LETTRE XVIII
Que dans les œuvres de Dieu il ne faut pat s'appuyer sur les grands, mais sur Jésus- Christ. Sa joie d'être éloigné de la cour pour travailler dans les lieux délaissés.
Je suis bien aise d être délivré de la cour. C'est un lieu dont j'ai toujours eu bien de l'éloignement, et je suis ravi que Dieu m'en ait banni pour jamais avec tant de rigueur. Je vous plains dans ce buisson d'épines; mais il faut aitendre, pour vous en tirer, que Dieu manifeste plus amplement ses volontés. Nous sommes touché plus que jamais de votre état, depuis que nous l'avons connu et ressenti par expérience. Oh 1 qu'il faut peu se lier aux grands et aux enfants des hommes, dit l'Ecriture 111 fallait que je visse ce que j'ai expérimenté, pour être confirmé dans cette vérité autant que je le dois être. Il faut que nous allions aux pays délaissés ; il faut que nous quittions la foule et que nous fuyions la concurrence des autres serviteurs île Dieu, pour aller aux lieux abandonnés. Il nous faut obéir à Notre-Seigneur, qui nous commande de secouer la poudre de nos souliers, et de penser à deux fois à s'approcher des grands.
Pour
(EUYRES COMPLETES DE M. OLIEll.
'affaire que vous dés irez que je vous mande, afin d'y employer une personne de grande autorité, il sera bon que j'en confère avec vous. 11 ne faut pas exposer les œuvres de Died à être rebutées. Qu'il est doux de faire l'œuvre de Dieu en son Fils ut par les voies de l'esprit d'humilité, de pauvreté et de simplicité, où les grands ne doivent paraître que pour adorer de loin, et non pour y toucher ni pour s'en approcher 1 Notre-Seigneur m'a appris pour une bonne fois comme il voulait que je me retirasse des grands, et que je prisse garde •l'établir ma confiance en leur crédit. La jalousie de Dieu, qui a toujours écarté les grands et qui les a rebutés toutes les fois qu'ils se sont présentés pour paraître en l'oeuvre qu'il m'a commise, m'apprend bien que c'est là le sujet du rebut qu'il a voulu que je souffrisse, et qu'il voulait lui seul être connu en son ouvrage, qui autrement serait attribué aux hommes.
Il faut marcher dans la pureté des voies de Dieu en tout. Ce n'est pas assez de commencer, il faut continuer, et prendre garde dansla suite des choses de se tenir toujours à l'écart de tout ce qui pourrait blesser la sainteté des voies évangéliques, quoique même dans le fond on ne se sentît pas conduit parées principes et par ces mouvements. Il faut garder aussi bien le dehors que le dedans dans l'œuvre de Dieu, et conserver l'extérieur de la conduite évangélique aussi bien que l'intérieur, marchant toujours en toute justice chrétienne et en toute sainteté. Car il faut que tout se ressente de Jésus- Christ, et que tout, tant au dedans qu'au dehors, l'annonce et le prêche
LETTRE XIX
Il promet à une personne Je n'abandonner jamais le soin de sa conduite.
Je ne puis vous dire autre chose en répondant à votre très-chère lettre, sinon que je m'abandonne à Dieu pour tout ce ou'il voudra que je vous rende de service. Si vous voulez le servir et vous- abandonner ;i lui, rien ne vous manquera jamais, et, pour un pauvre pécheur, il vous donnera un saint. Quoi qu'il en soit, je suis tout vôtre, et il me semble que JJieu le veut ainsi. Au moins pouvez-vous être assurée que cette pauvre éeorce de piété ne vous manquera pas. C'est le moins qui vous puisse arriver. La lumière de Dieu ordonnera de notre retour ou bien de notre absence; mais toujours porlerai-je, présent ou absent, la qualité de père, vous ayant engendrée à la grâce, ainsi que le disait saint q Paul à ses enfants. Ce sera à la vie et à la mort, et même, comme je l'espère, pour toute l'éternité. N'en doutez pas, ma très-chère Fitle, non plus que de la disposition de mon cœur, tout porté à servir en tout ce qu'il pourra l'âme que Dieu lui a si tendrement confiée. Vous êtes la première acceptée,
pour vous, et toujours vos chères lettres seront reçues ii bras ouverts et répondues d'un même cœur. Je n'ai, très-chère Fille, qu'une seule peine, qui est le sujet même qui vous afflige; car je ne sais quel moyen je pourrai avoir de vous servir quand la providence et la bonté du grand Tout m'obligera de m'éloigner, pour le servir en ces provinces où Dieu n'est pas connu, et où Jésus même n'est pas nommé. Il faudra bien qu'un autre que moi vous assiste dans vos exercices, auxquels il ne vous faut non plus manquer tous lesans qu'à respirer pour vivre. Ne faut-il pas qu'un père peurvoie à ses enfants en cas d'absence ? Ne faut-il pas qu'il les prépare à son éloignement ? Ne faut-il pas qu'il les sèvre pour leur donner de plus solide nourriture ? C'est là ma pensée, c'est mon dessein, et non pas de vous quitter, si ce n'est de vue. Nous me serez toujours présente, et je vous prie qu'il en soit de même de vous a mon égard. Levez les mains au ciel pendant que je combattrai pour mon amour. Nourrissezvous en l'oraison pour me fortilier par l'union de nos cœurs et de nos services. De la sorte vous aurez part , et même par justice, à ce que je ferai, recevant force par vous et me rendant lidèle à Dieu par l'assistance de vos prières. Allons donc ainsi, augmentant partout la gloire de notre amour. Venez avec moi d'esprit et do prière, et soyez présente au combat. Quelle joie de savoir que notre Tout se glorifie, que vous y ayez votre part, et que notrs amour se plaise à se servir de ce panure instrument et de celte chétive créature. qu'il a rendue votre père en Jésus-Christ! Enfin quelle bénédiction , que Dieu soit honoré et sa volonté accomplie 1 Ce sont là, je m'assure, les désirs uniques de notre très-chère fille, et ce sont aussi les souhaits entiers de son pauvre et très-indigne père, le chétif esclave de Jésus. Adieu.
LETTRE XX
Il exhorte un ecclésiastique à bien porter ses peines, et à ne pas quitter l'œuvre de Dieu pour les oppositions iju'il y rencontre. La paix de Jésus-Christ règne dans votre cœur au milieu des délaissements et des contradictions que vous souffrez. Je vois votre affliction, je compatis à votre peine, et je la porte avec autant et plus de sentiment que vous; mais je me fortilie en esprit et me réjouis dans le fond de mon âme, voyant combien cet état vous est avantageux et combien il sera utile à la gloire de Dieu. C'est ainsi que les œuvres du divin Maître se font. Il faut que vous portiez le joug qu'il impose à tous ceux qui ont l'honneur d'être employés par son choix à son divin service. 11 estjuste d'acheter par la peine de la croix la gl"'
o1 sa
vous serez la dernière laissée,
et toujours
conservée. Les prières
t les sacrifices seront toujours présents
Ires-eoigiieusement
d'entrer dans sa sainte maison, et il est juste aussi qu'il récompense ceux qui le servent, par l'honneur et la gloire de porter ses livrées. C'est pourquoi je vous piiede vous estimer heureux en cet état et d'eni-
brasser avec amour le bonheur de vivre crucifié. L'esprit du baptême demande cela de nous, et Notre-Seîgneur nous le montre en la personne de saint François, <Jont nous l'aidons aujourd'hui la fête. Ce saint est le modèle d'un vrai Chrétien, et ce séraphin qui le crucilie est la ligure du Saint-Esprit, qui nous est donné pour nous sacrifier en toute notre chair et en toutes les parties de nous-mêmes. C'est à quoi il faut que nous travaillions soigneusement . nous laissant au moins crucifier par Noire-Seigneur, ou bien par les hommes qui sont ses instruments, si nous ne voulons pas mettre la main à nous crucifier nous-mêmes, ou si nous ne sommes pas assez purs pour être crucifiés par le pur amour, comme une sainte Catherine de Gênes et quelques autres saints, qui, par la vertu de l'amour, .ont porté la mort en tous leurs membres.
Pour l'accablement que vous me témoignez, je pense qu'il vous arrivera souvent dans vos peines, parce que vous n'êtes pas assez anéanti. Comme il vous reste quelque chose de vous-même, sur quoi vous vous appuyez, et que vous sentez en vous quelques forces, lorsque vous voyez ces forces accablées parle poids de votre charge, il ne se peut que vous ne ressentiez un grand sujet d'abattement. Cessez de vous appuyer en vous, et vous serez bientôt en pleine paix ; car alors on ne pourra jamais vous rienoter, ni vous affaiblir en aucune manière, parce que vous n'aurez plus rien à perdre, et que 1 esprit de Dieu, qui ne peut être pressé ni accablé d'aucune chose, sera votre support et votre soutien en tout.
Adorez cependant sa divine vertu qui crible, qui écrase, qui opprime les siens comme il lui plait, alin d'être lui seul le soutien de son œuvre. Adorez-le comme l'unique agent et le principe de tout, à qui tout "serviteur est inutile quand il est hors do sa main et de sa puissance. Ayez bon courage en Notre- Seigneur et mettez en lui toute votre contiance. Comme vous ne sauriez avoir de vigueur par vous-même ni en vous-même, priez-le qu'il vous anéantisse, alin qu'il soit toute votre force. Il vous sera toutes choses, si vous voulez être tout à lui sans être rien en vous-même ; car il est tout aux siens: Onmia et in omnibus Chrislus. (Col. m, 11.) Soyez donc soigneux, pour le laisser régner en votre âme, de vous tenir anéanti en sa présence, retirant de. vous tout effort et toute propre présomption, alin que ce divin Maître succède à votre infirmité, et s'insinue ni vous au lieu de votre superbe et de votre amour-propre. Ce fonds d'orgueil et d'établissement en soi est le grand obstacle à son opération dans le cœur, et c'est ce que nous lui devons demander instamment qu'il détruise en nous. Monsieur N***, qui sait par expérience ce que c'est que de vivre au milieu de la persécution, pourra vous secourir de son conseil, et vous faire participant des voies dont il a usé pour se fortifier dans ses peines. Je vous vois dans une grande affliction et bien abattu sous la cro x ; mais il eu
fallait venir jusque-la pour un entier et nn parfait sacrifice, l'honneur y étant immolé avec le reste de l'hostie. Dieu en soit béni à jamais pour sa gloire et pour votre bien. Vous avez eu un peude désirs de vous soulager en sortant du lieu où vous étiez, pour chercher les consolations et l'abri des bonnes aines; mais Dieu vous a fait voir qu'il sait redoubler le fardeau quand on l'évite et qu'on le fuit. Il faut aimer sa croix et adorer seschâtimenls. C'est un trésor qu'on doit embrasser avec amour et renfermer dans son cœur, comme le plus grand joyau du monde. Je vous laisse à la sagesse, à l'amour et à la puissance de Dieu qui vous conduit, pour en faire tout l'usage qu'il désire.
LETTRE XXI
Son grand désir pour la solitude, et sondéyoût du monde.
J'espère aller bientôt dans la petite solitude que j'ai préméditée, et y commencer une nouvelle vie sous la faveur et la protection delà très-sainte Vierge. Je le souhaite avec une grande affection, pour y mener la vie cachée que j'ai si peu goûtée jusqu'à cette heure. La retraite me promet de me la faire éprouver dans la société intérieure de Jésus en Marie, dans laquelle nous devons espérer de vivre éternellement, et que nous ne saurions prétendre posséder que par la nudité parfaite de notre âme et par la séparation universelle de toute créature. Je n'y puis penser sans transport, et je n'ose même m'y appliquer» craignant l'excès des,, sentiments que me cause cette vue, tant le cœur humain et la créature est faible sous le poids de l'opération divine. Je suis si heureux que Dieu me réduise maintenant à être seul dans l'impuissance de travailler extérieurement, que je ne puis en exprimer ma joie. Toute la créature, quelle qu'elle soit, m'est à cette heure un accablement. Je ne puis souffrir ni goûter que Marie en Jésus, mon unique 'fout au ciel et eu la terre, et je vis présentement de cela seul. Tout me lasse, tout m'alllige, lout m'incommode; il n'y a que cela seul qui fait toute ma vie, toute ma joie, toute ma santé, tout mon bonheur dans mes croix et dans mes peines, et même dans tout ce que le malin pourrait trouver de plus cruel. Je crois que vous ne me refuserez pas ce bon olïice de m'aller ensevelir dans ma grotte.
LETTRE XXII
Il console une personne de la mort de son frère.
Je ne me suis pas précipité pour vous consoler sur la mort île M. votre frère. J'ai voulu laisser le temps de le faire à voire principal directeur, qui est le Saint-Esprit, et j'ai cru que ses opérations seraient plus fortes et plus saintes, étant mises en vous par son seul ministère.
C'est le respect que les directeurs de l'Eglise doivent au divin ministre de Dieu Noire-Seigneur Jésus, lequel, par son Esprit, vous aura fait entendre les desseins de son l'ère sur vous, et vous aura fait connaître
ŒUVRES COMPLETES DE M. OLIEIl
.|ii on tous dérobant les créatures il veut que son cher Fils Jésus vous tienne Iieude toutes choses. C'est à cette heure qu'il redoublera en vous son amour et qu'il vous fera sentir comme il veut être votre frère, aussi bien que votre époux et votre fidèle ami; en un mot, qu'il vous veut être toutes choses ensemble. C'est, là où va la sainte jalousie de Jésus, incomparable dans l'amour.
J'ajouterai encore à ceci que c'est un effet de l'amour de la très-sainte Vierge, qui, en vous dépêtrant des créatures, désire avancer son œuvre, etc.