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LETTRES SPIRITUELLES
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LETTRE LV1II
Il montre à une âme trop timide les sujets quelle a. de se confier en Dieu.
La vue de vos faiblesses vous décourage trop. Il faut avoir plus de confiance en la bonté de Dieu. Ce qu'il a fait pour votre salut est une marque qu'il vous aime, et ses miséricordes sont plus grandes sur vous que. vous ne les concevez. Si vous aviez les yeux aussi ouverts à son amour et aux motifs qui vous devraient obliger de vous confier en lui, comme vous les avez ouverts à vos misères et à ces sujets qui vous abattent , vous seriez bientôt délivré de vos peines. Car, soit qu'elles naissent de votro propre infirmité ou de la multitude de vos péchés, tout cela ne vous paraîtrait rien auprès de l'étendue des biens qu'une foi vive et constante vous ferait trouver en Jésus-
Je vous conseille d'avoir souvent en vue sa miséricorde infinie, qui absorbe tout péché, comme une fournaise ardente consume en un moment un brin de paille, ou comme le vaste océan absorba dans son sein un grain de sable qu'on y jette. La miséricorde de Dieu n'a point de bornes : elle est immense, et nos péchés devant elle ne sont rien qu'un atome. Sa grande gloire est d'engloutir les plus grands crimes. Plus elle en absorbe, plus elle paraît éclatante. De la multitude de nos péchés et de nos misères immenses il prend sujet de faire sa puissance et d'exalter la grandeur infinie de sa bonté. C'est là le grand fondement de la confiance chrétienne, dont vous devez vous servir souvent pour vous soutenir dans vos abattements, et pour vous fortifier contre vos craintes.
Vous pouvez encore regarder l'infinité des satisfactions et des mérites de Jésus- Christ, qui a plus satisfait à Dieu que nos péchés n'ont démérité, et qui lui a rendu plus de gloire que les crimes de tout le monde ne lui avaient fait de déshonneur. L'offrande que l'on fait à Dieu de Jésus- Christ son Fils est d'un prix et d'une valeur infinis. Elle contient de quoi payer toutes nos dettes, et de quoi lui satisfaire en justice pour tous nos péchés ; en sorte que nous lui pouvons dire en toute confiance : Mon Dieu, je vous paye tout ce que je vous dois, et au delà. Il est vrai que pour cela il faut se mettre en grâce; il faut se réconcilier avec lui ; il faut s'unir à Jésus-Christ par le sacrement de pénitence, afin qu'il nous revête de sa mort et de sa passion. Mais ayant dans votre pauvreté un si puissant secours, et trouvant en ce divin Sauveur de quoi suppléer à votre indigence et à vos infirmités, ne devez-vous pas vous confier en lui et vous abandonner à son amour.
Jetez aussi les yeux sur l'immensité des moyens que Jésus-Christ nous a mérités dans l'Eglise, son corps, son sang, ses sacrements et sa parole, avec les opérations si puissantes de son divin esprit. Tant de secours et de remèdes divins pourraient-
ils bien vous laisser encore quelque défiance et quelque doute de son amour? Jl a vu trois ennemis capitaux qui assiégeaient notre âme : la chair, le diable et le monde. Contre la chair il a mis en nous son esprit, qui est tout contraire, qui la combat sans cesse, et qui, avec notre consentement, est infiniment plus fort qu'elle ne l'est dans ses plus violentes agitations et ses plus grandes révoltes. Contre le diable qui nous assiège, il nous a donné, entre mille autres secours, les anges qui nous embrassent , nous protègent et nous élèvent au-dessus de toutes les tentations. Il leur a même commandé, comme dit le Prophète, d'avoir soin de nous et de nous garder en toutes nos voies; et ils nous portent en leurs mains et nous soutiennent, pour nous empêcher, non-seulement de tomber, mais de faire aucun faux pas. Contre le monde, il nous a mis en son Eglise, qui est une forteresse invincible et un rempart d'une dernière sûreté, où se trouvent la force des saints du ciel, l'exemple de leur vertu, le secours de leurs prières et la faveur de leurs influences; la société des justes en la terre, qui nous relèvent par leur zèle, qui nous excitent par leur parole, qui nous entraînent dans la foule de leurs bonnes œuvres, et qui nous donnent part à leurs sacrifices et à leurs mortifications continuelles. Ces avantages sont si grands, que, si vous y voulez faire de temps en temps quelque peu d'attention, et ouvrir les yeux aux biens immenses que la foi vous promet, vous serez bientôt délivré de vos défiances et de vos peines. C'est la grAce que je demanderai pour vous à Notre-Seigneur.
LETTRE L1X
De l'enfance chrétienne.
Je prie Notre-Seigneur de vous remplir de l'esprit de sa sainte enfance, dans ce temps où l'Eglise nous propose à honorer cet aimable mvstère. C'est une des grâces que les Chrétiens doivent le plus souhaiter pour vivre selon Dieu, et elle leur est même d'une telle nécessité, que, comme Jésus- Christ nous marque dans l'Evangile, si nous ne devenons semblables à de petits enfants, nous n'entrerons jamais dans le royaume des cieux. Ce que vous m'avez écrit de ces vains respects qui vous tourmentent, et de cette sagesse trop humaine qui se mêle dans votre conduite, vous peut faire connaître le besoin très-grand que vous en avez ; car l'enfance chrétienne portera en vous un oubli total des lois du monde et de sa sagesse, et elle établira votre âme dans un état si dégagé du siècle, qu'elle ne pourra plus se conformer en rien à ses mœurs, ne prendre pour sa conduite aucune de ses règles. C'est être enfant que de n'avoir point de prudence et de sagesse humaine, et d'aller où portent l'obéissance et le mouvement de l'Esprit- Saint. L'enfant va sans retour partout où on le mène; et les enfants de Dieu vont partout où l'esprit de Dieu les conduit. Ils ne s'amusent point à regarder si ce qu'ils font
est selon les lois du monde, et s'il est conforme à ses coutumes; mais se contentant de la sagesse de la foi, qui est la sagesse de Dieu même, qu'il donne à ses enfants pour règle et pour lumière, ils s'abandonnent purement et sans retour à sa sainte conduite; ils évitent ainsi tout le mélange de la lumière humaine, qui, par son impureté, éteint souvent en nous celle de Dieu; et considérant, que les rois qui furent adorer Noire-Seigneur sous la conduite de l'étoile, qui figurait la lumière du paradis, furent privés de sa clarté durant qu'ils furent chez Hérode et qu'ils consultèrent d'autres principes que la foi, ils ne veulent point chercher en leur propre esprit, ni en leur propre jugement, ce qu'ils doivent faire, mais dans ce que la lumière, de Dieu leur en découvre et que l'obéissance leur en apprend. Ils ne font plus aussi de retour sur eux, ni de réflexion sur ce qu'on en dira dans le monde; et'comme ils ne s'arrêtent plus à celte prudence dont l'Ecriture sainte dit que toutes les pensées sont vaines et les prévoyances incertaines, Vanœ sunt cogitatiunes homiîium et providenliœ incertœ (Sap. ix, 14), ils tiennent les yeux fermés à ces vaines lumières, atin d'avoii la sagesse divine et adorable qui les conduise en tout, et qui, remplissant toujours leur esprit des vérités divines et de la foi, leur serve de règle en toute leur vie. Ils ne se contentent pas même d'éviter en général la sagesse humaine en ce qu'elle a de malicieux, mais encore en ce qu'elle a de l'homme, pour ne se point porter aux choses de la piété, seulement par un principe général d'un esprit bien intentionné, mais par le mouvement du Saint-Esprit et par sa divine lumière, qui leur fait regarder en chaque chose le bon plaisir du Maître et du l'ère céleste. Voilà quelle est la conduite des enfants de Dieu possédés de son divin esprit, qui, tout enfants qu'ils sont, ont une sagesse mille fois plus solide, plus sévère et plus réglée que tout le monde ensemble, puisqu'ils ont la sagesse de la foi, qui est la sagesse de Dieu même, pour règle et pour lumière.
Or, , non-seulement cet esprit d'enfance donne lumière à l'âme pour la conduire en tout, n;ais encore il donne doucement le branle à la volonté pour faire ce que Dieu veut. Car nous ne pouvons opérer sans mouvement, non plus que sans lumière; nous ne pouvons agir sans volonté et sans inclination amoureuse, douce et agréable, qui nous attire et qui nous porte à la chose que Dieu nous fait vouloir; et même, comme Dieu est un agent parlait, et qu'il remplit toutes les facultés et les puissances de l'âme, agissant en chacun selon sa disposition et son état, non-seulement il remplit notre esprit de lumière, et notre volonté de mouvements suaves et amoureux, mais encore il anime de sa vigueur et de sa force le reste de nos puissances, pour les porter à ce qu'il veut qu'elles accomplissent, en sorte que sa présence auguste donne à l'âme une telle confiance, qu'elle se porte sans hésiter à
tous les devoirs que Dieu exige d'elle avec une facilité merveilleuse, jusqu'à entrer dans une sainte audace de tout faire pour Dieu, trouvant tout très-petit auprès de lui, et considérant toutes les entreprises qui se présentent comme des choses de rien aulnes du sentiment qu'elle a de sa grandeur. Voyez, Monsieur, quel serait votre bonheur si vous étiez bien possédé de cet esprit; quelle serait la paix, le calme et la joie do votre cœur dans cet état'l Avec quelle pureté, quelle force, quel dégagement et quelle fidélité n'agi riez-vous point en toutes choses 1 C'est la grâce que vous devez demander à Dieu en ce saint temps, renonçant à votre propre esprit, condamnant votre propre jugement, mourant à tout vous-même, pour vous laisser à la conduite de Notre- Seigneur, qui vous avertira en temps et lieu de vos devoirs. Soupirez tous les jours après cette grâce, et soyez dans une disposition continuellement aspirante à cet état d'enfance, qui est si utile et si nécessaire à la perfection de l'âme.
LETTRE LX
// conseille à une personne de lire la Vie de M. de Rcnty, et d'imiter sa dévotion envers Notre-Seigneur.
Vous ayant offert souvent à Notre-Seigneur depuis votre départ, je vous dirai simplement une pensée qu'il a plu à notre Maiire me mettre dans l'esprit pour vous la faire savoir : c'est de vous conseiller la lecture de la Fie de M. Renty, où tout est solide et saint, et, entre ses autres dévotions, de vous exciter particulièrement à cello qu'il portait à Notre-Seigneur Jésus-Chris:.
C'est ce que je vous prie d'étudier attentivement en la lecture de sa Vie, pane qua c'a été tout le fondement de sa sainteté et de ses solides vertus, et lui-même m'a autrefois fait entendre que c'était là tout sou fort. Tâchez de vous y conduire comme lui et de marcher sur ses pas, puisque le divin Maître est encore dans l'Eglise arec les mêmes moyens qu'il lui a donnés, et qui vous sont ouverts comme à tous les Chrétiens. Eortiliez-vous, et croissez en lui, e". prenez garde à la curiosité de l'esprit propre. L'amour de Jésus veut l'humilité et la simplicité. Je m'en vais à Notre-Dame du Puy prier pour vous, et demander à Dieu qu'il lui plaise vous ouvrir les yeux à ces vérités, et vous donner toute la fidélité que son Fils Jésus exige de vous. C'est le très-indignu serviteur de Jésus.
LETTRE LXL Qu'il ne faut rien précipiter dans les œuvre j
de Dieu, et qu'il faut attendre en patience
les ouvertures qu'il donne pour l'exécution
de ses desseins.
Je vous prie de ne rien précipiteren voire affaire, mais d'honorer et d'attendre les saints ordres de Dieu. Il sera garant de votre attente et de votre patience, laquelle sera devantses yeux une excellente prière, puisque vous n'attendez que dans sa vue et daiu
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