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domaine et de toutes choses, et dénuée de choses qu'elle des biens de Dieu, par grâce et ne veut user et de men-
11 faut qu'elle dise, comme Jésus, que le royaume de Dieu est le lieu de son attente où elle remet à posséder pleinement toutes choses, et que, ce royaume n'étant point de ce monde, elle ne lait état que des biens intérieurs et divins, et ne regarde tout le reste que comme du fumier et de la boue. 11 faut qu'elle s'estime si heureuse de la seule et intime possession de son Dieu, qu'auprès de lui tous les biens extérieurs lui paraissent insupportables et lui soient en horreur. Elle les doit regarder comme des moyens très-faibles d'honorer Dieu et d'aider le prochain, et, quoiqu'elle puisse en gardertoujours quelque chose chez soi pour les œuvres de Dieu et pour le soulagement de ses pauvres, elle y doit être néanmoins entièrement morte. Car, quoique ces œuvres .et ce soulagement soient agréables à Dieu, ils le sont pourtant beaucoup moins que les devoirs intérieurs du cœur, qui sont plus précieux mille fois que tous les biens du monde.
Oh ! si vous connaissiez combien sont heureux les pauvres d'esprit, qui, au milieu des biens du monde, par le mépris intérieur qu'ils en font et par le dégoût dans lequel ils vivent, peuvent les avoir et les posséder sans en être possédés, que vous soupireriez après cet état, et que vous souhaiteriez d'être dans cette sainte disposition 1 Car alors tous les biens de la terre ne vous causeraient plus d'empressement; ils ne vous donneraient -plus d'amusement d'esprit inutile, et votre âme, dégagée parfaitement de toute la vanité de ces fantômes, ne s'occuperait plus que de Jésus- Christ seul, que vous regarderiez toujours comme l'unique et le précieux trésor de votre cœur, et comme celui en qui vous auriez le moyen, par mille "devoirs intérieurs, d'honorer la majesté de Dieu et d'enrichir son tëglise.
Or, comme l'Epoux a bien du dégoût do son épouse quand il voit au fond de sou cœur quelque affection cachée pour les choses grossières, il faut qu'elle s'éprouve et se sonde souvent là-dessus. 11 faut qu'elle examine si elle a de la peine à donner ; si elle s'alflige quand elle fait quelque perte; si elle a de la joie à recevoir; si elle a du plaisir à amasser et à garder; enfin si elle a le désir d'en avoir davantage. Il ne faut point se tromper, c'est un des derniers désirs qui s'éteignent au fond de l'âme, que celui d'avoir et de posséder les choses. La pensée que la créature grossière a de s'établir au monde l'ait le désir de posséder ces biens pour y pouvoir subsister à son aise , et le désir d'aller à Dieu et de jouir uniquement de lui est un des sentiments les plus rares qui soient sur la terre. Cependant c'est celui-là seul qui doit être dans l'épouse de Jésus, qui, remplissant toute la capacité de ses désirs et la dégoûtant de toutes les choses grossières, la met en un tel état, qu'elle n'est jamais contente qu'elle ne voie toutes les enoses qui l'environnent, et dont elle est infiniment éloignée do
OFUVISES COMPLETES PE M. OI.IF.U
cœur, comme appartenant à Jésus et à ses membres.
L'épouse doit encore avoir en abomination le monde et surtout le péché , qui est le dieu du siècle. Elle doit le détester, ainsi que faisait Jésus-Christ, qui en portait toujours en son âme le jugement et la condamnation . comme étant contraire entièrement «ii v lois de Dieu son Père et opposé aux maximes de son Evangile.
L'épouse doit de même , a l'égard des plaisirs et des satisfactions sensibles , en avoir horreur, comme de la mort et de l'enfer, n'ayant de joie et de délices qu'en l'époux qui est tout à elle. , et dont el'e doit être tellement occupée et possédée, que pas un autre (pie lui ne puisse avoir d'accès ni d'entrée en son intérieur.
Jé>us est toute l'occupation, la possession, la joie, la jubilation et la béatitude de l'âme sainte, qui hors de lui ne peut et ne doit rien goûter, et ne doit rien trouver que de très-grossier, de très-impur et de très-amer. La chasteté parfaite de l'épouse a des délicatesses si saintes, que l'on ne peut les voir et les goûter sans en être ravi.
Enfin l'épouse, pénétrée-, possédée, animée et pleinement vivifiée des sentiments el des dispositions de l'Epoux, doit être intérieurement anéantie en elle-même devant Dieu . ne souffrant jamais aucune pensée d'estime, de complaisance, de retour, ni de souvenir de soi , et n'ayant en vue que Dieu en Jésus et Marie.
L'épouse doit a voir en soi une disposition d'anéantissement, de basse estime de soi et de lavileté de son être pécheur, sans en sortir jamais, soit en traitant avec Dieu, soit en traitant avec le prochain. Elle doit agir en tout comme étant un néant en elle-même, et comme étant revêtue en sa chair de toute inclination au mal et de tout désir de péché ; en un mot, comme n'étant que péché. Jésus-Christ , qui était revêtu extérieurement de l'iniquité du monde, sous une chair en ressemblance de péché , portait en son ultérieur, couvert de honte, et de confusion, les humiliations qui étaient dues au péché, et il fondait alors en son cœur l'humiliation des Chrétiens, qui , étant revêtus intérieurement de la grâce et de l'esprit de Jésus- Christ, ne laissent pas d'être couverts d'une chair infectée de crimes et pétrie de tous désirs d'injustice et d'iniquité. C'est ce qui doit abîmer l'épouse en la confusion d'ellemême depuis les pieds jusqu'à la tête. C'est ce qui la doit obliger à se voir en son intérieur comme une excommuniée et digne d'être chassée de la société et compagnie des saints , et à plus forte raison des approches el des saints baisers de l'Epoux. C'est ce qui la doit porter à recevoir les mépris , les rebuts et les contradictions, comme des choses honorables à son état, c'est-à-dire à ce qu'elle est par elle-même , ne pouvant être, selon cette vue, assez méprisée, contredite, persécutée et crucifiée, tant elle est digne non-seulement de mépris, d'oubli et de délaissement, mais d'horreur, de condamna-
tion , d'anathème et d'exécration , ne méritant par elle-même que l'enfer.
La croix de Jésus est le caractère et le sceau de son contrat d'alliance avec l'âme. ' Il est l'époux de sang, parce qu'il a épousé l'Eglise sur la croix , et qu'elle est sortie de son côté percé et de son sommeil sur le Calvaire. C'est pourquoi l'épouse n'est pas digne de lui , si elle a peine à le suivre, si elle ne veut pas être ferme et stable dans le crucifiement, et si elle refuse de faire, à l'exemple de la sainte Vierge , la profession d'humble servante de Jésus dans les ignominies, les souffrances et les délaissements. Il faut que l'épouse, entrant en possession et en union de Jésus-Christ, se résolve d'entrer en part de tous ses états pénibles et souffrants, communiant, comme dit saint Pierre (/ Pctr. iv , 13), aux passions de son Sauveur. Il faut qu'elle soit aussi bien unie a lui sur le Calvaire que sur le Thabor , et qu'elle fasse élat de porter continuellement la croix en cette vie de tentation , en cette vallée de larmes, en ce théâtre de pénitence, pour faire amende honorable et satisfaction publique du péché aux yeux des anges et de Dieu même , et à la face du ciel et de la terre.
L'épouse, n'ayant plus aucun pouvoir sur elle-même, puisqu'elle est transférée dan* le domaine total de l'Epoux , do t vivre si absolument dans sa dépendance, qu'elle n'agisse que selon ses désirs et par ses mouvements. Il faut qu'elle soit comme Jésus-Christ à l'égard de son Père, qui ne faisait rien qu'il ne vît absolument ses or dres; en sorte que son opération était tellement unie avec son Père et animée de son opération propre , (pie c'était une simple et une même chose. Pater usque modo operatur, et etjo operor. [Joan. v, 17.) Quel dégagement, quelle liberté, quelle soumission et quel abandon h l'esprit doit êtro dans mon âme pour agir toujours de concert avec lui , et pour qu'il soit à tout moment dans celte coopération mutuelle avec elle.
Enfin l'Epoux, recevant avec plaisir l'épouse abandonnée à son pouvoir par le droit et par la justice de sa condition , se livre de sa part à elle , lui donnant par amour tout pouvoir sur lui , disant à sa chère épouse ce qu'il disait à Dieu son Père : Tout ce que j'ai est à vous, et tout ce que cous ucez est à moi. (Joan. xvii, 10.) En sor'e qu'il est tout à l'âme , comme l'âme est toute à lui. C'est là le fondement de la simplicité et de la confiance que doit avoir l'épouse en son Epoux, duquel elle doit attendre toutes choses, sans craindre qu'il lui en puisse refuser aucune , étant maîtresse par amour de ses désirs et de ses volontés. Mais elle doit bien prendre garde à ne pas oublier le respect dans sa confiance, ni l'anéantissement de son cœur en la sainte union et en la jouissance de l'Epoux. Car ce sentiment est une marque assurée du véritable amour, qui, naissant de la vraie lumière, fait toujours en l'âme une impression de révérence
LETTRES SPIRITUELLES
envers l'Epoux et d'humiliation envers ellemême.
L'épouse ensuite doit demeurer en paix dans son fond , vivant toujours soumise aux ordres de l'Epoux, et toujours préparée à répondre avec fidélité aux desseins de sa puissance , et à suivre les instincts de son divin amour en quoi que ce puisse être, sur le Calvaire ou sur le Thabor , dans la mort ou dans la vie. Elle doit, en la jouissance de son Epoux, qui habite en elle avec le Père et le Saint-Esprit, être assurée que dans l'œuvre de Dieu elle éprouvera la participation de la puissance du Père pour opérer , de la sagesse du Fils pour s'y conduire , et de l'amour du Saint-Esprit pour faire et souirrir toutes choses en la vertu de l'Epoux ; et qu'elle accomplira ainsi les desseins de Dieu en son Eglise, qui ne la veut pas seulement parfaite comme lui en ellemême, mais aussi en ses voies et en ses opérations , alin qu'opérant en foi et en charité, le Père soit le principe de son opéralion, le Filsde sa lumière, et le Saint-Esprit de son amour.
LETTRE XIII
Dispositions chrétiennes durant le saint temps de la maladie.
Ne soyez point en peine de l'indisposition dont je suis attaqué par la volonté de Dieu. C'est un ordre très-spécial de sa bonté et de sa providence dont nous le devons remercier. 11 y a plusieurs choses à purifier en moi, et les maladies sont pour cela les meilleures voirs. Il m'a ordinairement traité de là sorte par sa bonté infinie. Qu'il en soit béni à jamais. Je ne puis dans mes infirmités m'appliquera la prièreaussi assidûment que je pensais le faire en me tirant du tracas de la ville;. mais il faut que le sacrifice de notre corps , de notre esprit , de notre temps et de tout nous-mêmes lui serve de supplément. Le mauvais usage que j'ai fait de nia santé est cause de ces infirmités. Mais Dieu veuille, par sa bonté, se satisfaire en nous comme il désire, et se contenter, s'il lui plaît , en notre destruction et en notre consommation. Tous ces maux ne sont que des fantômes au prix de ce qui nous est dû et de ce que méritent nos péchés. Quelle miséricorde et quelle bonté de Dieu de nous faire porter une si douce pénitence 1 Bien loin de nuus en plaindre, adorons son amour, qui nous traite avec tant de douceur, et qui nous fait cette grâce de vouloir, comme dit saint Pau! . accomplir en nous ses souffrances et achever ce qui manque à ses peines. Il me semble que c'est un honneur incomparable que Nutre-Seigneur nous fait , de vouloir se servir ainsi de nos corps pour souffrir encore en nous à la gloire de son Père. Glorifions-nous donc avec l'Apôtre en nos infirmités , afin que la vertu divine habite en nous. Ne manquez pas de faire grande attention aux sentiments que Notre-Seigneur vous donnera durant le saint temps de votre infirmité. Car l'ordinaire de Dieu est de faire par les maladies
ce qu'il ne peut faire souvent dans la santé. Surtout abandonnez-vous toute à lui, pour faire de vous ce qu'il voudra , vous offrant à lui comme sa victime pour souffrir tout, et môme la mort, que méritent vos péchés.
LETTRE XIV
// exhorte une personne à lui bien découvrir toutes ses pensées et tous ses sentiments touchant un dessein quelle avait , afin qu'il puisse discerner ce que Dieu demande d'elle.
Je me sens soulagé de vous voir fortifiée en esprit pour porter votre croix. J'en bénis Dieu de tout mon cœur, et je me trouve en repos de vous voir résolue d'exécuter voire dessein. Je vous demande toutefois cette grâce de m'écrire toujours , dans la. simplicité et dans la confiance d'un véritable enfant, quelles sont sur cela les dispositions de votre cœur. Je vous l'ordonne dans tout le pouvoir que Notre-Seigneur me donim sur votre âme. Vous savez bien dans les affaires de cette conséquence combien il faut être attentif à Dieu et à la voix de l'Epoux dans le cœur. C'est à moi à discerner la voix de l'amour-propre et celle de la charité de Jésus-Christ sur vous. C'est pourquoi ne feignez pointdem'exposer vos répugnances, vos d-ifiicultés et vos inclinations. Sans cela vous pourriez être trompée, et ne recevoir pas les avis et les ordres que vous avez à observer, soit pour les choses que vous devez faire, soit pour le temps où vous les devez faire. Soyez fidèle à votre père, ma chère Fille, et ne lui tenez rien caché. Ouvrez-lui toutes choses et lui exposez lout avec sincérité. Encore une fois, ma Fille, mandez-moi nettement vos sentiments sur cette affaire et les dispositions les plus intimes et les plus foncières de votre cœur. Je gémirais si j'ignorais quelque chose de vos pensées , de vos inclinations et de vos sentiments. Faites-moi savoir surtout si vous avez quelque vue de pouvoir subsister où vous êtes , et s'il y a quelque chose un jour à y espérer pour le service de Noire-Seigneur. Dites-moi tout ce que vous en pensez, afin de ne rien omettre à peser devant Dieu et de lui recommander le tout. Aidezmoi à sauver votre Ame et à accomplir la sainte volonté de Jésus. Adieu, ma Fille. Tout vôtre en Jésus pour toute l'éternité et pour les moments de la vie présente. L'affaire ne sera point sue de ma part. Je sais assez la conséquence du secret. 11 est bon de la cacher et de n'en parler qu'à ceux que Dieu a ordonnés sur vous , où le démon ne voit goutte.
LETTRE XV
Il parle de la sainteté de l'état ecclésiastique, et de l'importance de prendre du te/nps pour s'y bien préparer.
Quelque inclination que vous avez pour ecclésiastique, prenez garde de ne
l'état
vous y point engager que vous'n'ayez bien
pris un temps
consulté votre vocation et
7ol
notable pour tous purifier. Les prêtres doivent être choisis et enlevés du milieu des hommes par la vois de Dieu, et non par le choix des personnes, qui, par une insolence insupportable, s'élisent elles-mêmes et s'introduisent dans ta maison du Seigneur. Que diriez-vous d'un gueux courant les rues et tout rongé de vermine, qui s'introduirait dans la maison d'un roi, -et voudrait y tenir rang parmi les gentilshommes qui servent à sa chambre, et parmi les seiè^eurs qui l'approchent du plus près? Ne serait-ce pas une témérité insupportable, et qui mériterait que le prince et toute sa famille, non-seulementchassâtdesa maison, mois encore fit châtier sévèrement l'insolence de cet audacieux? Dieu veut choisir ses ministres et ses prêtres, et il les veut choisir entre mille pour leur donner pari à sa familiarité et à tous ses secrets. Mais il veut qu'ils soient dans l'innocence et dans la pure charité : il veut qu'ils soient dignes de l'approcher et de traiter bouche à bouche et cœur 5 cœur avec lui, comme un «mi a accoutumé de faire avec son ami. Jm: non dicam vos servos, sed amicos, quia servus nescit quid facial domhuis ejus : « Je ne vous nommerai plus tnes serviteurs, dit Notre-Seigneur à tous les saints prêtres en la personne des apôtres; tnais je vous appellerai mes amis, à cause que i^s serviteurs ne surent pas les secrets de leurs maîtres (Joan. xv, 15), » comme je vous les découvre maintenant que vous traitez avec moi.
Les rois ne veulent pour leurs pages et pour leurs domestiques que des enfants bien faits et des plus beaux qui se rencontrent dans leur cour, comme on le voit chez Daniel en la personne des trois enfants de la fournaise, car ils furent choisis comme les plus beaux de tout le royaume pour servir le roi-Balthasar. C'est ainsi que doivent être choisis dans l'Eglise les ministres du Roi des rois. 11 l'aut qu'ils surpassent en beauté intérieure et en sainteté les plus saints d'entre les peuples. Notre-Seigneur fait en cela sur la terre ce que son Père fait dans les cieux. Car, comme les anges, qui sont les substances les nlus pures et les êtres les plus parfaits qu il ait créés, sont ceux qTi il a choisis pour être les princes de sa cour et les ministres de sa gloire, ainsi Notre-Seigneur, qui imite son Père en toutes ses actions, et surtout en la formation et l'établissement de son Eglise, veut choisir des sujets qui soient purs comme des anges pour approcher de ses agiels, et pour être les ministres de son amour et les porteurs de sa parole. Qui facit angelos spiritus, et minisiros suos flammam iqnis. (llcbr. i, 7.) Aussi voyons-nous en plusieurs lieux de l'Ecriture sainte que les prêtres sont appelés des anges, parce qu'en eirut ils doivent être dégagés de la matière comme des anges, peur pouvoir, comme eux, purilier, illuminer et perfectionner les autres. Car, pour être en état de purifier, il faut qu'ils soient dans une fort grande pureté. Pour illumi-
ner, il faut qu'ils aient l'esprit pur et net, qu'ils faienl intelligent, ouvert à la u mi ère et capable d'étude, et qu'ils l'aient même arrêté et propre à l'oraison, pour {miser en Dieu les lumières divines, qui sont les uniques qui éclairent sûrement les esprits. Pour perfectionner et unir les âmes à Dieu, il faut qu'ils aient une grande charité, qu'ils aiment la prière, et que dès leurs premières années on voie en eux des marques de piété et des inclinations pour la vertu et pour les bonnes mœurs, afin qu'étant eux-mêmes parvenus à l'union divine, ils puissent ensuite y attirer et en instruire les autres.
Et après tout, n'est-ce pas une chose déplorable de voir des personnes du monde dans une union à Dieu très-intime et trèscapables d'en instruire les âmes, et de trouver dès prêtres qui, bien loin d'y être parvenus, ne savent pas seulement ce que c'est? Quelle confusion, que le prêtre, qui doit servir à élever toutes les saintes âmesà Dieu et à leur communiquer la grâce et l'esprit, en soit moins rempli que le peuple. Dieu dit dans l'Ecriture sainte qu'il sera sanctifié par ceux qui s'approchent de lui, et que son nom sera glorifié par leur moyen. Sanctifîcabor in eis qui appropinqunnt tnihi, et glorifieabor in eis. (Levit. x, 3.) Mais comment Dieu sera-t-rl sanctifié dans les âmes et sa sainteté portée dans le cœur des peuples par les prêtres, si eux-mêmes les premiers ne sont saints et les plus proches de Dieu? Examinez donc bien ce que vous avez à faire avant que de vous engager dans un état si saint. Voyez devant Dieu ce que vous avez élé et ce qu'en cette occasion vous devez craindre d'une conduite précipitée. Il faut que le souverain Pasteur vous appelle; car il connaît toutes ses brebis, et c est lui qui les appelle toutes par leur nom. Vocat eas nominatim. [Joan. x, 3.) Mais c'est ce qui me fait beaucoup appréhender pour vous, car il ne les appelle dans le bercail que lorsqu'il les voit sans tache et dignes d'être offertes à Dieu son Père, qui ne veut point d'hosties qui soient marquées. Il ne les appelle que lorsqu'il voit qu'elles sont grasses et en assez bon | oint pour être présentées sur son autel. L'est pourquoi l'Eglise désire en ceux qui s'en approchent l'éloignement des vices, la pratique des vertus, l'ouverture d'esprit pour les bonnes lettres, l'amour de la prière et de l'oraison, l'inclination aux choses saintes, la modestie , la douceur, en un mot, une modération et une sainteté dans la conduite qui fasse paraître un grand esprit de piété et de religion en toutes choses : ce sont là les marques générales que les saints nous donnent de la vocation à l'état ecclésiastique; mais c'est ce qui doit tempérer votre ardeur et modérer cet empressement extraordinaire qui vous porte à recevoir au plus tôt les saints ordres. Car, en y entrant par autre part que par la porte de la vocation, vous y entreriez, ainsi que dit l'Evangile, comme un larron et un voleur, qui ne peut que tout perdre par ses scandales.
LLTTR S SPIRITUELLES.
Je tremble pour vous quand je vois dans l'Ecriture sainte que celui qui était entré nu festin sans robe nuptiale en l'ut chassé et jeté dans les ténèbres extérieures. Car il me semble que c'est la figure des châtiments que vous devez attendre si, ayant si peu travaillé à vous revêtir des vertus et de l'esprit de Notre-Seigneur, vous entrez dans un état où il ne doit y avoir que des saints. C'est sur quoi je vous conjure de faire de sérieuses réflexions, afin de ne faire aucune démarche ni aucune avance nour vous engager dans une profession ou ni votre vie passée ni vos dispositions présentes ne fout point as«ez paraître que Notre-Seigneur vous appelle. Nous en dirons davantage à notre première entrevue. Je suis en Jéï.us et llarie tout vôtre.
LETTRE XVI
Il ne faut pas, dans les œuvres de charité qui se présentent, se régler par le jugement des hommes, mais par la charité de Jcsus- Christ.
Vous avez fait une grande charité à la pauvre N***. Il ne faut pas beaucoup écouter les hommes lorsque la charité nous presse, et que le Saint-Esprit nous élève et nous attire au-dessus des obligations connues aux raisons et aux sentiments communs de la prudence humaine. Jésus-Christ n'avait pas obligation de mourir pour nous, de donner jusqu'à la dernière goutte de son sang et de se soumettre aux circonstances les plus humiliantes de la croix. Une goutte de sueur ou une larme de ses yeux eût sulfi ; un soupir et un gémissement de son cœur, un de ses pas, le moindre de ses regards, une adoration, une louange, une contrition, une liaison avec un séraphin, ou un chérubin, ou un autre ange, qui, dans la beauté de son être spirituel, eût dit un mot à Dieu son Père, au lieu de prendre la chair humaine en la ressemblance du péché, la moindre de ces choses eût été suffisante et infiniment même au delà des besoins de toutes les créatures; mais sa charité a été au delà de tout ce qui se peut comprendre. Je loue Dieu et le bénis de la charité qu'il vous a donnée, qui vous a fait racheter celte pauvre ame qui s'aliait perdre. Faites-en de même dans les autres occasions qui se présentele monde blâme votre conduite, doit suffire que Dieu l'approuve.
ront. Si il vous Adieu.
LETTRE XVII
// propose à une personne divers motifs chrétiens pour conserver sa santé.
Je ne dois pas laisser votre lettre sans réponse. Ce n'est pas en ce jour qu'il faut être muet, pendant les ferveurs d'une mère qui excite ses enfants à la charité. C'est bien peu profiter de l'exemple de cet amour consommé, que d'être languissant en sa présence. Il me semble qu'il est aisé d'être victime en ce jour. Il ne faut que laisser agir ce feu qui a été apporté sur la terie pour achever le sacrifice. Ma Fille, que celte di-
vine mère est Mbérale, et qu'il est doux de la servir et de tâcher de vivre de sa viel Elle est toujours prête à la communiquer, et pour peu que l'on veuille, on en est aussitôt rempli. Je ne souhaite pas seulement à votre aine qu'elle ressente la présence de l'Epoux, mais aussi qu'elle le possède en vérité, et que vous le portiez toujours par une parfaite correspondance avec lui. Quant aux motifs que vous pourrez prendre pour la conservation de votre santé, outre celui de l'obéissance qui vous délivre de toute propre recherche, vous devez considérer votre corps comme le temple du Saint-Esprit, qui vous est mis en garde, et qui, n'étant pas vôtre, vous oblige d'en rendre compte à son maître. Vous devez en faire de même que si vous aviez à répondre d'une chapelle qui s'en irait en ruines, et que vous seriez obligée de réparer. De plus, votre corps est membre de Jésus-Christ : ayez en donc soin, comme si Notre-Seigneur se devait plaindre du mauvais traitement qu'il recevrait de vous. Traitez-le encore comme celui d'une tierce personne à laquelle vous feriez charité. Et enfin souvenez-vous que, comme fille de Dieu le Père, vous êtes de sa famille, et qu'il veut qu'elle se conserve et se maintienne. Elle esta lui; il l'a acquise par le sang de son Fils; il a droit sur elle, et il veut que nous la conservions, afin d'en faire usage pour son service. Je finis avec le jour, ce qui m'ôte la liberté de vous écrire davantage, mais ne m'ôte pas celle de tenir mon cœur présent à Dieu, pour lui sacrifier le vôtre et toute votre personne, de laquelle la sainte Vierge s'est chargée ce matin bien amoureusement; car elle a reçu à bras ouverts et le prêtre et l'hostie, qui, cerne semble, lui était offerte avec beaucoup de dégagement.