LEÇON X
Comment Notre-Seigneur est médiateur de religion ; ce qui détruit une difficulté des hérétiques sur la prière publique de l'Eglise en langue latine.
L'instruction que vous venez de me donner m'invite à m'unir à Notre-Seigneur, sachant bien qu'il le désire, et qu'il est en nous pour ce sujet , qu'il n'attend que notre consentement. Nous serions bien coupables , si , ressentant dans le fond de nos cœurs sa charité qui nous attire à lui , nous n'obéissions à ses mouvements. C'est pour cela sans doute qu'il y a eu des sainls qui ont moins appréhendé les jugements de Dieu pour leurs péchés , que pour leurs infidélités aux attraits de la grâce, en voyant qu'ils avaient par là contristé le Saint-Esprit, et privé Dieu de l'honneur qu'ils devaient lui rendre en union à ce divin Esprit. C'est pour cela encore que sainte Catherine de Sienne s'accusait des pélenir caché , aussi bien que celui "des'ôpéra- ?bJ!* ,•}? fouî Ie mon(ie et disait que , par ses
"u Fils dans le ""'délites a la grâce, elle avait privé Jes
lions du Père dans le Fils et d Père. A qui appartiennent les œuvres de Je sus , est-ce au Père , ou au Fils ? Elles sont et du Père et du Fils , et Dieu ne veut pas que la créature y cherche de distinction ; c'est assez de savoir que Jésus les fait en son Père, et le Père en Jésus et avec Jésus. Je n'avais jamais ouï dire que Notre-Seigneur fût médiateur de religion. — Il est vrai, comme on le dit ordinairement, que Notre-Seigneur est le médiateur de noire rédemption , parce qu'il a offert son sang à Dieu le Père par le Saint-Esprit, pour notre salut, et qu'il a donné sa vie pour la nôtre. Ainsi il a été le supplément de notre principale dette , en satisfaisant à Dieu pour nos péchés , par sa mort , qui seule pouvait satisfaire à la justice de Dieu. Mais ce n'était point assez ; nous étions reliquataires envers Dieu d'un million de devoirs religieux que nous étions incapables de lui rendre par nous-mêmes, comme de l'adorer, de l'aimer, de le louer et de le prier ainsi qu'il le mérite, et que nous y sommes obligés. Nous avions besoin que le grand Maître , par sa charité , servil encore de supplément à nos devoirs , et qu'il fût le médiateur de notre religion. C'est pour cela qu'il a voulu revivre après sa mort , et être toujours vivant , afin d'intercéder pour nous, selon que l'enseigne l'Apôtre (llébr. , VII , 25) ; c'est-à-dire pour louer et prier son Père en notre place. Jésus-Christ a fait cela dans la loi, il le fait dans l'Eglise , et il fe fera encore dans le ciel. Jésus-Christ , dit le même Apôlre, était hier, Jésus Cltristus heri, et liodie, ipse et in sœcula (Ilebr. , XIII , 8) , il est encore aujourd'hui , et il sera dans tous les siècles. Par ce mot hier, il entend la loi; aujourd'hui, c'est le temps de l'Eglise présente; et dans tous les siècles, c'est l'eter-
■ nité, dans laquelle Jésus-Christ sera le sup-
(I) Charitas Dei diffusa esl in conlibus noslris per Spiriuini saoclura qui datus esl uobis (nom., V, Sj.
âmes de beaucoup de secours. Elle gémissait de n'avoir pas obéi au Saint-Esprit qui l'appelait souvent à la louange et à la prière , et qui eût opéré en elle beaucoup de saints mouvements capables d'apaiser Dieu, et d'attirer sur les pécheurs sa miséricorde et ensuite l'effusion de ses grâces victorieuses. Je suis tout confus en vous disant ceci ; car j'ai bien sujet de demander un million de pardons pour mes infidélités ; et je vous prie de vous joindre à moi pour m'obtenir miséricorde.— Je loue Dieu de ce qu'il vous donne des sentiments si chrétiens et si conformes à ceux qu'il a donnés à ses sainls. Pour vous confirmer davantage eu cette vérité, que Notre-Seigneur n'est pas seulement médiateur de rédemption , mais aussi de religion , j'ajouterai que nous en avons une figure dans le grand prêtre de l'ancienne loi , qui entrait dans le Saint des saiiits [Lévit. , XVI) en portant le sang des victimes immolées et un encensoir fumant (Ilebr., IX). Cet encensoir représentait les enfants de l'Eglise figurés par les grains (fencens qui étaient consumés par le feu, comme nos cœurs dans la prière le sont par l'amour et par la charité de Jésus-Christ. Par là on détruit entièrement cette difficulté des hérétiques, qui se moquent du simple peuple et des vierges consacrées à Dieu , parce qu'ils chantent en latin; comme si, en psalmodiant dans une langue qu'ils n'enlendent pas, ils priaient sans fruit. Celte difficulté est vaine; car l'âme, allant à la prière, n'a aulre chose à faire que de s'unir à Jésus-Christ, la prière et la louange de toute l'Eglise ; de sorte que, l'âme étant unie à Notre-Seigneur et consentant de cœur à toute la louange qu'il rend à son Père , et à toutes les demandes qu'il lui fait, la prière n'est pas sans fruit : au contraire, l'âme l'ait bien davantage que si elle priait- en son espril propre, el qu'elle voulût s'aviser d'adorer, d'aimer, de louer el de
Oeuvres complètes de m. olier.
prier Dieu par elle-même et par ses propres actes. Par cette union , elle devient plus étendue que la mer; elle s'étend comme l'Esprit de Jésus-Christ qui prie dans toute l'Eglise. C'est le genre de prière qui se pratique au ciel, ainsi qu'on le voit dans l'Apocalypse (Apoc , Vil , 12) , où les saints ne font que dire .4»!fn, aux prières de l'Agneau. Ils expriment ainsi l'union de leurs cœurs à Jésus- Christ, leur prière; et confessant leur incapacité pour louer Dieu en eux-mêmes, ils se perdent en Jésus-Christ , pour rendre à Dieu toute la louange que lui rend ce divin médiateur, et l'Eglise en lui. C'est à quoi aussi nous invite le prophète David , quand il dit : Venez, glorifions le Seigneur, et exaltons son nom tous ensemble, Magnificale Dominum mecum , et exaltemus nomen ejus in idipsum (Ps. XXXIII, 4 )■ H faut donc, comme les enfants de la fournaise, glorifier Dieu par un même esprit, une même volonté et un même cœur, Très quasi ex uno ore laudabant, et glorificabant , et benedicebant Deum (Dan. , III, 51 ), et avec les dispositions et intentions de l'Esprit de Jésus-Christ.