‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 274 sur 394 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

// se recommande aux prières d'une religieuse à qui il témoigne le désir qu'il a d'être serviteur de Jésus et de Jésus Enfant.

Notre-Seigneur vive et règne pleinement en votre cœur pour y prendre son repos et sa retraite en ces jours, où, sortant de la sainte demeure de sa Mère, il ne trouvera point de séjour parmi les hommes infidèles. Il y a trop longtemps que je ne vous écris

Eoint, et j'ai peur que notre silence n'ait lessé la charité que je dois être soigneux de conserver à la gloire de Notre-Seigneur et de notre Maître. Je vous recommande tout de nouveau le pauvre petit esclave et serviteur de Jésus, et je vous le recommande d'autant plus particulièrement, que j'ai des obligations très-pressanles de l'honorer en ces jours, comme il vous le fera counaître un jour, si je ne puis avoir le bien de vous le déclarer. Je vous prie donc de tenir ma place auprès de lui en ces temps, et de me présenter à sa divine Majesté le plus souvent que vous pourrez. Je vous cède pour cela tout le droit qui me reste sur moi-même, et je voudrais être dans les mains de tous ses bons serviteurs et de toutes ses fidèles servantes, afin qu'il pût m'agréer et m'accepter pour sien et pour son pauvre petit serviteur. C'est ce que je souhaite plus que tout ce qui peut être imaginé. A\ec cela j'ai tout ce que je désire,

et après cela je ne veux rien. Serviteur de Jésus, et de l'Enfant Jésus, c'est tout. Il veut de pauvres , d'humbles et de petits serviteurs comme lui, qui soient patients, charitables, amoureux de la pauvreté, de la bassesse et de la souffrance; morts et déjà crucifiés en esprit au monde , et vivants à Dieu son Père. Que peut-on désirer après cela?

J'ai reçu, il y a un an ou deux, un billet de votre charité, que je conserve encore pour honorer l'Enfant Jésus. Je vous conjure de me continuer cette grâce, et je m'estimerai bien heureux de lui être fidèle. Je vous prie de demander à Dieu la grâce que je n'apporte point d'empêchement à ses desseins, et que je commence avec le commencement de l'année des Chrétiens à le servir en esprit et en vérité.

LETTRE VIL

Que la vraie noblesse est en la foi, et qu'on possède, toutes les choses en Lieu plus excellemment qu'en elles - mêmes , quand on les a quittées pour lui.

La providence de Dieu m'ayant offert une occasion de vous écrire, j'ai cru m'en devoir servir pour vous confirmer toujours dans les avantages de la foi, qui me paraît de plus en plus auguste et divine en ses voies. Je vous prie de remarquer cette parole et de la tenir imprimée dans votre cœur en l'honneur de celles que la très-sainte Vierge conservait attentivement et soigneusement en son âme. C'est que toute alliance et toute union qui est hors de la foi dégrade une âme chrétienne de sa noblesse et la fait tomber en roture. En la foi tout est divin, tout e*t tiré de l'être bas et grossier de ce monde, et tout est passé en l'être de Dieu même. Oh 1 que l'âme est heureuse, qui est ainsi délivrée de tout, et qui est entrée dans l'état .libre et dégagé où Dieu habite I Quel bonheur de posséder Jésus-Christ et Marie, de ne vouloir avoir que ce qu'ils portent et conservent en eux , et de n'admettre rien en soi que sous leur forme et leur ligure, demeurant au reste en nudité totale, et rejetant toute idée de créature, qui pourrait partager l'esprit et l'occuper humainement. Qu'une âme en cet état approche de la félicité des bienheureux, qui possèdent en Dieu toutes les choses qui doivent contribuer à leur béatitude 1 Que Dieu est adorable en ses voies, qui tire à soi suavement une âme en la retirant fortement de tout ! Qu'il aime de voir le dénûment fidèle où la créature s'exerce par son amour, et qu'il rend éminemment en lui ce qu'on se dérobe et ce qu'on rejette pour lui plaire 1 Caj il est cer* tain qu'on possède en lui et plus parfaitement, et plus sûrement, et plus pleinement, et plus purement, toutes les choses auxquelles on renonce pour son amour, que si on les possédait en elles-mêmes. Rien no peut enlever à une âme ce qu'elle possède en Dieu; et, selon l'expression de saint Paul, ni les hommes, ni les démons, ni même les anges du paradis ne le lui sau-

raient ravir. Fions-nous à la parole de Jésus- Christ , qui nous assure que son Père rend le centuple on ce monde des choses que l'on quitte pour lui, parce qu'il les rend en soi divinement et en éminence. Car les délivrant alors de l'être grossier et importun à l'Esprit-Saint , où elles sont toujours lorsqu'elles sont hors de Dieu, el qu'accommodées à nous elles sont descendues de l'état parfait qu'elles avaient en son sein , il les rappelle à lui et tire en lui avec elles tout ce qui leur appartenait et qui était de leur dépendance. Passez donc en Dieu pleinenement, et atlirez-y avec vous tout ce qui vous regarde. Possédez en Jésus et Marie tout ce qui vous appartient , et ne souffrez rien en vous que ce que vous aurez reçu d'eux et qui sera consommé en eux-mêmes. Jésus et Marie sont les sources de toutes les grâces ; ce sont des fournaises où toutes les créatures , comme de saintes victimes, sont consommées en amour ; et il n'y en a pas une qui doive être agréable à votre cœur, ni qui puisse être vraiment ardente du feu de la vraie charité, si elle ne se trouve dans ces fournaises et dans ces centres du véritable amour. Que Jésus et Marie vous possèdent en tout, et qu'ils consomment et perdent votre âme en eux. Ainsi soit-il.

Page 1