LEÇON XIV
Quand doit-on s'unir à l'esprit de Jc'sus- Christ dans la prière.
Il me reste à vous demander combien de fois, pendant la prière, il faut s'unir à Jésus- Christ et à son Saint-Esprit ? — Ou vous voulez parler de la prière particulière ou de la prière publique. Si vous parlez de la première, je réponds qu'après vous être uni au Saint-Esprit en commençant, il est bon de renouveler votre union, sinon à tous les actes, au moins à chaque partie de l'oraison, et encore lorsque l'âme se trouve dans la sécheresse et l'obscurité. S'il s'agissait de la prière publique, il faudrait renouveler votre union autantde fois quelEglise l'ordonne.
Quoi ! l'Eglise l'ordonne-t-elle ? Je croyais que c'était une méthode toute nouvelle et particulière? — Non, à Dieu ne plaise que i'avance jamais rien de nouveau dans les choses de la religion I la pratique dont je parle a toujours été en usage dans l'Eglise , soit grecque, soit latine, comme je vais vous te montrer. Si vous avez assisté quelquefois à matines , vous aurez pu remarquer que, parles premières paroles, te prêtre s'adressant à Jésus-Christ, lui dit à haute voix : Seii/neur, ouvrez ma bouche à vos louanges ; à .',uoi le cœur répond : Et elle publiera vos grandeurs (1), comme si on disait : Seigneur, (I) Dmnme labia mea aperies; et os nieum annunth-.bit
' Mlcll-ill tuaiu. PS. I. 1".
venez ouvrir nos lèvres, afin que nous puissions annoncer votre louange, ne le pouvant faire de nous-mêmes. Et aussitôt le prêtre , pour témoigner qu'il ne veut-point louer Dieu en son propre esprit, mais en Jésus Christ, l'unique hostie de louange, il ajoute, en s'adressant à Dieu le Père : Mon Dieu, regardez Jésus-Christ, mon aide et mon secours; ne me regardez pas moi-même, mais en nous votre Fils, qui veut être notre hostie de luuange. Et, à son tour, rempli du sentiment de son incapacité, l'Eglise dit , en s'adressant à Jésus-Christ lui-même : Hàtez-vous de me secourir (1) ; elle appelle l'Esprit de son époux, pour venir l'aider, et semble lui adresser ces amoureuses paroles île l'Apocalypse (2): L'Esprit et l'Epouse disent : Venez ; que celui qui entend, dise : Venez... Oui, venez. Seigneur Jésus. Ensuite, tous ensemble, en disant ces paroles : Gloire au Père, au Fils et au Saint- Esprit, s'inclinent profondément. Cette inclination, que font les prêtres dans l'Eglise latine, revient aux trois inclinations que pratique l'Eglise grecque , lorsque l'officiant va faire trois inclinations profondes devant l'image de Jésus-Christ, et trois autres devant l'image de la très-sainte Vierge. Par là, ils veulent signifier qu'ils s'avouent incapables de glorifier la majesté de Dieu, et qu'ils remettent à Notre-Seigncur le soin de le glorifier, se contentant de s'unir à lui pour louer Dieu en union avec l'esprit de son Fils. Pour entrer dans celte sainte pratique , tâchez au moins, toutes les fois que vous entendrez chanter le Gloria Patri, et que vous verrez les prêtres s'incliner vers le saint sacrement, de faire dans votre cœur ce que les prêtres font extérieurement. Il faut qu'alors , vous unissant à Noire-Seigneur et vous humiliant profondément devant lui, vous prolestiez que vous vous reconnaissez indigne de louer Dieu ; et que comme il est lui seul la louange vivante et véritable de la très-sainte Trinité, lui seul aussi est digne de la glorifier.
Est-ce pour la même raison que l'on dit Pater et Ave avant que de commencer l'office? — Oui, c'est pour sunir à l'intérieur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme médiateur de la louange de l'Eglise, et à celui de sa trèssainte Mère. La raison de ceci est fondée sur ce principe, que la religion consiste en ces deux points, l'un à honorer le Père, l'autre à glorifier le Fils. Or, comme nous avons deux objets de notre religion , nous avons aussi besoin de deux médiateurs. Pour louer Dieu en lui-même et dans ses œuvres, nous avons recours à Jésus-Christ, qui est le médiateur de notre louange ; et lorsque nous voulons honorer Jésus-Christ en sa personne et en ses mystères, nous avons besoin delà très-sainte Vierge, notre médiatrice envers Jésus-Christ, ci nous nous adressons à elle, qui seule est digne de le louer comme il faut. Admirez l'économie de Dieu, dans le mystère de l'in-
(() Deus, in adlutorium meir.u intende; Domine, ad sdjuvandum nie fesuua. Ps. LXIX. 2^
(2) Smritus et sponsa dicun,.: Veni : et Cttii audit, dici't: Veni... Veni, Domine Jesu. ipoc. Wll. 17.
TRAITE [>ES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LV CLERTC ATI RE
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carnation. L'humanité de Jésus-Christ, remplie de tous les dons de l'Esprit saint, était comme un temple auguste, dans lequel la Divinité voulut être parfaitement honorée ; partout où se portait l'humanité sainte sur la terre, Dieu trouvait son ciel, son paradis, sa gloire. Mais l'humanité de Jésus-Christ méritant à son tour des honneurs et des louanges, Dieu lui a bâli un temple infiniment plus magnifique que celui de Salomon, pour lui faire rendre dans ce sanctuaire les honneurs qui lui sont dus. Ce temple est la très-sainte Vierge. Elle a suivi Jésus-Christ partout dans ses saints mystères, pour le louer et le glorifier au dedans d'elle-même , comme autrefois les prêtres accompagnaient en tout lieu l'arche d'alliance. La très-sainte Vierge ayant en elle toutes les grâces et toutes les vertus nécessaires pour honorer parfaitement la sainte humanité du Sauveur, elle est destinée de Dieu à être notre médiatrice dans les honneurs que nous sommes obligés de rendre à cette humanité sainte. Si donc, après avoir dit le Pater avant de commencer l'office , l'Eglise ajoute l'Ave, Mnria, c'est pour nous engager a communier aux. vertus intérieures de Marie.
Jésus-Christ et ses apôtres ont-ils recommandé aux premiers chrétiens de communier aux vertus de la très-sainte Vierge? — Non, pas expressément. Notre-Seigneur ne travaillait qu'à faire connaître son Père , et les apôtres a faire connaître Jésus-Christ , pour établir la religion chrétienne, dont Jésus- Christ est le fondement. Mais après eux , les saints Pères l'ont recommandé hautement.
Voici, entre autres , d'excellentes paroles de saint Ambroise , un des plus illustres docteurs de l'Eglise latine : « Que l'âme de Marie, dit ce saint, soit en chacun de nous, pour glorifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacun de nous, pour se réjouir en Dieu (1). » Je ne vous cile que ce passage de saint Ambroise, mais en lui je vous cite toute l'Eglise, qui a eu toujours un
(t) SU insiDgulis Maiïse anima, ut magnifiée.! Dominum ; sîl in singulis sijuilus Mariai, ut exullet iu Deo. In Luc, lib. II, n. 20.
respect très-profond pour ce saint docteur.
On dit encore le Credo , après le Pater et VAve, Maria ; pourquoi cela ? — C'est pour retracer en abrégé , dans l'esprit des fidèles, les œuvres principales du Père et du Fils , et mettre devant nos yeux l'objet de nos louanges. Mais je vous dirai, en passant, qu'un excellent moyen pour réciter saintement Ici psaumes , c'est de se tenir uni à l'esprit, aux intentions et à l'intérieur du saint prophète qui les a composés.