelle et véritable pénitence , de la pénitence essentielle de l'esprit. Car ses vues opèrent un profond anéantissement et une trèsgrande confusion : elles opèrent condamnation , horreur et contrition du péché : elles opèrent abattement et soumission de l'âme aux eflets de la sainte justice de Dieu sur nous.

Bienheureux est celui qui se met en état de pureté intérieure pour porter ces effets 1 mais si on n'en est pas jugé digne de Dieu pour son infirmité , et pour son impression particulière, il faut s'abandonnera lui pour porter tel effet qu'il voudra opérer en nous; soit pat sa main divine, qui s'étend même sur notre intérieur; soit aussi par le ministère des créatures , comme quelquefois par les démons (73), que Dieu emploie à nous tourmenter, et qui nous viennent affliger de

tentations très-véhémentes, très-douloureuses , très-odieuses et effroyables , comme sont celles de blasphème, d'impureté, de désespoir , d'infidélité, de jalousie, de tristesse et de douleur, qui surpassent les effets ordinaires de la nature; soit aussi par le moyen des hommes , dont il se sert souvent pour nous punir et pour se venger; comme il le fait , ou par des serviteurs et domestiques paresseux , négligents et infidèles , ou par des hommes étrangers qui nous font peine en leur humeur , et qui sont fâcheux dans leurs approches trop fréquentes, dans leur antipathie , dans le désir que nous y remarquons de nous supplanter, de nous trahir , et de se moquer de nous ; soit enfin par les ordres des directeurs qui nous imposent, au nom de Dieu, la i, énitence qu'il leur inspire. Ceux-ci sont les moins fâcheux, parce que , comme on s'est soumis à eux avec liberté , on accepte ce qu'ils ordonnent avec amour.

C'est ainsi que Notre-Seigneur se soumit à saint Jean-Baptiste, qui tenait la place du Père éternel, par lequel il était envoyé. C'est ainsi qu'il reçut de sa main le baptême, qui était l'obligation à la pénitence, et qu'il fut aussi chargé par lui des fléchés de tout le peuple. Et comme le bouc émissaire était chargé en figure par le grand prêtre de tous les crimes d'I-raël ; de même saint Jean, qui était fils de Zacharie et de la race des prêtres , quoiqu'il n'en fît pas pourtant la fonction extérieure , étant réservé pour une œuvre plus sainte que celles de la loi , et qui consommait toute la pénitence de la loi, chargea Notre-Seigneur même extérieurement des péchés de tout le monde, de la part de Dieu le Père. Après quoi le Saint-Esprit le chassa au désert, comme le bouc, émissaire , et comme la victime publique du péché, pour satisfaire à Dieu.

Il faut eu cet esprit nous retirer au désert avec Jésus-Christ , nous y laissant chasser par l'esprit, qui nous séparera du commerce du monde , de la société des fidèles , et même des gens de bien, pour nous mettre en esprit hors de la vie , à laquelle nous devons mourir intérieurement.

IIe Sectios. — De Vesjjrit de pénitence.

Notre Seigneur est la plénitude de ia pénitence. 11 en porte l'esprit en soi, et en revêt tonte l'Eglise, en sorte que toute la pénitence qui paraît au dehors et à l'extérieur, si elle est réelle et véritable, émane de cet esprit intérieur de pénitence, qui est en Jésus-Christ, d'où il se répand en nous.

Toute pénitence extérieure, ,qui ne soit point de l'esprit de Jésus-Christ, n'est pas une pénitence réelle et véritable. On peut exercer sur soi des rigueurs, et même trèsviolentes; mais si elles ne sont point émanées de Notre-Seigneur pénitent en nous, elles ne peuvent être des pénitences chré-

'72) Improperia improperantfum tibi ceciderunt tionem et hum, et Iribulat'wner' jurer me. (psal. l.vviii, 10 ; Rom. xv, 5.) angelot malos. (Psal. lxxvh, 4».j

(lo) Misil in eus irait* indignutionh suœ, indigna

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