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LXVI

(1111) Vila cœleslis patrise, in qua Cbristus resurrexita moiiuis... quam facitnobis comnuraem, haud secus ac siresuscitati et ad Dei dexierain cum illo essenras assurapli. (Nacla.nt., JnEphes.) ■ (1112) ldcirco nos elegit, utveluli augeli cum hominibus versemur in lenis. (S. Ciirysost., boni. 10 inl Tint.)

Quoniam angelorum vice funguntur, potins angelicam quam liumanam debent conversaiionem babere. (B. Laurent Justin., serm. De Eucharist. 2V llebr. v, 9, 10.)

en ce jour, et qu'il a fondé la prêtrise et la grâce du sacerdoce dans ce mystère fi 1 13). Et, comme en ce jour-là il est maître du monde, de la chair et du péché, et qu'il est tout appliqué à Dieu son Père, il fonde aussi cette grâce sur la terre en ce môme jour, afin de faire les hommes participants de cette bénédiction, mais surtout les prêtres, qui désirent l'imiter en ce point (lllï), et êire des hosties de Dieu consommées en son sein, comme lui-même l'a voulu être en ce jour à l'honneur de son Père, pour leur en laisser l'exemple et leur en donner la grâce et la vertu (1115).

II. — Donner le Saint-Esprit à l'Eglise, et sanctifier les fidèles.

Le Père éternel n'associe pas seulement le prêtre à la puissance d'engendrer son Verbe et de le produire tous les jours dans la gloire, mais encore à celle d'envoyer le Saint-Esprit et de le donner aux hommes (1116)," en sorte qu'il ne se réserve rien qu'il ne le communique au prêtre.

En effet, que peut-on demander au Père, que le prêtre ne donne? Si vous lui demandez la participation à ses mystères, le prêtre vous les donnera (1117); car l'esprit de tous les mystères est compris au trèssaint Sacrement, où Noire-Seigneur se donne comme communion à tous ses mystères, et se met entre les mains des prêtres pour les communiquer aux hommes (1118). Si vous voulez demander les saints à Dieu le Père, qui les porte dans son sein avec son cher Fils, en qui ils se trouvent consommés, le prêtre vous les donnera, en vous donnant leur esprit et leurs grâces, à cause qu'ils sont unis inséparablement à. Jésus-Christ, que le prêtre distribue au très-saint Sacrement (1119).

(1113) Christus post resurreelionem suain veslilns podere, Sacerdos in sélénium Dei Patris nuncupalus esl. (Tertill., Adv.Jud., c. 1-4. )

(1 1 14) Quomodo vieil Christus, vlncere appelai Cbristianus. (S. Arc, ser. 44 De sanci.)

(1115) Clirislus hostia omnium sacerdotum est... Cui nunc ui omnium Domino omnis nova çreatnra saciïGcium , ipsique suni hosiiae sacerdoles. (S Paulin., epist. 5.)

(1116) lis qui in terra versantur commissum est ut quai in cœlissunt dispensent. (S. Curtsost., lib. m De sacerd., cap. 5.)

(1117) Omnium rcrum cœleslium poieslas illisa Deo eontessa, etc. Quaenam obsecro poieslas liac una major esse queai ? Pater omuiinoilam poteslalem dédit Filio. Caeterum video ipsam eamdem omnifariam polestalem a Deo Filio sacerdolibustradilain. (S Curïsost., lib. m De sacerd., cap. 5.)

(1118) Per sacerdoles Christum induimus, una rum Dei Filio sepeliwur ; beaii illins rapitis membra elficimur. ( S. Chuvsost., lib. m De sacerd., cap. a.

Universis Dei bonis administrandis praelecti. (S. Chrïsost., lib. n De sacerd., cap. 1. )

(1119) Sicut tu Pater in me et ego in le...eiipsi in Hubis unum suit. (Juan xvu, 21.)

Ego in eis, et lu in me, ut tint consummati in unum. (Jonn. XVII, 23 )

1,1 1 20) Adest sacerdos non ignem gestans, sed Spi-

Voulez-vous encore demander le Saint- Esprit? le prêtre vous le donnera, à cause qu'il a reçu ce divin esprit avec la puissance même de le communiquer. Ainsi, le prêtre enlre en part, avec le Père el le Fils, du pouvoir d'envoyer le Saint-Esprit au monde (1120).

Noire-Seigneur ressuscité et monté aans les cieux, entrant dansle.jsein 305iïlP.ère et se consumant en lui, entre dans une telle communication de pouvoir avec lui, qu'il envoie le Saint-Esprit aux hommes, et devient avec le Père un seul principe de la mission de ce divin Esprit (1121).

Et c'est à ce droit que Dieu nous associe en nous faisant ses prêtres. C'est pourquoi nous devons êlre ressuscites en esprit, et vivre comme Jésus-Christ dans les cieux , c'est-à-dire d'une vie céleste, toute divine et qui n'ait plus rien des faiblesses de l'homme (1122) : Notre conversation, dit saint Paul , est dans les cieux avec Jésus- Christ en Dieu (1123).

On voit par là que le prêlre, associé au pouvoir du Père et du Fils, reçoit tout ce que le Père peut communiquer aux hommes, et qu'il n'y a rien qu'il ne soit en étal de pouvoir opérer dans l'Eglise. On admirait le pouvoir de chasser les démons du temps du Fils de Dieu, et tout le monde était étonné de ce prodige (1124). Notre- Seigneur même en loue et glorifie son Père, et il est ravi quand il apprend, par la bouche de ses disciples et de ses apôtres, que les démons leur sont soumis (1125). Mais qu'est-ce que ce pouvoir auprès de celui qu'il donne aux prêtres par le divin caractère du sacerdoce (1126)? Car l'exorciste à qui l'on donne pouvoir sur ces malins esprits, n'a qu'une des moindres puissances qui serve de préparation à l'état de la prêtrise, y ayant trois degrés entre deux qui

litum sanclum. Is preces fundit, non quo (lamina coelitug delapsa sacra apposita absumat.sed ut gralia in sacrilicium influens per illud animos inllaïuiuet. (S. Chrïsost., De. sacerdol., lib. m, c. 4.) Di&pensalores Dei. (Tit. i, 7.)

(1121) Christus hoininein poitavit ad cœlnm, et Deum misil ad terras. ( S. Aie, serin. 185 De lemp. )■

Paracletus, quem mutant vobis a Pâtre spiritum teritalis. (Joan. xv, 2b\)

(1122) Quasi jam in coelum Iranslati, ac supra bumaiiam naturam positi, atepic nostris affeclibus exempli, ad principaium istuin (sacerdotium) peiducti sunt. (S. Curysost. lib. in De sacerdot., cap. 5.)

(1125) Nostra aulem conversatio in cœtis est. \Pni~ tipp. m, 20.)

(1124) Cum angelis stabil, cum arcnangelisgjonlicabit, ad supernum altare saciïlieia Iransmillel, cum Cbrislo sacerdotio fungelur, ligmenlum instaurait, imaginera exhibehit, supenio mundo opiliçein agel.etut, quod niajus esl, dicam , deus eiil, aliosque deos efliciel. (S. Gregor. Naz., oral, t.)

(1125) In hoc nolile gaudere, quia spiritus vobis subjiciuntur, etc. In ipsa hora exsullavit Spinla sancto el dixit : Conjileor libi, Pater, elc. ( Luc. x 20, 21.)

(1 12b) Quanlo sacerdoles honore, quanta dignitate Spiritus sancii gratta diguata fuit!.. Illi auctores nobis

TRAITE DES SAINTS ORDRES. — PART. III. DU SACERDOCE

surpassent cet ordre, par lesquels le prêtre parvient au sommet de toute dignité.

C'est un pouvoir bien éminent que celui du prêtre, et intiniment élevé au-dessus de ce qu'il e"st par sa propre condition (1127), de donner le Saint-Esprit : lui qui n'est que chair, lui qui n'est qu'impureté, lui qui n'est rien, donner ce qui est intiniment audessus de lui ; disposer d'une personne divine et éternelle, disposer du Saint-Esprit et de Dieu même (U28).'> Quel prodige de voir un Dieu ainsi soumis à un homme peur le distribuer! et le distribuer, non pas comme au saint Sacrement, où l'on donne le Verbe à cause de l'homme qui y est uni, mais où l'on__donne le Saint-Esprit par lui-même, où l'on donne cetle personne éternelle, immense, infinie, telle qu'elle est en Dieu dejo.ute éternité 1 et cela par privilège de Jésus-Christ et du Verbe habitant dans les prêtres, qui continue en eux à sa n,çtifipr sp.p Eglise par lui-même et par son divin esprit, sous des voiles humains, et sous la couverture de la chair (11-29).|

Saint Jean-Baptiste, pour faire connaître autrefois quelle devait être la dignité du Fils de Dieu, et la grandeur de ses emplois, dit qu'il ne baptisera pas seulement dans l'eau, mais dans le Saint-Esprit qu'il donnera à ses fidèles, qui sanctifiera leurs cœurs et purifiera le plus profond de leurs âmes (1130).

On peut bien dire maintenant dans l'Eglise la même chose pour exprimer la dignité du prêtre; car il continue cette fonction de Jésus-Christ, de baptiser dans le Saint Esprit, de donner aux âmes ce divin esprit,. qui les nettoie du péché, et qui les purifie entièrement (1131) : en sorte qu'un prêtre au milieu de l'Eglise doit être regardé comme un Jésus-Christ vivant et continuant de donner le Saint-Esprit pour la sanctification de ses fidèles (1132) , et pour l'accomplissement de l'œuvre de son Père (1133).

suni nativitatis divin», regenerationis beat», liberialis verse. (S. Chrysost., lib. m De sacerdot., c. 5.)

(1127) Magna dignitas, mira poteslas, excelsuni ac pavendum oilicium. (Hue. a S. Vict., Suec. eccl. c. 5, i. Ul.)

(1128) Et si pravi sint sacerdoles, Dens omnia per eos perficiel et millet Spiritum sanctum. (S. Uirysost., boni. 85, in Jvan. xx.)

(11-9) Islius doininalioiiis auclorilas a Domiim est illis relicla, ut ip-is tooperanlibuspeccati servitus penitiis aui'eralur, el vera libellas spiiïlus per illoium ininisieriuni conferalur. ( S. Bonav., De eccl. hierarch., part, il, c. 1, l. II Op.)

Sacerdos non agit niai in virtuie Cbrisli.., El Cbiislus esl qui in ipso benedieit. ( S. Th., in Uebr. vil, lecl. 2.)

Sacerdoles ministerio sanclifieationis singularité!' el appiopriate deserviunl. 'Giiill. Paris., De sacram. ord., c. 1.)

(Ii30) Qui post nievenit foriior me esl, etc.; ipse vosbupiuabit in SpirUtt sancto el igni. (Matih.in, 11.)

(1151) Mon igné sensibili b.qiiizati, sed Spirilu sanelo, qui inaeulas auiniaruni ignis instar absuuiil. ( S. Cyiull. Alex., De ador. el spir el vent. lib. xu.)

(ll32)Nibil aliud sacrifex est quand Cbrisli siniuiatruni. (I'etr. Ries., Tract, rylhmic. de Eucltur., cap. 7.)

Le Père produit son Verbe, et l'imprime dans le cœur de l'Eglise ; et le prêtre a la puissance de parler si efficacement, qu'il engendre Jésus-Christ dans le cœur des peuples (1 134-) : Per Evangelium ego vos genui, dit I Apôlre saint Paul.

Le Père, après la génération de son Verbe et la mission de son Esprit, n'a rien de plus cher que son Eglise , qu'il forme tous les jours par la vertu de son Verbe, au trèssaint Sacrement, et par l'efficace du Saint-Esprit, parles dons duquel Jésus-Christ est formé dans les cœurs des fidèles : et tout cela ne se faitqueparleministère des prêtres (1 135) J

Notre-Seigneur ne peut impélrer de Dieu le Saint-Esprit, ni obtenir par la vertu de ses prières ce don immense et infini pour les hommes, que comme Fils de Dieu; car ce n'est qu'en cette qualité qu'il est écoulé de son Père pour sa révérence, lit néanmoins c'est là le pouvoir qu'il donne à ses apôtres, à ses disciples et à ses prêtres, qui , demeurant perdus en son esprit, et demandant en lui avec confiance, peuvent obtenir tout ce qu'ils voudront dans l'Eglise : Si manseritis in me, quodeunque volueritis , petetis, et fiel vobis (1136).'

Jésus-Christ a dû être dépouillé des infirmités de sa chair, et de sa qualité de Fils de l'homme, avant que d'être déclaré prêtre selon l'ordre de Melchisédech. II a fallu pour cela qu'il ait passé par tous les mystères de ses souffrances ; il a fallu qu'il ait été tout consommé en Dieu son Père, et qu'il <:it été déclaré son Fils (1137). lia fallu qu'il soit entré en toute la dignité de Dieu, en toute sa vertu, et en tous ses pouvoirs (1138) ; car, comme Fils de l'homme agissant dans l'infirmité de la chair, il ne pouvait pas convenablement à son état envoyer et donner le Saint-Esprit : L'Esprit, dit saint Jean, n'était point encore donné par Jésus-Christ , parce (pie Jésus-Christ n'était point encore glori-

Filioli, quos ilerum parturio, donec formetur Clm stus in vobis. (Galal. îv, 11). )

(1153) General Clnïstus in Eeclesia per suos sacerdoles. (S.Vacikx., Serm.de baplismo ad catechiim.)

(1154) (Sacerdoles) parentes sunt Jesu Clnisli. (S. BeriN. Serm. ad puslor. in synod. )

(1135) Nuque angélus neque aiebangeius qu.o quani in bis quse a Ileo dai.i sunt eflieeie polest. Sed l'aler et Filius et Spintus sanclus onitiia facil. Sacerdos et linguam el inanus pisebel. (S. Ciirïs., hum. 85, inJoan. xx.)

Sacerdotiiiin cuin ipso angelorum Domino et creatore familiariter agit, et quantum vult coiifesiim quai postulai facile el suo jure quodaininodo impetral. (S. Epiir., De sacerdot.)

(1156)Saeeidotiiun audactere terra sursum in cœluiu volilans asceiklil ad Deuin, donec ipsum contuealur, incidensque ante excelsuni ilirouum, instanler oral Domiuum, poslulans ul Spirilus sanclus pariter descendal... Tirnc anima; accedenles per Ireuienda inysleria uiacularum purilicatiouem aecipiunt. ( S. Emir., De sucerdol.)

(1157) (ïumessel filius Dci, didicit ex iisquœ passus est obeaientiam; el consumnatus fucius est omnibus obtemperantibus sibi causa salulis œternœ, appetlalus a Deo Pvntifex. (Uebr. ni, 9, 10. )

(1158) In ecelos ereptus inisil vicaiiam vim Spirilut sancli. (TeBTttu,, De prœscripl.)

OECVBES COMPLETES DE M. OLILH.

fié (1139). Il fallait qu'il fût retourné dans le sein du Père, dans un état sortable à sa dignité do Fils de Dieu, et dans l'état de sa gloire, où il est déclaré prêtre selon l'ordre de Melchisédech, pour l'envoyer publiquement dans le inonde et en remplir l'Eglise (1140). Et c'est pourtant ce qu'il donne à faire aux prêtres qui sont encore sur la terre , et qui, revêtus de la grâce de son sacerdoce et pénétrés de sa vertu divine, distribuent tous les jours aux fidèles ce même esprit-,

Noire-Seigneur ne pardonne les péchés qu'en qualité de Fils de Dieu. S'il ne l'était pas , comment pourrait-il les pardonner (1141), et remettre les intérêts de Dieu? Et c'est ce que non-seulement il fait en qualité de prêtre, mais ce qu'il commet à tous les prêtres (1142). Et si nous voyons que pour l'achèvement et la perfection de son Eglise, et pour la consommation de ses saints, il a voulu reproduire son corps en gloire , et le multiplier par une vertu divine, qui est un prodige qu'il ne peut lui-même opérer qu'en qualité de Fils de Dieu, et par une vertu toute-puissante, il l'accomplit néanmoins par les prêtres , lui-même se rendant tous les jours présent partout où l'on consacre des hosties (1143).

III. — Donner le Père éternel en donnant Jésus-Christ en communion à ÏEylise.

C'est un don admirable que celui que fait le prêtre à l'Eglise par la sainte communion (1144). Car outre qu'il donne Notre- Seigneur et tous les saints à l'homme, et qu'il unit ainsi l'Eglise du ciel avec celle de la terre qui devient une en Jésus-Christ (1145) ; il donne encore le Père éternel aussi bien que le Saint-Esprit.

Et ce qui est étonnant, est que celui qui

(1159) Nondum erat Spiritus datus, quia Jésus noiidum eral glorificaïus. (Joan. vu, 59.)

(1140) lia dispusuit Domiuus non eis dare Spiritum isium nisi poslresurreciioneiu suam. (S. Ace, tract, "i- in Joan.)

Deccbal eniiii Christian prius nioii et ex morte gloriosum evelii in cœlum, quam a ccelesli Sphilu dona diflundeientui m terras. (Tirin., Inc. )

(1141) Quis polest diminue peccata tiisi soins Deus? (Lue. v, 21.)

(1142) Ad illos dictum est : Quœcunque tigaverilis, etc. Quidnam hoc aluni esse dicas, nisi omnium rerum cœlestiuin poteslalem illis esse concessaiu? Quid cum hoc honore conferri potest ? (S. Chkvs., lit), m De sacerdot. )

Absque divino et venerando sacerdotio remissio peccatoruni inorlalibus non concedilur. (S. Epur., De saccrdol.)

(1143| Sacerdotes corpus Domini coiiflciunl, sumuntet aliis tribuunt : Èorum ininisteiio pauis et vinum in carnem Christi transsubstantiaiur. Magna débet esse eoruin sanciitas, quorum dignitas in tain sanctis habet effleientiam. ( Petr. Blés., serm. in h.ec verba Osée xn, 10: Assimitutus sum in mambus proplielarum. )

(1144) Quia Deus Pater cum Chrislo nobis omnia douavit, sil taiiiiiiu nobis cibus, et omnia simul iu eo noslra eiunl. (Pascii., In Mallli. vi. )

(1145) Ut terra noslra sit cœlum faeii lioc niyslcriuiii. (S. Curïs., Iidiii. 24, iitît'vr. x'.J

n'est point don, mais le donateur de tous les biens ; celui qui est la source de tous les dons, savoir le Père éternel, devient don lui-même entre les mains du prêtre (1146).

Le Saint-Esprit est don essentiellement dans l'éternité : le Fils est don du Père dans le temps par le mystère de l'Incarnation; mais le Père éternel, parce divin mystère, devient le don des hommes (1147).' Car tout tout ce Sacrement étant communion, tout ce qui y est compris devient aussi communion (1148). Ainsi le Père éternel est donné en cette communion aux hommes. Car le Fils qui est la nourriture de son Père et l'objet de sa complaisance, ne se sépare, point do lui en se donnant à nous (1149). Et ce qui est admirable est que le Fils nourrit son Père ; et comme il ne peut être séparé du Père qui le communie et qui le mange, si on peut parler de la sorte pour exprimer la manière dont il se donne à lui, et dont il le reçoit dans son sein (1150), nous recevons en même temps le pain, et celui qui s'en nourrit, c'est-à-dire (pue nous recevons et le Fils et le Père tout ensemble (1151).

Mets divin, aliment adorable, nourriture éternelle (1152), celui qui te possède n'a-t-il pas tout? N'a-t-il pas sujet de se glorifier d'avoir en soi toute la béatitude, tout ce qu'il y a de plus grand dans le ciel (1153), et tout ce qui rend les saints et Jésus-Christ même contents dans la gloire.

0 Dieu 1 avec vous je ne veux rien, et sans vous je ne puis rien avoir. Avec vous je possède tout ce que je saurais espérer. Le ciel ne me donne plus d'envie ; car le paradis vient en moi, et en lui je possède toutes sortes de biens (1154). O mon bien et ma béatitude 1 je ne veux donc rien hors de vous. Vous faites tout mon bonheur, et en vous seul je trouve ma souverainefélicité.^

(1146) O singtilaris et jadmiranda liberalitas, ubi doualor venil in donuin, et datum idem est cum dalore ! ete. (Clément, unie. De relia, et vener. suncl.)

(1147) Omne duluiu opiimumel omne donuin perfeclum desursum eut, descendeas a l'une luminum. (Jac. i, 17.)

Spiritus sanetus donum Pains et l'ilii. (S. Bern., serin. 5 in Pentecost.)

(1148) Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum unigenilum darel. (Joan. lu, lti.)

iiii:o Inhabitante incordibus noslris Uuigenito, nequaquau abest Pater. Habet enim Filius in seipso Geniloiem unius exsistens cum eo substantia' : sed et ipse est in Pâtre naturaliler. ( S. Gïrill. Alex., In Joan. lib. x, c. 1.)

(1150) Mensa Triniiatis sumn habet panem abscouditum semper novmn. Feicula hujus mensa: aelerna et beata, et talia sunt, quales suul quorum est mensa. (Petr. Cellens., De panib., cl.)

Cœna Dei. (Tertijll., De specl.)

(1151) Eucharislia pauis beatitudiuis. (S. Athan., Orat. in S. Feiiam. ) 1

(1152) Panis Dei, panis cœlestis. ( S. Ignat., Episl. ad Rom.)

(1153) Sécréta divina, quae omnium inlra se mystenorum continent summum. ( S. C\t»R., De cœna Dont.)

(1154) Cœlum in anguslum redaclum. (S. Curïs., hoin. 50, in I Cor. xiv) —^

TRAITE DES SAINTS ORDR&S. — PART. 111. DU SACERDOCE

Si je désire quelque chose avec Jésus- Chrisl en ce divin et très-adorable Sacrement, je cesse de croire et de connaître mon bonheur; je suis insatiable, et je ne sais plus la valeur de Dieu. Rien, mon Dieu, avec vous, vous avez tout en vous, et je suis avec vous trop heureux (1155).

Quand jamais je ne vous aurais reçu qu'une fois, ne serais-je pas trop satisfait? Quand je ne vous recevrais jamais, n'est-ce pas trop de gloire d'assister seulement devant vous? Et quand pour tous les travaux et toutes les peines imaginables, j aurais pour récompense de vous avoir et de vous posséder une seule fois, ne serait-ce pas un payement qui surpasserait infiniment toute attente et toute récompense (1165)?

Ceux qui ne vous désirent pas, ô mon Dieu, mon Seigneur et mon Maître, ma souveraine récompense et ma divine béatitude! c'est qu'ils ne vous connaissent pas, et c'est qu'ils ne savent pas ce que vous êtes. Qu'à jamais je loue votre bonté, mais qu'à jamais je vous conjure de !a faire connaître, n'y ayant rien d'égal ni de comparable à vous, ô bonté souveraine (1157)1

Où sont ceux qui se donnent et qui se livrent comme vous faites (1158)? Qui sont les monarques qui se dépouillent de leur gloire pour en revêtir leurs sujets, qui se donnent à eux à manger pour les changer en rois, et qui usent comme vous de si amoureux artifices pour les rendre participants de tous leurs biens?

Que les rois n'attirent point leurs sujets à prendre part à leur condition et à leur béatitude imaginaire : ils auront toujours assez d'envieux. Autant qu'ils ont de sujets, autant presque ont-ils de personnes jalouses de leur gloire, et de gens affamés de leurs biens : mais, ô mon Dieu 1 vos biens sont

Homo cnjus est Deus , quid amplius qua:rit ? (S. Cyprian., De Ascens. Dom.)

Quid mihi est in cœtu, et a te quid votui super terrum ? (Psat. lxxii, 25.)

(1155) Unum est mihi necessarium, et solum I uiiurn quiero. Abscedat phanlasmaluni mullitudo, unus esidilecius meus, unus estamor meus, Jésus Christus Deus meus, sponsus meus. Nihil ergo sapiat, nihil delerlet, nihil alliciat, nisi Jésus Christus. Tolus sis meus, lotus s un tuus. (S. Bonav., Opusc. de prœpar. ad Missam.)

(1156) Qui de sacro calice bibit, ad Deum vivum erigens desiderium, ita singulari illo uno appeiitu tcuetur, ut deinceps l'ellea peccatorum horreat pocula, et ornais sapor deleciamenlorum carnaliiim silei quasi ranciduniradensquepalaium acuLe mordacilatis acelum. (S. Cyprian. Serin, de cœna Dom.)

Mille lacrymarum anui non sufficerent ad tain nobile sacramenlum semel digne accipiendum. (S. Bonav., Opusc. de prœpar at. ud Missam.)

Uiide et Augusl.nus : Sapiens beatiim reputat sacerdoiem qui seuiel in vita sua Missam uuani digne «elebrare merueril. (Petr. Blés., epist. 80 in quibusdam exempl.)

(1157) O cor, quomodoin tam excellents amoris afleclu non dclicis prie amore t Ceile me totum voluisti, qui mihi le totum tribuisti... O amor et desiderium cordis ! O hoslia Deo Patri odoiifera ! Cur non sum conversus lotus in tiium amoreni, Deus meus, Redemplor meus, Domine mi. ( S. Bonav.,

véritables, vos biens sont infinis, vos biens sont éternels : vous les donnez et vous les prodiguez; el.de plus, vous vous donnez vousmême pour vous faire sentir, et pour solliciter et attirer à vous tous vos sujets ingrats : et pourtant vous n'avez que ceux des hommes qui se dégoûtent de la terre, vous n'avez que la lie du siècle, et ceux que tout le monde fuit et rebute : car bien souvent, ô mon Seigneur! si l'on voulait d'eux dans le monde, vous ne les auriez pas.

La vanité des biens que la terre produit fait que l'on s'en dégoûte, et que l'on va ensuite à vous; mais vos bontés divines n'ont presque personne qui les suive, et qui s'attache à les adorer et à les aimer pour elles-mêmes. Quel malheur qu'on ne vous connaisse pas, ô bonté souveraine! quelle misère qu'on se fasse volontairement aveugle, et qu'on se laisse crever les yeux par la poussière du monde et par la vanité!

Le Père éternel accomplit l'œuvre saint de la religion par les prêtres, et fait par eux ce qu'il ne fait pas par lui-même. Car pour l'achever et la perfectionner, il ?-e veut donner à l'homme autant qu'il le peut faire. C'est pourquoi il ne se contente pas d'avoir fait don de son Fils dans le mystère de l'Incarnation, et de son Esprit dans celui de Pentecôte ; mais pour ne point mettre de bornes à ses communications non plus qu'à son amour, il veut encore se donner luimême, afin qu'il n'y ait rien en Dieu que l'homme ne possède. Et c'est ce qu'il accomplit tous les jours dans l'Eglise par le ministère des prêtres.

Le Père qui engendre seul son Fils, l'envoie aussitôt seul dans le mystère de l'Incarnation : mais, comme il produit le Saint- Esprit avec son Fils, il attend que son Fils

Stim. amor., p. Il, c. 3.)

(1158) Parentes quidem aliis sscpe filios tradiint alendos : ego auteni, inquit Cliristus , non ila , sed carnibus meis alo, et ineipsum vobis appono. (S. Crysost., hom. 60, Ad pop.)

Nemo pascit convivas de seipso : hoc facit Dominus ipse invitator : ipse cibus et potus. (S. Aug. serm. 35, t. Il, Suppl. )

Et reges quidem isti, etsi millies reges sinl.lamen quia et ipsi mortales sunt, et ipsorum facilitas caduca, et libéralités facile poiesl exhauriiï... Rex autem nostereconlra. ( S. Chrys., boni. 55 in Matth.)

Ul non solum per cbarilatem, sed eliain ipsa le in ipsain misceamur carnem, semetipsum nobis i;,imiscuit et corpus suum in nos conleiiipeiavil, cit. (S. Chrysost., hom. 60, Ad pop.)

O amor , quidfacis? quid hoc amore nobilius? quid ulilius? quid suavius? Et tamen oui nés a ut quasi omîtes îiegliguui hune amoreni. ( S. Bonav., Slim. amor., part. Il, c. 1:2.)

Cur ego non sum conversus tolus in tuum amoreni ? Cndique circuindat me amor luus. Cur non sum illaqueatus et captus? Cur vauilas, plusquani lu, qui es Veritas, allicil? Cur iniquilas, plusquani Salvatoris beuiguilas t (S. Bonav., Stim. amor., p. il, c. 2 )

Peccaloii solus in comparatione omnium Deus vilescit. (Salvian., lib. vi De provid.)

Mysterium illud omnium maxime borrendum et veienduui. (S. Chrysost., De sacerd., lib. ni, c, 5.)

soit monté aans le ciel, afin d'envoyer avec lui son Saint-Esprit, et de le donner aux hommes (1159).

Or en cela une chose semble manquer encore pour la communication parfaite de la Divinité qui reste à désirer aux hommes. C'est que la source de ces divines personnes se donne à nous : c'est que celui qui reçoit les devoirs de toute la religion, savoir le Père, que celui-là se mette encore en société avec nous, et qu'il se donne à nous.

Or il n'y a personne qui le puisse donner. Car, comme il n'a personne de qui il lire son origine, et qui lui communique ses desseins, il n'a personne aussi de qui il reçoive sa mission (1160). Le Fils et le Saint- Esprit, en recevant les desseins du Père avec leur essence, reçoivent leur mission avec leur production, et avec la communication de l'essence que le Père leur donne : mais comme le Père n'a personne de qui ii procède, et de qui par conséquent il puisse recevoir ni qui le puisse envoyer, il choisit les prêtres, lesquels, si j'ose parler de la sorte, l'envoient et le donnent aux fidèles; ou plutôt lui-même se donne par eux, se servant de leur parole pour venir dans le monde, et se donner à nous (1161).

En effet, quand Dieu le Père, par impossible, ne serait pas partout, il se rendrait présent à nous par la puissance des paroles du prêtre. Car le Père se donne avec son Fils dans la très-sainte Eucharistie, et il devient pour ainsi dire une partie de la communion, parce qu'étant un avec son Fils,

et se donnant tout à lui, il se donne avec ce Fils qui l'ait don de lui-même, de tout cequ'il est de tout ce qu'il possède ;et ce don se fait par la vertu des prêtres, qui ont ainsi entre leurs mains tout le ciel et la terre, et qui ont ce trésor pour le distribuer, et pour en faire participants tous ceux qui le voudront (1162).

C'est ainsi que cet adorable P^re, qui est présent partout comme donateur, comme auteur des présents, comme créateur et conservateur, comme donnant l'être à tout, devient don lui-même par la vertu du prêtre, et par la puissance de sa parole : Obcdienle Deo voci hominis. (Josue x.) (1163)

Et c'est ici que s'achève et s'accomplit notre sainte religion (1164-), Dieu rappelant les hommes à soi par ce mystère, et entrant avec eux dans une parfaite société (1165); car selon ce que dit saint Jean, notre société doit être avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit (1166). Or cette société ne peut jamais être parfaite que par ce divin Sacrement.

Notre-Seigneur qui nous tient tous unis à lui par esprit sur la terre (1167), et qui nous consomme parfaitement en lui dans le ciel, ne faisant qu'un tout de nous et de lui dans la gloire , Ut sint consummati in unum (Joan. xvii, 23) (1 168), nous unit et nous rallie parfaitement à Dieu dans le très-saint Sacrement. Il nous fait être à Dieu autant que nous y pouvons être, à cause que Dieu le Père nous y dévoie, nous y consomme, nous y change tout eu lui; et ainsi nous avons avec lui une parfaite société et une alliance toute divine (1169).

(1159) El ad eum veniemus, et mansionem apud eum fâciemus. (Joan. xiv, 23.) Deus Trinilas, Pater rt Filius el Siprilus sauclus veniunt ad nos, subveniendo, illuminando, implendo. ( S. Auc, tract. 70 in Joan )

Audeo dicere quod Deus eum sit oimiipotens, plus dare non pptuit; eum sit sapienlissiraus, plus dare nescivii : eum sit ditissiinus, plus dare non babuit. (S. Auc, tract. 8 in Joan.)

0 Deum si las est dici piodiguni sui ! Speclemus non quolies Deus dedii, sed quolies se dédit. In prolusioneni sui loia conspiravit Trinilas, sa:pe se dedit divinilas. 0 ailluens liberalilas Dei ! 0 indeuciens largilas bouilatis diviuœ !... 0 Deum, si dicere las est prodigum sui, prœ desiderio hominis! Au non prodiguin qui non solum sua, sed et semelipsuiu iuipeudil... An non piodiguni qui proprio Filio suo nonpepercit, etc. (Gcerric. abb., serm. 1 i'enlec.)

(U6U) Pater totius divinitatis, vel, si melius di- » itur, deitatis piincipium est. (S. Auc, lib. iv De Tiin., c. 20.)

Ul societas noslra sit eum Paire. (/ Joan. i, 3. ) Discendum quod missio in sui ralione importât processionein ab alio, et in diviuis secundum originein. linde eum Pater non sit ab alio, nullo modo convenil sibi milti : sed solum Filio et Spintui sancto quibus convenit esse ab alio. (D. Tuom. p. i, q. 43. a. 4 in c. )

(1161) Clantatem quam dedisli mihi dedi eis. Ego tn eis et tu in me- Quomodo dédit clarilaieui. lu eis mauendo, et secum Paliem babeudo. Alibi auiem non se per P.itrem, sed se et Palrcm advenisse, et mâinsionem apud eos fecisse dicil. ( S. Chrïsost., boni. 81, in Joan. xv.i.)

Chrislus ait : Ego in Pâtre, et Pater in me est; consequens est ut ubi Pater est, illie et Pairem exslare cognoscas. (Faust., Adv. Ariun.)

Queniadinoduiu qui cateux alicujus extreinum arnpit, alteruni quoque extremum siinul tiahet : Proinde qui Filium simul stimpserit. habebitsecum ipsum adducentem Palreui, etc. ( S. Basil., episl. 43.)

(1162) Poieslatem sacerdolibus iradidit Christus corpus suum consecrandi, et aliis tribuendi. 0 inaudila largilas ! Qui seipsum dat, quid poterit negarc? Oiiinia qu« babuit nobis dédit. (S. BonaV., Fascicul., c. 7.)

(1163) Habitante in nobis Clirislo erit omnino nobiscuin Genitor. (S. C.ïrill., in h;«c verba Joan. xiv, 23 : Et ad eum veniemus.)

Ipsum Patrem babemus per Filium. (S. Cïrill., In Joan , lib. ix, in fin.)

(1164) Ideo mysterium istud sacr'Gdum perfectionis el consummalionis vocatur a SS. Palribus.

(1163) Quia Pater est in eo, et ille in nobis, per hoc unum criions. (S. Hilar., lib. vin De Triait?)

(1166) Socieias noslra su eum Paire, et eum Filio ejus Jesu Christo. (lJoun. i, 5.)

(1167) De spiritu suo dédit nobis. (I Joan. iv, 13.)

(1168) Deus transmulala forma assumpsit corpus, | et commisceiur , alque assumil animas sanclas et lit eum eis uiius spirilus. Anima, ut iia loquar, evadil in animant, substantia in substantiam, ut possit anima in novitale vilae vivereet imraorlalem vilain sentire. (S. Macar., hom. 4.)

(1169) Eucharistia esca saeratissima, quam vere comedens, deus effleitur. (S. Hier., lib. m Contr Petag.)

TRAITE, BES SAINTS ORDRES

part. m. du sacerdoce:.

Le Père, en se donnant à son Fils, se donne à tous ceux qui se sont unis à lui, et le Fils, en se donnant au Père, lui donne aussi tousceuxqui sesontunis à lui. Ainsi il se fait une communion parfaite et une société entière de Dieu avec les hommes, et des hommes avec Dieu, par ce sacrement adorable (1170). Et tout cela ne se fait que par le ministère des prêtres et par la vertu du sacerdoce (1171).

Qui pourrait expliquer l'étendue de cette grâce? Qui pourrai! comprendre jusqu'où va ce privilège ? Quelle dignité, quel honneur, quelle prérogative pour un j)iê.tre I Qui aurait jamais conçu qu'un Dieu eût donné tant do pouvoir à ses créatures, et qu'il voulût dès la terre remplir des hommes grossiers, terrestres, charnels et pécheurs, d'une dignité si sublime et si sainte (1172)? Cependant, c'est à quoi il appelle tous les prêtres, et'ce qui les oblige aussi de mener une vie toute divine, et qui ne laisse plus rien paraître des faiblesses et de 1 infirmité de l'homme.

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