‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 294 sur 394 · LETTRE LXXII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXII

// exhorte une dame de condition à avoir charité pour une personne qu'elle avait auprès d'elle.

Oubliant comme je dois , et comme tout Chrétien le doit faire , tous les sentiments qui ne sont pas de l'esprit , afin que rien ne nous remplisse que le divin amour, je vous dirai que , m'étant retiré après votre départ en notre solitude , le divin Père me donna de la joie dans le cœur, me faisant entendre que ce me devait être une grande consolation de voir partir mon cher enfant , et de savoir qu'il allait servir et glorifier Notre- Seigneur de son côté , pendant que du nôtre j'irai travailler à l'honorer et à lui préparer des serviteurs fidèles.

Je me suis bien laissé au divin Maître , afin qu'il prît un nouveau domaine sur moi, pour en user selon son bon plaisir, et afin que , n'étant plus du tout à moi, je fusse

absolument è lui, en tout et pour toutes choses. Je vous laisse incessamment à la divine Mère pour être toute en son Fils et vous remplir tout d'elle.

Je vous prie en son nom de faire encore pour quelque temps la charité à cette bonne fille que vous avez auprès de vous, afin d'éprouver si elle ne se mettra point à son devoir. Elle vous supplie de lui faire la grâce de lui dire absolument les choses que vous désirez d'elle. Ne lui refusez pas cette charité, et agissez envers elle comme vous m'avez dit que vous aviez agi envers vos autres domestiqnes dans leurs défauts. Il est certain , et je le sais par ma propre expérience, que le déplaisir qu'on a de voir des chutes et des fautes si ordinaires afflige l'esprit, resserre le cœur , ferme la bouche et ôte la parole; mais il faut nous anéantir devant Dieu et nous laisser à son divin esprit, afin qu'il règne sur nous. Comme c'est un esprit de douceur et de miséricorde qui surnage par-dessus toute humeur et tout propre sentiment , il nous ouvrira le cœur pour le prochain , et nous fera entrer dans la disposition de Dieu même sur nous, qui, au milieu de ses justes colères et de ses équitables aversions , ne laisse pas de nous parler avec tant d'amour et de nous instruire avec tant de bonté dans nos faiblessesi Ménagez, je vous prie , cet esprit , selon la douceur, la prudence et la force que vous devez-

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