CHAPITRE II
De l'ordre des lecteurs.
Après que le clerc a été promu au saint ordre de portier, et que l'Eglise, par l'examen de sa conduite et de ses mœurs, a reconnu non-seulement l'accroissement de son amour et de son zèle, mais encore son entière fidélité dans ses premiers emplois, elle lui fait faire un second noviciat, pour reconnaître s'il pourra un jour être propre à la prêtrise, et pour cela elle l'élève à la sublime etéminente dignité de lecteur, lui j donnant l'Ecriture sainte entre les mains, ' dont elle se sert pour le sacrer dans son ministère (799).
Cet tordre doit suivre immédiatement celui des portiers qui sont les gardiens des trésors de l'Eglise ; car Dieu a deux trésors dont il rend son Eglise dépositaire. Le premier est son corps et son sang précieux ; le second est son Ecriture ou sa parole et soii divin Testament, qui est le dépôt de ses secrets et de ses divines volontés (800). 11 n'a fait ni l'une ni l'autre de ces deux grâces aux nations du monde (801): et, comme il ne les a point rendues dépositaires de son corps, il ne leur a point aussi déclaré ses jugements, ni confié ses saintes Ecritures, comme il a fait à son Eglise.
Or ce sacré trésor des Ecritures saintes a été laissé par la bonté de Dieu entre les mains de l'Eglise son épouse, qui ensuite le confie aux prêtres (802), afin qu'ils en fassent entendre les mystères et qu'ils les ex-
elate, sed bumililer; non raro, sed fréquenter; non négligent! studio, sed accurau, vereque clericali solliciludine et disciplina, pie, recte,,atque rite prsestet. Alioquin si in sanetis bis functionibus negligenler, contraque ac prœceptum est se gesserit, illud norit, eo voluntatis suae testimonio sibi adytum piaecludere ad altiorem gradum ascendendi. ( Conc. Mediol. v, p. ni, lit. De inil. ord. sricram.)
(799) Lectorisolïtcium est sacerdotii gradus. (Euclwlog. Grœeor., in ordin. lector.)
Cuin verba yiise reeitare et annuntiare propter earum venerandani sanclitatem non decet nisi sanetos, coegit ipsa religiosilas Ecclesiae, ut sanclificaretur ad hoc minister (lector,). (Guill. Paris., De sacr. ord., cap. 5.)
(800) Eucharisliaj, thésaurus universus benignilatis Dei. ( S. Chrïsost., hom. 24 in / Cor. )
SciïDtura: sacne, sacri Dei thesauii. ( S. Grec. Naz.)
Verbi Dei thésaurus et sacrarium. (IIupert., lu Apoc. îv.)
Cor Dei Scriptura ipsius. ( S. Auc, In psalm. xxi. )
(801) Non fecit laliler omni nationi e! judicia sua non manifestavit eis. (Psal. cxlvii, 20.)
(802) ISobis verbi divini commissa est dispensalio. (S. Ambr., De dignii . sacerd.)
filiquent au peuple (803); ce qu'ils doivent faire avec un merveilleux respect, traitant saintement cette divine parole, l'honorant comme elle mérite (804), avec d'autant plus de soin, qu'il faut avo r plus de foi pour lui rendre toute la révérence qui lui est due.
C'e^t ce qui a porté saint Augustin a vouloir que l'on eût le môme respect pour les moindres syllabes de l'Ecriture sainte que pour les particules de la très-sainte Eucharistie, a cause qu'elles sont comme des enveloppes, des éeorces et des sacrements qui contiennent le Saint-Esprit, qui renferment un abîme inconcevable de mystères, qui portent un fonds intarissablede grâce et de lumière, et qui sont un instrument ordinaire, mais tout divin, sous lequel Dieu agU dans l'Eglise (805).
C'est un trésor caché, mais qui n'a point de prix, auquel les personnes bien éclairées par les lumières de la foi portent le respect qu'un sanctuaire de cette importance mérite; d'où vient que dans les conciles, où sont les éclairés dans la foi, où sont les voyants, vident es, ces divines Ecritures sont ouvertes sur un trône au milieu des assemblées, et chacun en entrant ,es salue comme le trèssaint Sacrement.
Et ce môme respect paraît encore à la sainte Messe, lorsque le sous-diacre porte à baiser au prêtre le très-saint Evangile; car quoiqu'il passe devant le très-saint Sacrement et devant Jésus-Christ exposé sur l'autel, il ne fait point de génuflexion, non plus que s'il portait cet adorable Sauveur entre ses mains (806).
Et parce que l'on confie au prêtre ces saintes Ecritures et ces divins testaments de Dieu, non-seulement pour les méditer et les révérer en son particulier, mais aussi pour les faire respecter aux peuples, et pour
leur manifester les volontés de Dieu, en leur faisant entendre sa parole; on veut que le lecteur les lise dans l'église, premièrement, pour voir, par son maintien et par son culte extérieur, s'il porte la révérence qu'il doit à cette divine Ecriture (807) ; secondement, pour reconnaître s'il est propre à faire entendre un jour la parole de Dieu au peuole. quand il aura l'honneur d'être prêtre j
On entend par la lecture qu'il en fait dans l'église quelle est sa voix et son poumon, et l'on voit s'il a les talents et les dispositions propres pour une fonction si divine. C'est une fonction que Notre-Seigneur même a faite autrefois dans la synagogue , en ouvrant l'Ecriture sainte (808), et en la lisant, comme pour faire essai de la commission et de la légation qu'il avait reçue de son Père, qui était de faire entendre ses volontés par sa parole et par ses prédications (809).
Jésus-Christ est l'Ange du grand conseil (810) : C'est l'ambassadeur du Père éternel, qui l'ait connaître aux hommes ses volontés, et les prêtres entrent dans cette dignité, et en continuent les fonctions par la prédication (811). Pro Christo legalione fuwjimur, tanquam Christo exhortante per nos ( II Cor. v, 20.) Et parce que l'on ne peut ni entendre, ni savoir la volonté d'une personne, si ce n'est de vive voix, ou par lettre et commission écrite (812), le prêtre, avant que d'entrer dans le sacerdoce, doit faire un long apprentissage de la sainte Ecriture, pour savoir la volonté de Dieu et pour apprendre sa doctrine, qui est l'obligation du lecteur (813), afin de se rendre capable de l'enseigner, et d'en instruire ensuite toute l'Eglise
Il faut ouvrir le testament qui est scellé , avant d'apprendre la volonté du testateur (8U). Ainsi, avant que de pouvoir parlerdes volontés de Dieu, et en assurer les peuples,
(803) Labia sacerdotis euslodient scieiitiam, et /«ijem requirent de ore cjus. (Mafoclt. u, 7.)
[804) Ail Evangcliiim tanquam ail corpus Jesu Cliristi conlugio. (S. 1<;nat., Euist. ad Plulad.)
805) InteiTugo vos, i|iiid vobis plus esse videtur verbum Dei, an corpus Cbrisii ? Ll iileo quanta sollicitudinc observanms quando corpus Uirisii minUtraïur, ui nibil ex ipso île noslris maiiibus in terrain cadal, tauta solliciludine oliservcinus ne verbum Dei, etc., de corde n'oslro pereal. Quia non minus reus est qui verbum Dei negligenter audierit, quam ille qui corpus Cliristi in terrain cadere ne gligenlia sua permiseril. ( S. Arc, Sermones, Append., serai. 2ti, t. V, éd. Migne.)
(80u) Velut oracula de cœlo missa. (S. Curtsos., De Pentec. )
Sancta et adorabilia Scripiurarum verba. ( Lc- ;kus episc, in conc. Caitbag. apud. S. Cyprian.)
In medio consessus poni solilum eral in saucio llirono venerandum Evangelium in quod vuliusom ni u m conversi erant. (Àct. conc. Chalced., art. 1; Lyeill. Alex., Ai>otng.; Baron, an. 525, n.bO.)
Siiltdiaconus defert librum apeiliim ad sacerdeti'ui sine ulla reveicnlia tain allai i in quo esl sanaineiitum, quam sacerdoli, ob reverenliam sacri bvangelii. (Gavant., Comment, in rubr. Mutai., pari, ji, tit. 0.)
(807) Bine dicilur (F.zcch. m, t. ) Comcde votu-
men istud et vade loquere ad filios Israël. Ac si dicerelur : Coniede et pasce, saturare et éructa, accipe el sparge : confortareet lauora... Adbocenuii iulelligeuda sunt ut et noliis prosini, et intentione spiiitali aliis conferantur. (S. Grec, boni. 10 m Etech.)
(808) Cliristus ita ad omnia se curvavit obsequia ut ne lecloris quidein aspernaretur oTficium (S. Amdros., in Luc. îv, 17.)
(80'J) Vicariuin se Palris oslendit, per queni Pa ter et viderelur in tactis, et audirelur in vernis, et cogiiosceretur in Filin facta et verba Patiis administrante. (Tertull., Adv. Prax.)
(810) Sccundiiin prophetam tilius niagni consilii Angélus esl. (S. Hilar., lib. iv.)
(811) Clericus seeretorum Dei non débet esse iguariis, quia nunlius cjus esl ad populum. (Huoo \ S. Vict., Desacram., lin. ll, p. 5.)
(81'2) Ojuid est Scriptura sacra nisi qusedam cpislola oinnipoteiilis Dei ad creaturam suaui. (S. Grec, lib. îv, epist. 40.)
(815) Leclione assnlua el meditatione diurna peciussuum fecerat bibliolbecam Cliristi. (S. Hier., De Sepotian., epist. 5.)
(814) Cum leslamenlum proh.tum fueril in pubb ciun, lacent umnes ut tabula apeiianlur. ( S Aie. 1 1 vsiit. xxi, expos. 2.)
TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. II. DES ORDRES INFERIEURS
il faut avoir ouvert l'Ecriture sainte, qui est cachetée de sept sceaux, que le seul Agneau peut décacheter, et dont lui seul uous peut donner l'intelligence (815). Il n'y a que lui qui sait toutes les volontés de Dieu son Père qui lui a parlé de vive voix, et il n'y a aussi que lui <iui peut nous en instruire.
C'est pourquoi il faut le prier beaucoup qu'il nous révèle ses divines Ecritures , et qu'il nous découvre les secrètes et très-adoranles volontés de son Père qui y sont contenues , afin que nous puissions les faire connaître aux peuples , et en imprimer l'amour dans tous les cœurs (816).
Il commença lui-même à les expliquer à ses apôtres durant sa vie ; il leur en développa plus ouvertement les mystères aussitôt après sa résurrection, lorsque, comme dit saint Luc, il leur expliquait les Ecritures (817). Mais maintenant il veut dans l'Eglise en découvrir les secrets à tout le monde par le moyen de ses saints ministres, qu'il veut pour cet effet remplir de son esprit et éclairer deses lumières (818), sans lesquelles personne ni dans le ciel ni dans la terre ne pourrait en avoir l'ouverture.
Mais parce qu'il ne se plaît pas à répandre ses lumières dans les âmes souillées, dans lesquelles il dit lui-même que la divine sagesse n'habite point : In malevolam animant non introibit sapientia , nec habitabit in corpore subdito peccatis (Sap. i, 4-); il faut que les lecteurs se trouvent dans une grande pureté , et vivent entièrement exempts de la contagion du monde et du péché , pour ne point mettre d'obstacle à ses grâces , et être en état de recevoir tout ce qu'il voudra leur faire connaître de ses desseins (819)
Il faut aussi qu'ils soient très-fidèles à se dépouiller de leurs propres lumières, s'ils veulent être en état de recevoir les lumières