PART. !. DE LA CLERIGATURE
jamais satisfaire à ces obligations immenses, et à tout ce que demande la religion de cet état, si nous n'étions parfaitement réconciliés avec lui (487).
Les pécheurs sont bien reçus dans les monastères, et on y admet même les-pénitents pour expier leurs péchés (488), et pour satisfaire à Dieu par les austérités de la vie religieuse; mais pour l'état ecclésiastique toutes les fonctions en sont si saintes, et les emplois si divins, qu'ils supposent la pénitence achevée, et la pureté parfaitement réparée en ceux qui s'y engagent (489).
C'est pourquoi non-seulement on n'y admet point les pécheurs, mais même on en exclut les pénitents, tant qu'ils demeurent en état de pénitence (490), car l'Eglise les met seulement au rang des énergumènes; et comme, selon les premières et les anciennes règles de sa discipline, ils ne peuvent entrer dans l'Eglise pour y servir, ni même pour y assister aux saints mystères (491), ils sont bien éloignés de pouvoir être clercs, et de faire une profession qui engage aux plus saints ministères.
L'Eglise représente !e paradis, dont les ministres sont les anges (492); et ceux qui aspirent à ce bonheur de servir Dieu dans sa maison, doivent être purs et nets comme des anges (493). C'est pourquoi il faut que ceux qui s'y engagent aient conservé l'innocence depuis leur baptême, ou au moins qu'ils l'aient parfaitement réparée par une exacte et longue pénitence, qui ait rétabli leur âme en son premier état et en ses premiers privilèges.
C'est cette innocence que l'Eglise marque surtout être nécessaire aux clercs, pour s'engager saintement dans le clergé, et pour y recevoir la bénédiction de Dieu (494). Car en ce beau cantique qu'elle chante en leur promotion, après avoir demandé :Quis ascen-
Noe diluvii lempore admisit; ut perspicue ntonslrarolur, noniiisi iunoxios vcl pœuilenles egregios in Dominica donio esse debere. (Gildas., In ordin. eccles.)
(485) Per Spirilunt sanctum (in baptismo) datur in paradisum et in adoplioiiem liliorum reslilulio ; datur liducia Deum appellandi pairern suum , consoilem lieri gratis: Dei , esse in onini benedictionis pleniludiue. (S. Basil. , De Spiritu sanctu ,
(481) lniquilates veslrœ diviseiunt inter vos et Deum veslrum , et piccata veslra ubsconderunt faciem ejus a vobis ne exaudiret. (ha. ux, 2.)
(485) Ci(o projcrle stolam primant , et induite illum, et date annidum in manu ejus, etc. (Luc. xv, 22.)
Siola prima est vestis innocentiae. (S. Bonav., hic.)
El annulum ejus , etc. Patenta pielas contenta non est innocenliani reparare solam, nisi pristinum restituât et honorent. (Petr. Ckïsol., scrni. 5 De filio prodiij.)
(4'SU) Quotidie Deus filium recipit revertentem , duni queitilibet peccalorcin recipit revertentem. El oinnia supradicta iâcit, du m gratiam quant in baptismo acceperat, et per culpam perdideral iteruni illi reddit. (Huco a S. Vicron., Alleg. in Luc. xv, 22, De filio prodigo.)
(487) Ordinatis in Glirisli nomine dicit episcbpus : Jam non dicam vos servos, quia servits nescil quid facial Dominus ejus : vos autem dixi arnicas , quia onittia quœ auditi a Patio meo , nota feci vobis. (Joan. xv, 15; Poittif. Rom., in ordin. sacerdol.)
(488) Religionis status, et poeuitenlia; locus. (Divus Tho-m , 2-2, q. 180, a. 1, ad 4.)
(48'J) Pondus ordiuum imponendum est parietibus jam per sanctilatem desiccaiis. Sed pondus religionis des'kcat parielcs, id est, hommes ab humore viiiorunt. (Ibid,, q. 189, a. 1, ad 5.)
Ubi pœiiitemiaî remédium necessarium est, illic ordinaiionis honorent habere non posse decernintus. (Innoc. 1, epist. 22, cap. 5.)
(490) Ex pœniieniibus, quamvis sit bonus clericus non ordinetur. (Conc. Carthug. tv, c. 08 ; Ag:ith., c. 43, dist. 51, e. 55.)
(491) Hi qui ex pœnitentilius sunt, ad sacros O; dînes aspirare non audeant. (Hilau. pap., Jnsynod. Rom., c. 5.)
(492) Veluti angeli cnm hominibus versari délient. (S. Cuirs., hom. 10 in 1 Tint.)
(493) Yeluti angeli in se eliam levions culpse maculant non admiilunt : imo oninem niali specient in se et in aliis annihilant et consuimint. (S. Bonav., De eccles. hierarch., part, i, cap. 2.)
(494) Ps. xiv : Domine, quis habituait in tabernacttto tuo; id est, in Ecclesia tua ad niinislrandum
det in monlem DominiîQui est celui qui aura le bonheur d'être élevé sur la montagne du Seigneur, c'est-à-dire dans son Eglise et dans le saint clergé : Aut quis stabit in loco sancio cjus? Et qui sera celui qui fera sa demeure dans la maison de Dieu? Elle répond aussitôt : Innocent manibus, et mundo corde: Ce sera celui qui sera innocent; ce sera celui qui aura gardé sa grâce originaire, c'est-à-dire la grâce qui lui avait été donnée lorsque l'Eglise l'a régénéré par le baptême ; ce sera celui qui sera si pur, qu'il n'aura péché ni par œuvre ni par pensée (4-95). Necjuravit in dolo proximo suo; et qui même n'aura point offensé par parole, n'ayant point usé de son âme pour les amusements du siècle, ni pour les vanités du monde. Qui non accepit in vano animant suant (496). Celui qui n'aura point perdu la grâce de posséder une âme si précieuse, c'est celuilà qui doit être reçu en la maison de Dieu, non pas seulement pour y être comme en passant, ainsi que le peuple et le commun des hommes, mais pour y être permanent et y demeurer tous les jours de sa vie (497).
Cette innocence nécessaire aux clercs est encore bien exprimée dans le psaume xiv : Domine, quis hubitabit in tabernaculo tuo? Seigneur, dit le Prophète, qui est-ce qui fera sa demeure dans votre tabernacle, et qui prendra son repos dans votre sainte maison ? Qui ingreditur sine macula. Ce sera celui qui, dans l'état d'innocence et de sa première pureté, fera son entrée par la cléricature dans l'Eglise de Dieu, qui s'occupera aux œuvres de justice, qui portera les sentiments de vérité dans son cœur, et qui ne les trahira point par ses paroles (498). C'est celui-là que Dieu appelle pour lui rendre service en sa maison. Que si le malheur voulait qu'il eût péché, il faudrait qu'il se fût mis dans la pénitence, et qu'il eût satisfait pleinement pour ses fautes passées, avant que d'oser aspirer à ce lieu saint (499).
Il faut être bien saint pour être si proche de Dieu, et pour le servir ainsi dans les prin-
cipaux emplois de sa maison. Rien de séculier n'approchai ta ut refois du Saint des saints. Rien de profane n'était souffert proche de l'autel (500). 11 fallait être purifié de toutes sortes d'immondices et des moindres impuretés légales, pour pouvoir seulement entrer dans le parvis du temple (501). Quelle purelé donc ne sera point requise pour être reçu dans l'Eglise, et dans le saint clergé, qui est la véritable maison de Dieu, et le sanctuaire de son temple, et pour y être employé aux plus saints ministères? Si- Moïse fut obligé autrefois d'ôter ses souliers pour monter sur la sainte montagne, et pour s'approcher de Dieu (502), qui voulait lui découvrir dans le buisson ardent quelque pet il rayon de sa gloire; combien plus une âme sera-t-elle obligée de se dépouiller de ses fiassions, et de quitter ses affections terrestres et mondaines, pour être en état de montera l'éminente dignité du saint clergé (503)|
Suit sancti, dit Dieu en parlant de ceux qui servent ses autels, quia ego sanctus sum. « Qu'ils soient saints, parce que je suis saint. » Qu'ils soient séparés de tout, à cause que moi-même je suis séparé de tout par la sainteté de mon être. Qu'ils n'aient plus aucun commerce avec le siècle, comme j'en suis infiniment éloigné par ma sainteté. Qu'ils vivent comme moi en moi seul, sans attache à quoi que ce puisse être (504).
11 n'en est pas des prêtres de la nouvelle loi, comme de ceux de l'ancienne. Car quoique dans l'ancienne ils dussent être saints, ils étaient pourtant obligés d'offrir des sacrifices, premièrement pour leurs péchés, et puis pour ceux du peuple. Prius pro suis deliclis (Hcbr. vu, 27), deinde pro populi. Mais dans la loi nouvelle, où les prêtres sont prêtres en Notre-Seigneur, qui a été déclaré prêtre selon l'ordre de Melchisédech en sa divine résurrection, c'est-à-dire lorsqu'il n'avait plus rien de l'apparence du péché, ils doivent être si saints, et dans un état de giace si relevé, que, suivant le modèle que
tilii? Qui ingreditur sine macula. (Rico caril., In TH. i.)
Ad sacra lVi niinisteria traclanda soins is accédai, quem morum innocentia reddit illustrera. (Conc. Tvlet. vin, c. 8.)
(495) Si f|iiis eliam de religioso proposilo ad cléricale niumis accédât, in prjniis ejus vita praeterilis acta temporibus inquiratur, si millo gravi facinorc prolialur infectus. (Gelas., epist. 1, c. 14.)
(49(i) Qui non aecepil propter vanum animam suam , hoc est, qui anima sua quse ad bona opéra fuit creata, ad prava uses non est. (Euthïm., In puni. XXIII.)
(497) M mtdos et immacula tos ministres requiiit Dominus. Unde Psalraista (/'s«/. c, 0 ) : Ambulant in via immaculata hic mihi ministrabal. (S. Bo.nav., De ecctesiast. hier ar cit., pan. lu, cap. 2.)
(498) Qui iion eo tantum tempore que ordiuandus est, sine ullo crimine sit, et prseteritas culpas nova converSalione diluent; sed e\ eo tempore quoin Clnisto renatusest, nulla peccati conscienlia remordeatur. (S. Hieron., Ad TU. i.)
(499) Non sit conscius inalorum, vel sciât se pœ- Dilenliam egisse. (IIuco card., In I Tim. in.)
(500) Nobilem necesse est esse Domini sacerdotem, ut qui minisler est Domini, erubescal se scrvnm esse peccati. (Pétris Dam., opusc. 25, De dignit. sacerdol., cap. 2.)
(501) Mec teniplum ingredi cuiquam liberum fuit, nisi et anirao et corpore vel ad minima iisque punis esset : tanlum aberat ut ad sancta sanclorum audacler accederet. (S. Gregor. Naz., orat. t, n.160.)
(502) Transi sieut Moyscs : solve calceamcnia pediim luorum ; solve viucula s;eculi, relinque calceamentuui, quod icrrcnuin est. (S. Ambros., De fuijn naxuli, c. 5.)
i505) Sanclum non sola mundalio peccatorum facit, sed quxdani eminentia et excellenlia magna virtuimn, praesenlia Spiriius sancti, et b'o iioruin operuni opulenlia. (S. Ciirysost., boni. 17 in Hebr.)
(501) Sacratissimus Dionysius ait: In onini divino ollicm non est andendiini aliis lieri ducem , nisi quis secundum virlutem deiformissimus, id est simillimus Deo, existai. (Dio.nys. Cirib.., De vit. ceci., c. 16.)
TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATURE
Jésus-Christ leur en donne, ils n'aient plus, s'il se peut, à satisfaire pour eux-mèrnes (505).
Et il est important pour plusieurs raisons qu'ils soient en net état. Car étant ainsi parfaitement purifiés, ils sont premièrement mieux disposés à embrasser la pénitence générale de l'Eglise, a laquelle on satisfait tout d'une autre manière, quand on a auparavant satisfait entièrement pour soi-même (501)).
Secondement, ils sont par ce moyen en état d'avoir un accès plus libre et plus facile auprès rie Dieu, et de pouvoir intercéder plus efficacement pour les ûdèles, ce qui est une de leurs premières et de leurs plus essentielles obligations (507). En effet, quels succès pourraient-ils attendre de leur médiation, et quel fruit le peuple en pourraitil espérer, s'ils n'étaient pas bien purifiés? Pour obtenir des grâces et des faveurs d'un souverain, on n'emploie pas auprès de lui ses ennemis, on se sert de ses intimes, ou au moins de ceux qui lui sont parfaitement réconciliés.
Troisièmement, il faut que les ecclésiastiques soient dans cet état de pureté parfaite, alin d'être admis à faire pénitence pour les autres; ce qui est la vocation des âmes les plus pures et les plus saintes de l'Eglise (508). Car Dieu n'afflige point des âmes et ne les prend point pour victimes des pécheurs, qu'elles ne lui soient bien agréables (509) ; et môme plus agréables que celles pour qui elles font pénitence, afin de pouvoir prendre son plaisir, et trouver sa satisfaction dans leurs personnes.
Il faut être pur comme un saint pour être digne d'être hostie de Dieu, et en état de porter sur soi les peines pour les péchés du monde (510). Il faut pour cela être innocent
et sans tache. Talis decebat ut nobis esset pontifex innocens impollutus , etc. Car le moyen que Dieu prenne plaisir aux souffrances d'une âme qui, n'étant pas très-purp. veut entreprendre d'apaiser sa divine Majesté irritée contre tant de pécheurs (511). Cette âme doit être les délices de Dieu, pour être en état d'attirer sur eux les effets de sa miséricorde. Les victimes de l'ancienne loi selon l'ordre de Dieu devaient être trèspures (512), pour représenter l'innocence de ceux qui doivent être en Jésus-Christ victimes pour les péchés du monde.
Quatrièmement, quelle plénitude de grâce ne faut-il point pour être en élal de travailler utilement au salut des pécheurs et à la sanctification des peuples (513)? Et quelle sainteté ne doit point être, dans une âme qui s'engage dans une profession qui l'oblige d'être, à tout le monde, un modèle dune perfection achevée, et un exemplaire accompli de toutes sortes de vertus (51'»).
Cinquièmement, il faut être bien pur pour pouvoir s'appliquer comme il faut aux louanges de Dieu, et pour lui rendre dignement les devoirs d'une religion perpétuelle (515). C'est ce que l'on doit faire dans l'état ecclésiastique, mais c'est ce qui demande une âme bien pure et un cœur bien dégagé de tout. Car si le péché règne encore dans le cœur, il répand une infection dans toute l'âme, et exhale une vapeur maligne qui ternit la pureté de ses devoirs, et qui fait que Dieu ne s'y plaît pas (516). Et si même, l'âme dégagée du péché se laisse encore aller aux créatures, et s'épanche sur les objets qui se présentent, elle en reçoit mille idées qui la distraient, et qui, la "troublant dans ses plus saints exercices, l'empêchent de s'en acquitter avec toute la sainteté et tout le respect que Dieu demande (517).
(505) Talis decebat ut nobis esset pontifex sanctus, innocens, segregalus a peccatoribus, etc., qui non habel nécessitaient quolidie quemadmodum lacerdoles, prius pro suis déliais hostias offerte, deinde pro populi, etc. Lex enim constitua homines sacerdoles iufirmitatem habentes. Sermo autem jusjurandi, qui posl legem est, Filium in (cternum perfection. {Hebr. vu, 26-28.)
Cluïstus illos sibi conformes ad imaginem impeccabiliiaiis suae forma crucis insignil. (S. Dioms., De eccl. hier., c. 5.)
(50li) Qui sibi vcl levis culpse conscius est, maie proferto l'acit, eam rem appelens, qua indignum se per opéra facit. (S. Chrïs., hom. 10 in I Tint. m.)
(507) Si homo apud hominem, de quo minime pnesmnit, ûeii intercessor erubescil; qua mente apud Domiimm iniercessoris locum pro populo arripit, qui familiarem se ejus graiise esse per vit» mérita nescit. (S. Gregor., Reg. past., p. i, cap. 11.1
(508) Qua fidueiapro percnlis alienis intercessor venio, apud quem de propriis securus non sum. Si forlasse quispiam apud poleutem qui sibi iralus, et mibi esset incognitos intercessorem suum me lieii quœreret, prolinus responderem : Ad intercedenduin venire nequeo, quia ejus notitiam ex sedula familiariiate non habeo. (S. Grec, lib. i Registr. epist., c. 24.)
(509) TeraerariuG est qui patronura in eo negotio
se exbibet, in quo et ipse patrono indiget. (Petr. Ries., Serm. in synod. in Ose v.)
(510) Imprudenter prsesumit aliis impetrare pœnitentiam , qui sibi ad veniam niliil prnvidil. (S. Curvsol., serm. 125.)
(511) Si non places, non plaças. (S. Rern., Epist. ad Hernie. Senon.)
(512) Masculum immacntalum o/feret ad placandum Dominum... in suavem odorem Uumino. (Levit. Ii 5.)
Vt acceplabile sit, or.nis macula non erit eo. (Levit. xxu, 21.)
(515) Necesse est ut esse munda studeat manus qute diluere aliorum soldes curât, ne tacla quseque deterius inquinel, si sordida in se mens lutum tenel. (S. Gregor., Reg. past., pari, u, c. 2.) — Vide ibid., p. i, c. 9.
(514) Débet vitam habere îmmaciilatam, ut omnes in illum et in ejus vitam veluli in aliquod exemptai'excellens iutueanlur. (S. Ciirysost., boni. 10 in I Tim. ni.)
(515) Non potest esse laus Dei nisi in sanclis ejus. Nam qui maie vivunt, non eum laudant. S.tAtiG., In psal. xlvii.)
(510) Quid prodest quia bymnum cantat lingua tua, si sacrilegium exhalât vita tua? (S. Abgust., lu psal. eu.)
(517) Sp'tritus sanctus aufert se a cogilalionibus quœ sunt sine inlellectu. (Sap. i, 5.)
Qu* cogitationes sine inlellectu : Ipsw sunt valise
La vraie religion extérieure doit procéder Je la religion intérieure, et les hommages du corps, c'est-à-dire les adorations, les génuflexions, les louanges, et les autres devoirs semblables, s'ils ne sont animés des sentiments du cœur, c'est-à-dire s'ils ne procèdent de l'amour, de l'estime, et du respect qu'on a pour Dieu, sont de nulle considération devant sa Majesté (518).
C'est là le sujet du reproche qu'il fait au pécheur dans le Prophète (Psal. xux, 16) : Peccatori autem di.rit I)e}is : Quarc tu enarras justifiât meas, et assumis teslamentum meum per os tuum. Et ce qui fait qu'il se plaint de ceux qui le louent des lèvres et non pas du cœur, et qui, lui rendant extérieurement les devoirs de la religion, intérieurement le méprisent. Populus kic labiis me honorai : cor autem eorum longe est a me. [Matth. xv, 8.)
Il faut donc une grande pureté pour 'entrer dignement dans cet état religieux. Il faut que celui qui s'y engage se résolve à ne vivre plus de la vie de la chair et du monde, mais d'une vie toute nouvelle et toute sainte; il faut qu'il y mène une vie ressuscitée ; il faut, en un" mot, qu'au jour de son ordination il reçoive une abondance de grâce et une plénitude d'esprit si grande qu'il ne paraisse le reste de sa rie que comme un saint du paradis qui serait descendu sur la terre (519).
Ce saint n'attendrait que le moment de son retour au ciel. Il ne regarderait personne selon les yeux de la chair; il ne s'arrêterait point à tout l'extérieur du siècle; il ne serait point touché de ses grandeurs ni de ses vanités; mais demeurant toujours dans une totale insensibilité et dans un souverain mépris pour toutes ces choses, il ne penserait qu'à avancer la gloire de Dieu, et ne s'appliquerait qu'à son amour et à ses louanges. S'il vivait dans le monde, ce ne serait que par l'extérieur (520); car, assurément il
ne le porterait qu'avec une peine extrême, à cause de la pureté de son état, et de la sainteté de son esprit, qui est l'esprit même de Jésus-Christ ressuscité, de Jésus-Christ vivant dans les cieux, de Jésus-Christ consommé dans le sein de son Père.
C'est ainsi que doit être disposé un véritable ecclésiastique qui est rempli de l'esprit et de la grâce de sa profession. Il doit se trouver tellement mort à tout le monde, et si plein de l'esprit île l'autre vie, de l'esprit de Jésus-Cnrist élevé dans les cieux (521), qu'il ne vive plus sur la terre, qu'il ne se soucie plus de ses propres intérêts, qu'il ne s'y applique qu'avec peine et dégoût, qu'if ne pense plus qu'à la gloire de Dieu et nu salut du monde, qu'il ne soupire plus qu'après l'exaltation et la dilatation de son Eglise (522). Entin il est nécessaire qu'il vive dans un si grand dégagement de toutes choses, et dans un éloignement et dénûment si universel de tout ce qui n'est point Dieu, que son âme abîmée' en lui comme en celui qui seul fait toute sa joie, tout son repos et toutes ses richesses, ne regarde tout le reste que comme du fumier et de l'ordure.
Voilà la disposition où devrait être une âme qui se consacre à Dieu sans réserve, et qui le prend pour son unique héritage. Voilà la vie parfaite que doivent mener les clercs. Voilà l'esprit de la nouvelle vie, et de la vie ressuscitée de Jésus-Christ, dont il leur veut donner participation dans la tonsure (523). Or, comme cette nouvelle vie, quand nous la considérons en Notre-Seigneur, suppose les mystères de son crucifiement, de sa mort et de' sa sépulture, accomplis en sa personne; n'étant ressuscité qu'après avoir été mort et enseveli, elle les suppose aussi tellement accomplis dans tous les clercs, qu'il n'y en a pas un seul qui puisse être revêtu de cette vie, qu'après avoir passé par les mêmes mystères (524). C'est pourquoi il faut
illse et otiosre, sensim rorrumpentes et aoimum in- (icienles. (S. Iîern., De vit. sotitar.) — Ex veris et imagiuariis rerordalionibus simulacra, qu'sdam cogitalionum, etc. (Ibid.)
(518) Qui de aninre non venil honor, non honor, sod aclulaiio est. Et quidem soli Deo honor et gloria, sed bornai neutrum arceiilat.il Dons, si molle amoris condita non fuerint. (S. Uern., serin. 83 in C.ant.)
(5I'J) Lingua tua qiiid agit, nisi laudet eonseienlia tua. (S Aie, In'psàl. xxxiv, 2<Y )
Si niale \i\is et bona dieis, nondum laudas. (S. Ace, In psal. xl.)
Immola sacriliciuni tau-lis Oeo luo et redde illi procès tuas. Sed vive ne vivas mate ot cailles bene. Quarc hoc? Peccalori autom dUii Deus: Il qui.l lu (•narras justitias meas cl assumis, etc. (S. Ai g., ibid.)
Quis veraciter laudal, nisi qui sinceriler ainat, (k., non colilur Dcus nisi auiando. (S. Auc, episl. 120, cap. 18.)
In sanciorum numéro suui clerici. (Cunc. Senon., an. 1528.)
Professio clericorum viia cœlestis. (Cassiod., lib.
Il, episl. 2i.)
Quid cum lerra illi qui possident ra'luni? Qnid ciiin liumanis, qui adeptus est jam divina? (S. Petr.
Chrïsol., serm. 25.)
(520) Avidilate cœlesti flagrans calcat sseculi voluplales, etc., ut ligura quadain inler nom i nés videlur, et iota ejus conversalio île cœleslibus inlolligilur. (S. Basil., Admonit. ad pi. spirit.)
(521) Necesse est sic essepurum, ac si in ipsis cœlis collocatus , inler cœlestes illas viiiutos médius staret. (S. Chrvsost. , lib. m De sacerdol. , cap. i .)
(522) Praeposilus dominetur cami sua: sccumlum mensuram sanciorum. [Beg. S. l'aclwm., cap. ult. )
Sancli suspendiiim eligunt, quia nimirum leimia di'sidoiia deserenles, ad alla animuni loltuul. (S. Grec, Mural., lib. mu, c. 14.)
Gamiia vil* praesentis qua; injusli aeslimant magna bona, jusli slercora députant. (Ibid., Mb. w, c. -i.)
(525) Ôporlel nos doniare carnem, calcare munduin, ut voluplalem coipoiis déclinantes, caveamus sreeuli vandales. Ile nimirum abominationes sunt yEgypliorum, quas immolamus Domino Deo nosiro. (S. BeRN., Dectam.)
(524) Ecquis saierdotis habituai et nomen subire audciet, et Cliiistiailo coetui caput constilui p..iietur, cum nondum cl opère contemplation» per Cbrisli appelaiiones ci virtutes pèrrexeril, nimirum agui, ponlilicis, bosli», primogenili ex mor-
S53 TRAITE DES SAINTS ORDRES
qu'une personne qui se présente h la tonsure porte en soi-même un cœur contrit (525), mort, enseveli et réduit eu cendres, ou dans les flammes d'un très-parfait amour (526), ou dans le tombeau d'une très-sainte et très-sincèie pénitence, afin qu'il puisse faire uni; digne profession, et commencer une vie tonte nouvelle et de résuivection dans ce divin état.
Il faut pour cela, premièrement qu'il ait travaillé avec beaucoup de peines et de veilles, de tentations et de prières, à mortifier tous ses appétits, et même tous ses désirs intérieurs (527). C'est là le grand combat de cette vie, de travailler incessamment à la mort de la chair. C'est là le sacrifice perpétuel que nous devons offrir à Dieu (528). Ce sont là les principales victimes que demande de nous ortie adorable majesté.
Secondement, il ne suffit pas que l'on se soit crucifié; mais comme cet état est pénible, et qu'il souffre encore en soi de trèsgrandes distractions et de très-longs travaux, il faut aller jusqu'à la mort, qui est un état plus paisible et qui est le plus avancé, le plus parfait et le plus proiAe de la nouvelle vie, que Dieu désire donner à l'âme par le grand sacrifice qu'elle aura fait d'ellemô.ue (529).
Troisièmement, il faut être enseveli, ainsi que dit l'Apôtre, en sorte que nous ayons tellement détruit en nous le vieil homme, que ses habitudes et ses puissances soient eomme anéanties, et qu'il ne reste plus rien de ses premières dispositions, ni même, s'il se peut, de son apparence (530).
Le grain, enseveli dans le sein Je la terre, reste comme dans un état de mort, et ne commence à germer et à pulluler un nouveau fruit, qu'après y être demeuré quelque temps (531) : Nisi granum frumenli, caaens in terrain, morluum fueril, ipsum solum manet. Un Chrétien fraîchement mort a encore trop de rapport à sa première vie, pour mériter le nom de véritable ressuscité, et peur porter des fruits de sainteté tels que