‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 212 sur 394 · LEÇON VII · texte numérisé non relu

LEÇON VII

Application de la doctrine précédente à l'exercice de l'oraison.

Pour me faciliter la pratique que vous m'avez donnée dans la leçon précédente, appliquez-la à quelque action de la journée. — Je l'appliquerai au sujet même de la prière, pour achever de vous éclaircir la troisième difficulté que nous avons commencé à résoudre : car on ne saurait assez parler de l'o-aison, puisque c'est l'action la plus im-

(i) Per ipsiim, et cuir, ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri onimpolsnti, in unitate Spiritus saucti, omnis lionoc et Rlo.-ia (Ctmen .Missœ).

portante de la vie des chrétiens. Quand nonc vous voudrez commencer votre oraison, la première chose à faire, c'est de renoncer à vous-mêmes et à vos propres intentions

Pourquoi renoncer à mes propres intentions quand je vais prier? La prière n'estelle pas une bonne œuvre ? — Oui, mais tout ce que la créature fait par elle-même est rempli d'amour-propre et d'orgueil secret. Par exemple, combien y a-t-il de personnes qui vont à la prière afin de demander à Dieu la santé, le gain d'un procès, des richesses, des honneurs ? et le tout est souvent pour goûter les voluptés du monde, pour satisfaire leur ambition et pour se venger de leurs ennemis. En tout cela, il n'y a rien pour Dieu ni pour le bien de l'âme ; toutes ces intentions tendent au péché et à la satisfaction de l'amour-propre. Vous voyez donc combien il est nécessaire de renoncer à soi-même et aux intentions désordonnées qui se rencontrent dans les bonnes œuvres.

Comment donc faudra-t-il faire ? — En vous mettant à genoux, tout couvert de confusion à cause de votre malice intérieure , vous direz d'abord, selon le conseil de Noire- Seigneur Jésus-Christ : Mon Dieu et mon tout, je renonce à moi-même et aux inclinations du péché dont je suis rempli. Je vois bien que je ne puis vous prier en moi-même ni par moi-même. Je déteste de tout mon cœur tout ce qui peut vous déplaire en moi; et, pour couvrir mon iniquité et ma malice, et avoir quelque accès auprès de votre divine majesté, je me donne à Jésus-Christ votre Fils qui habite en moi, et qui est la prière et la louange de toute votre Eglise. Le prophète David avait ces mêmes sentiments quand il disait à Dieu : Votre louange s'étend par toute la terre autant que la grandeur de votre nom, Secundiim nomen tuum, Deus, sic et laus tua in fines lerrœ (Ps. XLVII, 11). Cette louange n'est autre chose que Jésus- Christ, parfaitement semblable à son Père, et qui lui rend une gloire égale à lui-même; Secundiim nomen tuum, sic et laus tua. O que le chrétien est heureux d'avoir ainsi dans les mains de quoi rendre à Dieu une gloire qui lui est égale et qui renferme toutes ses louanges ! Ce prophète parlant ailleurs, dans son langage plein de figures, de la prière de l'Eglise, représente cette même Eglise comme un char qui porte des milliers de chrétiens louant Dieu et se réjouissant en sa présence: il ajoute que l'Esprit de Notre-Seigneur Jésus- Christ est au milieu d'eux pour être leur cantique (1). Ce même Jésus, qui rend par eux cette louange, est aussi dans le sein de Dieu et dans le sacrement de l'autel, où il rend à la divine majesté tous les devoirs de respect et d'honneur, et demande les besoins et les nécessités de chaque membre de l'Eglise.

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