INTRODUCTION À L.V VIE CHRETIENNE. — CIIAP. VIII
l'exemple de Noire-Seigneur, qui se laissait gouverner à l'esprit île Dieu son Père, qui est le même esprit que nous avons.
Comme il n'agissait en tout que selon la lumière de son Père, nous ne devons agir aussi que par la foi, qui est. une admirable participation de cette lumière divine (126). Comme il n'agissait que par le mouvement de son esprit, nous ne devons agir que par la charité qu'il nous donne, pour être le principe de nos œuvres. Enfin, comme il n'agissait qu'en sa vertu, nous ne devons aussi agir qu'en sa force, que nous avons reçue au baptême, et dont nous avons reçu la plénitude à la confirmation.
Celte vie chrétienne, procédante etanimée de l'esprit, est la vie dont Dieu vit en luimême, et dont les saints vivent au ciel. Il se plaît a nous communiquer sa vie cachée (127); il l'a renfermée en nous en ce monde, pour la manifester au jour de l'éternité, où il fera voir clairement qu'elle a été la perfection, la sainteté, la sagesse, la charité et la force en laquelle il opérait en nous. Et ce sera un des sujets de la béatitude des saints, dans lesquels Dieu expliquera les beautés et les richesses de sa vie (128).
Au contraire, un des plus grands et des plus sensibles tourments des réprouvés, sera la malédiction des œuvres de la chair, qu'ils désireraient être toutes abolies et étouffées pour n'en plus ressentir la peine : et Dieu néanmoins en donnera la vue à ces malheureux, qui verront avec elfroi tout ce que la corruption de la chair aura opéré en eux en celte vie.
Cette vue leur sera aussi effroyable, à cause des privations horribles que les œuvres de la chair portent avec elles, que les œuvres de l'esprit seront agréables aux bienheureux, qui seront dans la joie et dans le ravissement de voir la beauté qui leur en revient, et la sainteté suréminente avec laquelle la majesté de Dieu aura opéré dans leurs âmes.
La seconde chose à quoi il faut nous résoudre, et qui suit immédiatement cette première, est de laisser opérer Dieu en nous, afin qu'il anime de son esprit toutes nos œuvres; puisqu'il veut être le principe de tout en nous. O bénédiction ! ô joie 1 ô bonheur inconcevable I qu'un Dieu veuille encore une fois vivre dans la chair, et l'animer pour faire des œuvres dignes de l'éternité, dans lesquelles il se complaise et soit glorifié pour jamais.
C'est par ces deux exercices qu'il faut commencer la vie intérieure et divine. Il faut premièrement travailler h la mortification de soi-même; et ensuite étant mort à la chair, tâcher de vivre par esprit. Sans cela, nous ne ferons jamais rien, et tout autre exercice ne servira qu'à nous perdre. Tout le reste est comme un onguent qui
(126) Admirabile lumen. (1 Petr. u, 9.)
(127) Vila vestra esl abtcundita cum Chrislo m Deo. (Col. m, 5.)
(128) Cum Ckrislus aoparucvil vila vestra tune et
renferme notre mal, et ne l'ôte pas, qui le cache et ne le guérit point. Tout n'est que flatterie et qu'abus, lorsqu'on n'agit point sur ces principes.
Il faut donc se résoudre à la sainte mortification en la vertu du Saint-Esprit : car si nous sommes soigneux en sa divine vertu, de repousser les sentiments et les mouvements abominables de la chair, nous vivrons, dit saint Paul ; si au contraire nous vivons selon les impétuosités de ses désirs et de ses mouvements, nousmourrons(129).
Si nous sommes fidèles à mortifier notre chair en ses appétits et en ses désirs, Dieu se rendra présent à nous; il ira s'unissant intimement à nous, et autant que nous aurons de soin de nous mortifier, de renoncer à nous, et de retrancher jusqu'aux moindres choses où la chair se pourrait rechercher, autant en aura-t-il de nous vivifier et de nous animer.
1! n'y a point de meilleure voie, pour parvenir à la contemplation, que !a purgation de nous-mêmes; bannissant de nous tout ce qui n'est pas Dieu, et tenant notre âme nette et pure comme une glace -dans laquelle le soleil prend plaisir de s'imprimer et de se tenir présent. C'est en quoi consiste la vraie vie des Chrétiens, qui est une participation de celle des bienheureux, qui contemplant la vérité de Dieu, qui leur est toujours présent partout où iis se trouvent.
VI* Section. — Motifs contre l'immortiftcation.
1. Quelle injure au Père éternel, de voir que ni la considération de sa présence, ni l'autorité de son commandement, ni les menaces de ses châtiments, ni les promesses de ses torrent* immenses de voluptés, ne puissent empêcher la recherche du moindre petit plaisir!
2. Quelle confusion au Fils de Dieu, d'avoir souffert tant de peine, pour nous obliger à résister a nos sens, et que ni le ressentiment de tant de grâces et de dons qu'il nous a mérités, ni l'exemple qu'il nous a donné, ni la vertu qu'il nous a acquise, ne puissent rien sur nous! Quel mépris de la vie, du sang, et de Ja mort de Jésus- Christ !
3. Quel affront au Saint-Esprit, qui fait sa résidence en nous pour opprimer la chair en ses soulèvements, et pour établir son empire sur l'assujettissement de nos sens, de nos passions et de nous-mêmes, qu'il faille que cette divine et auguste personne, ce Dieu vainqueur de tout le monde, ce roi auguste de toute la créature, se voie vaincu, captif et assujetti sous nos sens, sous une passion, sous la chair, et bien souvent qu'il se voie chassé et banni de sa demeure et de son trône !