‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 280 sur 394 · LETTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII

// exhorte un ecclésiastique à conserver ta santé pour te service de l'Eglise.

Vous pouvez bien penser quelle joie votre lettre m'a donnée après avoir été si longtemps privé de vos chères nouvelles. Mandez-moi soigneusement l'état de votre esprit et de la santé de votre corps, qui , étant fort délicat, demande que vous ayez soin de 1« soutenir par les moyens communs du repos et de la nourriture, comme notre-Seigneur l'a bien voulu faire pour votre exemple. Si vousnele faites, vous voustrouverez souvent en tel état par vos sontfrances, que vous aurez beaucoup de peine à y résister, surtout dans les moments que Dieu voudra priver votre extérieur de ses grâces sensibles, qui souvent sont capables de soutenir le corps. Je vous demande aussi la grâce do vouloir prendre tous les soulagements que l'air, la saison et les remèdes pourront vous fournir dans le lieu où vous êtes, afin de confirmer la santé que vous avez vouée et consacrée à Dieu. Vous savez qu'elle appartient à Jésus-Christ , à cause du droit qu'il s'est acquis sur toute créature pour la gloirs de son Père; et vous savez en particulier qu'il l'a choisie en vnus pour le service de

le son Eglise, laquelle, ayant reçu les droits cédés de Jésus-Christ, prétend avec justice vous pouvoir demander l'usage de votre corps pour son service. Voyez à combien de maîtres et de maîtresses vous appartenez ; voyez à combien vous êtes redevable , et si vous pouvez avec justice leur refuser votru conservation. Travaillez-y en séparation de vous-même et dans l'obéissance à vos supérieurs. C'est la prière de celui qui est tout votre

LETTRE XXIX

Il parle à une religieuse de l'obligation qu'elle a de mourir à tout pour ne vivrt qu'à Dieu seul , ainsi qu'il lui est figuré pur son habit.

Je viens de recevoir votre lettre , qui m'a donné bien de la joie, voyant les sentiments et les dispositions qui sont en vous, par la bonté de Dieu et.de son Saint-Esprit. C'est à lui à faire ses œuvres ; hors de lui il n'y a que vanité, qu'embarras et qu'inutilité. Je le prie de régner en vous et d'y détruire , comme roi et prince absolu, tous ses ennemis, qui voudraient s'y élèvera son préjudice et au vôtre. C'e:>t lui qui vous doit détruire et immoler eu tous vos mouvements, je veux dire en tout ce qui est de propre en vous et qui n'est point de lui. Car

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LETTRES SPIRITUELLES

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il doit seul vivre en vous et y tenir sans cesse la chair morte sous ses pieds. II doit toujours y vivre le tonnerre à la main pour foudroyer ses ennemis, et pour ne souffrir rien qui s'oppose à ses adorables volontés. Il faut, ma Fille, que vous soyez vivante en Dieu et morte en vous-même. Il faut que vous soyez comme un crucifié, morte en la chair, et comme un Jésus animé dans l'esprit. C'est pourquoi vous portez une robe blanche avec le rochet , qui marque la vie divine, de Jésus-Christ ; et vous avez pardessus une robe noire, qui marque sa vie extérieurement crucifiée en la chair. Prenez donc garde de ne point vivre selon la chair, et de ne souffrir jamais qu'elle soit le principe de vos entreprises et de votre conduite. Soyer. soigneuse de renoncer à tout ce qui est d'elle en ce que vous entreprendrez, soit en particulier, soit en public. Que tout soit mort en vous, ou bien mortifié aussitôt que vous verrez quelque inarque de vie; car, quand tout ne serait pas mort, vous trouverez cet avantage en ce qui pourra renni're, qu'il vous fournira de quoi nnmo- .'er à tout moment à Dieu. Que votre esprit «oit un esprit de religion envers Dieu , et qu'il prenne son plaisir au sacrilice de soimême ; car c'est en cela que consiste ia vraie religion , qui sacrifie à Dieu tout ce qui est impur, afin de laisser vivre dans l'âme la pureté du Saint-Esprit. Laissez-le régner et vivre en liberté dans votre cœur, afin qu'il vous élève à Dieu dans sa simplicité. L'esprit de pénitence dont vous faites profession , et vous la devez faire toute votre vie, vous doit être uni et mêlé avec celui de religion, et lui doit servir de fondement. L'esprit de Jésus-Christ comprend tout esprit en toute disposition sainle ; et pour cela une vertu est toujours jointe à l'autre , quand elle est en nous par l'esprit de Jésus-Christ; et l'une sert de préparation a l'autre, si bien que ce que vous faisiez sur vous autrefois par principe de punition, de vengeance et de satisfaction, qui est de vous anéantir pour Dieu, d'ôter et d'étouffer les sentiments de la chair avec tous ses mouvements propres , et tout ce qui est de vous-même en vous , vous le devez faire maintenant par principe de religion. La chair, et tout ce qui est de propre en nous, et que l'on nomme nature , ne peut être que principe de mort , ou du moins il ne saurait jamais nous appliquer qu'à nous-mêmes, et jamais ne peut nous élever a Dieu. C'est pourquoi il faut laisser agir et régner en nous le divin Esprit, qui veut être le principe de notre vie. Ecarlez-vous aussi de tous retours sur vous-même et de toute application a votre propre personne; car, sous prétexte de perfection, vous vous embarrasseriez par amour-propre. Laissez-vous à l'Esprit, efle priez qu'il vous détruise vous-même et que vous lui soyez fidèle pour le souffrir ety coopérer. Mais après cela ne vous amusez plus à vous, ni à ce que vous êtes , ni aux progrès que vous faites; car vous n'en pouvez pas juger. Dieu seul le peut cl le fait.

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Il faut aller i votre devoir et vous abandonnera la vertu et à la direction de son esprit, jour le glorifier en tout et pour lui plaire, (laissant le soin de tout ce qui vous regarde , et ne pensant qu'à ce grand objet , qui vous purifiera et justifiera en le servant. Lui seul doit être l'occupation de votre esprit et l'application de votre âme , comme il l'est des bienheureux. Ils sont si occupés de Dieu seul et si pleins en tout eux-mêmes de ce Toutdivin, qu'ils vont partout où il les envoie sur la terre, sans le perdre jamais de vue, et qu'ils le servent auprès du prochain en tout ce qu'il désire, sans cesser de le bénir et de le glorifier de tout leur cœur. Je prie Noire-Seigneur qu'il vous fasse vivre de celte vie religieuse du ciel , où la religion et le culte de Dieu s'exerce et se pratique en perfection. •

LETTRE XXX

Jl rend compte de la manière dont il a été occupé durant l'octave de la h'alivilé de la très-sainte Vierge.

La très -sainte Vierge , qui a accoutumé de me faire quelque grâce au jour de ses mystères , m'a beauconp favorisé en celui de sa très-sainte nativité. J'ai été si fortement occupé de ses grandeurs, que, durant foute son octave, je n'ai pu avoir d'autre pensée, et je ne trouve encore rien qui me console tant dans mes peines que cette vue. D'abord que je fus à l'oraison , je vis en esprit la très-sainte Trinité regardant ce chefd'œuvre admirable de ses mains, la trèssainte Vierge naissant sur la terre , et je remarquais sa grande complaisance dans la vue et le regard de ce divin objet. Je me réjouissais de voir mon divin Tout et ces divines personnes prendre leur plaisir en elle, et je voyais que c'était le premier objet de leur solide contentement qui eût paru dans le monde.

Je voyais que depuis la chute d'Adam elle était l'unique sujet de leur pleine satisfaction sur la terre, parce que, tous les hommes étant dans le péché , elle seule avait été sans offense et avait paru parfaite en sa beauté. Je voyais que c'était elle qui était l'unique toute belle ; qu'il y avait bien soixante reines et quatre-vingts concubines , comme il est dit dans le Cantique , ce qui me paraissait exprimer le corps de.£ esprits angéliques et des âmessaintes qui sontsans nombre ; mais qu'il n'y avait qu'une seule colombe , une parfaite , une choisie pour être épouse, fille et mère de Jésus-Christ, qui était la sainle Vierge. Que c'était elle de laquelle Dieu recevait plus de joie, qu'il ne recevait de déplaisir et de peine de tous les dénions ensemble ; que c'était là, en un mot, l'objet unique des délices de Dieu. Il me semblait aussi que c'était en elle que Dieu regardait son Eglise, qui était toute comprise en sa personne , et que , renfermant en son étendue Jésus-Christ, comme sa mère, et le reste de ses membres, comme ses propres enfants , il voyait en elle la semence de toute son Eglise. Il commençait à

goûter en ce jour lr-s délices qu'il attendait rie celle épouse bïen-aimée , et regardait en elle ce beau royaume dont il veut bien être appelé le roi , quoiqu'il dédaigne celle qualité pour le reste du inonde : Regnummeum non est de hoc mundo, ( Joan. xvm, 3C. )

Cette complaisance d'un Dieu infiniment sage et infiniment adorable pour une créature me paraissait une chose admirable ; mais elle ne me surprenait pas , voyant que cette créature était l'ouvrage excellent de ses mains et le chef-d'œuvre de son amour, en qui il. avait mis tant de richesses et de trésors. Je voyais alors comme il fallait concevoir la grandeur des perfections de la sainte Vierge par la grandeur de l'amour que le Père éternel portait à son Fils bien-aimé, et que, comme cet amour était infini et n'avait point de bornes dans l'étendue des biens qu'il luivoulaitfaire.il lui avait aussi donné une mère aux perfections de laquelle il n'y avait rien de comparable; qu'ainsi il mettait en elle tout ce qu'il pouvait et qu'il savait devoir contribuer a rendre une âme parfaite et digne de porter son Verbe , qui , sortant de son sein , devait trouver hors de lui un sein et une demeure convenables à son élat. Je voyais donc ce chef-d'œuvre admirable des mains de Dieu, la sainte Vierge , toute remplie du Saint-Esprit en sa divine nativité, et les opérations de ce divin Esprit agissant en elle et se communiquant à elle en plénitude ; et je considérais celle sainte Ame rendant à Dieu le l'ère , dès le moment de sa naissance, un million de devoirs. Elle me paraissait s'offrant à Dieu et offrant avec elle toute l'Eglise, comme ayant unjouràen Cire la mère ;en sorte que dans celle volonté nous y étions compris, et nous étions sanctiliés et dédiés à Dieu par l'offrande qu'elle avait faite d'elle-même, se dédiant et consacrant à Dieu eu tout ce qu'elle était et qu'elle seraitjamais.il me semblait , suivant celte vue , que nous devions ratilier cette offrande, nous vouer à Dieu comme elle s'y était vouée, et nous consacrer à lui aussi fidèlement et inviolabletnent qu'elle l'avait fait et pour elle et pour nous. Quelle conjouissance dans le cœur de Dieu, disais-je en moi-même, pour une si sainte offrande que la siimle Vierge 1 Quel doux présent que celui d'uncœur si amoureux et si vaste, qui , lui seul, contient plus d'amour que tous les séraphins , et qui présente à plus de devoirs que ne font tous les ensemble; car elle présente à Dieu son âme, qui seule, pèse plus au poids du sanctuaire que toutes les hiérarchies , mais qui . outre cela , contient encore Jésus et toute son Eglise. O Dieu ! que de délices de voir dans ce cœur toutes les louanges qu'il rend à Dieu ; de voir toutes les adorations que cette âme divinement éclairée rend dès ce moment à la très-sainte Trinité; de voir les amours de celte créature toute divine ; de voir enfin en elle seule, en ce commencement, tout ce iiue l'Esprit de Dieu répandra un jour dans toute son Eglise ! O prémices adorables ! ô sentiments divins ! ô amours !

Dieu

anges

ô adorations 1 ô louanges divines et plus estimables que celles de toute l'Eglise , si on en excepte celles de Jésus-Christ.

Il me venait alors une pensée que c'était avec grande raison que l'Eglise, aui jours de la conception et de la naissance de la trèssainteVierge, chantait le psaurue : Fiaidumcntaejusin montibus sanctis. (Psal. lxxxvi, 1. ) Les fondements, ou autrement les premiers sentiments et les prémices de la vie de l.j très-sainte Vierge sont élevés par-dessus les plus hautes montagnes, c'est-à-dire par-dessus les apôtres, qui sont les âmes les plus parfaites elles plus éminentes de l'Eglise; car, en effet, les prémices et les commencements de la vie de la très-sainte Vierge sont plus sublimes que les achèvements et la. consommation des plus grands saints, et ce sont ces entrées ou ces portes que Dieu aime plus que les tabernacles de Jacob. Il y a deux entrées de la très-sainte Vierge : l'une cachée et inconnue, qui e>t sa sainte conception ; l'autre, plus évidente, qui est sa nativité. Or Dieu aime ces entrées plus même que la sortie des apôtres, lesquels sont ligures avec les Eglises qu'ils fondent et édifient sur la terre, par les douze tabernacles de Jacob.

Gloriosa dicta sunt de le, civitas Dei. (Psal. Lxx.xvi, 3.) O sainte Vierge, vraie demeure de Dieu, qui comprenez en vous toute l'Eglise, on ne peut exprimer la gloire et la grandeur de votre âme. Elle est devant les yeux de Dieu si aimable et si désirable, que quiconque vous connaîtra et voudra suivre vos' attraits, pour maudit qu'il soit, doit attendre miséricorde ; quand ce serait une perdue comme Rahab, cetle infâme abandonnée ; quand ce serait Une idolâtre publique connue était Babylone, si l'on a recours à vous et si l'on veut vous reconnaître et se soumettre à voire puissance, le péché sera bientôt oublié : Memor ero Huhab et Babylonis scientium me. (Ibid., k.)

Ecce altenigenœ et Tyrus et populus JElhiopum, hi fuerunl illic. (Ibid.) A ce moment de sa conception et ile sa naissance, elle offrait à Dieu toute l'Eglise; elle lui présentait avec elle toute l'étendue des nations qui devaient servir à son honneur et à sa gloire, et il les acceptait déjà en acceptant >es vœux et son offrande.

Nunqutd Sion dicet, homo et homo natus est in eu , et ipse fundavit eam Altissimus. (Ibid., 5.) A voir cette magnificence el celte sainteté dans l'âme de Marie, n'est-il pus aisé de concevoir que Dieu l'a préparée pour faire naître son Fils unique Jésus, qui est le Fils de l'homme , et avec lui aussi toule l'éllomo et homo natus in ea, et ipse fundavit eam Altissimus.

tendue de son Eglise est

C'est Dieu tout seul el sa loute-puissance quia jeté les fondements de celte divine créature. Dominas narrabit m scripturis populurum et principum qui fuerunl in ea. (Ibid., ti.) Dieu remplira le cu;ur de tous les peuples d'honneur et de ressentiment pour elle, tous les grands du monde fui porteront respect; enfin toutes les créatures et tous les fidèles

LETTRES SPIRITUELLES

Tu

qui étaient compris en elle et qu'elle offrait aussi à Dieu avec elle au jour rie son oblatio», conserveront gravée dans leur cœur l'obli- (jçation qu'ils lui ont, pour avoir eu tant de soin d'eui, lors même qu'ils n'étaient pas. Sicut Uetantium omnium habitalio est in te. [lbid., 7 ) C'est une joie commune et universelle de tous les fidèles Chrétiens quand ils pensent à ce jour. Ils se regardent en vous comme dans leur demeure, mais demeure sainte et demeure de paix, de joie et de jubilation; et l'Eglise s'estime heureuse d'être embrassée de vous et comprise dans l'étendue de votre sein. Voilà quelles ont été mes principales occupations en ce mystère, etc.

LETTRE XXXI

Qu'il faut attendre en paix les moments de Dieu et a'jir avec prudence dans son œuvre.

J'eus hier l'honneur et la joie de rendre une visite à notre divine mère dans Notre- Dame, sans avoir le loisir d'y arrêter aussi longtemps que je l'eusse bien désiré. Néanmoins, en ce peu que j'y lus, j'eus le bien ri'y être continué pleinement, que vous deviez être contente de ce «pie vous aviez fait pour vous mettre en liberté, sans passer plus avant. C'est assez pour celle fois. Attendez en patience l'heure du divin .Maîlre, qui a ses temps si justes, si favorablc> et si doux pour exécuter ce que sa divine providence a ordonné. Il fait tout avec force el avec sua vite, et c'est ce qui ne paraît pas encore en l'exécution de cette œuvre; ainsi il faut attendre un temps plus favorable et une ouverture plus libre et plus facile. Les fruits qui tombent d'eux-mêmes et qui se séparent doucement de leurs arbres ont été souvent agités par les vents et secoués par la main des hommes, sans qu'ils soient pour cela tombés. Il est bon de tenter les choses en témoignant à Dieu la disposition et la préparation de notre âme, de laquelle il tire toujours de bons effets, quoique l'exécution ne suive pas, non plus qu'au sacrifice d'Abraham. Dieu vous rendra bien au centuple de ce que vous fa i les.

Pour notre voyage, je crois qu'il vaudra mieux le différer à un temps plus favorable et plus doux, de peur que la curiosité ne porte la personne que vous savez à faire des recherches qui auraient des suites lâcheuses. Ce qui ne se fait pas en un jour se fait bien en un autre, et la sagesse de Dieu a bien agréable qu'on use de précaution et de prudence dans son œuvre. C'est ce qu'il a recommandé à ses disciples avec soin, leur disant qu'ils fussent prudents contre le siècle comme des serpents, et les avertissant soigneusement qu'ils se gardassent des hommes, comme ries suppôts du démon, qu'il incite et met en campagne pour troubler et inquiéter son œuvre et ses ouvriers.

LETTRE XXXI!

!l exhorte une personne qu'il conduisait à ne. point s'affliger de son absence, et à se dénicher de tout pour être toute à Jésus et à sun pur amour.

(Juoique sainte Thérèse ait pleuré autre-

fois le départ de son directeur sans que le Fils de Dieu l'ait trouvé mauvais, nomme il le lui témoigna de sa propre bouche, lui disant qu'on ne devait pas moins au médecin ue l'âme qu'à ceux du corps , dont Ion peut légitimement, et pour une juste nécessité, appréhender el regretter l'absence ; toutefois, dans la partie supérieure de son esprit elle était satisfaite du bon plaisir de Die», et elle-même s'accusait de ses larmes à son Epoux. C'est, ma chère Fille, ce que vous devez faire maintenant, et, croyez-moi, dans celte séparation de la créature, Jésus-Cbnsi vous demeurant, vous recevrez davantage que si elle vous était présente. Il doit vous être plus présent, et ne manquera pas de l'être, puisqu'il vous ôle d'aupiès de vous celui qui vous le représentait , lequel suppléait à ses propres conseils. C'est don»: ù lui maintenant à suppléer à ce qu'il veus ravit, et à vous lécompenser avec une abondance d'époux pour ce que vous lui aurez donné. Donnez-moi donc tout à lui , atin qu'il m'emmène où il voudra, et qu'il dispose de moi comme il désirera. Dites-lui que votre volonté est satisfaite de la sienne, et que vous ne voulez premièrement que lui, et après en lui ceux qu'il lui plaira. Ce que je vous dis ici est pour vous détacher de tout, pour ne vouloir rien que Jésus, et pour vous mettre dans le point où notre tout Jésus demande ses amantes. Aimez donc uniquement Jésus, et soyez c'ollée à Jésus, jamais, s'il se peut, séparée de Jésus. Enfin, mourez d'amour pour Jésus notre amour, faisant mourir en vous à tout moment ceque vous ne sentez pas de Jésus, (jue toutes vos distractions et les pensées des créatures qui vous viennent, meurent en Jésus, c'est-à-dire que, quand vous vous trouverez distraite, vous portiez aussitôt votre esprit et surtout votre volonté en Jésus, afin de les y faire mourir. C'est l'effet du soleil d'éteindre les étoiles et de dissiper les brouillards. La présence du Fils de Dieu et son seul regard étouffeia en vous et les pensées oisives et importunes rie l'esprit, et les mouvements fâcheux qui troubleraient votre volonté. Enlin, que notre cher et notre unique Tout soit et l'aliment de votre bonheur, et le contrepoison de votre mal, afin que vous n'ayez qu'un objet et une pensée, mais mille mouvements d'amour pour lui. Tout amour, ma chère Fille, tout amour pour Jésus, et ne cessons jamais d'être à l'amour et en l'amour. Mais que votre amour premièrement soit pur, aimant Jésus seul sans mélang; d'aucune créature. Secondement, qu'il soit ardent, afin qu'il vous porte vivement, fortement, ardemment eu lui, et que vous accomplissiez avec ferveur, et non avec remise et lâcheté, tout ce qu'il demandera de vous. Troisièmement, qu'il soit actuel, c'est-à-dire que vous renouveliez les actes d'amour le plus souvent que vous pourrez.

J'avais encore à vous mander que, quoi- , que je vous aie dit avec précipitation et sans avoir eu le loisir de m'expliquer, qu'il fallait vous attacher précisément à l'huav*

nité de Jésus, il ne faut pas pourtant vous retirer des vues de sa divinité, quand il lui plaira de vous y attirer; car, hélas! il est Dieu 1 Et quelle joie à votre cœur de savoir que votre Epoux est tout-puissant, infini, tout parfait, tout aimable! mais ne les recherchez pas maintenant, ni ne les prenez pas pour matière de vos oraisons sans un attrait particulier de votre Tout, en dépendance duquel vous devez tout faire. La dépendance consiste à suivie ses inspirations, et vous les recevrez en vous présentant à votre Epoux, auquel vous vous abandonnerez quand vous aurez dessein de faire vos actions, surtout quand vous aurez à en faire d'indifférentes. Celles de l'obéissance vous sont assez déclarées de sa part par votre règle. Toutefois, il est bon de lui témoigner, au commencement et des unes et des autres, qu'on les fait parce qu'elles plaisent à Dieu, et qu'il- nous les ordonne. En union avec Jésus je vous éclaircirai davantage ce sujet, (jui est si saint et si important à l'âme humble et souple à Jésus-Christ. Que si vous n'entrez pas d'abord en cette pratique, ne vous découragez pas , mais attendez l'heure de notre Tout, en l'amour duquel je suis tout vôtre.

Au reste, ma très-chère Fille, souvenezvous que, lorsque sainte Madeleine reçut l'adieu de Jésus-Christ, il lui dit qu'elle ne l'approchât pas, quoiqu'elle en eût un désir aident, remettant cela au jour du ciel, où elle le verrait et le posséderait pour jamais, et non-seulement au jour quelle y serait élevée, mais quelques jours après que luimême y serait monté. Si maintenant il faut nous dire adieu et nous résoudre à ne nous voir que dans le ciel, c'est beaucoup; mais ne remettons pas si loin. Aimons bien Dieu, aimons bien Jésus-Christ, conformons-nous bien à lui pour être tout un en lui, et nous serons en lui unis intimement les uns aux autres. C'est un admirable moyeu pour contenter nos désirs que l'amour de Jéius, en qui je suis tout à vous et pour le temps et pour l'éternité.

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