‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 206 sur 394 · LEÇON · texte numérisé non relu

LEÇON

Que la prière est le moyrv principal , et qu'il faut prier avec humilité et confiance.

Apres m'avoir enseigné en quoi consiste l'esprit chrétien, donnez-moi quelque moyen pour l'acquérir et pour le conserver ?— Un des principaux et des plus efficaces est la prière ; car Notre-Seigneur assure , dans l'Evangile, que Dieu notre Père donnera l'esprit bon, c'est-à-dire l'esprit chrétien, à ceux qui le lui demanderont, Pater rester de cœlo dabit spiritumbonum petentibus se (Luc, XI, 13).

Enseignez-moi la méthode que je dois garder dans la prière. — 11 faut premièrement y apporter des dispositions semblables à celles que Notre-Seigneur avait lui-même , et qu'ii a enseignées à ses disciples; il faut nous adresser en toute humilité et confiance au Père éternel , comme il s'y adressa lui-même dans ses belles prières que nous lisons dans l'Evangile de saint Jean , et comme il nous l'apprend encore dans le Pater.

Qu'enlendez-vous par le mot d'humilité ? — J'entends premièrement un sentiment de confusion pour notre indignité causée par nos péchés que Dieu ne peut souffrir : Vous n'étespoint un Dieu qui aimiez l'iniquité, Non Dcus volens iniquitatem tu es (Ps. V, 5) , lui dit le psalmistc; et souvenons-nous de celte autre parole : Dieu n'exauce point les pécheurs, Pcccatores Dsus non audit (Jean., IX, 31). Secondement, j'entends par l'humilité ce même sentiment de honte et de confusion , tjui vient de notre incapacité à prier : car la prière est un acte surnaturel , que l'on ne peut faire sans grâce; et l'homme, par soimême, étant un pur néant de grâce , est tout à fait incapable de prier.

Comment donc peut-on prier avec confiance ? — Dieu y a pourvu ; et je vais vous apprendre le secret de la confiance , qui est

si glorieux à Dieu et si utile à l'Eglise. Après que l'on s'est tenu quelque temps dans ce sentiment d'humilité dont je vous ai parlé , ilfautserecueilliren l'esprit de Jésus-Christ, qui est dans le cœur de tous les enfants de l'Eglise pour les élever à la prière , comme le dit saint Paul (1) , c'est-à-dire qu'en cet esprit nous prions avec confiance. C'est ce qui est marqué par le nom de Père, que nous donnons à Dieu , et par le cri que notre cœur pousse vers lui en priant , selon l'expression du même apôtre. Cela exprime la grande confiance et la force du zèle avec lesquels nous demandons à Dieu tous nos besoins. J'ajouterai encore ici ce que saint Paul dit en un autre endroit , que l'esprit demande pour nous avec des gémissements inénarrables, Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus (Rom., VIII, 26).

Que veut dire cela, car je n'avais jamais ouï dire que le Saint-Esprit gémît ? — C'est par mystère qu'il est dit que le Saint-Esprit gémit ; car toutes les paroles de l'Ecriture sont mystérieuses , c'est-à-dire que , quand on prie eu union avec l'Esprit saint, on obtient plus que par tous les gémissements et toutes les larmes imaginables. Je remarquerai encore que Notre-Seigneur qui habile en nous et qui fait les fonctions du Saint-Esprit, Factus est in Spiritum vivifteaulem (ICor., XV, 4-5) , est appelé par David , en esprit de prophétie , Hostie de vocifération llosliam lociferationis (Ps. XX.VI , G).

Que veut dire ce mot, hostie de vocifération?— Le prophète fait allusion aux clameurs que poussaient dans le temple les animaux destinés aux sacrifices, qui étaient la figure de Jésus-Christ sur la croix et dans nos cœurs. Or, il est dit de Notre-Seigneur, qu'il pria pour nous arec profusion de larmes, et avec des cris puissants, Preces supplica-

(t) Accepisli Spiritum adoptionis liliorum, m quo cia.na mus, Al/ba, Pater liîOm.,VIIl, 15J.

CATECHISME CHRETIEN

PAItT. II

tionesque cum clamore valido et lacrymis ofîerens (Hébr. V, 7).

Que signifie cela en Notre-Seigneur? — Cela montrait la tendresse de son amour envers nous et la force de son zelc dans sa prière. Notre-Seigneur Jésus-Christ fait-il de même dans nos cœurs? — Oui, il le fait partout où il est, et dans nos cœurs, et dans le saint sacrement, et dans le sein de Dieu son Père; et en voici la raison : Ce que le Saint-Esprit a commencé une fois dans le cœur de Jésus, il l*a continué pendant toute sa vie, et le continuera durant toute l'éternité. Les opérations de sainteté, dans le cœur de Jésus, sont éternelles comme celles de tous les saints dans le ciel. Le grand secret du christianisme et tout le sujet de la confiance des enfants de Dieu consistent en ce que Jésus-Christ nous est toutes choses, comme le dit S. Paul Omnia et in omnibus Ckristus (Col., 111,11); Omnia in ipso constant (Ibid.,1, 17) : il est notre prière, notre humilité, notre patience, notre charité, etc. Voici donc les dispositions qu'il faut avoir pour la prière, et l'ordre que nous y devons tenir. Il faut se présenter à Dieu notre Père, qui est toujours plein de charité, et qui nous dit par un de ses prophètes : Je vous ai aimés d'un amour continuel. In charitate perpétua dilexi le (Jérém., XXXI, 3). Et quoique nos péchés nous rendent indignes de paraître devant lui, toutefois, si nous nous unissons à Jésus-Christ , notre indignité est couverte devant son Père, lorsqu'il sent le parfum qui s'exhale des vêtements de son Fils aîné, Jésus-Christ Notre-Seigneur, dont nous sommes couverts comme Jacoh l'était des hahits d'Esaii. Il faut donc, après s'être tenu quelque temps dans des sentiments d'humilité, entrer en Jésus-Christ comme notre prière, et s'unir à lui comme à notre avocat (1) et ensuite, animés de cet Esprit, rendre à Dieu tous nos devoirs, et lui demander tous nos besoins. Et pour le dire en un mot, ce qu'il y a de principal dans la prière, après l'humilité et la douleur de ses péchés, c'est d'y venir armés de confiance et de foi parfaite , fondée sur ces paroles de Notre-Seigneur : Ce que vous demanderez à mon Père en mon nom et en ma vertu, il vous l'accordera. Si quid petieritis Palrem in nomine mco . dabit vobis (Jean., XVI, 23). En effet, nous voyons dans l'Apocalypse, et eccein medio tlironi Açpiumstantem tanquam occisum (Apoc, V, G ) que Notre-Seigneur parait devant son Père, comme un agneau debout et qui semble être mort, ce qui signifie qu'il est toujours devant le trône de son Père , revêtu des armes de sa passion, lui demandant pour nous, par ses divins mystères, tout ce dont nous avons besoin, et lui disant dans sa prière, comme David. Mémento, Domine, David, et omnis mansucludinis cjus (Ps. CXXXI , 1) : Mon Dieu , souvenez-vous de toute la douceur et de la patience que j'ai eues en ma mort : je

(1) Semper vivens ad iiilerpellandnm pro nobis (iïcbr. Vit, 2o).Advnc!itum habeinus apud Palreui Jcsum Christum

Jiiitum [iJean, II. I).

vous conjure, par toute ma vie péniteate, d'avoir pitié de mes enfants.

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