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CHAPITRE PREMIER

De l'ordre des portiers

Les ordres inférieurs sont des marches et des degrés par lesquels on monte et on parvient au sacerdoce, qui est appelé par les <aints Pères la plus haute de toutes les dignités (758).

Cette dignité sublime nous fait entrer dans le pouvoir de produire et bénir Jésus- Christ, de l'offrir et le sacrifier à Dieu son l'ère, pour toutes les créatures. Elle nous établit en Jésus-Christ les médiateurs de Dieu et des hommes, et elle fait que nous devenons, avec le Père éternel, les sacrificateurs et les consommateurs de son propre Fils, qui s'offre et se présente à lui par la main des prêtres, pour être consommé dans le sein de sa gloire (759).

Or, comme ces divines et redoutables fonctions demandent de très-grandes dispositions, et que, pour s'en acquitter digne-

ment, il faut, selon l'expression des saints Pères, qu'une âme soit toute divinisée, l'Eglise qui ne fait rien qu'avec une souveraine sagesse, veut toujours avoir de grandes marques de la vertu, de l'esprit et de la grâce de ceux qui aspirent au sacerdoce, avant que de les élever à cette suprême di gnité (760).

C'est pourquoi elle les fait passer par diverses épreuves et différents noviciats, afin de remarquer, par une longue expérience, si elle pourra leur confier un jour avec sûreté ce qu'elle a de plus cher, et s'ils seront en état de pouvoir soutenir le poids de cette charge, que les saints appellent immense et infinie.

Ces noviciats dont elle se sert, sont les saints ordres, dont les quatre premiers sont appelés moindres, parce que leurs fonctions, quoique infiniment plus relevées que toutes celles des autres conditions de la terre, ne sont pas néanmoins si impor-

(758) Ordines isti minores, velufi gradus quidam fuerunt , per quos explorati gradatim ad majora pi oiraherentur. (Enckirid. concit. Colon., De suer. < rd:)

(759) Ingressus ad altiores gradus el sacratis- Mina niysleria. (Conc. Trid., sess. 25, c. il, De miner, ord.)

Sacerdoiiiim omnium bonorum quse in liominibus sunt apex. (S. Icnat., Episi. ad Smyrnens.)

Omnium qme inier liomines expeiuntur exlrema mêla. (S. Isii>or. Pelus., lib. u.episl. 71.!

Niliil cxcellentius in boc savculo. (S. Amer , Dt

dignit. sacerd., c. 3.)

(700) Siimma dignilas. (Calecli.Conc. Trid. .p. II-, De suer, ord., n. 2.)

Mediatores ihler Deum et pop^ilum. (S. Bern., Serin, ad puslur. in synod.)

Funguntuf oflicio niediatoris. [Pontifical, bibliol. Apustot., Admottit. ad sacerdot.)

Qui ad sanclum sacriticium accedunt, expiati esse détient ab extremis animi visionibus, atque ad Dei similituilinem, quoad lieri potest, accedeie.(S. Dioms., De ceci. Iiierarch.)

TRAITE DES SAIN1S ORDRES. - PART. II. DES ORDRES INFERiElAS.

tantes ni si divines que celles des autres ordres qui sont appelés majeurs ou sacrés. ~\

Ces ordres moindres sont les prémices de la prêtrise ; et les fonctions extérieures de ces mêmes ordres sont des figures qui nous représentent au dehors les fonctions intérieures du sacerdoce, auquel on est plus aisément promu, quand on s'est acquitté dignement de ces plus bas offices, et qu'on a satisfait avec esprit à ces premiers emplois (761).

Le premier de ces ordres moindres est celui de portier, qui est une dignité qui représente la qualité de portier qui est dans le prêtre, et le pouvoir effectif et spirituel qu'il a reçu dans son ordination, d'ouvrir et de fermer aux hommes la porte du ciel. C'est lui qui les lie et qui les délie, qui les admet et qui les chasse, qui les excommunie et qui les reçoit, qui les condamne et qui les absout ; en un mot, c'est lui qui est le vrai portier du paradis (762).

Et c'est pour cela que le Fils de Dieu dit à saint Pierre : Je te donnerai les clefs du ciel (763). Ce que tu auras lié sur la terre, sera lié dans le ciel; et ce que tu auras délié sur la terre, sera délié dans le ciel. Si bien qu'à vrai dire, ce saint apôtre est le portier du ciel, et en lui tous les prêtres le sont, parce qu'ils participent à sa puissance (761).

Or, comme tous les portiers en l'Eglise sont ceux qui font les fonctions extérieures de la prêtrise, et qu'ils commencent à être initiés au sacerdoce par cette dignité, ou leur donne les clefs à toucher, et l'ordre se confère par cet attouchement.

Ce qui témoigne qu'on leur donne puissance pour chasser les fidèles de l'église, ou pour les y admettre, pour leur en ouvrir, ou pour leur en fermer les portes (765).

Les portiers entrent en portion de la dignité de Jésus-Christ, juge des hommes el des anges ; c'est pourquoi ils ont droit de chasser les pécheurs de l'église, comme Jésus-Christ les chassera du ciel en qualité de juge, lorsqu'il les repoussera de l'entrée

(761) Qui bene minislravcrinl in minoribus ordinibus, gradum siiii bontim acquirent ut liant sacerdotes. (Hugo cardin., in I Tim. ni.)

Nam qui in bis quae inferiora sunt diligemiam suam vigilantiainque monstraverint, facile et ad ea qua'Simt superiora pervenienl. (S. Chrïsost., ibid.) f Magna, iumiensa el infini ta dignitas. (S. Ephr., De sacerd.)

Sunt lanium très ordines sacri qui babcnt s»Iiqiicm actum circa rem aliquam consecralain. (D. Thom., SuppL, qu 57, a. 3.)

Suffragantibus stipendiis per tôt gradusdalis fidei propria; documenlis, presbyterii saeerdolium poterit promereri. (Zx>zm., Ad Hesyeh. Salon., cpist. 1, e. 3.)

(76-2) Sacerdotes januac civitatis alterna?, per quos onines qui credunt in Cliiïslum ingrediuutur ad ChristHin. Ipsi janitnres, quibus claves data? sunt regni cœJoruin. (S. Prosp., 1. n De vit. contempl. wcerdot., c. 2.)

(705) Jibi dabo claves regni cœlorum, etc. (Malth. xvi, 19.)

(764) O bcalus cœli janilor cujus arbitrio claves aelerniadilus Iradunlur. (S. Hil.vr., in Mitiih. xvi.)

tlaviculaiïi regni cœlorum sunt sacerdotes. (S. Cbkxsost., boiu. 23 i» Matih.)

du paradis (765*). Ce qui nous est figuré par l'ange à la porte du paradis terrestre, qui chasse tous les enfants d'Adam qui y veulent entrer.

Outre cette puissance que l'Eglise donne aux portiers en leur donnant les clefs, elle leur confie tous ses trésors, et leur laisse toutes ses richesses entre les mains (766) ; ce qui est encore une figure extérieure des fonctions du prêtre, qui dispense les trésors snirituels et les ^richesses intérieures de l'Eglise, qui sont les mérites de Jésus-Christ et de ses saints.

Les portiers ont sous leur garde les saints ciboires et les sacrés calices (766*) ; ils ont ce qui est plus précieux que ces vases sacrés, qui sont les reliques des saints, dont l'Eglise réserve à leur confier les mérites lorsqu'ils seront prêtres. Ils ont même ce qu'elle chérit infiniment plus que tous ses autres biens : savoir le corps et le sang de Jésus- Christ (767).

Par là ils commencent à entrer dans la puissance et dans les fonctions sacerdotales;' et l'Eglise leur témoigne cette confiance, pour voir par la fidélité qu'ils apporteront à conserver ces biens extérieurs et ces sacrés trésors, s'ils auront ensuite la même fidélité à conserver les autres biens lorsqu'ils seront élevés au sacerdoce.

L'Eglise en cela fait bien paraître qu'ellg estime les mérites et l'esprit des saints plus que toutes leurs reliques, et plus que toutes ces richesses extérieures qui les environnent, et elle montre combien elle fait plus d'état des trésors spirituels, que des temporels, puisqu'elle expose ceux-ci pour la sûreté des autres, et pour tirer la preuve de la fidélité que l'on aura à leur conservation et à leur dispensation légitime (768).

Ceci nous apprend quelle doit être la pauvreté du portier, et quelle est l'assurance que l'Eglise doit prendre de l'éloignement qu'il a de tous les biens du monde, afin de lui pouvoir confier avec sûreté tous ses trésors ; car il faut qu'il soit mort à tout, qu'il

' (765) Ostiariorum est discernere quos abecclesia juste repellant, et quos ad eam digne recipiant. (Hugo a S. Vict., Specul. eccl., c. 5.)

Hi inter sanclnm et iniquum discernentes, co& lanium in ecclesia qui sunt lideles recipianl. (S. Isidor., lib. n De ecctes. ojjic. cap. 14.)

(765") Habent in poiestate tam recipiendi bonos quam rejiciendi indignos. (Ibid.)

Inler bonos et maios babentes judiciutn . fidèles recipiunl, respuunt infidèles. (Rabais. Malii., l»f or» din. anliph., c. 12.)

(766) Débet cuslodire ea qu* intra ecclesiam sunt, ut salva sint, quia i 11m traditae sunt claves, et commissa cura custodiendae ecclesiae. ( Alcuis^ De offic. div., lit. De tonsur. cteric.)

Ad istos pertinet res ecclesiae Gdeliter cuslodire. (Hue. a S. Victor., Spec. eccl., c. 5.)

(766') lilis cura est res ecclesiae pervigili cura cuslodire. (Ivo Carnot., Serm. de excell. suer, ord.) ! (767) Ostiarium oportet aperire sacrarium , et providero ne per illius negligcniiam illarufli rerum, quae intra ecclesiam sunt, aliquid depereat. (Ex l'onlif. Itom., De ord. osliar.)

(768) Quapropter nullos ad custodiam ipsius lc-ci sacri et vasoium sacrorum nisi pic sanciiliraii > ad

OLl'VKES COMPLETES DE M. OLIEC,

coo

soit détaché de tout, et qu'il n'ait plus d'antres désirs ni d'autres vues, que de se remplir des richesses divines, pour être promu h cette haute dignité (769).

Cet e>prit de détacnement et de pauvreté est le grand fondement de l'édifice spirituel que nous devons élever sur la terre pour arriver au ciel, aussi bien que de la guerre que nous sommes obligés de faire au péché, pour parvenir à la perfection à laquelle Dieu nous appelle, selon ce que Notre-Seigneur nous marque dans l'Evangile (770). Et il est si important que cet esprit règne dans le clergé, que ce n'est que par là que tous ceux qui y sont engagés se conservent dans la fidélité à Dieu et dans la fermeté qu'ils doivent avoir dans leurs emplois (771).

l'n ecclésiastique dégagé de tout est prêt h tout faire et è tout entreprendre pour Dipu. Rien ne le détourne de ses fonctions, rien ne le décourage dans l'exercice de son ministère, rien n'est capable d'ébranler sa fermeté ; et comme il sacrifie toujours toutes choses aux intérêts de Dieu, il n y a ni promesse, ni menace, ni espérance, ni crainte qui puisse arrêter son zèle, quand il y va de la gloire de son maître. D'où vient qu'il est plus 'considérable aux yeux de Dieu que tous les grands du monde, et qu'il se rend aussi utile à l'Eglise par son détachement, qu'il y serait inutile, et souvent même à scandale, s'il venait à perdre cet esprit C'1-2).

C est pourquoi l'Eglise a toujours souhaité très-particulièrement cette disposition dans tous ses clercs ; elle a voulu qu'ils en fussent pénétrés et tout remplis, pour les élever aux saints ministères, et particulièrement pour leur pouvoir conJier avec sûreté la garde de ses trésors. Qu'ils soient pauvres d'esprit, dit saint Isidore (773), et qu'ils

hoc speeialiler et consecratos Ecclesiœ primitivoe redores el inslilutores, Aposloli scilicel el sancll martyres, duxeriiiil admiiicndos. (Giilu Par., De incrtim. nid., c. 5.)

(70;i) Qui eniiri sua qu.vrnnt, vénale habenl to- •uni. (S. Air,., tract. 10 in Joint.)

Ego, inquit Dominus, porlio eorum... Hoc solum noverint possidere, Iklei et devoiionis obsequium. (S. Ambh., i» psal. cxviil, oel. 8.)

(770) Quis enim ex vobis volent tvrrim rrdificare, non prius sedens computal. etc. Aul quis rcx ilurus commit tere bclluni, etc. Sic ergo omnis qui non reuuntiat omnibus quœ possidet, non polesl meus esse disciputus. (Luc. xiv, i8.)

(771) Dives limel pro domo , pro famulis, pro agris, pro opihus, etc. Pauper curis bis omnibus carens, leo est, ignem spirat , generoso el l'orii animo adversus oinnes insurgit, facile omnia agit <|ii;c prodesse possunt Ecclesiis. (S. Chbtsost., Ilom. in hœc verb. Rom. xvi, 5 : t Salulate Pnseam. >

(772) Si quis liberlatis multuni possidere cupit, pauperiaieni amplexetur. Hic non solum plus quant «liviies el principes, sed plus quant reges ipsis Ee- < lesiis prodesse polerit. (Ibid.)

Qui mit il possidet, el Lyrannis, et regibus, et poptllis, el omnibus polentior est ac ditioi . (S. Chrys., ibid.)

Neq ie Ecclesiis tain prodesse valant divites pompalici, ut pauperes magna, nmi. (S. Chrvsost., ibid.)

fassent pour cela tous leurs efTorts : Pauperes esse spiritu conlendant. Car, comme dit saint Jérôme, le clerc qui possède Dieu et qui dit avec le Prophète : Le Seigneur est ma possession, ne doit rien avoiravec Dieu. Autrement Dieu ne serait pas son héritage (77+). ,

11 faut donc que les ecclésiastiques travaillent à se détacher de tout et à vivre dans cet état de pauvreté. Car à moins que l'Eglise, par une longue expérience, ne le voie établi dans un clerc, elle ne 'eut pas même lui conférer le moindre de tous les ordres, ni l'élever seulement à la dignité de portier (775). En effet, s'il n'est pas dans cette disposition , et que l'on ne remarque pas en lui ce saint dégagement, que ne doit-on pas craindre de sa conduite (776) ? A quel excès de dérèglement, et à quel sacrilège ne serat-il pas capable de se porter? Quelle sûreté v aura-t-il de lui confier les sacrés trésors de l'Eglise (777)?

Rien n'est capable de rassasier la convoitise ni d'assouvir la passion d'une personne à qui Dieu, tout grand, tout riche et toutpuissant qu'il est, ne suffit pas. Quid ejus concupiscenliam sati'ire poteril, cui non potest Deus in possessione sufficere (778)? C'est donc avec grande raison, qu'avant que de promouvoir un clerc à cet ordre, l'Hglise veut remarquer en lui un grand amour pour la pauvreté et un désir ardent des richesses célestes, qui le dégoûte et le détache de tous les biens du monde (779).

Ce sont ces dépouillements et ces renoncements qui sont les fondements de la vie cléricale et sacerdotale, où l'âme, tout absorbée en Dieu, ne doit vaquer qu'à lut (780) ; et c'est aussi sur ces mêmes fondements de nudité intérieure et de pauvreté d'esprit que le clerc est appelé à la dignité de portier,

(773) Eis qui militant Deo, fugiendae sunt ex lot'» corde divitiœ. (S. Prosp., De vil act. et conlemot. s , lib. il, c. 15 ;

Non salis vere esl clericus quem non ditat thésaurus paupertalis. (Philipp. abb., De instit. cleric, c. 41 ; S. Isidor.. lib. n Offre, cap. 1.)

(774) Qui Domiiiunt possidet, el cuin Prophela dieu : Pars meu Dominus, nibil extra Doniimim habere potest. Quod si quidpiam babueril praler Dominum, pars ejus non eril Dominus. (S. Hier., Ad ncpol., epist. 2.)

(775) Si aurum, si argentum, si variant supellectilem (babuerit clericus), cum islis pariibus Dominus pars ejus fieri non dignabilur. (Ibid.)

(770) Psilnl jam asperuni lamque perniciosum, quant si ecclesiasiicus diviibs bujus sa:culi siudeai. (S. Ambros., in I Tint, vr.)

(777) ISec enim pure valet Dei vel proxiiui lucra quierere, qui propria non conlempseril. (S. Bern., epist. 42, ad Henric. Senon.)

(778) Adexemplum Jud;e proditor est ecclesiasiicus, qui, spreia parie sua ditissima, egenam avariliani cousectatur. (Gers., Ser. in Cœna Dom. — Petr. Dam., op. 27, De communi vit. canome.)

Quid libi sullicil, si Deus ipse non sutlitil. (S. Acgust., serin. 16 De verb. upost.)

(779) Qui recipiunt Spiiilum sanctum a more cœlesiium lerrena coutemnunL (S. Ace, De auim. et ejus orig., lib. i, c. 14.)

(780/Sursum cor ne putrescat in terra. (Ip.. i'a

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