XIV
Oporlet Christianum . abnegato mundo transfern ex hoc saeculo in quo versaïur aninius illecebris illectus a leinpore transgressionis Adam, in alteruin saeculum, et intellectu in supcriori ac divino mundo versari, etc. (S. Macar., horo. 24.)
de notre état renouvelé en Jésus-Christ, qui nous sanctifie et nous consacre à son Père dans une séparation universelle de toutes choses, nous appliquant à lui dans sa vérité et nous le faisant voir par la loi pure tel qu'il est en lui-même (658), sans nous arrêter à l'extérieur de tout ce monde. Sanctifica eus in veritate, disait autrefois Noire-Seigneur à son Père [Joan.xyu, 17) : Appliquez-vous, ô mon Père ! vos serviteurs en la vérité de de ce que vous êtes, et non plus sous des figures, comme vous avez fait autrefois (659). Car la religion des véritables adorateurs est d'adorer Dieu en esprit et en vérité (660;, non plus seulement sous des ombres. v
Voilà quelle doit être la religiondesclercs, qui, tenant les yeux fermés à la vanité du siècle, et ne s'arrêtant plus à la figure de ce monde qui passe (661), contemplent la majesté de Dieu tel qu'il est en lai-même, le voyant et l'entretenant comme un ami fait son ami ; ne le regardant plus seulement par derrière, c'est-à-dire par des figures comme des serviteurs, mais découvrant sa face par la nudité de la foi, qui, bien qu'obscure (662), ne laisse pas de nous le montrer tout entier tel qu'il est en lui-même, et tout autrement que ne faisaient les figures. Ce qui nous donne bien une autre ouverture et un plus grand accès auprès de Dieu, et lui procure aussi un culte infiniment plus saint en notre religion (663). Et c'est cette religion sainte, cette religion pure et immaculée, cette religion de véritables adorateurs, qui est représentée par le surplis que le clerc porte dans toutes ses fonctions.
Cet habit marque la grande pureté et )'éminente sainteté de vie dans laquelle doit être celui qui reçoit la tonsure. Il figure cette candeur et cette innocence qui doit être répandue universellement en lui (66i) : et c'est
Contempiu universorum Christus seauendus.
(S. Hilar., can. 16 in Italih.)
(658) In verilaie, id est, in me. (S. Cyrill. Alex., lib. xi in Juan., x.)
(659) Sanctificantur in veritate baeredes No\i Testamenti, cnjns veritatis umbrae fuerunt sanciificaliones Veteris Testamenti, et cum sanctificantur in veritate, utique sanctificantur m Christo qui dicil : Ego mm veritas. (S. Algist., tract. 108 in Jouit.)
(660) Veri adoraiore* adurabunt Patrem in spirilu et veritate. (Joan. IV, "27>.)
l'i, les, character lalria: nostne. (S. Basil., lib. n Adv. Eunom.)
(661) frœlerit figura hujus mundi. (I Cor. Vil, 51.)
(6'j2) Nogalur bis terrona divisio, duni sajculareill sibi non vendicant poitionem ; lioc solum novenu! possideie , fidei et devotionis obsequium. (S. Ambr., In psal. cxvm, octon. 8.)
(663j Lo'jucbulur Duntinus ad Moysetn facie ad faciem, sicul solel louui Iwmo ad umicum suum. (E.iod. xxxui, 1 1.)
Ore ad os sicut qiiondam cum sancto Hoyse, loquilur cum sponsa, et p.ilam non per amiginala et lii; n i as Deum videt. (S. Bern., serin. 45 in Canl.)
Eide colitur Deus. (S. Aie, Expos. Ep. ad Galut., c. m.j
(664) Mitto vobif supei pt'lliieiini no vu m et candidum, quod i épiassent"! vobis vila; hovilaieui cl
pour lui rendre son engagement à la sainteté et à la perfection plus sensible, et pour lui tenir toujours son obligation présente , qu'on le revêt de la blancheur de cet habit (665).
C'est ainsi que l'Eglise, suivant sa conduite ordinaire, qui est de figurer par des choses extérieures et sensibles les dispositions qui doivent être dans le cœur de ses enfants (666), habillait autrefois de blanc les nouveaux baptisés, pour leur représenter la candeur et l'intégrité que demandait la vie dont ils venaient de faire profession dans le baptême (607). Et elle revêt encore aujourd'hui extérieurement d'un surplis les clercs qu'elle admet à la tonsure, pour leur marquer pat cette cérémonie la sainteté dont ils doivent être intérieurement revêtus (668).
C'est pour cela aussi qu'elle met aus ministres sacrés qui doivent être dans une pureté consommée, un amict sur la tête et une aube sur le corps, qui les couvrent entièrement; etque l'évèque, quidoit avoirunedouble samteté et une plénitude de grâce pour lui et pour les autres beaucoup plus abondante, met encore par-dessus sou aube deux tuniques blanches; dont l'une qui le ceint de plus près et qui est de soie marque que par-dessus la sainteté commune il en doit avoir une plus éminente, et l'autre, qui est plus ample, exprime par son amplitude la sainteté plus étendue qui le doit revètirpour embrasser toute l'Eglise (669).
Le surplis par sa blancheur figure aussi la blancheur du ciel et le brillant de la gloire. Il exprime cette vie toute divine dont leclerc doit être revêtu, cette vie ressuscitée, qui est la même en substance que la vie de pureté et de splendeur dont les saints jouissent dans lo ciel figuré par l'Eglise, où l'on porte le surplis, laquelle étant la même ici-bas et dans
munditise candorcm, etc. (Steph. Tornac, epist. IJ.Ô, Albin, cardinal.)
(665) Candore vestis muiidilia vitae significatur. Taies enim Dominum decet babere ministros, qui nullo carnis corrumpantur contagio , sed perfecla mentis et corporis casiitate splendeaiit. (Hugo a S. Victore, De sacrant. Christ, fidei, lib. n, c. 11, t. III; S. Isidor. Hispal., lib. n Offic. eccl., c. 8.)
(666) lu sensibilibus intelligibiiia libi praebel Chnsius, etc. (S. Chris., boni. 83 in Mattli.)
(667) Vestis candida iraditur baplizato, ad significanduiii purilalem vitae qiiam débet pnst bapl sinuin observare. (D.Tuost., p. ni, q. 66, a. 11, ad 5.)
(668) Albie vestes miimlitiam indicant, quia jusium est ut cleiici in sanctilale et justitia Deo serviant. (Honor. Augustod., lib. î Gemm., c. 252.)
(669) Posl aniietuiii albam induit, quse caudoiis niiindiliain deiuonslrat : qu» inembns corporis conveuienter aptaia, niliil dissolutuin in vila sacerdolis esse debere deraoustrat. (Durand., Ration, div. offic, lib. ni, c. 4.)
l'ost albam poiitilex induit lunicam, et super tunicain dalmaticain vestit. Per tunicain sigiiificaulur latio siibliiniuin et virilités quas babere débet pruefeclus : per dalmalicam aiupliorcm charitatem, etc. Et quia ponlifex inagis expresse gerit similitudinciu Salvatoris quani simplex saceruos, ideo pluiibus ornaiiieniis utitur. ( Durand., Ration, die. offre, 1 .b. m, c. 10, 11.)
TRAITE DES SAINTS ORDUES. — PART. I. DE LA CLERICATURE
le paradis, commence à se servir dès à présent des ornements dont elle doit être éternellement revêtue (670).
Les vêtements de Jésus-Christen sa transfiguration devinrent blancs comme la neige, Vettimenta rjus facto, sunt alba sicut nix (Mntth. xvn, 2) , pour exprimer par avance sa vie glorieuse et divine au jourde sa résurrection. Et les anges qui annoncèrent ce dernier mystère, parurent aussi avec des vêtements tout blancs pour exprimer par là à toute PEglisequelle devait êtrel'innocenre et la pureté de ceux qui y auraient un jour quelque part sur la terre.
Et voilà ce qu'exprime le surplis, dont l'évêque revêt le clerc pour lui marquer l'état de son intérieur divin tout rempli de grâce, de pureté et de sainteté, pour l'instruire de l'innocence de la vie qu'il doit mener et pour lui faire connaître qu'il ne lui est plus permis de s'adonner à aucun emploi séculier ou profane sous un habit du ciel (671).
Le clerc, étant ainsi revêtu, exprime qu'il est entré dans la vie nouvelle, dans la vie de résurrection, dans la vie divine, dont les anges et les saints en Jésus-Christ vivent dans le ciel pour la gloire de Dieu (672). Cette vie divine est celle du Fils de Dieu ressuscité, dans laquelle le clerc doit entrer en se perdant dans l'intérieur de Jésus-Christ même et dans ses dispositions, c'est-à-dire dans sa religion, dans ses louanges, dans son amour, en un mot, dans tout l'esprit de ce divin Sauveur glorieux et glorifiant son Père : de sorte que, comme dans le ciel l'occupation du Fils de Dieu et celle de tous les anges et des bienheureux en Jésus-Christ, est d'être appliqués à Dieu sans relâche, de le contemplersans interruption, de le louer,
(670) Per vestimenla candida intetligimus ilecol'cin animamm nostrarum, scilicet gloriam inimortalilalis lioslra. (Durand., Divin, offic, Procem.)
Veslis candida gloriae praefert indumenlum. (Ivo Carnoi., Serm. de sacram. neophyt.)
(671) llaliitus albus perlinet ad pcrfectos, et ad illos, qui ita per terrennrum contenipium ad ca qiue sursuni sunt, elevati sunt, utsint quasi in réélis per beatitudinem glorilicati, elc. (Biblioth, PrœmoHsir., lib. i, c 4, seet. 15.)
Vesies candidas niagis gloriam quam abjeelionem désignasse, etc. Et angélus resurgenlis, et angeli ascendeiilis Domini pnecones indicarunt : ipseque Salvalor in illa transfiguralionis sua; gloria vestibus niveis praeclarus apparens ostendit. (Petr. Cluniac, lib. iv, epist. 9, Ad S. Bern.)
(n'72) Dum superpelliceum, qui amictus ex lela lînea candida constat, induit clericus, cogitetquam personam suslineat, neuipe a sordibus labeque puram, qualem vestilus ille indirat. ( Concil. Médiat. v, p. m, lit. Quœ ad div. uj'fic. pertinent.)
(673) Sacerdoli utnne.s judices esse volunt ut carne nequaquam compositu, ut bumanam naturain non sorti lo, verum ut angelo, ut bumame intimaitatis minime parlicipi. (S. Chrïsost., Desacerd., c. 14.)
Suis per Christum sensibus innovati, abjecla sa:culi bujus ligura, et tota inveteraue imaginis deformilate piojecia, Tonnai» vestiani in funuain ves- Iri reducile Salvatoris : ut novïtas sensuuin veslrorinn in veslris aclibus elucescal, et cœlestis bouio çuelesii babitu juin giadiatur in terra. (S. Ciirïsol.,
de l'adorer et de l'aimer incessamment dans leur innocence et dans leur sainteté, ainsi les clercs dans l'Eglise doivent être en application de louange, d'amour et de jubilation perpétuelle envers Dieu (673).
Une distraction volontaire à l'égard du surplis est un reproche semblable à un mouvement de la chair à l'égard de la soutane. L'un souille le surplis comme l'autre la soutane; et tous les deux rendent le sacrement, c'està-dire ce double signe de la sainte religion des clercs, malheureusement profané, et en violent la sainteté (674).
Oh! quelle mort et quelle vie que celle des clercs ! A quoi ne s'étend pas cette mort, et qu'est-ce que ne renferme point cette vie, puisqu'elle entre dans l'étendue de l'intérieur de Jésus-Christ même, et de cette vie divine dans laquelle les saints du ciel se perdent et s'abîment, pour être dans une religion parfaite envers la majesté de Dieu : Per Jesum Christum in glvriam et laudem Dei (675).'
Si le clerc voit quelques parties de la soutane noire qui paraissent sous le surplis, qu'il pense que la mort, qui lui est exprimée par la noirceur de cet habit, le tient dans un état où il n'est pas encore tout consommé, comme il le sera dans ieciel, et où l'impureté de la chair qu'il porte, quoique mortifiée et animée d'une âme revêtue de grâce et d'esprit, est toutefois en son fond remplie d'ordure et de corruption.
C'est ce qui ledoit faire rougir de honte, de paraître devant Dieu environné d'une chair de péché, indigne d'entrer dans le sanctuaire et dans ce lieu de sainteté, qui représente le paradis sur la terre, où rien de souillé ne peut avoir accès. C'est ce qui
serm. 120.)
Deo servile assiduis divinarum laudum officiis : et in ecclesia, quasi perpelua vestra sacerdolali clericalique station? conlincnler vcisauiiui. (Conc. Mcdiul. iv, p. 3, lit. ilonitiones.)
(67-4) Sicut preliosam vestem exigua qusevis macula ttirpius décolorai, nobisadimmundiliamminiina qu;elibet inobedientia sullicit ; nec jam nsevus ist, sed gravis macula. (S. Bern., De tripl. cusiod.)
Etiam a jactu oculi et cogitationis errons mens Christi corpus consecralura >it libéra. (S. Hiekon.)
(673) Vita Cbristi eleclis ejus membris applicala, vita est cœlestis pairiae, in qua resurrexit a morluis, et fruitur sedens ad dexteram Dei, etc., liaud secus ac si et resuscilati, et ad Dei dexteram cuui illo essemus assumpti. (Naclant. episc. Clugiens , In Eplies. i.)
Scio quia non habitat in me, hoc est in carne mea, bonum. (Rom. vu, 18.)
Quanliimcunque in boc corpore manens profeceris, erras si vitia putas einorlua, et non niagis siippressa. Velis nolis , inlra Unes luos habitat lebul.eus. Subjugari potest , sed non exterminari. (S. Bern., serin. 58 in Canl.)
Video aliam tegem in membris meis, elc. Infelix ei/o homo. quis me liberabit a corpore mortis hujntî (Rom. vu, "23, 24.)
Audi, o anima, qualissis, oneralapeccalis, irrelita vitiis, etc. Quando veniam et appnrebo unie faciem Domini l etc. O civitas sancta, civitas speciosa, ad te clamo, te reqniro, elc. ( Auctor lib. De spir. e> Int., c. 60, 62; Epist. S, Aug.)
le doit obliger à ne demeurer dans sa chair qu'avec douleur , et à gémir sans cesse de se voir assujetti à cette fâcheuse nécessité.
On porte le saint habit de la soutane au milieu du siècle, pour marquer que l'on est mort au monde : et l'on est revêtu du saint surplis dans l'Eglise, pour témoigner que l'on vit de la sainte vie de l'Eglise. Que si l'on quitte le surplis en sortant de l'église et qu'on ne le porte point parmi le monde, l'on peut se représenter que le siècle présent, dans la corruption où il est, n'est pas digne de porter en soi ni de voir l'habit de sainteté et la pureté de Notre- Seigneur que le surplis représente (676) ; qu'il n'y a que la sainte Eglise qui soit digne de Dieu, et qu'il n'y a que cette demeure de sainteté qui mérite de posséder Jésus-Christ (677). En effet, sans elle jamais le monde ne verrait ni ne posséderait cet adorable Sauveur (678). C'est à elle à qui on est redevable de sa demeure parmi nous, et i. n'y a que sa pureté et sa sainteléqui soient dignes de lui.
11 faut que nous portions le noir, et que nous nous mettions dans le deuil quand nous sommes sortis de l'église (679), comme d'un paradis terrestre hors duquel nous nous trouvons exposés à toute sorte de travaux, de peines et de sueurs (680) ; et c'est pour cela que les saints prêtres sentent si souvent de l'affliction dans leur cœur, quand ils se voient hors de ce lieu de sainteté, et qu'ils trouvent une si grande joie et si prolonde naix dans les offices qu'ils y font, et dans les fonctions qu'ils y exercent (681).