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CHAPITRE

Des marque." 4e la vocation à l'état ecclésiastique et aux saints ordres.

Comme l'on marche en ce monde par la foi, et que l'état où Dieu nous met en cette vie ne nous permet pas d'avoir part aisément à ses divins conseils (715), on ne peut aussi pour l'ordinaire s'assurer ni prendre d'indice de ses desseins sur les âmes, que par les dons que l'on remarque en elles (716), et par les mœurs, par l'esprit, par les sentiments et par les dispositions où elles ' se trouvent.

On sait assez qu'il ne faut point s'ingérer de soi-même dans les saints ordres de l'Eglise; que c'est au grand père de famille à introduire ceux qu'il lui plaît dans sa maison, et qu'on ne peut, sans une insolence insupportable et sans une présomption tout à fait criminelle, s'élire soi-même pour un état si saint, et s'élever témérairement à une si haute dignité (717).

Personne, dit l'apôtre saint Paul, ne doit s'attribuer soi-même cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu comme Aaron. Ainsi Jésus-Christ n'a point pris de lui-

même la qualité glorieuse de Pontife, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit .Je vous ai engendré aujourd'hui, vous êtes prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech (718).

Dieu est un maître qui n'agrée jamais les services de celui qui entre malgré lui dans sa maison, et qui n'a pas attendu son choix et sa vocation avec respect, humilité et patience (719). Il veut choisir lui-même ses serviteurs, et il ne peut regarder que comme des voleurs ceux qui n'entrent dans l'Eglise que pour tout ruiner et pour tout perdre, ceux qui y entrent par une autre porte que par la vocation (720). Mais l'importance est de bien reconnaître cette vocation et de discerner quelle est la disposition des âmes, et le fond de leur esprit et de leur grâce, pour voir à quoi principalement Dieu les appelle (720") (/ Reg. i, 2, 3; L'xod. il ; llebr. ri.)

Samuel, choisi de Dieu pour le service de ses autels, ne lit rien paraître que de parfait en toute sa conduite On le vit très-tidèle à Dieu dès sa première enfance ; on no remarqua rien que de très-saint en ses actions et en ses mœurs, et on ne peut pas douter, eu égard aux grâces et aux vertus qui parurent en lui dès ses plus tendres années, que Dieu ne le préparât à quelque chose de grand.

Moïse et Aaron que Dieu appela autrefois pour la délivrance de son peuple, donnèrent de bonne heure des marques de leur vocation.

Notre-Seigncur même, lequel, comme dit saint Paul, a été appelé de Dieu son Père, et qui a été donné pour modèle à toute son Eglise, fit éclater dès son enfance tant J; preuves de sa sagesse et de sa grâce (721), qu'il était aisé à ceux qui le considéraient avec attention, de voir que Dieu avait sur lui de grands desseins (722), et qu'une obéissance aussi parfaite que la sienne, uue aussi

cundumspirilum. (Rom. v, i.)

Kes uutem in came non atis, sed in spiiilu. (Rom. xvi, 9.)

(7l3) Antequamcomedam suspiru. (Job m, 24.)

Quis meule sobrius non malle! sine inordaci «oluptalu carnali alimenta su mère .. sine ulla sapons tllecebrosa suavitate, etc. (S. Ace, hb. xiv in Julian., c. 14.)

Manduca cinerem velnt pauem, et potum lumn cuni flélu misce. Per hoc couviviuin venies ad meusam Dei. (S. Aie, in psitl. ci.)

(71 i) Juin non desideriis hominum, sed voluiilali Dei, quod reliquum est in came vivat temporis. (I ïelr. iv, 2.)

(715)0"'»'""'''»"'» poterit scire consilium Dei? aul quis po.eril cogilare quid velil Deus ? (Sap. ix, 15. 10, 1"?.)

(71(1) Quos elegerit Dominus appropinquabunl ei. \Swit. xvi, 5.)

(717) Ipsi legnave.-unt et non ex me; principes cxslileruiit, el non vocavi eos. Unde praeiationisardoi? Eude ambitionis impudentia tanta? Undo vesania luula piirsumplionis huiiranae? Audeatne quis vestrum leneui alicujus reguli, non pra>cipienle, aul ctiam piohibente eo, occuparc ministeria, pi«ripere benelicia, negolia dispensare '! Nec lu Deum puies. quae in magna domo sua a vasis ira; aplis in iiileriium susiinei, approbare. ( S. Bern., De conlirs. ad cler., cap. 18.)

ŒlYUliS COMFL. DE M. Olier.

Quid istud tcnieiïtatis esl, imo quid insania.-? Sponsa uec cubiculum, nec cellain ingieJi, iijsi ivge introducente , pio:sumil : lu irrevere. ter irruis ueevocatus nec iiilroduclus. (S. Bern., Declum., cap. 5.)

(718) Aec quisquam sumil sibi Uonoiem, sed qui vocatur a Deo laitquum Aaron. Sic el Clinslus nun semelipsum, clari/kavii ul l'onlifex fieret, sed qui toculus est ad eum : Filius meus es tu, ego Itodic genui te. Quemadmodum el m atio luco diciï : Tu es sacerdos in œlemum secundum ordinem itiUltiseïecli. (Hebr. v, 5 seq.)

(719) Non sibi coniplacet Deus in anoganler ordinars (S. Epur., De sacerd. )

(720) Qui noninlrutper ostium ii ovile t.'ium, sed ascendit aliunde, ilte fur est et lalro... Ego sum ostium, eic. (Joan. x.)

Quis iutral per januam ? Ulique qui intrat pet Christum, vocalu» a Chrislo. ( B. Laurent., InA. Just. frœl.)

('20'j Lalrones et fures appellat eos qui se ullio ad non sibi datant desuper graliam obtruduiii. ( Comment, in Joan. x, 10, iuter. Opp. S. Cyrill.)

(721) Puer erescebat el cnnfortubaïur ptenus sa piemia, et gratta Dexeralin xllo. [Luc. il, 14.)

(722) Gratia, id est, directio et cura Dei l'aliis in pueruin Jesum, illi quasi Iota e cœlis incubabat, ut cuin suisdoniset graiiis oinuiet, cumque in om..i-

ŒX'VKES COMPLETAS DE M. OLIER.

grande pauvreté, un éloignement du monde si surprenant, un zèle si ardent pour la gloire de son Père et pour sa religion, en un mot, toutes ses autres vertus si extraordinaires ne pouvaient venir que de la grande sainteté de l'esprit qui le réglait et qui le destinait à quelque cliose de bien considérable pour sa gloire.

C'estainsi que, par les dispositions et par la conduite de ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique, on doit tâcher de discerner si Dieu les appelle à quelque chose de plus que le commun du peuple.

Mais comme cela ne se découvre qu'avec le temps, et qu'il faut beaucoup de vigilance et de lumière pour observer tous leurs déportements, pour connaître leurs mœurs, pour pénétrer le fond de leurs dispositions, et pour voir par toute leur conduite quel est l'état de leur intérieur, quelles sont les semences de l'esprit de Notre-Seigneur en eux , quelle est la constitution de leur âme, on ne leur doit point permettre de se présenter aux saints ordres, qu'on n'ait reconnu par une expérience suflisanle et par une exacte épreuve, qu'ils ont des marques d'une légitime vocation (723;.

La première de ces marques est la pureté de vie et la sainteté , qui doit être en eux très-grande, comme nous avons déjà remarqué (72i). Car les clercs doivent être les plus saints de l'Église, et il faut, dans le sentiment des Pères, s'ils sont fidèles à leurs grâces, qu'ils surpassent autant tous les peuples par l'excellence et les mérites de leur vertu, qu'ils sont au-dessus d'eux par l'éminence et la dignité de leur état (725). C'est pourquoi une sainteté commune ne leur suffirait pas (726).

Les rois ne veulent pour leurs pages et pour leurs domestiques que des enfants bien faits et des plus beaux qui se rencontrent dans leur cour, comme on le voit chez Daniel en ce qu'il rapporte des trois enfants de

bus actibus moderarelur ei componeret : ut onines vidèrent eum a beo peromnia dirigi ; actionesque c-jus non uni esse humanas quam divinas. (Éu-

(7-25) Xemini cilo matins imposuerilis. (1 Tint, v, 22.)

Quid est illud ciio ? non ex prima proualione , nec secunda, nec ténia, sed nui consideratio dinturna pracessil, exaciissimaque discussio. (S. Cmusost., Iiom. lu iti 1 Tim, v.)

Longa débet vilain suain probatione monstrare, nu gubernadila commiltuntur Ecclesix, etc. (Horbisd., epist. 25, ad Episc. Hispan.)

Nuilus laicus ad quemlibet gradum ecclesiaslieuin repente proinovealur, nisi posl mutalum lui b.tiim sxcularem , diuturna conversations inter clericos luerit comprobalus. (Conc. Iiom., au. 1059, tau. 15.)

(724) Débet prxponderare vita sacerdolis sicut pneponderat gratis, (S. Ansii., lib. x, epist. 82, ad Vercellens.)

(725) Tanloanlestare opoilel devolioue, quantum ameslant omnibus digniiale : Et taniiim excellere mérita, (|uanium gradti. (Salviak., Ad eccles. Ca-

l.iol., I. II.)

1726) Quomodo non sileoufusio esse clericos interiuies îaicis , qitos ctiam laquâtes esse roiifusio

la fournaise. Car ils furent choisis comme les plus beaux de tout le royaume pour servir le roi Baltassar (727). C'est ainsi que doivent être choisis dans l'Eglise les domestiques et les ministres du Roi des rois. 11 faut qu'ils surpassent en beauté intérieure et en sainteté les plus saints d'entre le peuple (728).

Notre-Seigneur fait en cela sur la terre ce que son Père fait dans les cieux (729). Car comme les anges qui sont les substances les plus pures, et les êtres les plus parfaits qu'il ait créés, sont ceux qu'il a choisis pour être les princes de sa cour, et les ministres de sa gloire (730), ainsi Notre-Seigneur, qui imite son Père en toutes ses actions, et surtout en la formation et l'établissement de son Eglise, veut choisir des sujets qui soient purs comme des anges , pour approcher de ses autels (731) , et pour être les ministres de son amour, et les porteurs de sa parole. Qui fncit angelos suos spiritus, et minislros suos flammam ignis. Aussi voyons-nous en plusieurs lieux de l'Ecriture sainte qu'ils sont appelés des anges, parce qu'en effet ils doivent être dégagés de la matière comme des anges (732).

II faut donc voir quelle est la sainteté fie celui qui aspire à la tonsure et aux saints ordres , quelle est la disposition de son cœur, quelle est l'innocence de sa vie, quelle est la pureté de ses mœurs (733), pour ne pas s'exposer à recevoir dans cet élat, où il ne devrait y avoir que des Chrétiens parfaits, ceux que Dieu n'y appellerait pas.

Il veut choisir ses ministres et ses prêtres, et il les veut choisir entre mille, pour leur donner part à sa familiarité et à ses secrets : mais il veut qu'ils soient dans l'innocence et dans la pureté (734) ; il veut qu'ils soient dignes de l'approcher, et de traiter bouche à bouche et cœur à cœur avec lui, comme un ami a accoutumé de traiter

est. (S. Chuïsost., boni. 40, Op. imp. in Mallh.)

(727) Ail rex pra'posilo eunucliorum, ul inlroduccrel de /Mis Israël pueras in quitus nulla esset macula, decoros forma, etc., qui pussent stare in palatin régis. (Dan. i.)

(728) Eum prse cœteris vita supereniinens , et spirituâlium mu ni m splendor exoinet. (Petr. Dk*., Dedignil. sacerd., opusc. 25.)

(729) Secundum cœleslem et superiorem bierarcliiain, hiérarchie nostix leges dédit. (Ex S. bionïs.. De hierarch.)

(751) Angelorum vices et ordinem sustinent, qui ad sacrum allare pertinent. (Sm. Tbessalon., De ordin.)

(751) Sacerdoles intra sacrarium primorum ordinum qui juxta beum suut imaginent gerunt. (Sim. Thessalon., Libr. de lempl.)

(752) Siacerdos pracipue in sacris Litteris angélus Domini appellatiir, ut qui divina prxcepta aunuiitiet, et divinam voluntatem impleat. (lbid.)

(755; Ex mullis ergo qui veniunt considéra quis voeetur. Ordinem ipsum Oominici sermonis attende. Beati , inquit, mundo corde, quoniam tp.ii Deum vittebunt. (S. Bern., De convers.ad cletic, cap. 17.)

(754.) Viitutis perfeclionein et eathedram sanctions omiiiuu exigil nnnisie. min hoc : ut hac l'oIj

TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLER1CATURE

avec son ami. Jam non dicamvos servos, etc. Vos autem dixi amicos , quia, etc. (Joun. xv, 15.)

Il est le souverain pasteur; et comme c'est lui qui connaît toutes ses brebis, c'est lui aussi qui les appelle toutes par leur nom : Vocat eas nominulim. Mais il ne les appelle dans le bercail de son sanctuaire, que lorsqu'il les voit sans tache et dignes d'être offertes à Dieu son Père, qui ne veut point d'hostie^ qui ne soient saintes (735). Il ne les appelle que lorsqu'il voit qu'elles sont grasses et en assez bon point pour être présentées sur son autel. C'est là la première marque de vocation à l'état ecclésiastique , sans laquelle ceux qui s'y ingèrent, imitent !a témérité de celui qui , étant entré au festin sans robe nuptiale, en fut honteusement chassé et jeté sans miséricorde dans les ténèbres extérieures (736).

La seconde marque est le mépris du siècle et le dégoût du monde , dont tous les ecclésiastiques doivent être très-séparés. Car c'est à eux que Notre-Seigneurdit en la personne de ses Apôtres (Joan. xv, 19) : Vos non estis de hoc mundo : « Pour vous autres, vous n'êtes plus de ce monde. » Et c'est pour cela que lui-même, afin de leur donner en sa personne un modèle de leur état, après avoir porté toute sa vie dans son cœur un éloi- ;^nement immense de tout ce monde, il voulut le faire paraître extérieurement au jour qu'il fut déclaré prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech (730*). Car alors étant tout revêtu des saintes inclinations et des divins mouvements que porte la vie ressuscitée, il se trouva dans une si extrême opposition au siècle présent, que son corps même, non plus que son cœur, n'avait de mouvement que pour le ciel, ne pouvant plus supporter qu'avec horreur le commerce du monde : ce qui marque l'état et la disposition d'une âme qui est appelée à la participation de son sacerdoce éternel.

Quoique cette âme soit ensevelie dans !•■ corps, l'Esprit de Jésus-Christ ressuscité et souverain prêtre la tient pourtant très-é'loi gnée d'inclination de la vie présente. Il .fait qu'elle soupire après le ciel , qu'elle désire le paradis, qu'elle ne prend plus plaisir à quoi que ce soit sur la terre, qu'elle ne voît rien qui ne la dégoûte, et qui ne lui soit à charge dans le monde, en sorte que rien ne la disirait de Dieu dans ses emplois, et rien ne l'attire à détourner les yeux de dessus sa grandeur (737).

La vie d'une âme en cet état est semblable à celle des saints religieux, qui au milieu du monde sont ensevelis dans leurs cloîtres , comme des morts dans les tombeaux (738). Car elle a un rempart autour d'elle, qui est l'esprit et la grâce de sa vec;tion, qui la tient ensevelie en Jésus-Christ, lequel est aussi caché en Dieu, cle sorte qu'elle est ainsi bien loin du monde : elle en est bien retirée et bien écartée par cette glorieuse sépulture (739).

Ce monde n'est plus pour elle, parce que, comme elle est d'une autre génération, elle trouve aussi un autre monde en Jésus- Christ, qui lui fournit tous ses besoins (7i0). La terre ne produit plus rien pour elle : le ciel ne répand plus pour elle ses influences, et ce n'est plus pour elle que le soleil luit. Elle a une autre terre, un autre soleil, une autre lumière. Elle a Dieu, Jésus-Christ et sa sagesse pour objet, et le très-saint Sacrement, qui est le froment des élus, pour nourriture (741) ; ce qui la dégoûte des antres viandes, et ce qui fait que les aliments corporels lui sont à charge.

C'est pourquoi il n'y a plus rien dans ce monde qui soit capable de l'attirer, parce qu'elle n'y voit plus rien qui soit pour elle : et elle s'en tient toujours intérieurement très-éloignée, parcequ'elle le regardecomme étant pour les enfants d'Adam, et pour tous ceux de sa génération, et qu'elle sait que

carens frustra sibi, lanquam per Christum introierit, blandiatur. (S. Bern., Declam. de vil. el morib. cleric, cap. 6.)

(753) Hinc superna voce ad Moysen dicitur : Homo de semine tuo qui habueril maculant, non offerul panes Deo suo, nec accédât ad minislerium ejus. (Levit.XM, 17; S. Grec, Past., i, c. 11.)

(756) Scio ne corporum quideni labes in sacerdotibus aut sacrifiais a censura illumines fuisse , verum legibus ila compaiatuin fuisse , ut peifeeti peifecta ofl'erient, ad significandam anima: integri- (alem, nec sacerdotalem stolaui, aut vas aliquod sacrum cuivis aitingere licuisse , etc., nec denique leinplum ingredi, nisi et animo et corpore vel ad ininuiia usque purus essel. (S. Gkegor. Naz., orat. i'.)

(756*) Unigenilus qui est in sinu palris nonne de secreto suo prodiit ad publicum iioslrum? Nonne de cœlo descendit ad terras ut praedicalione el ronversatinne sua persuaderet hominibus conteniptura inundi ? Nonne quod pisedicavit, et vos debelis praedicare; quod dissuasit dissuadeie, quod persuasit persuadeie ? Nonne ea via qua Chrislus ambulavit, et vos debelis ambulare ? Nonne sicut conveisatus est, et vos debelis ejus vicarii conversari? lia plane, nisi forte dociioies fueritis vé! sancliores. (S.

Berv, Serin, ad paslor. in synod.)

(737) Morialur nioriejustoium, et nulla illaqueet fraus, etc.) Doua mors, quae vitani non aufert , st*l transfert in inelius. Sed moriatur moite etiam , si dici polest , angelorum , ut prœseniium memoriâ excedens, lerum se inferiorum coipoieaiumque , non modo cupidilalibus , sed et siniilitudinibus exual ; sitque ei pura eu m illis conversalio, eu m qtiibus esl puritalis similitudo. (S. Bern., ser. 32 in Cant.)

Sicut oculi anciltœ in manibus domina: suœ, ila oculi noslri ad Duminum Deu.it nostrum. (Psul. cxxn, 2.)

(758) Sicut ruinerait dormienles in scpulcris. (Puai, lxxxvii, 6.)

(759) Abelementis mundi commoriare cum Chiïslo, etc. Quid adl'iuc viventes de hoc mundo de • ceinilis ! Ne teligeritis, ne atlaminaveritis, ne gusiaveritis , qua- sunt ad coirupiionem ipso usu. (S. Ambr., lib. m De virgin.,c. 14.)

(740) Alius eslChristianoruin mundus, aliud viîai inslilutum, alia mens...Alia mensa, alla indunienta, alia fruitio, alia comuiunicalio, alius intellectus. (S. Macar., hom. 5.)

(741) Anima; credenti préparât Donnnus novem cœluin et terrain novam, et solem jusiitia;, dans

ï,ûl

OEtVItES COMPLETES UE M. OLIEK.

5vi

c'est Dieu môme avec Jésus-Christ et son Eglise, qui e>t tout le monde et tout le trésor de ses prêtres (742).

C'est Dieu seul qui est le monde de son Fils. Jésus comme fils de l'homme trouvait ici son monde, et selon la chair il avait peine à le quitter. Mais comme Fils de Dieu et comme prêtre , ce monde n'est pas digne de sa grandeur, il n'est point sortable à son état , il n'est point propre à sa condition, il n'y a que l'être et le sein de Dieu qui puissent être son monde (743).

Ainsi en est-il des véritables prêtres, et de tous ceux qui participent à l'esprit de son sacerdoce. Ils ne reconnaissent plus ce monde animal pour le leur (744). Ils l'envisagent comme le monde de leurs corps, de leurs esclaves, de leurs sujets , et non pas comme le monde de leur personne , de leur grandeur et de leur sainteté (715).

Leur monde est un monde d'esprit, un monde spirituel dans le monde visible ; un monde qui est la vie de tout ce monde (746) ; un monde qui n'est point de celte création, selon saint Paul, mais qui est éternel et divin ; un monde, en un mot , qui est Dieu même, qui leur est toutes choses.

C'est pourquoi, lorsque l'on voit des clercs qui se trouvent dans le commerce du siècle, et qui ne veulent point rompre l'engagement qu'ils ont avec le monde; quand on voit qu'ils en recherchent les plaisirs, qu'ils en goûtent les vanités, qu'ils en approuvent la conduite, qu'ils en prennent les maximes et les mœurs ; quand on voit qu'ils en ont tellement l'esprit, qu'ils t'ont gloire d'en suivre les modes et de s'y conformer en toutes choses, l'on peut bien dire qu'ils ne sont point appelés au sacerdoce, ni même à la simple tonsure.

La troisième marque est l'inclination et le

mouvement de Dieu qui porte toute l'âme, et qui l'incline à cette divine profession: non par sentiment ni par saillie ou par différentes reprises; mais par empire, par état et par consistance immuable en son fond (746*).

Ce n'est pas que l'âme, ainsi appelée, ne ressente quelquefois des mouvements qui semblent affaiblir en de certains moments les désirs ardents qu'elle avait de s'engager dans cet état ; ce n'est pas même qu'elle n'éprouve quelquefois des attaques étrangères et des tentations qui l'ébranlent et la troublent à l'extérieur, et même trèssensiblement (747) : mais dans le fond, la disposition et l'inclination pour cet étal demeurent toujours les mêmes. Ce qui fait voir que c'est l'esprit de Dieu habitant en elle qui lui donne cette pente, et qui la porte où il désire (748).

Il faut pourtant observer que, si cette inclination était turbulente, inquiète, impatiente, empressée, elle serait fort suspecte, et ne pourrait point servir de marque sùiu d'une vocation divine, quelqueforte et constante qu'elle pût être d'ailleurs ; car ne portant point les impressions, ni les caractères ordinaires des mouvements divins, il y aurait apparence que ce ne serait qu'une inclination de la nature (749), ou un mouvement que l'autour-propre nous donnerait. Et c'est à quoi l'on doit faire une très-particulière attention.

Car c'est l'esprit de Dieu qui nous porte à l'accomplissement de ses adorables desseins et de ses divines volontés; il le lait avec sa suavité, aussi bien qu'avec son efficace ordinaire. De sorte que si son mouvement êsl fori, constant, toujours égal et prêt atout faire, il est aussi eu même temps toujours tranquille, doux, suave, et pacifiant, j'&me

ei omnia c divinilate sua. Ipse est rcundus verus terra vivras. (S. Macar., boni. 54.) (742) Saeculo reuuiiliasii, quid tilii cum saeculi

rébus? Quid libi cum Lerreuis operibus et geslis ? Avis effeclus es : cur non in naturx tua: elemenlo moraris ? Volucres enim eoeli nuneupantur. Quid uuereris captus in sxvulo , in regione non tua ? (S. Hilar., in psal. CXVIU, lit. nun.)

Uominus pars liœredilatis meœ, etc. Quicl ullra uuxrit, cui omnia stius Conditor lii? etc. (S. Prosp., De vit. an. tt conlempl.. c. 16.)

(745) Non babemus bic eivilatem permanentem, Kit hilarant inquirimus ubi est Christus : hoino enim libeiiler mauel inloeo suo proprio. (D. Thom., in //./'). un.)

Garnis locus proprius terra est. (S. Greg., boni. i) in Evang.)

Ego in l'aire. (Joan. xvil, SI.)

Uiiigenitui qui est in sinu Putris. (Joan. i, 18.)

(744) .V i|ii,i.[u.im sunl huius inuudi. >ed alterius raundi, alierius saeculi. iS. Macar., bout. 15.)

(745) Quibus dianus nouerai mundus. (Ilebr. xi, 38.)

Patriam nostram paradisuin coniputamus. (S. Cïpr., De mort.)

',746l Qui volt Deum possidere, renuntiel nuindo, ut sit illi Deus bcala possessio. (S. Prosp., lib. il De vit. conlemp., e. iti.l

(746*) Quia lu si iciuiam repulisli, rrpellam te, ne

sacerdotio fungaris mihi. (Osée IV, 6.)

Quia lu es quidilexisli sattuluin elconsolationem ejus, et ego repelhiiii te, ne fungaris inibi sacerdolio. i(.»r.M.i. A Lapide.)

I ilii sucerdolum qvaaierunt scripturam genealogiœ suœ, et non invenerunt , et ejecti sunt de sacerdotio. (1 Esdr. il, \il.)

Plane qui. généalogie sus scripturam non inventant, de sacerdotio repellunlur : quia qui se per ignobililalein saeeularis vice ab ingenuo pracedentiuin pat ni m sleinmale dégénérasse considerani , dignuui profeclo est, ut eos a sacerdotio censura: ranoniesevigor expellat. (Petr. Dam., opusc. 25, Dignil. sacerd., c. 2.)

(747) Spirilus sanclus, cerlus, suuvis, quem nihil veut; luimanus, benignus, stabilis, certus, iecurut, omnem habens virtutem. (Sap. vil, •-2, 25.)

(748) Non secuuduiu momenlaneos aueclus Dei astmiandiis est ainor, sed polius secuiiduin continuant ipsius voluntatis liumame qualiiateiii.(AELRED abbas, in Cumpend. specuti cliurii.)

(749) Cum aliquis ad aliquod inovelur facile i-t cum aliqua cordis levilate, limendum est quod bujustnodi levttas sit a carnalilaie.

Item : suspecta est cordis alaci itas , quando iinpelblur ad aliqnid liomo cum quadam veliemeulia et tmpatienlia dilalionis, quia Spirilus sanclus inodestus est et uanquillus , et lemperali sunl motus cjils. (RlCIURD., in Cant.)

5fl:i

TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. I. DE LA CLER1CATURE

qui le reçoit (750). Mais quand c'est la nature ou l'amour-propre qui nous inclinent, le mouvement n'est jamais si fort et si puissant, qu'il n'embrouille notre âme, et ne porte dans notre cœur l'ardeur, le chagrin, le murmure, l'empressement, l'inquiétude, l'impatience de voir réussir nos propres desseins au moment et en la manière que nous le désirons. C'est par là que nous pourrons discerner si le désir que nous avons de nous engager dans l'état ecclésiastique, est une marque que Dieu véritablement nous y appelle.

Il faut encore que celte inclination, pour pouvoir servir de marque d'une légitime vocation, soit très-pure et tout à fait désintéressée, c'est-à-dire qu'on y entre dans les intentions propres à ce saint ministère, comme sont de vaquer aux exercices de la religion , de s'appliquer particulièrement aux louanges divines, de travailler à la conversion des peuples ; en un mot, de ne chercher en tout que la gloire de Dieu, en accomplissant avec un amour et une fidélité parfaite toutes les choses pour lesquelles on est appelé dans le clergé (751); car si nous nous y sentons appelés pour d'autres fins; s'il n'y a que l'espéranco d'une vie plus commode et plus douce qui nous y attire ; si c'est la vue des plaisirs, des richesses ou des honneurs qui nous y porte, notre inclination n'est qu'un effet de notre convoitise; et bien loin de nous pouvoir servir pour nous déterminer à cet état, elle nous doit convaincre que ce n'est point Jésus- Christ, mais le diable qui nous y appelle, qui ne nous veut porter jusque sur le pinacle du temple en nous élevant au sacerdoce, que pour nous faire tomber de plus haut, et nous précipiter sans ressource dans le fond de l'abîme (752).

La quatrième marque de la vocation de Dieu à l'état ecclésiastique est une aptitude et une disposition pour bien faire toutes les fonctions de cet état, et s'en acquitter avec toute la modestie, toute la bonne grâce,

toute la décence que demandent la sainteté de nos emplois et la majesté de Dieu que nous y servons, dont nous devons imprimer dans l'esprit des peuples le respect et la religion par notre exemple (753). I

Or, cette disposition ne peut être dans un Chrétien, qu'il n'estime et qu'il n'aime toutes les fonctions ecclésiastiques, nonseulement celles qui sont les plus éclatantes et relevées, auxquelles on a d'ordinaire assez d'inclination par esprit séculier et de superbe qui cherche les choses grandes, mais encore les plus viles aux yeux des hommes; car autrement comme on ne s'y porterait qu'avec peine, et qu'on ne s'y appliquerait qu'avec dégoût, on ne s'en acquitterait aussi jamais avec toute l'exactitude et toute la décence qui doivent paraître en ces saints ministères.

Et pour cela il serait à souhaiter qu'on eût une certaine habileté et facilité pour ces mêmes fonctions, que Dieu donne ordinairement à ceux qu'il y appelle, pour les mettre en état de s'en mieux acquitter (754). Car, comme il est tout sage et tout-puissant, en môme temps qu'il nous appelle à une chose, il nous donne puissance et rapacité pour la bien faire (755), et la marque de la grande puissance de Dieu en nous est la facilité qu'il nous donne pour faire toutes les petites, aussi bien que les grandes fonctions de notre sainte profession.

La facilité que nous avons de lever une paille, ou de tuer une mouche, témoigne le grand pouvoir que nous avons en ces actions petites et de peu d'importance. Ainsi la facilité que nous avons à nous acquitter de nos plus petits emplois, est une marque de la puissance et de la force du divin Esprit qui nous anime et nous y applique en sa vertu.

De même en est-il pour les actions les plus relevées et les plus pénibles de notre élat. La facilité que nous avons à les bien faire montre manifestement la puissance de

(750) Et post spirilum commotio, non in commotions Dominut : el post commolionem ignis , non in igné Dominas; et post ignem sibilus aura: tenais, etc. (111 Reg. xix, 12.)

Allingit a fine usque ad linem forliter, id est valide, robuste, linuiler, animose, conslanier. El dis ponit omuia suaviler, bénigne, dulciler. ( lia commun, inter., in c. vin Sap.)

Audiam quid loqualur in me Dominas Deus , quonium loquelur pucem. (Psal. lxxxiv.'JI.)

(751) Nenio débet fieri cleiïcus ni serviat voluptali , siudeai curiosilati , inliiet atnbilioni ; nec aliud quserat nisi iiiDoiniiiuiii hatreditaie possideai, quem elegit el a quo eleclus est, quando in clericaium assumpius est. Unde qui per clérical us officinal aliud quxni quain 1 > nu m, nec a Domino

eleclus, nec ipse elegit Domiuum, qui in sorte sua creaiuram Creaioii praponil. (Pontifical, biblwt. Apost., Kxliorl. ad lonsuram.)

(752) Ipsi retjnaterunt, et non ex me; principes exsliterum, et ego non vocavi eos. Universos siquiilera iu ordinibus ecclesiasiicis, cwterisque ad sanctuarium perniiemibus , honoreni quserenles pioprium, aui divilias,seu corporis volupiatem , po-

strenio, quae sua suiit , non quse Jesu Clirisli, manifeste prorsus el indubilanler, non ea qu» Deus esi clianias, sed aliéna a Deo , et quae omnium maloruni radix cupidilas iutroducil. (S. Dehn., Declam.) Cum Dominas jauua sil sacra ac divin» aulx admiitel idoneum ac liabileni ; et ei qui lalis non est, adiluni ad inleriora inleicludel. (Auctor. lib. VI in Joun., cap. x, 7, inter Oper. S. Cyrill. Alex.)

(753) Quia uiliil niagis laieos ad divinum culttiui inducii, quani vila clericoiuui... in omni ipsoiuiu aclione mhil nisi grave ac religions plénum videalur. (Synod. Perussin., 1575.)

(754) ldoneos nos fecit mimslros Novi Testamenli. (11 Cur. m, 0.)

Non solum fecit nos minislios, sed idoneus. Deus enim cuilibeirei dat per quai possit consequi perfcctionem suée naiurie. Lluile quia constituât îmnisiros Novi Testamenli, dedilet eis idoneitatem ad hoc (ilticiuui exercenduin, nisi sil impedimenluiu ex parte recipienlium. (D. Tuou., in 1 Cor. m, lecl.

(755) Sicut Clirisli est cerlos sibi ministres eligere, et selectos ad certum , suo pro mbitrio , omis ucpuiare - ila et illius est selectos ae certo oneri

Dieu qui habile en nous, pour nous faire opérer saintement les fonctions de notre ministère (756).

La puissance de Samson, et la facilité d'abattre ses ennemis, de rompre ses liens, d'enlever les portes d'une ville, et les autres témoignages de sa vertu héroïque, faisaient voir la grandeur de l'esprit qui le possédait et qui l'avait destiné à faire ces prodiges. Et la grande facilité que Dieu donne aux ecclésiastiques pour entreprendre les grandes choses de leur profession, comme la conversion des peuples, la pré-

dication apostolique et les travaux inexplicables de la condition ecclésiastique, est une marque de Jésus-Christ habitant dans les clercs, par sa vertu, pour la gloire de son Père, et pour le service de son Eglise (757).

Voilà quelques marques qui peuvent servir à reconnaître si ceux qui se présentent à l'état ecclésiastique y sont véritablement appelés, et s'ils peuvent être admis légitimement aux ministères sacrés des saints autels.

deputatqs, per gratiam idoneos faccre. (Naclant., episc. Clugiens., in Eplies. iv.)

("50) Quomodo sianimi vis adsit.ctiam ea quœ smil gravia, litint Icvia, ita si non adsit , etiam ea quai sunt levia liunt gravia. (S. Chrysost., hom. M in ] Cor.)

(7S7) Jrruil Spiritus Domiiii in Samson et sicut ad oilurem ignis soient liuu consumi, ita vincula quibus ligalus eral dissipata sunt. (Jud. \v, 14; xvi, 9, 12.)

Mandibulam asini accipiens interfeeit mille viras.

(Ibid., 15.)

Ambas porta: fores impositns humeris suis portatif ad verticem monlit. (Jud. xvi,3; xiv, 6 ; xvi, 50.)

Leones s;evissimos facile manus icln domuit maguos linslilis exoicitus cuneos fundens, etc., et tailla facililate, ut facilius sitii agere quaro nobis cogiiare foret. (Anix., q. 34 in Num. xvi.)

Facile lit Deo adjuvante, quoil liomines diflicilliniuin pulanl. (S. Ane, lib. i De tib. arb., c. 7.)

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