‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 27 sur 394 · INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. VIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE CHRETIENNE. — CHAP. VIII

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égorge tout, elle ne pardonne à rien ; elle a en main ce glaive que Jésus , notre Maître, est venu apporter sur la terre : Non veni pacem mittere, sed yladium. [Matth. x, 34.)

La mortification est tigurée par ce glaive tiu que portait Ezéchiel (Ezech. v, 1), et qu'il passait de temps en temps dans les poils de sa barbe, pour montrer qu'il fallait sacrifier les désirs superflus de la chair, qui ne sont que des excréments, et une corruption de notre nalure.

L'ancienne loi , dans ses sacrifices sanglants, étaii aussi une figure de la cruauté qu'il faut avoir en fait de religion. Klle ne doit rien épargner qu'elle ne sacrifiée Dieu. C'est ainsi qu'en usèrent les lévites en Y Exode (116), qui sacrifièrent à Dieu, et mirent à mort leurs enfants, leurs frères et leurs amis, paresprit de religion et par estime de Dieu, devant lequel ils n'estimaient rien toute la créature, et ne pouvaient rien souffrir qui lui déplût.

Telle doit être la religion des Chrétiens. Ils doivent détruire et sacrifier toute la corruption de la chair, tout ce qu'ils ont de propre, tout ce qui est en eux de superflu; en un mot, tout ce qui n'est point renié de Jésus- Christ.

IV Section. — Quatrième motif de la mortification.

Le quatrième motif qui nous oblige à la mortification est Ja:sainteté, qui nous doit tenir unis à Dieu, et détachés de toute créature. La sainteté en Dieu fait qu'il est appliqué à lui-même, et séparé de tout être créé ; et elle doit faire le même effet dans tous les Chrétiens qui sont consacrés à Dieu par le baptême, et que saint Paul , pour ce sujet, appelle saints. (7 Cor. i, 2; Ephes. i, 1. )

Mais si tous les Chrétiens doivent être saints et séparés de tout, les prêtres y sont bien plus particulièrement obligés, puisque c'est à eux principalement que Dieu dit : Soyez saints, â cause que je suis saint (117) : Soyez séparés de tout, à cause que je le suis.

Les prêtres qui offrent les pains et les encens à Dieu, doivent être saints à Dieu (118), c'est-à-dire séparés de tout, et appliqués à Dieu seul. Il le mérite bien; mais de plus il le veut, à cause de sa grande sainteté. Comme il est saint et séparé de tout, et qu'il ne peut rien souffrir que ce qu'il veut, il veut que le prêtre qui l'approche, soit consommé en lui par son esprit, afin qu'il n'y ait rien d'impur qui l'approche et que par ce moyen il puisse toujours demeurer saint et séparé de tout, lors même qu'il est uni au prêtre.

La sainteté sépare l'âme de toute la créature, et l'empêche de s'épancher en elle, et de s'y porter par affection. Elle l'oblige à se

(116) Ponat vir yladium super fémur suum, etc., et occiitat unusquisquc fratrem, amicum et proximum suum. Feceruntque filii Levi. juxltt sermonem Moysi, elc. Etait Moyses : Consecrastis maints vestrat "itodie Domino unusquisque in filio, et in fralre $uo, ut detur vobis benedictio. (Exod. xxxn, 27-29.)

(117) Saneti estote, quia eqv sanctus sttm. (Levit.

retirer en Dieu, et à ne se porter à rien hors de lui. Si bien que l'austérité de la sainteté est très-grande, et sa sévéritétrès-rigoureuse, puisqu'elle ne souffre pas le moindre épanchement de l'âme, en ce qui n'est pas Dieu. Elle ne souffre pas même que l'âme s'épanche à goûter certaines tendresses et certains sentiments pour Dieu. Car ces sentiments et ces goûts n'étant pas Dieu, ils feraient que l'âme s'y amusant, s'amuserait, s'épancherait et s'arrêterait à ce qui n'est pas Dieu.

L'âme établie dans la parfaite sainteté, demeure purement unie à Dieu par la foi. Elle ne s'amuse à rien; elle ne s'arrête à rien; elle ne cherche rien que Dieu; elle se sépare même de l'attache à ses dons, parce qu'ils ne sont pas Dieu, qui est pur et saint, et séparé de tout.

Ce n'est pas que nous ne devions nous servir de ses dons pour aller à lui ; mais ils n'en doivent être que la voie, et nous ne devons avoir aucune attache, afin de le pos séder seul. Si nous nous y attachons, c'est quelque chose entre Dieu et nous, qui l'empêche de s'unir entièrement à nous.

U y a bien peu d'âmes qui ne déclinent, et qui ne s'épanchent dans la créature(UO). 11 y en a peu qui soient soigneuses de se retirer intérieurement, pour rentreren Dieu et pour se perdre en lui, lorsqu'elles s'aperçoivent qu'elles commencent à être attirées vers la créature. Et c'est pourtant à quoi il faut se rendre fidèle : car il ne faut jamais souffrir que l'âme s'incline et se porte «l'affection vers aucune créature.

De là vient que les personnes saintes, qui sont purement appliquées à Dieu, et retiiées entièrement en lui, ne s'épanchent jamais en joies superflues, non pas même à l'abord de leurs amis, parce que Dieu, en qui leur âme est retirée, ne le permet pas : et comme elles ont perdu tout sentiment, et que tout le fond de leur âme est occupé en Dieu, et uni intimement à lui, elles ne s'amusent plus à s'épaacher ailleurs.

Que si l'âme commence à se déprendre de cette occupation sainte et divine, et à se répandre aux créatures, pour lors elle s'affaiblit autant en Dieu, elle perd sa force et sa vigueur, et elle demeure vaine et répandue comme de l'eau sur une terre sèche (120).

11 ne faut pas seulement être soigneux de retirer l'âme des choses grossières et charnelles, mais encore des spirituelles, comme nous avons dit; à savoir, des goûts, des consolations, et des autres grâces sensibles de Dieu, auxquelles l'âme se laisse aller aisément. Elle les aime, elle les cherche, elle les désire presque toujours; et ne faisant pas attention que ces choses ne sont non [dus Dieu que les autres, elle s'y attache, et

xi, U.)

(1 18) Saneti erunt Dca suo,el non polluent nomen ejus : incensmn eirim Domini, et panes Oei sut nf/'crum, et ideo saneti erunt. [Levit. xxi, 6.)

(119) Omîtes declinauerunt. {Psal. xiii, 5.)

(120) Sicut aquit effusus sum. (Usai. \\i, 15.)

perd sa sainteté aussi véritablement, quoique non pas aussi entièrement, que si elle s'arrêtait à d'autres plus grossières.

L'âme, par l'usage et par le goût de ces choses, devient crasseuse et impure ; elle devient faible, inconstante et légère. Enfin, si elle n'y prend garde, elle se trouve dans une opposition entière à la sainteté de Dieu.

Le dessein de Dieu est de rappeler toutes choses à l'unité, et il veut que toutes les créatures dispersées en elles, servent aux hommes pour s'unir à lui seul. C'est pourquoi, lorsque nous voyons des objets agréables, où nos sens et notre âme sont attirés, il veut que soudain nous nous en relirions pourretourneràlui, et quenous lui disions qu'il est notre monde, notre plaisir, notre gloire, notre trésor et notre tout.

C'est ainsi que les saints dans le ciel, abîmés en Dieu, et trouvant en lui toutes choses, ne sont point tentés par les créatures grossières de la terre. Comme Dieu les contient toutes en éminence, qu'il est tout par essence, et qu'il renferme en soi et en souveraine perfection tontes les perfections imparfaites du monde, qui sont semées et répandues dans les créatures, ils possèdent tout sn lui, à qui seul ils sont appliqués, sans avoir rien de profane, ni aucune inclination pour la terre, qui les rende impurs, et qui empêche leur sainteté.

C'est l'amour et l'alliance que nous avons avec la créature, qui nous rend profanes, et qui empêche notre sainteté. C'est pourquoi si nous voulons être saints, il faut être soigneux de nous retirer en Dieu à l'aspect de quelque créature, parce qu'il n'y en a pas une qui ne nous lire hors de Dieu, et qui ne nous attire à elle.

Pour cela, je pense qu'il est important de nous former des exercices journaliers, qui nous servent dans les rencontres de la vie pour nous dégager de toutes choses, pour nous porter à Dieu, et pour nous apprendre à nous retirer en lui, et à entrer ainsi en communion avec lui par amour (121).

L'union de charité nous met en Dieu, et met Dieu en nous : et de même que la communion sacramentelle nous met en Jésus- Christ, et met Jésus-Christ en nous; ainsi la communion à Dieu par amour, quoique spirituelle, étant néanmoins réelle, nous met en Dieu réellement, et met aussi Dieu réellement en nous, en sorte que nous devenons un même esprit avec lui (122).

C'est là la nourriture continuelle et le pain quotidien, dont nous devons nous nourrir incessamment. C'est la mamelle à laquelle nous devons recourir sans cesse, pour être entretenus dans la vie divine. La communion spirituelle et la sacramentelle sont les deux mamelles dont parle l'Ecriture, qui sont meilleures que les vins les plus délicieux du monde (123).

Dieu fait par son esprit divin, qui est l'une

(121) Qui manet in cliarilate, in Deo maiict, cl Deut in eo. (I Juan. IV, l(j.)

(132) Qui mantlucat meam carncm, et bibit meum taii'juinent, in me manet, ei ego in \Uo. (Jonn. vi, 57.)

de ces mamelles, par lesquelles il nourrit son Eglise, comme ces nourrices qui jettent parfois du lait sur la bouche des enfants, pour les faire souvenir de chercher le tétin, qui les doit nourrir et sustenter abondamment.

Ainsi ce divin esprit, qui a orné le monde de ses beautés (124), présente devant la vue des hommes, tous les biens et les objets agréables de cette vie, pour les obliger à se ressouvenir de leur source qui est en lui, et à y recourir avec amour pour se nourrir intérieurement; ce qui se fait en se liant à lui par amour, et en se retirant en lui à l'aspect de toutes les créatures.

Les choses qui se présentent à nous en ce monde, ne sont point pour nous amuser à elles; mais seulement pour nous avertir qu'il y a dans l'esprit de Dieu des choses pi us saintes et plus pures que nous pouvons goûter, et dont nous pouvons jouir parfaitement en lui.

V" Section. — De l'exercice ou pratique de la mortification.

Après avoir considéré les motifs qui nous obligent à nous mortifier, et après nous en être bien convaincus, il faut que nous examinions, en nous confondant devant Dieu, combien d'années se sont passées à vivre en nous-mêmes, et selon nous, sans nous mortifier, nous fâchant de tout ce qui nous contredisait, et ne pouvant rien souffrir de ce qui n'était pas selon nos inclinations naturelles et selon nos propres désirs. Ce qui est très-opposé à la conduite de Jésus-Christ, notre modèle, qui n'a jamais suivi ses inclinations et ses propres désirs, et qui n'a jamais cherché à se plaire à soi-même (125).

Combien d'impatiences auxquelles nous avons adhéré? Combien de désirs propres que nous avons suivis? Enfin, combien de temps avons-nous mené une vie, non de Chrétien, mais de païen, sans reconnaître en nous d'autre principe de notre conduite que nous-mêmes et notre chair, et sans avoir égard au Saint-Esprit, qui nous faisait reconnaître intérieurement notre devoir, et qui nous y portait avec amour et avec efficace?

Ensuite de cet examen, il faut nous résoudre à faire deux choses. La première, à étudier par l'oraison, à renoncer à nous et à toute cette vie propre, qui est une vie de condamnation, à travailler à rebuler ces désirs de la chair qui naissent en nous à tous moments, et à retrancher les mouvements injustes et déréglés de la nature, qui n'est pas le principe de la vie chrétienne.

La vie chrétienne esi en nous par l'esprit vivifiant que Dieu nous donne par le baptême, où nous sommes faits enfants de Dieu, animés d'une même vie que la sienne, et remplis d'une même substance que lui, qui nous doit en tout mouvoir et diriger, à

(125) Meliora sunl uberà tua vino. {Canl. i, 1.) (124) Spirilus ejus ornavil cœtos. (Job \\\t, 13.) (125; Christus non si/»' pktcuit. (Rom. xv, 5.J

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