LEÇON IV
Que l'on peut recevoir la sainte communion
pour le bien et l'utilité des autres.
Comme, par l'avis de mon confesseur, j'approche souvent de la sainte table, voudriez - \ous m'éclaircir la seconde difficulté dont vous m'avez parlé, qui regarde la sainle communion'?— Celle difficulté, à présent for! répandue, n'inquiète que Irop les fidèles qui ont la dévotion de communier souvent. Car plusieurs bonnes âmes que Noire-Seigneur admet à la sainte communion de son corps et de sou sang, sont souvent altirées à communier pour la délivrance des âmes du purgatoire ou pour le soulagement des infirmités de leurs frères et aussi pour demander à Dieu plus efficacement quelque grâce importante à leurs âmes, au bien du prochain cl à la sanctification de l'Eglise. Il se trouve néanmoins des personnes qui condamnent ces inlcnlions, en disant : L'adoration et la foi d'une âme qui communie , est-ce une si grande œuvre? sa communion peut-elle soulager les âmes du purgatoire? peut-elle attirer quelque bénédiction sur toute l'Eglise? Cette difficulté vient de ce qu'on ne connaît point assez la valeur et le mérite de la sainte communion des fidèles. Retenez bien ces belles paroles de Notre-Seigncur, qui portent avec elles une grande instruction : Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure enmoi, et moi en lui (1). Voilà des paroles d'une grande consolation pour loute l'Eglise et pour chaque particulier qui communie. Elles expliquent bien les intentions principales de Notre-Seigneur dans son banquet nuptial , où il fait goûter ses délices à l'âme, et la traite comme son épouse, témoignant qu'il entre, parla sainte communion, dans toutes les intentions de son épouse; elle aussi, de son côlé, entre dans loutes celles de Jésus- Chrisl, son époux. C'est là le point parlait de l'union de Notre-Seigneur avec l'âme, où il devient parfaitement un avec elle, et où il
(1) Oui man4iic.it nieam carnem, etbibit mrum sanguihciii, in ""' maiiet, ci t»cnin illo Uonn., VI. ">7).
OElvkes oompi,. de M. Olikr.
la fait être une même chose avec lui, de même qu'il est un avec son Père. Cela supposé, lorsqu'une âme communie au corps et au sang de Jésus -Christ, elle enlre dès ce moment dans tous les desseins et les intentions de Noire-Seigneur, et elle use de Jésus-Christ comme d'une chose sienne; tellement que, communiant avec l'intention de soulager une âme du purgatoire, ou avec le dessein d'attirer la bénédiction sur to,ute l'Eglise , elle a droil, en vertu de celte sainte union, d'employer toutes les prières de Jésus -Christ , et son zèle, et sa ferveur, et ses mérites, et ses souffrances , pour l'accomplissement de son dessein. Elle a le droit et le pouvoir de faire tourner les prières de Jésus-Chrisl du côté qu'il lui plaît, et de lui faire demander tout ce qu'elle veat pour le bien de l'Eglise, de sorte que ce qu'elle sérail honteuse de demander par elle-même, n'étant pas digne d'obtenir la moindre chose, quand elle vient à le demander par Jésus-Christ, elle voit que c'est Irop peu de chose pour ne pas l'obtenir. Celui qui a été exaucé de son Père pour le respect dû à sa personne, Qui in diebus carnis suœ,... exauditus est pro sua rêver entia (Hebr.,V, 7), pendant qu'il vivait sur la terre, est le même qui prie dans l'âme; et ce qu'il demande sur la terre, aussi bien que dans le sein de son Père, il l'obtient en considération des grandeurs de sa personne et de sa nature divine, et par les mérites infinis de ses prières , de ses souffrances et de ses larmes , qu'il offre sans cesse à Dieu , selon ce que dit saint Paul : // se tient présent pour nous aux yeux de Dieu le Père, Apparet vullai Dei pro nobis (Hebr., IX, 21); et comme le même apôtre le dit encore ailleurs , il est toujours vivant afin de prier pour nous, Semper vivensad interpellandum pro nobis (llcbr., VII, 25). Jésus-Christ a voulu survivre à luimême, comme Isaac, et vivre après sa mort dans son saint sacrifice, afin d'intercéder toujours pour nous et pour tous nos besoins. Le cœur d'une âme qui communie est un temple; c'est un autel, c'est une image du sein de Dieu, le Père; dans ce cœur, Jésus- Christ Notre-Seigneur s'offre à Dieu, comme sur le Calvaire, et continue ses mêmes sentiments, avec les mêmes prières qu'il faisait en mourant.