PART. 1. DE LA CI.ERICATURE
Dieu, îles anges et des saints, il n'y a rien qui soit plus digne de mépris. Car ce n'est que de la corruption ; ce ne sont que des excréments: c'est, pour ainsi dire, lasuperfluitédu corps mystique de Jésus-Christ ; c'en est l'inutilité et la vanité que l'Eglise rejette, et qui doit être coupée, retranchée et mise au feu pour en faire un sacrifice qui ne serait pas en odeur de suavité devant la face <le Dieu, si, ne voulant pas rendre ce sacrifice volontaire par le divin amour, nous attendions que sa justice nous en séparât quelque jour malgré nous (69i).
C'est à quoi tous les clercs doivent renoncer de tout leur cœur; et il faudrait qu'ils fussent tellement établis dans cette disposition, et qu'ils eussent ce sentiment si présent, que toutes les fois qu'on leur coupe les cheveux et qu'on renouvelle leur tonsure, ils se renouvelassent intérieurement dans le désir de mourir à toutes choses, protestant qu'ils veulent vivre entièrement séparés du siècle, dégagés de ses pompes, insensibles à ses plaisirs et à ses biens.
Les saints disent que ce retranchement de cheveux est une marque non-seulement du détachement et de la séparation où l'on doit être des choses de la terre , mais encore dnine pure contemplation, où l'âme morte à toutes choses contemple Dieu en lui-même sans trouble et sans obstacle, n'ayant plus de milieu grossier entre lui et elle, qui J'empêche de jouir pleinement de la Divinité (695).
Celui-là prend plaisir qu'on lui coupe les cheveux, qui est mort à tout, qui ne se soucie plus du monde, qui méprise toute la terre pour ne penser qu'à Dieu : et on lui fait une couronne, pour marquer l'obligation plus spéciale qu'il a d'être roi de soimême et le maître de ses passions, qui le rendaient misérablement esclave des créatures, et qui, dans l'état de sainteté où il est appelé, ne doivent plus servir qu'à ses victoires et à relever la gloire de ses triomphes (696).
Cette sainte cérémonie se faitaprès que le clerc a été revêtu de la soutane, parce qu'il faut qu'une personne soit crucifiée, morte et ensevelie, avant que de régner absolument sur elle-même, et avant que de pouvoir dominer parfaitement ses passions.
La couronne du clerc est une marque de l'empire qu'il a sur soi-même et non pas sur les autres : c'est pourquoi elle n'est pas si grande que celle des prêtres et des évêques, dans lesquels le règne de Jésus-Christparaît plus amplement, s'étendant en eux sur les corps et sur les âmes, sur les démons et sur les hommes, sur la terre et sur l'enfer même, qui se trouve obligé de reconnaître leur puissance et de se soumettre àleurautorité (697). C'est pourquoi l'évêque, qui a un pouvoir encore plus étendu que lesclercs et les prêtres, porte aussi une couronne plus grande, ce qui marque l'étendue de sa religion et la part plus grande que le Fils de Dieu lui donne à son autorité (698).
Notre-Seigneur en sa divine résurrection étant établi roi par son Père, au moment qu'il entre dans l'âme d'un enfant que l'on baptise, et qu'il répand son esprit dans son cœur, il le déclare roi (699). Et c'est pourquoi on lui met en même temps le saint chrême sur la tête, pour déclarer sa royauté intérieure (700). Et l'on fait la couronne au même endroit sur la tête des ministres du Fils de Dieu, pour exprimer la royauté intérieure dont on les veut revêtir, après qu'ils ont donné des marques de leur royauté intérieure et de l'empire absolu de l'esprit de Dieu en eux (701). C'est pourquoi ils doivent tenir leurs passions tellement soumises, qu'on ne remarque plus en eux d'impatience, de colère, de propre volonté, d'opiniâtreté dans leurs jugements, de désirs ardents et précipités, mais que tout s'y trouve assujetti à l'esprit de Dieu (702).
Que si quelquefois ils sentent les soulèvements de la chair et les mouvements importuns de la convoitise dont ils ont peine à
(694) Ad hoc capillos in modum coronse radunt, ut et regimm spiritale quo caeteris praeeminent, lali figura oslendant, et cui;e morialis illecebras fréquenter redeuntes sic amputent de corde, sicut crines fréquenter redeuntes abradunt de capite. (Ivo Caniot., Serin, de exe. sacr. ord.)
(695) Capillus tonsus purain nullaque figura fueatam vilain indicat, fictarum iigururum aut coloi uni induclione, deformitatem mentis decorantem, etc. (S. Dionys., De eccl, hier., c. 6.)
(696) lis qui ad divina ministeria applicantnr conipelit tousura, etc., rasione subslractionis capilloi uni ex parle superiori per rasurani, ne mens eoruni teinporalibus occupationibus a conleinplaiione divinorum retardclur : et ex parte inl'eriori per tonsuram, ue eoruni sensus lempoialibus obvolvantur. (I). Thom., in 4, dist. 2i, q. 3, a. 1.)
Spirilum sanctum percipimus, intrinsecus debellalorera vicloremque vitiorum, ut passiones foiïnsecus exclusse puisent, tentent, provocent, sed concidant ad noslrorum gloriam lriumphorum....Eigo si rvianius in novilate spiritus a caruisservilute jain liberi, quia vera doniinalio est (aniulalus divinse sanctilalis. (S. Petr. Clirysol., serin. 115.)
(697) Grandiorem multo quam infenores sacerdotes gerere débet episcopus, qua perl'ectius a terrenis curis et occupationibus abslractuin esse, et Deo adhaerere propius nuillo quam alios clericos debere se inlelligat. (Conc. Aquens., an. 1585, A'arbon., 1609.)
(698) Quia initia religio pontificali religione major. (Conc. liudens., an. 1279.)
v699) Cbristiani in reges uncti secundum inlerlorem hominem. (S. Macar., Iiom. 17. )
(700) Chrisii nomeii a clirisuiaie est, id est ab unctioue. Ideo oinnis Christianus sauclificatur, ut inlelligat se regiie dignitalis esse consortem, etc. (Sent. S. Augusl., deer. 543, t. III.)
(701) Eis qui ad divina mysteria applicantnr competit rasura in modum coronae, quia corona est signum regni et perfectionis cum sit ciicularis. llli aulem qui divinis minisleiiis applicantur, arlipi scuntur regiam digniiatem, et perfecli in virlute esse debent. ( D. Thom., in 4, dist. 54, q. 5, art. 1.)
(702) Non inflammet libido, non slimulet avaritia, non lascivia cffeminel , non luxuiia decolont, non macerel iracundia, non aliqua negolioium cura
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se défendre, il faut qu'ils en gémissent devant Dieu, qu'ils s'en humilient, qu ils rougissent «Je honte de se voir encore sujets à celte misère (703), eux qui ont été déclarés rois de tous ces malheureux désirs, et qui portent la couronne de Jésus-Christ comme un sacré diadème qu'on leur a mis sur la tête, pour leur donner un empire absolu sur leur chair, et les en rendre absolument les maîtres (704).
une s'il arrive qu'ils se laissent tout à fait aller à ces mouvements, qu'ils s'abandonnent au désordre de leurs passions; s'ils sont ardents pour les biens de la terre, opiniâtres dans leurs attaches, immorlitiés dans leurs affections, qu'ils sachent qu'en vivant de la sorte, ils sont indignes qu'on leur renouvelle comme aux autres la tonsure, et qu'ils mériteraient qu'on laissât croître leurs cheveux selon l'ignominie du siècle, les dépouillant ainsi des marques de la royauté, puisqu'ils sont de véritables esclaves (705; ; et les dégradent de leur honneur, en leur ravissant la couronne de dessus la tête : ce qui devrait passer dans les esprits bien faits et amoureux de leur profession pour une grande ignominie.
C'est ainsi que les canons ordonnent d'en user à l'égard des prêtres qui ont commis quelque crime énorme ; et l'Eglise, conduite par le Saint-Esprit, leur ôte extérieurement tout ce qu'elle peut des marques d'honneur qu'ils possèdent, ne pouvant pas leur ôter intérieurement la gloire de leur caractère, qu'ils ont eux-mêmes les premiers chargé d'ignominie (706).
C'est ainsi qu'il en faudrait faire encore de la soutane à l'égard des clercs qui paraîtraient vivants en quelqu'une de leurs puissances intérieures, et qui par leur légèreté, parleur immodestie, par l'attache opiniâtre à leur esprit et à leur sens, par le peu d'application aux choses de leur état; en un mot, par le peu de régularité dans leur conduite,
TES DE M. OUER.
ne seraient point en édification dans le clergé. Il faudrait leur ôter pour un temps cet habit saint, leur reniontraîit que c'est là le châtiment que doivent craindre ceux qui le profanent et qui en souillent la sainteté (707); et qu'on ferait en cela une espèce d'outrage à la religion de Jésus-Christ, de laisser à un homme vivant h soi, au monde et au péché, ce saint habit de mort.
Ce serait laisser un drap mortuaire sur un homme vivant; ce serait se servir d'une ligure trompeuse et d'un faux sacrement; ce serait se moquer des saintes cérémonies d« l'Eglise : en un mot, on pourrait dire que ce serait un mystère profané et le sanctuaire pollué (708).
11 ne faut rien de mensonger dans l'Eglise : il faut que tout y soit sincère et véritable. Ce serait approuver le mensonge que de permettre qu'une personne vivante portât un habit de mort, et de souffrir ainsi Adam en sa vie profane et en sa. conduite impure, proche de l'autel, au milieu du sanctuaire et dans le Saint des saints (709).
Il faut donner toute l'estime et toute la vénération qu'on doit pour ce saint et vénérable habit qui se doit regarder comme un mystère et comme un sacrement de la vie du clerc (710), car il exprime ce que le jilongement dans l'eau signifiait anciennement dans le baptême, savoir la sainte sépulture de Jésus- Christ. C'est pourquoi, quand on vit sous cet habit, et que l'on agit, ou que l'on se meut après en avoir été revêtu, il faut que ce soit comme des personnes ressuscitées, qui n'agissent plus que par un nouveau principe et dans une nouvelle vie : Tanquam ex morluis viventes (711).
Il faut donc regarder les clercs comme des gens ressuscites qui n'ont plus en eux de principe de vie charnelle, et comme des hommes du ciel, en qui il n'y a plus rien de la vie du péché; de sorte que, s'ils vivent, ce doit être par le divin Esprit (712). Aussi
sollicitPt. (S. Ambr., In psal. xxviu, oct. 8.)
(705) Ipsi intra nos gemim s adoplionem filiorum Dci cxspectanies, redemptionem corporis nos tri. {Rom. vin, -23.)
(704) Per coronam, regnuin quod in Deo liabere délient, designalur. [Synod. l'er<m.,an. 15+2.)
Coronadscus régale. (Synod. Paris., an. 1514.) EcclcsiasticiliD diadeina. ( Synod. Senogall., an. 1027, c. 50, De vil. et mor. cler.)
(705) Servit oninis qui auctorilalem pur;c non liabel conscienliae. Servit quieiinque vel inelu lïangitur, vel del'Tlatione irrelitm-, vel cupidilalibus tlurilur. etc. Servilis est enim oninis passio... Servuni facit probrosa insipicnlia. ( S. Amur., lib. u De Jacob., c. 5.)
(700) Si presbyler aut diaconus in crimine deprelicnsus, ac laicis ascriptus, nulluin abdicandi dette coris et einendandae vitae consitium sponte sua rapiat, ox laicorum cnnsueludiiie coinaui nutrire, et a veiticis criuibus radendis abstinere jubetur, utcuiii seanùa sacerdoteni aut diaconuin mine in laicorum ordineiu relaltim non sine honore aniuiadvertit, ita deuiuin se ipse colligat, menienique a flagitio avocalam ad saniora consilia proiudu convoitât. ( Zonar.. In cnn. 21 sextœ synod. in Tvullo.)
(707) Episcopus publiée clerico auferat nsque ad primant vestem ijujc dalur in cullalione ionsura;...
ne. clericatus vestigitim maneatin eodero. (Bonifac. VIII, c. Degradaiio , De pœnis, in 0. ) ., (708) Yideamus nesanctilaiis signa inaniier gesteinus, scilicet lonsuram cl coronam, ornanienla etiam nostris officiis depuiaia, sedeisqux exteiius apparent, interiora digue respondeanl. ( Hcg. a S. Victore., Erudit. llieol , De cœrem. sua., lib. i, C 52, I. m.)
(700) Attendat studiose ul signum sine significalo non l'eral, id est, ut vestem sine virilité non porte!, ne forte similis sit sepulcro loris dealbato, intus vero omni spurcitia plcno. ( Durand., lib. m Divin, offic., c I, n. 5.)
(710) Nunquaai clericis salis inculcari potesl, ut cum vit;n niorumque intcgnlate illorum externus baliitus congrual. (Synod. loin., an. 10+3.)
(71 1) Ilabitus clerualis \il.e ac inonim insigne. ( Synod. Aquit., an. 1505, lit. De vil. et Iwnesl. cleric.)
V iiae animique clericalis integritaiem osiendit. (Synod. Concordiens., an. 1587, p. i, lit. De liabim cleric.)
Magnum indicium est ejus quod in corde latet. (Synod. Alertent., 1571.)
ï'rol'essio clericoruin vita cœlesti*. ( Atiialaric. rex, apud Cassiod., lib. vin Var., epist. 2t.)
;7l2) Aon secunduin curneni ambulamus, sid U-
TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLERICATURE
toute la confusion des saints clercs, qui doivent être tout à fait morts à leur première vie, et vivants de la vie divine marquée par le saint surplis, est de voir qu'ils soient réduits à manger comme des bêtes et 5 vivre encore de la vie animale (713). C'est pourquoi, bien loin qu'ils mangent et boivent avec plaisir, et qu'ils lassent les autres actions qui contentent les sens et plaisent à la nature avec bien de l'ardeur et de la joie, ils ne s'y portent jamais qu'avec dégoût et confusion, ne voulant point d'autre satisfaction en toute la vie que celle de plaire à Dieu (714) et d'accomplir en toutes choses sa sainte volonté.