‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 21 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CI1AP. VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CI1AP. VU

tiennes. C'est par lui seul que l'on fait pénitence: il l'a commencée ici-bas sur la terre en sa propre personne, et il la continue en nous, dilatant en ses membres ce qu'il avait rétréci en lui-même.

Je ne dis pas seulement que la pénitence se fasse par Jésus-Christ, c'est-à-dire, parses mérites tt par ses grâces; mais encore je dis que nous la devons faire réellement en lui ; c'est-à-dire, qu'il doit être le principe en son esprit de notre pénitence ; animant notre âme des dispositions intérieures d'anéantissement, de confusion, de douleur, de contrition, de zèle contre nous-mêmes , et de force pour accomplir sur nous la peine et la mesure de la satisfaction que Dieu le Père veut recevoir de Jésus-Christ en notre chair.

Jésus-Christ est donc le pénitent public, et même le pénitent universel : car c'est lui seul qui fait pénitence en tous. C'est lui qui charge le corps de l'Eglise de chaînes , de ciliées, de haires, et qui les porte dans les Chrétiens, qui sont ses membres ; de même qu'il eût voulu en user sur la terre, et les porter lui seul en son corps, s'il n'eût été trop faible et trop petit.

C'est pourquoi il a voulu le dilater et l'élargir par le moyen de son Eglise (74), dans laquelle répandant son esprit, et la revêtant des inventions de sa pénitence, il satisfait à Dieu son Père en son corps mystique, comme en son supplément, au zèle intérieur et aux désirs immenses que son esprit avait de souffrir, et qu'il n'avait pu assouvir en sa seule personne.

Il a [iris pour sa part une portion de pénitence extérieure, et il en distribue aussi une partie à chacun de ses membres (75); mais il s'en e*t réservé pour lui seul la plénitude de l'esprit intérieur, qui fait en tous ses membres toutes les opérations extérieures.

Noire-Seigneur est plus étendu en son intérieur qu'en son extérieur. Car il a en sun esprit l'intérieur de tous; et en son corps, il n'a que l'extérieur que son Père lui a réglé; à quoi il s'est soumis. Or, comme cet intérieur de Jésus-Christ étaitcaché, son Père a voulu qu'il fût manifesté, et que cette soif qu'il eut à la croix, qui lui fit dire : J'ai suif (Joan. xix, 28), fût entendue et expliquée aux hommes. C'était une soif de souffrir pour son Père et pour l'Eglise, et qui marquait l'ardeur de sa pénitence, et le feu de son cœur de zèie contre lui-même, pour détruire le péché.

Il donnait à entendre, par cette parole, que, quoiqu'un corps soit accablé, quoiqu'il soit miné et détruit, quoiqu'il soit exténué et léduit aux abois de la mort, comme le sien était pour lors, il doit néanmoins vivre dans l'esprit de pénitence; et que le désir de souffrir pour nos péchés, et pour tous ceux qui ont offensé et qui offensent encore la majesté de Dieu dans l'Eglise, doit toujours être allumé dans notre cœur.

De là nous apprenons la communion de pénitence, en laquelle les membres de Jésus-Christ doivent entrer, en se donnant intérieurement à l'esprit de pénitence de l'Eglise, qui est l'esprit de Jésus-Christ, mais répandu et dilaté dans ses membres, pour avoir un amour et un zèle universel de satisfaire à Dieu en sa personne pour tous les péchés des hommes; et pour vouloir, avec cet esprit universel, par cet esprit, et en cet esprit, être présent à tous, afin de satisfaire et de contenter en tous la majesté de Dieu.

C'est là la seconde communion de la pénitence, en laquelle nous devons entier. Car, premièrement, nous devons entrer en communion avec Jésus-Christ, faisant pénitence en lui-même. Secondement , avec Jésus- Christ pénitent en ses membres, afin d'entrer en tout l'intérieur de la pénitence, qui ne doit point avoir de bornes en nous, et qui doit passer infiniment l'étendue de la pénitence extérieure, que nous ^devons exercer sur nos corps.

Dieu mesure tout au poids de l'esprit : il voit combien nos œuvres ont de l'esprit div n, et selon cette mesure il les estime; parce qu'il n'y a rien en elles d'estimable, que ce qui est de lui par son esprit. De là vient que les œuvres de Jésus-Christ, et les moindres de ses actions, surpassaient tous les travaux des saints apôtres, et de toute l'Eglise, à cause de la plénitude de l'esprit, de la science, de la lumière et de l'amour, qui lui donnaient des vues, des intentions, et des dispositions toutes divines d'honorer

En effet, la plénitude de son zèle, de sa force et de sa pureté, élevant et remplissant ses œuvres, faisait plus devant Dieu que toute l'Eglise ensemble ne mérite et ne peut mériter. Car quoiqu'elle soit animée du mê me esprit, elle n'agit pas avec l'étendue immense de la Divinité, avec laquelle ce divin esprit agissait en Jésus-Christ.

Ainsi, encore que l'Eglise exprime au dehors une partie de ce que l'amour de la pénitence méditait en lui pour la satisfaction de son Père, nous n'avons rien toutefois dans la même Eglise, qui exprime | arfaiteruent l'étendue de ses désirs, et la force de ses actes intérieurs; nous n'avons rien qui exprime le poids immense de l'amour de son cœur, et l'infinité de son zèle à le contenter.

On en peut bien connaître à la vérité quelque chose, par l'étendue des rigueurs que »on esprit opère dans l'Eglise, et par la diversité des peines et des souffrances qu'il porte lui-même dans ses membres, qui lui servent à accomplir et à achever sa pénitence : mais pour le fond de son intérieur, il n'y a que l'éternité seule qui nous le montrera. Rien ne nous le peut découvrir en cette vie, dit saint Ambioise (76).

Il faut s'unir à cet intérieur divin de Jé-

(74) Ecclesia quie est corpus ipsius, et ptenitudo in carne mea pro corpore ejus , quoa est Ecclecia. ejus. {Ephes. 1, 25.) (Col. i, 24.)

(75) Adimvleu en quœ désuni oassionvm Chrisii, (70) Dei consilium humana vola non capuint, nec

sus-Christ, pour être dans son fond revêtu de lui-même. C'est ce qu'on doit rechercher par-dessus tout, parce que c'est ce qu'A y a de plus excellent dans la pénitence, et que c'est le fond de toute vertu. Il faut être pénitent en Jésus-Christ, et enivré en lui de l'esprit de la vraie pénitence, qui après avoir opéré en nous et sur nous tout l'effet de la pénitence extérieure, qui n'est qu'une dépendance , un rejeton très-léger, et comme un caractère et une expression de l'intérieure, y opère ensuite intérieurement à proportion de la plénitude et de l'abondance de l'esprit (77).

L'esprit qui est aussi bien opérant dans les saints, selon les desseins de Dieu , comme il y est priant, selon la doctrine de saint Paul (78), nous sollicite selon son zèle à nous punir, et à satisfaire a Dieu, et nous devons obéir à ce divin ouvrier des mystères de Dieu, comme à celui qui assiste à ses conseils, et qui pénètre dans le plus profond de ses secrets (79)

Comme il sait la mesure des satisfactions qu'il désire de nous, et que nous l'ignorons, il faut nous abandonner à cet esprit intérieur, qui est une mer et un océan de pénitence intérieure et divine, et lui protester que nous sommes prêts et abandonnés h tout, et que nous ne refuserons aucun châtiment, ni aucun elfet de sa justice.

Il faut lui protester que nous sommes soumis en général à tous les ordres de Dieu, et que, s'il y va de perdre mille fois la vie dans la pénitence, nous sommes tout prêts à le faire : que nous ne voulons point de bornes dans nos souffrances , puisque l'esprit de Jésus-Christ, en son zèle, n'en peut avoir pour Dieu son Père ; que pour ce sujet nous embrassons en esprit toute l'étendue des peines, pour porter tout ce que Dieu désirera nous en imposer ou par luimême, ou par la bouche et par l'ordre de celui qui nous tient sa place en terre, qui est le directeur, en qui nous respectons sa majesté.

C'est ainsi qu'il faut être uni à Jésus- Christ pénitent en la terre : et comme il reçut les ordres de Dieu son Père, quand il fut envoyé et chassé au désert pour faire pénitence, de même il faut recevoir, en union à son esprit et à ses dispositions, les pénitences qui nous sont imposées.

Il faut les recevoir avec anéantissement de notre propre esprit, et de notre propre jugement, qui pourrait les examiner, ou même les contredire, comme aussi ue notre propre volonté, pour être abandonnés à tout faire, et pour être fidèles aussi à ne faire que ce qui nous sera dit et ordonné.

OEUVRES COMPLETES DE M. OLIEH IIP Section.

De Cexcrcicc de la pénitence en esprit.

Celui qui adhère à Dieu, n'étant qu'un esprit avec Dieu (80), il s'ensuit nécessairement que l'âme qui lui est bien unie entre en ses qualités, en ses mœurs, en ses sentiments, en ses dispositions, et par conséquent dans le zèle .de sa justice, qui est continuel contre la chair. De sorte que la juste colère de Dieu contre la chair de péché étant imprimée en cette âme, et cette âme étant animée de l'esprit de la divine justice, elle se trouve dans un rebut continuel et dans une condamnation perpétuelle de sa chair

La chair qui est toute en péché, toute en désirs impurs envers toutes choses, et qui ne désire rien que pour elle en son amourpropre et en sa sensualité, ne peut être aimée de Dieu ; au contraire, elle en est toujours rebutée et condamnée. Ainsi l'âme entrée en Dieu, en son zèle et en sa sainteté, improuve, condamne, et anéantit en soi tous les désirs injustes, qui s'élèvent sans cesse en sa chair, pour contenter tous les sens.

Par exemple , les yeux qui, par les désirs de la chair, connaissent leur plaisir et leur satisfaction, recherchent sans cesse dans les créatures de quoi se contenter : il en est de même de tous nos sens extérieurs et intérieurs. Mais l'esprit qui est en nous en possession de notre âme, voyant et sentant les inclinations et les désirs impurs de notre chair, qui sont les marques de sa vie, et qui témoignent la volonté qu'elle a de se satisfaire, ne manque pas de nous imprimer un sentiment de rebut contre elle , et de porter l'âme à la repousser, à ne lui point adhérer, à n'opérer point conformément à ses désirs, et à ne la point satisfaire par la recherche et par l'usage des choses désirées.

L'esprit porte encore les sens à s'en priver et à s'en éloigner, comme étant des désirs impurs de la chair, qui doit être punie en son amour déréglé, et en sa convoitise malheureuse, qui ne la porte qu'à la satisfaction d'elle-même, et non point à contenter Dieu, qui est notre fin unique, à laquelle seule nous devons tendre selon l'obligation capitale de notre vie.

C'est là une sollicitation perpétuelle de l'esprit de pénitence, qui nous porte à la mortification île nous-mêmes, et à la punition secrète des excès de notre chair. Lorsqu'elle estexacteinent châtiée, ensortequ'on ne lui laisse rien prendre qui la satisfasse inutilement, elle est promise dans des états de pénitence très-violents et très-pénibles, qui la réduisent jusqu'aux abois, et souvent

quisqtiam iiiieriortiin pnicst esse parlicqis Christi. (Ambr.;

(77) Spirilus secuudam Deum postulat pro sanclis. (Rom. mu, -n.)

("S) Qperatur omnia in omnibus (1 Cor. xu, 0.) Ilœc aulem omnia operalur unus uiuue idem Spi-

ri lus. (Ibid., 11.) Spirilm vmnia scrutatur, eliatn profuvda Dei. (/ Cor. h, 10.)

(79) Quis enim cognovit sensum Damini ? aul (/uts conmlianus ejus fuit? {Hom. xi, 51.

(80) Qjui adrhœrel It'omino, unus spirif* est. il Cor. vi, 17.)

Page 1