LETTRE XXIII
Il donne plusieurs avis très-utiles pour les dmes qui veulent travailler solidement à leur perfection, et particulièrement pour celles qui commencent.
Je m'étonne de l'instance que vous-mefaites pour me conduire, étant si peu capable de le faire, et de ce que vous préférez ma misère aux avantages que vous auriez trouvés en la personne qneje vous proposais. Mais quoi ? je le veux bien, puisque vous le voulez et que celui par qui Notre-Seigneur me fait connaître ses volontés, ayant égard à vos instances que je lui ai représentées et à la crainte de vous brouiller, m'a dit de continuer et de vous rendre tous les services que vous désireriez do moi. Ordonnez donc, et servezvous de celui que le ciel vous redonne, et qui continue d'être toujours tout à vous en notre tout amour. Je vous demande particulièrement une grande simplicité envers nous, et surtout envers Notre-Seigneur, n'ayant on tout qu'un simple et seul regard de' Dieu, sans mélange d'aucun 8utre motif, et ne souffrant point que vetre Ame, que Jésus a achetée pour l'employer à la gloire de son l'ère, s'amuse et s'arrête jamais à ce qui n'est ]>as de lui.
Pour ce que vous me dites, que vous no laites point d'actes intérieurs, à moins d'y être bien attirée jusqu'à ne vous en pouvoir défendre, il y aquelque chose àdire là-dessus. Car si c'est que vous attendiez le sentiment pour agir, et que vous tous tenez en cettedépendance du sensible, au lieujde vous tenir seulement dépendante de la foi qui vous présente Dieu partout, Jésus en tant d'endroits et sa divinité inséparable de vousmême, cela ne serait pas bien, et ce serait une paresse spirituelle. Mais si tous trouvez, par réflexion sur vous-même, que votre cœur et votre volonté se portent ordinairement à Dieu, quoique vous ne puissiez pas si facilement en remarquer les actes formels, cela n'est pas mauvais ; au contraire, je se- ' rais pour cette disposition ; car il y a deux sortes d'opérations en nous, les unes que nous pouvons discerner et remarquer, les autres que nous ne pouvons pas, et les dernières ordinairement sont les meilleures, parce qu'elles tiennent l'âme dans une plus grande simplicité et unissent plus intimement l'espntà Dieu que les autres. Maisaussi on y prend aisément le change, et l'âme, si élié n'y prend garde, tombe souvent dans
l'oisiveté, au lieu d'être dans l'exercice continuel de son amour. Et même ces opérations ne se donnent pas ordinairement aux commençants. Il faut avoir pratiqué longtemps l'amour avant que de s'y lier. Néanmoins Dieu est le maître de ses dons, il n'a ni temps ni heure : il offre les choses diversement et comme il lui plaît. Aux uns il les donne plus loi, aux autres plus tard, et pourvu qu'il trouve fidélité, il ne s'en soucie pas.
Il faut que vous vous tentiez vous-même et que vous examiniez si vous vous plaisez dans les bas emplois, dans les moindres exercices qui sont si sortables à votre état de pauvre pénitente. C'en est surtout le temps, maintenant que le Fils de Dieu converse avec les bêtes et se laisse approcher des démons. Exercez-vous à celte vie cachée et intérieure. Aimez le silence et parlez peu, si ce n'est par œuvre, ne cherchant en tout qu'à plaire à Dieu, qui découvre ce qu'il veut, et qui cache ce qu'il lui plaît.
Donnez-vous toute à lui, afin qu'il fasse de vous et en vous ce qu'il voudra, surtout afin qu'il vous donne le feu de son saint amour. Il ne faut rien Touloir ni désirer pour vous. Il ne faut même vous purifier que jiour plaire à Dieu et être parfaite devant ses yeux.
Je suis bien consoléde la communionque vous avez faite : je souhaiterais beaucoup que vous en eussiez l'ouverture. Je vous de- •mande une dévotion toute particulière pour ce mystère, qui comprend et nous donne tous les autres. J'ai des obligations trèspressantes de le .faire honorer : vous en saurez un jour davantage. Je vous conjure d'y contribuer de votre part, et que je commence par vous ; et puisque Dieu veut si expressément que je sois vôtre par mes petits services, soyez aussi nôtre par ces petits devoirs que je vous demande pour ce tout aimable sacrement qui vous donne votre Epoux, qui le fait être vôtre, et qui vous fait être une même chose avec lui.O ma chère Fille, quel trésor ! Celui qui fait les bienheureux descend en vous, que ne devez-vous pas être en jouissant de ce Tout ? Les bienheureux, en le possédant, ne désirent que de le posséder: comment donc voudriez-vous souffrir en vous d'autres désirs ? Comment votre cœur peut-il être séparé de ce tabernacle où il habite et où il demeure, en attendant quevous le receviez et que vous le délivriez de cette prison où son amour le met pour entier dans votre âme? So^ez-en inséparable de cœur, si vous ne le pouvez être de présence réelle. Soyez à lui sans réserve et donnez-vous-y le plus souvent que vous pourrez. Notre- Seigneur continue de vous attirer aux mysde sa passion et de sa mort, et l'institution de ce saint sacrement est en partie pour; vous représenter ces mystères. Car qu'y a-t-il' de plus puissant, pour vous les remettre devant les yeux, que de vous faire voir un corps qui, par la seule puissance des paroles, es* séparé de son sang; un corps qui est sans sentiment, sans parole, sans vue et sans l'usage du moindre de ses sens ?Et c'est ce que
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fait celadorablesacrementqui tous rapporte votre Epoux en personne, lequel ayant été crucifié une fois pour tous les hommes, se sacrifie encore pour vous sur les autels.
Accoutumez-vous à faire toutes vosactions en union à Jésus Christ, car tout hors de lui et de ses mérites n'est rien. Et pour cela, habituez-vous à reconnaître que vous n'êtes rien, que vous ne méritez rien, que vous n'êtes que péché, indigne par vous-même de pouvoir plaire à Dieu en aucune de vos actions ; que vous ne pouvez être recevahle devant ses yeux que comme revêtue de cet aimable Sauveur dont vous avez été rendue par le baptême membre vivant, et animée de ce divin Esprit qui conduit et gouverne tout le corps de l'Eglise dont vous êtes une partie, et que c'est ainsi que vous devez vous présenter à Dieu pour être supportable devant sa majesté.
Surtout, quand vous vous y présentez en l'oraison, conjurez-le de vous regarder comme sa fille, comme membre et supplément de son Fils, des mérites duquel vous êtes en celte qualité revêtue. Donnez-vousy aussi à l'esprit de l'Eglise, qui seul sait comme il faut prier, ce que vous ignorez, afin qu'il vous conduise, et qu'aidant votre infirmité il vous fasse prier. Cet esprit de l'Eglise est l'esprit de Jésus-Christ, qui est le même dans les membres et dans le chef. C'est le Saint-Esprit même que Dieu a donné à ses fidèles, pour les conduire dans la prière et dans touies leurs œuvres, comme étant le principe de toute sainteté, sans lequel ils ne sauraient rien faire qui puisse plaire à Dieu. Il faut donc tout faire en la personne de Notre-Seigneur, comme ses membres, comme lui étant unis, comme ne faisant qu'un tout avec lui, comme étant revêtus de lui-même. Il faut même se donner à lui, pour faire tout par son esprit et par sa vertu sainte. Ainsi, quand vous boirez,quand vous mangerez, quand vous dormirez, aussi bien que quand vous prierez ou que vous ferez quelque aulre chose, faitesle toujours de la sorte, agissant dans les maximes, dans les dispositions, dans les vertus et dans l'esprit même de Notre-Seigneur. Car c'est là ce qu'on appelle agir chrétiennement.
Je vous dirai encore, outre ce que je vous mandai il y a quelques jours d'observer extérieurement, que vous devez savoir, pour votre consolation intérieure, que les commençants sont obligés d'être beaucoup sur leurs gardes touchant tous les sujets quHes ont pu blesser par le passé. C'est ce que vous éviterez soigneusement eu vous abandonnant à Notre-Seigneur, pour ne point mettre d'obstacle à ses desseins et à ses ordres sur vous. Jésus-Christ est fidèle à ses promesses. C'est lui qui est le père et le tuteur des orphelins, et lorsqu'ils s'abandonnent à lui, il veut les garantir et en être le protecteur par l'opération de sa grâce. Ainsi soyez assurée qu'il vous protégera en sa sainteté, si de votre part vous vous tenez toujours unie intimement à lui en Marie. Il
vous protégera particulièremeni contre ceux qui pourraient servir d'empêchement a la sainteté des voies qu'il veut tenir sur vous. Soyez pour cela dans une retraite intime avec votre Tout, qui vous veut être toutes choses. Il ne peut souffrir que rien n'aborde de vous que lui tout seul. Voyez avec, quelle douceur il veut se rendre victorieux de votre âme. Soyez toujours honteuse de vos résistances et confuse de vos faiblesses. Anéantissez-vous en elles et faites profit de tout pour mériter l'unique amour de votre Tout. Adieu, ma Fille, les affaires du Maître m'appellent. Si je reviens à temps, je continuerai de vous écrire.
J'oubliais à vous mander, pour vous donner toujours matière d'humiliation, qui est une chose si chère à l'âme fidèle, que vous devez travailler à vivre incessamment dans la méfiance de vous-même; car ce que nous croyons éteint en nous est souvent trèsvivant et caché sous la cendre. 11 ne faut .jamais se fier à cette maligne bête, qui fait semblant de dormir pour nous mordre. L'é* loignement de soi-même, en attirant à soi le Fils de Dieu, pour être à l'âme toutes choses, et en se retirant toujours de tout en Jésus-Christ, notre prince et nore roi, est d'une merveilleuse sûreté. Un seul est nécessaire, nous dit de divin Sauveur (Luc. x, 42) en la personne de sainte Madeleine. Itéjouissez-vous de ce qu'il accomplit pour vous cette parole, et de ce qu'il vous donne matière défaire un des sacrifices de la trèssainte Vierge en sa divine purification, où elle faisait profession de vouloir être morte dans l'esprit et dans l'affection de toute créature, et de se contenter de Jésus-Christ, qui sait bien fournir par lui-même les choses qui sont utiles et nécessaires à notre maintien.
Pour ce qu'on n'approuve pas que vous demandiez quelquefois à Jésus la raison de vos angoisses, je vous dirai que, si vous le faites par curiosité, pour votre soulagement, ou bien par quelque sorte de soulèvement et de murmure contre l'ordre de Dieu, cela serait contraire à l'humilité, à la soumission et à la parfaite charité qui doit régner dans l'âme et qui doit faire de la volonté de Dieu une même chose avec la nôtre ; et de la sorte on aurait raison de ne l'approuver pas.
Mais si vous faites simplement cela devant Dieu pour lui ouvrir votre cœur, pour lui découvrir votre intérieur, pour épancher votre âme devant lui, comme dit l'Ecriture sainte, parlant d'une âme qui traite avec lui en confiance, pour ne plus penser qu'à ce qui le regarde, la pratique en serait sainte, puisque l'Apôtre même la conseille, et que cela est commun parmi les épouses de Jésus-Christ, comme nous l'apprenons dans leurs vies.
Au reste, qu'aucun jour ne se passe, que vous ne fassiez quelque mortification de corps ou d'esprit, soit en étouffant des pensées inutiles, soit en retranchant quelques paroles superflues , soit en vous réparât)
Uîl'YIlKS COMPLETES DE M.
ou toul h fait ou ou moins pour un touips de quelque conversation naturelle, soit en retenant votre vue et la retirant des objets inutiles, soit en vous privant à table de quoique morceau qui serait à votre goût. Enfin faites en sorte que tous les jours vous gagniez sur vous quelque chose, et remportiez quelque victoire sur votre chair. Voyez ce que le salut et la gloire ont coûté a Jésus, votre époux: c'est ee qu'il doit coûtera ses élus, qui lui doivent être conformes.
Enfin ne quittez jamais yotrc oraison pour les tentations qui vous y arrivent ; mais demeurez ferme aux pieds de Jésus- Christ, qui souffre ces misères en vous pour votre humiliation, relevant votre esprit en Dieu et renonçant à tout ce qui lui déplaît. Ce qui se passe en nous et en notre sentiment contre le gré de notre volonté ne déplaît point à Dieu ; au contraire, c'est une matière de victoire, pourvu que, par nos pensées et par nos entreliens volontaires, nous n'y ayons point donné sujet. Et même quand il y aurait eu de notre faute, après en avoir demandé pardon à Dieu, souffrons ce qui se passe en nous, et prenons des pensées de Dieu qui nous occupent aisément et qui rappellent notre esprit.
LETTRE XXIV
// exhorte une personne de grande condition, et qui pouvait (aire des biens considérables dans le monde, ù ne pas suivre le conseil de ceux qui, sans des marques suffisantes de voiali jn, la pressaient de se faire religieuse.
Vous ne pouvez et ne devez point obéir à la précipitation avec laquelle on veut que vous vous déterminiez. Car, 1" quoiqu'elle soit juste de la part dos personnes qui requièrent cela ensuite de leurs règles, elle ne l'est pas à votre égard, parce que vous ne devez vous déterminer que par dépendance de Dieu. Il opère quand il veut on sa puissance, et il suspend , quand il lui plaît, son opération ; si bien que, pendant qu'il se cache à vous et vous lient en balance, vous devez prendre la condition qui vous donne du temps et du loisir pour vous laisser convaincre pleinement par la bonté et la puissance de Jésus-Christ, votre tout, qui voit votre volonté préparée à lui obéir.
. 2" Si toutes ces grandes Ames dont vous nous parlez, qui ont quitté le siècle, n'avaient eu, pourse faire religieuses, que des raisons générales de la perfection de l'état religieux devant nation ni attrait brasser cet état, elles ne
OLIER. Vlil
paix et avec joie d'esprit a la
sûrement engagées. Autrement, toute
esprit, sans aucune mclidans la volonté pour em- 'v fussent jamais personne qui voit cette même raison, et qui connaît l'excellence de cet état, devrait s'y engager. Et ainsi j| y aurait vocation à la religion pour tous les Chrétiens qui sont persuadés de la beauté et de la sainteté de l'Evangile. Il faut quelque chose de plus, et ce plus est cette bonté divine intérieurement persuadant eteonvaincant, excitant ou
portant avec religion.
.1* Par la sincère confession de votre cœur, et par l'exposition que vous me faites de votre intérieur, vous avouez que vous sentez un désir vif, accompagné d'une joie d'esprit, qui vous porte à servir le prochain. Et pour exprimer votre disposition, vous dites que votre cœur vole, quand vous pensez à servir les pauvres dans un hôpital. Vous avouez même que vous sentez une abondance d'esprit intérieur, qui vous ferait verser tout votre sang et donner tout ce que vous avez de bien, de temps, de santé et de vie, pour gagner à Dieu l'ame d'un seul des huguenots dont vos termes sont remplies. Vous savez aussi que tout ce qu'on vous dit pour vous engager, et les considérations dont on se sert, ne sont que des raisons extérieures qui laissent votre Ame sans vie, sans joie, sans paix, et même dans la tristesse et dans l'embarras. Vous reconnaissez, d'ailleurs, que vous ne vous êtes jamais sentie appelée ni attirée à cela par aucune puissante persuasion intérieure; qu'au contraire vous avez reçu de tout temps l'impression forte et l'attrait efficace pour le service du prochain et des pauvres, et que même vous l'avez exercé avec une abondante bénédiction sur les Ames et sur les corps.
'*" Nous vous souviendrez qu'entre plusieurs considérations qui vous ont portée a. faire vœu de virginité, vous avez eu particulièrement en vue la liberté entière que vous auriez par ce moyen de servir les pauvres, et que vous n'en avez eu aucune de la religion, dont Dieu apparemment vous aurait donné la pensée s'il vous y avait appelée : vu surtout (pie la grande contestation de vos proches sur votre vœu ne procédait que de ce que vous ne vouliez pas être religieuse, mais que vous aviez dessein de demeurer dans l'état de virginité au milieu du siècle. 5° Quant à ce que vous dites (pie vous craignez le siècle, lequel vous connaissez, et que vous vous déliez de vous-même, c'est un sujet de consolation de voir que Dieu vous prépare ainsi à opérer votre salut avec crainte et a faire les œuvres de Jésus-Christ en esprit d'humilité, qui est le grand principe de notre force et de notre conliance en Notre-Seigneur, dans lequel on peut tout, et qui ne manque jamais aux siens, quand ils ont la volonté de le servir.
G" Vous ne vous séparez pointdu désir de vous sacrifier totalement a Dieu dans le genre de vie que vous embrassez, et vous ni vous retirez de la clôture que pour vous conserver la seule liberté de servir le prochain dans les temps qui vous seront prescrits par l'obéissance, attendant que Dieu vous appelle à un dernier sacrifice, où vous pourrez un jour finir et c insommer votre vie, après avoir rendu au prochain ce que vous devez, selon que la Providence divine vous a engagée par votre condition. Voilà ce que j'ai cru vous devoir dire sur votre état et sur les propositions que l'on vous fait, etc.
LETTRES SPIRITUELLES
LETTRE XXV
une âme et l'instruit aux tenta
prépare
lions et aux combats intérieurs
Je ne puis vous laisser plus longtemps dans l'état où je vous ai vue sans vous dire un mot de consolation qui est tiré de l'Ecriture sainte, et qui est celui dont Dieu môme se servit autrefois pour préparer au combat un (le ses serviteurs. Mon fils , lui dit-il, préparez votre âme à la tentation , et portez en patience le fardeau delà peine (Eccli. il, 1.) Les enfants de Dieu qui sont nés à la vie de leur Père se voient bientôt exercés par ses soins, et le désir qu'il a de les faire croître en sa verlu et de les affermir dans ses voies, fait qu'ils ne sont pas longtemps sans se voir attaqués et sans être obligés de combattre. C'est pour cela qu'après le baptême, qui est le sacrement de leur naissance, il a institué la confirmation, où ils sont enrôlés en sa milice, et où le Saint-Esprit leur est donné, non plus seulement comme un esprit saint qui les vivifie, mais comme un esprit de force et de verlu qui , les rendant des liommes parfaits en Jésus-Christ, les met en même temps au rang de ses soldats. C'est pourquoi ils doivent combattre courageusement contre le diable et résistera ses tentations, considérant que Jésus-Christ est vivant en eux comme dans ses membres, pour y continuer ses victoires et ses triomphes sur ses ennemis. En effet, sa joie est de combattre en eux, et sa gloire est de vaincre dans les siens ; et il lui est plus glorieux et plus honorable de vaincre dans des vaisseaux d'infirmité, que do remporter par lui-même la victoire sur ses ennemis. Il faut donc, suivant ses desseins, vous résoudre à la tentation et au combat ; car Dieu ne veut pas laisser son Fils et son Esprit inutiles en vous. S'il commence à vous visiter, bénissez-le de tout votre cœur, et sachez qu'il est proche de vous dans la tribulalion. Il vous l'a déjà fuit paraître, vous ayant tenue retirée de tout consentement et de toute adhérence à votre peine. La tentation se change en mérite quand on a résisté, et on ne saurait espérer la couronne, que l'on n'ait légitipement combattu, comme dit l'Apôtre. Adieu, ma Fille. Je suis tout vôtre en Jésus-Christ. Je vous dirai encore ce mot : que Dieu tire toujours le profit et le progrès de l'âme dans la tentation, et que le dernier malheur du diable est de se vouloir approcher des âmes humiliées, ot qui cherchent Jésus-Christ en vérité.
LETTRE XXVI
Quelques avis utiles aux âmes tente'es.
Dans toutes les tentations que le démon vous livre, et que vous me marquez, il faut que vous observiez toujours les mêmes règles, et voici la conduite que je vous conseille d'y tenir.
Premièrement, reconnaissez qu'elles viennent du malin. C'est beaucoup que d'en être persuadée ; car par là vous verrez quel sentiment il en faut avoir, et ce que
vous devez croire île celui qui ne peut que mentir.
Secondement, c'est une maxime de tous les Pères, que, dans les tentations contre la foi, jamais il ne faut ouvrir ni les oreilles pi les yeux pour entendre ni pour examiner les discours de cet apostat et de cette raison pervertie parla superbe et subornée par son propre aveuglement. Il faut, au contraire, bo'ucher les oreilles do cœur, et dans la retraite intérieure se tenir uni à Jésus-Christ le plus intimement et fortement que l'on peut, se perdant en lui par la foi, sans vouloir rien savoir ni posséder que lui. •
Faites pour les autres tentations qui accompagnent toujours celle que vous avez contre Dieu, ce que je vous conseille pour celles-ci, et Jésus-Christ éloignera enfin tous ces brouillards. La sainte Vierge sera garante de tout. Sous sa protection tout l'enfer frémira, et quoique ces mâtins aboient, ils ne vous mordront jamais. Je vous ai si souvent avertie qu'elle était l'arsenal et les armes de ceux qui en Jésus-Christ prétendent combattre leurs ennemis. Allez donc en confiance prendre lobouclierqui lui pend à la main pour la défense de sa servante. Ou ne voit pas dans le siècle que les époux envoient à la guerre leurs épouses, ni que les maîtresses y mènent leurs servantes. Mais il n'en est pas de mêmedu saint Epoux du ciel, qui dit que son épouse fidèle est terrible en sa sainteté et en sa force, comme une armée rangée en bataille, qui seule est capable de défaire toutes les forces de l'enfer. La maîtresse ne veut pas que sa servante en soit quitte à meilleur marché qu'ellemême. Elle est toute hâlée et noircie du ses combats et de ses fatigues, et elle veut que >a servante y soit accoutumée comme elle. Judith, dont nous lisons l'histoire en ce temps, défait tout d'un coup l'armée des ennemis de Dieu, munie qu'elle est de la force que la prière lui fournit. Il faut vous accoutumer au combat, et, étant confirmée comme le reste des Chrétiens, vous devez vous regarder comme enrôlée dans la milice de Jésus-Christ. Courage, ma Fille, et ne vous étonnez pas si vous nie voyez éloigné de corps; l'esprit est toujours présent à votre âme fidèle. Il faut que vous appreniez à marcher sans vous attendre à la lisière extérieure de votre nourrice. Sa force est à présent au dedans de vous, elle est passée en vous, et elle marche avec vous en tous vos pas.