PART. 1. DE LA CLERICATURE
glise. Aussi sont-ils pour cela dégagés par leur élat de toute autre occupation : et on ne leur donne pour tout emploi que les vœux, les adorations, les sacrilices et les louanges, parce qu'ils doivent à tonte heure s'acquitter envers Dieu de ces devoirs (518). • Et c'est pour cela qu'il y avait dans l'ancienne loi un sacrifice continuel que les prêtres devaient offrir à Dieu, et un feu qui, par leurs soins et par leurs veilles, ne devait jamais s'éteindre, pour marquer les soins continuels et assidus qu'il demande de ses ministres (549), qu'il destine dans l'Eglise à son culte et à son divin service. Il veut qu'ils s'y appliquent si uniquement, qu'ils considèrent tout ce qui pourrait les en distraire, comme éloigné de leur vocation; et que tout ce qu'ils pourraient donner de temps aux affaires séculières ou à d'autres emplois, leur paraisse comme un temps qu'ils dérobent à leur devoir, et comme un larcin qu'ils font à la religion, à laquelle ils se sont entièrement dévoués (550).
Leur principale occupation après le sacrifice doit être les louanges de Dieu (551) ; et ils doivent d'autant plus s'y exercer, que ce sont eux, et eux seuls dans l'Eglise, que l'on charge publiquement de ces fonctions, et qui sont obligés de s'en acquitter par office.
Les pénitents ne peuvent pas y satisfaire, car ils ne sont pas admis dans l'Eglise pour y chanter (552). Ils ne sont reçus et soufferts qu'au portique du temple, afin de gémir pour leurs péchés; mais ils n'ont pas la liberté de se mêler parmi les saints et parmi les enfants de Dieu, qui ont le bonheur d'être dans sa maison.
Le peuple aussi ne le peut pas. Car quoiqu'il se trouve dans le monde des âmes trèspures et très-innocentes, et qui par conséquent ont beaucoup de commerce avec Dieu par la société qu'il leur donne avec lui dans la lumière de la foi, elles ne sont néanmoins admises que dans la nef (553). Le chœur destiné pour honorer Dieu par les cantiques
(548) Solis divini famuialus vocent obseqniis mancipaii. (Petr. Dam., opusc. 18 conlr. cleric. intemp. )
Genus illud divinis sacrisque ministeriis mancipaiurn. (S. Cyril. Alex,, De ador. in spir. et terit., c. 13.)
(549) Singuli divino saccrdolio honorali , et in clerico minisleiïo constiluti, nonnisi altari et sacriûciis deservire , et precibus atque oralioiiibns vacare debeni. (S. Cypr., lib i, epist. 9.)
(550) Cui porlio Deus^ est, niliil curare débet praeter Deum. Quod enim ad alia officia conferlur, hoc religionis cultui, atque buic noslio ofliuio dccerpilur. (S. Ambr., De fuga sœculi, cap. 2.)
(551) Suminus colendi Dei ritus est ex ore justi hominis ad Deum directa laudalio. (Lagtant., lib. vi Divin. Inst., c. ult.)
(55"2) Auditio est intra portam in loco quem vap6t]xa, ubi oportet euni qui peecavit stare, etc. Audiens euim post scripturas et doclrinam ejicialur, et precalione ne diguus censeatur. (S. Greg. Thauinat., Epist. canon., can. 11.)
(553) Non es diguus sacrificio neque parlicipalione; ergo uec o.ece. Audis praeconem stanteni et
publics, n'est pas pour elles; et tout ce qu'elles peuvent faire, est de se joindre en esprit aux clercs qui sont dans le chœur, auxquels seuls de droit et d'oflice il appartient de chanter ainsi publiquement ses louanges (551).
Les chantres que David avait institués dans le temple de Salomon, étaient les figures des ecclésiastiques qui sont appelés dans l'Eglise à ce saint ministère (555). Car il y en â qui sont destinés plus particulièrement pour la psalmodie : et même l'évêque en députait autrefois quelques-uns en particulier pour cet office, comme le Pontifical le marque (556). Mais tous les autres ne laissent pas d'être obligés par leur état à vaquer aux louanges de Dieu (557); et il n'y en a pas un qui soit exempt de le glorifier, non-seulement dans son cœur par un fond de respect et de religion intérieure, mais encore dans le chœur de l'Eglise, c'est-à-dire au milieu des peuples, par une religion extérieure, qui leur inspire le respect et la vénération pour sa divine majesté (558).
Et c'est cet avantage des clercs par-dessus les pénitents, qu'il semble que Notre-Seigneur a voulu exprimer, lorsque, parlant de saint Jean- Baptiste, qui est la vraie figure des pénitents dans l'Eglise (559), il dit que le moindre du royaume de Dieu, c'està-dire le moindre des apôtres, ou de ceux qui constituent le royaume de Dieu par excellence , comme sont les prêtres et les clercs, qui sont appelés do Dieu par choix pour composer son chœur et son royaume, est plus grand que ce saint précurseur : Qui minor est in regno cœlorum, major est Mu. (Malth. xi, 11.) Car, en effet, il est vrai que le plus petit d'entre les clercs est plus par son office que le plus grand des pénitents, parce que les pénitents, par leur état, ne sont pas comme les clercs dans la puissance et dans la dignité nécessaires pour glorifier Dieu publiquement, et pour s'occuper par office à ses louanges (500).
De là on peut conclure combien les clercs,
dicentem : Quicunque eslis in pœnitentia, abite. (S. Chrysost., boni. 5 in Eplies.)
(554) Velus mos est clerieos a laicis cancellis seeernere in ecclesia, etc. Pars illa quae a cancellis versus altare dividilur, cboris lantuni psallentium paleal. Clericorum locus iste, etc. Extra chorum patet aditus omnibus lidelibus. (Durand., De rilib. Eccl.,l\b.i,c. 17, 18.)
(555) Qui in Veteri Testamento cantores dicli sunt, no. lie psalmislx vocantur- (Durand., lib. u De divin offic., cap. 2; l'onlif. Roman., De officio psalniislatus.)
(556) Caiitor non est nomen onlinis : quia mutai e pertinet ad totum chorum. (D. Thom., Suppl., q. 37, a. 2, ad 5.)
(557) In medio eeclesiœ laudabo le. (Ptal. xxi, 23.)
(558) Si non laudavcrint servi Dominum, superbi, ingrati, irreligiosi erunt. (S. Aug., In psal. cxxxiv.)
(559) Joannes Baptisla pœiiilenlise doctor ei magisler verus. Hinc vestitu, victu, loco, lotus pœnitentia fonnatus incedit. (S. Chrysol., serm. 107 )
(560) Habit», pceniienlia; symbolHm pr;e se On, carnisque mortihcalionemadumbrat. (Victor, pie»
scion l'ordre primitif de la hiérarchie de l'Eglise, sont par leur état au-dessus de tous les autres religieux (561). Car les plus anciens religieux, parleur première institution, étaient proprement des pénitents, qui se retiraient du siècle pour gémir devant Dieu et pour souffrir dans la retraite (562), non-seulement pour leurs péchés, mais encore pour les péchés du monde, afin de satisfaire à la justice de Dieu irrité et d'apaiser sa colère (563). C'est pourquoi ils n'étaient point admis dans l'état et dans la religion du clergé, où l'on suppose la pénitence achevée : et eux-mêmes s'estimaient indignes d'être élevés à un état si saint, et qu'ils considéraient infiniment relevé audessus d'eux (564}J
Ils imitaient en cela saint Jean-Baptiste qui se retira dans le désert, et qui ne songea qu'à y faire pénitence toute sa vie, afin de donner exemple aux peuples de ce qu'ils devaient laire, et de les exciter par là à recevoir la grâce de Jésus-Christ, laquelle commence toujours par la pénitence (565). Et les clercs imitent saint Jean l'Evangéliste, chéri si tendrement du Fils de Dieu, instruit à son école, élevé à son sacerdoce, reposant sur sa poitrine (566), et ne parlant ensuite que des grandeurs de son Maître et des sentiments religieux que lui inspirait son grand amour
C'est pourquoi saint Jean-Baptiste ne parle que de pénitence, que de retranchement, que de justice (567) ; et saint Jean l'Evangéliste ne parle que de charité, que d'amour, que de confiance. L'un représente et possède l'esprit de Jésus pénitent (568) ; et l'autre représente Jésus -Christ consommé en sa nouvelle vie. L'un est comme le comiuen-
byt. Anlioch., /» Marc, i.)
Iiem placuii ni pœnitentes non admittaniur ail elerurn, niai lantnin si nécessitas aui usus exegeiit [lune] iuter osiiarios depuientur; vel inter leclores, lia m Evangelia n . Aposloluui non legant. (lvo Carnoi., Deere.., p. vi,c. 158.)
(SOI) Alonasli' us ordo dehel sequi sa eidola'es onlines (D. 'liiost. 2-2, q. 18i, a. 8 in c, ex S. Dionys.)
Praelulit orilincm vesiruni omnibus ordinibus. S. Bern., Serin, ad past.insynod.)
(302) Si se monacliuni jacial, scirc débet qnod iiioiiachus non babel docenlis, sed ptangenlis olliciiiiii, quippe cui oppidum carier esse débet, etsoi.iuiln paradisus. (S. Beun., epist. 55.)
(Miôj IJi in agris ei soliiudme adolesceniiœ peccata deflentes Cluisii in seipsos niisericordiain defleclei'eiu. jS. Hieron., épisl. 71, Ad Pàmmack. )
(504) Cléruin uullo modo appelere monachus débet. Si qitidem diabolica illa peslis est, el tibidinis domiuaudi labes. ele. (S. Basil., Cunst. muvast., c. 10.)
(565) Joannes magislerium vilse, sanclilicatis forma, pœnitenlix via. (S. Giiiiysol., serin. t27.)
(5tiii) Discipulus quem ditiyebul Jésus, qui et recubuii in cœna super pectus ejus. [Joan. xxi, 20.)
(507) l'œniieuiiam agile. [Multli. m, 2.)
Facile frucluin dujuutn pœnileutiœ. ( Ibid , 8. )
(508; Juin seeuris ad radium aiboruai pasila est. (Ibid., 10.)
Ornais urbor nvn [aciens fructum banum excidetur ei in ignem mitutur. t Luc. m, 9; / Joan. m, 18 ; IV, lC.eq..
cernent de la loi de grâce, à laquelle la pénitence disposait, ce qui figure l'état' et la vie des religieux ; et l'autre qui figure l'état el la vie des clercs, en est comme l'achèvement et la perfection (569).
En effet, ce sont les ecclésiastiques dans lesquels principalement le Fils de Dieu veut faire paraître sa religion consommée et cet état tout divin, où, absorbé dans le sein de son Père, il veut dilater sa religion par tout le monde (570). Ils ne sont pas seulement comme des colonnes dans sa maison, qui la soutiennent el qui l'appuient (571); mais ils sont comme des trônes animés et des tabernacles vivants, sous lesquels il se cache pour se faire porter par toute la terre, et pour attirer partout des sujets à son Père, qui respectent son saint nom, et qui l'adorent en esprit et en vérité (572).
Ce sont de saintes hosties de Dieu et des vases pleins de grâces, qui sont sans vie propre, qui sont sans mouvement et sans retour sur eux, triais qui, tout animés de charité et tout pénétrés d'amour pour Jésus et pour Dieu, vont partout comme des feux ardents porter la lumière et répandre l'amour de Dieu par toute la terre : Lampades iynis aUjiie (lammarum. (Cant. vin, 6.) Qui facit unyclos suus spirilus, et ministros suos flammam iynis (Psal. cm, 4-) (573).
Ce sont les flambeaux du ciel, les messagers de D eu, des gens de flammes et de l'e'j, qui ne songent qu'à porter en tous lieux l'amour de Jésus-Christ dont ils sont embrasés (574).
Le prêtre est comme un sacrement de Jésus-Christ religieux de Dieu son Père , sous lequel il continue de lui rendre ses hommages (575). C'est son suppléaient dans
(5U9) Vila aeierna sigiiilieala per apostolum Joannem (S. Ane, iiact. 124 in Joan.)
(570) Quemadinoduni Saivalor nosler a Paire, aposloli antein ac discipnli in.universum miinduni a Clirislo ntissi sunl; ita quolidie sacerdoles, ele., ad consuminationem sanelorum in opus minisierii, in aedilhalioriem eorporis Christi mitiuniur. ( Calechism. Conc. Trid., pari 11, liesacr. ord.)
(571) Sacerdoles in Eeclesia, bases in lemplo. (S. Grec boni. t7 in Evang. )
Fidei columnse. (S. Gregor. Nai., carm. 11. )
(572) Thronus Dei et regiasedes est sacerdolium m Eeclesia. (S Kpiph., hser. 29.;
(575) Speciatissima labernacula Dei. (S. Léo, epist. I.)
S. Paulus vocatur a S. Cbrysost. Tabernaculiim sub quo Deus muiidum occupatuius lalens ibal. Ipsi sunl hoslia: sacerdotes. (S. Pauli.n., Ad Sever., epist. 5.)
immolai» hoslise Deo munus implebas... Et quia seipsum consecr.iveial Deo, eliani orbeiu umver- Miin studuil offerte. { S. Curvs., Hom. de laud. i'uuli.
(574) Aniore Cbristi flagrans, sicut flamiuaq usedam iuiinensa universain replens terrain, ei inde aseendens repletis omnibus usqne ad ipsa eab fasligia. t S. Ciirvsost., lib. u De compunct. curdis. )
Magnum munus ut de eo Doininus dical, Ipse meus, vel Ipse pio me. Sic appellalur Levila. ( S. Asiu., Olfic, lib. i,c50.)
(57u) Saciamenloiuui tœlestium cooperaiores. (Pltk. Dam., De eumm. vit. eau., eau. i.)
TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATURE
lequel il accomplit' ce qui manque à sa religion, comme il accomplissait en saint Paul ce qui manquait à ses souffrances. C'est un médiateur entre Dieu et les hommes, qui rend à Dieu les devoirs de son Eglise, et qui distribue les présents de Dieu à cette môme Eglise. C'est, en un mot, un sommaire et un précis de toute sa religion (576).